‹ Œuvres de BaconChapitre 14 sur 170 · UVRE PREMIER. M · texte numérisé non relu

UVRE PREMIER. M

ei àeè p)ijloaophi€6 eo puissance; C9r telles ces cJéBumstrations , îelles aussi les spécuintions et les théories qui ea dériveoi. Or rien de ^as illusoire et de plus insuffisant dans sa totalité que la m^ode par laqujelle on veut ordinairennefii nous omduire des sensations et des faits particuliers aux axioaies et aux condusions* Cette niéthode se divise en quatre parties , auxquelles répondent jutant de vices qui leur sont propres^ D'abord , les ifnpressions XAèrnes des sens sont vicieuses; car, ou les sens nous refusent leur secours, ou ils nous trompent; mais on peut remédier à leur défaut par des substitutions, et à leurs illusions par des rectifications. En second lieu , rien de plus irrégulier que la manière dont on extrait les notions des impressions des sens; rien de plus vague et de plus confus que ces notions qu'il faudrait déterminer et limiter avec plus d'jexactitude. En troisième lieu, cette sorte d'induction qui pro^ icède par voie de simple éuumération et qui en déduit les principes des sciences, sans la précaution d'employer les exclusions de faits non concluants et d'analyser suQlsamment la nature ; celle-là est vicieuse. En dernier lieu, celte noéthode d'invention et de démons** trajtion qui consiste à établir d'abord les principes généraux, à y appliquer ensuite les axiomes moyens pour établir ces derniers; cette. méthode, dis-je^ est la mère de toutes les erreurs ; c'est un vrai fléau pour toutes les sciences. Mais ce même sujet que nous avons déjà touché en passant, nous le traiterons plus amplement lors^ qu'après avoir achevé cette espèce d'expiation ou de puriQcation, nous exposerons la vraie méthode à suivre dans l'interprétaliou de la nature^.

LXX. Mais la meilleure de toutes les démonstrations, c'est sans contredit l'expérience, pourvu qu'on ne s'attache qu'au fait même qu'on a sous les yeux; car si, se hâtant d'appliquer les résultats des premières observations aux sujets qui paraissent analogues aux sujets observés , on ne fait pas cette application avec un certain ordre et une certaine méthode, rien au monde de plus trompeur. Mais la méthode expérimentale qu'on suit de nos jours est tout à fait aveuglo et stupide. Aussi , comme ces physiciens vont errants dans ties routes incertaines, ne prenant conseil que de l'occasion , ils ne font que tournoyer dans un cercle immense d'objets; et, en avançant fort peu , on les voit tantôt, prenant courage, hâter leur marche, tantôt se lasser et s'arrêter. Mais ce qu'ils cherchaient d'abord, ils ont beau le trouver, ils trouvent toujours quelque autre chose â chercher. Le plus souvent ils ne font qu'eflleurer les faits et les observer comme en se jouant , ou tout au plus ils varieront

1. Le liTre II presque entier est consacré i cette exposition. ED.

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un peu quelque expérience connue ; mais si leurs premières tentatives ne sont pas heureuses, ils se dégoûtent aussitôt et abandonnent la recherche commencée. Que si par hasard il s*en trouve un qui s'adonne sérieusement à l'expérience et qui fasse preuve de con* stance et d'activité, vous le verrez s'attacher à une seule espèce de faits, et y rester, pour ainsi dire, cloué, comme Gilbert à l'aimant et les chimistes à l'or. Cette manière de procéder est aussi peu judicieuse qu'étroite et mesquine , car en vain espérerait-on découvrir la nature d'une chose dans cette chose même ; il faut généraliser la recherche, et l'étendre aux choses communes.

Si quelquefois même ils prennent à tâche d'établir sur l'expé-' rience certains principes et quelque ombre de science, vous les voyez , toujours emportés par une ardeur indiscrète , se détourner de la route avant le temps et courir à la pratique , non pas seulement pour en recueillir les fruits, mais pour se saisir d'abord de quelque opération nouvelle , comme d'un gage et d'une sorte d'assurance de l'utilité de leurs travaux ultérieurs ; c'est quelquefois aussi pour se faire valoir aux yeux des autres et attacher l'estime publique à leurs occupations. Qu'arrive-t-il de là ? qu'à l'exemple d'Atalante, se détournant de la droite route et s'arrétant pour ramasser la pomme d'or, ils laissent ainsi échapper la victoire. Or, dans la vraie carrière de l'expérience, si l'on veut en étendre les limites par des découvertes, il faut prendre pour modèle la divine sagesse et l'ordre qu'elle a suivi dans ses ouvrages; car nous voyons que le premier jour Dieu ne créa que la lumière , qu'il consacra ce jour tout entier à ce seul ouvrage et ne daigna s'abaisser à aucune œuvre matérielle et grossière. C'est ainsi qu'il faut, rassemblant une multitude de faits de toute espèce, tâcher d'abord d'en extraire la connaissance des causes et des axiomes vrais. Il faut, en un mot, s'attacher d'abord aux expériences lumineuses, et non aux expériences fructueuses. Les axiomes, une fois bien saisis et solidement établis, fournissent à la pratique de nouveaux moyens, non d'une manière étroite , mais largement; ils traînent après eux des multitudes et comme des armées de nouveaux procédés. Mais remettons à un autre temps ce que nous avons à dire sur les routes de l'expérience; roules qui ne sont pas moins embarrassées, pas moins barrées que celle de l'art de juger. C'est assez pour le présent d'avoir porté nos regards sur la méthode expérimentale vulgaire, et d'avoir fait sentir combien ce genre de démonstration est vicieux. Déjà Tordre de notre sujet exige que nous traitions actuellement des signes dont nous parlions il n'y a qu'un instantj, ^t par lesquels on peut s'assurer du triste état des sciences et de

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