‹ Œuvres de BalzacChapitre 75 sur 78 · DES DIFFÉRENTES ARMES · texte numérisé non relu

DES DIFFÉRENTES ARMES

Ene arme est tout ce qui peut servir à blesser ; et, à ce titre, les sentiments sont peut-être les armes les plus cruelles que l'homme puisse employer pour frapper son semblable.

Le génie si lucide et en même temps si vaste de Schiller semble lui avoir révélé tous les phénomènes de l'action vive et tranchante exercée par certaines idées sur les organisations humaines. Une pensée peut tuer un homme. Telle est la morale des scènes déchirantes où, dans les Brigands, le poëte montre un jeune homme faisant, à l'aide de quelques idées, des entailles si profondes au cœur d'un vieillard, qu'il finit par lui arracher la vie.

L'époque n'est peut-être pas éloignée où la science pourra voir le mécanisme ingénieux de nos pensées saisir la transmission de nos sentiments, et prouver que l'organisation intellectuelle est en quelque sorte un homme intérieur qui ne se projette pas avec moins de violence que l'homme extérieur, et que la lutte qui peut s'établir entre deux de ces puissances invisibles à nos faibles yeux , n'est pas moins mortelle que les combats aux hasards desquels nous livrons notre enveloppe.

Mais ces considérations appartiennent à d'autres livres que celui-ci, et le but de cette métaphysiqu.> est seulement de vous avertir que les hautes classes sociales raisonnent trop bien pour s'attaquer autrement que par des armes intellectuelles.

De même qu'il se rencontre des âmes tendres et délicates et des corps d'une rudesse minérale , de même il existe des âmes de bronze enveloppées de corps souples et capricieux , dont l'élégance attire l'amitié d'autrui, dont la grâce sollicite des caresses; mais si vous flattez l'homme extérieur de la

main, Vhomo duplex, pour nous servir d'une expression de Buffon, ne tarde pas à se remuer, el ses anguleux contours vous déchirent.

Cette description d'un genre d'être tout particulier, que nous ne vous souhaitons pas de heurter en cheminant ici-bas, vous offre une image de ce que sera votre femme pour vous.

Chacun des sentiments les plus doux que la nature a mis dans notre cœur, deviendra chez elle un poignard. Percé de coups à toute heure, vous succomberez nécessairement, car votre amour s'écoulera par chaque blessure.

C'est le dernier combat; mais aussi, pour elle, c'est la victoire.

Pour obéir à la distinction que nous avons cru pouvoir établir entre les trois natures de tempéraments qui sont en quelque sorte les types de toutes les constitutions féminines, nous diviserons celte Méditation en trois paragraphes, qui traiteront :

§ I. DE LA ÎIIGRAIXE.

§ II. DES XÉVROSES.

§ lïl. DE LA PtDEVR RELATIVEMENT AL MARIAGE.

DE I-A MIGKAIXE.

Les femmes sont constamment dupes ou victimes deleur excessive sensibilité, et nous avons démontré que , chez la plupart d'entre elles , cette délicatesse d'âme devait, presque toujours à noire insu , recevoir les coups les plus rudes, par le fait du mariage. (Vovez les Méditations intitulées : Des Prédestinés et De lu Lune de Miel.) La plupart des moyens de défense employés instinctivement par les maris ne sont-ils pas aussi des pièges tendus à la vivacité des affections féminines?

Or, il arrive un moment où , pendant la guerre civile, une femme trace par une seule pensée l'histoire de sa vie morale, et s'irrite de l'abus prodigieux que vous avez fait de sa sensibilité. Alors , il est bien rare que les femmes, soit par un sentiment de vengeance inné qu'elles ne s'expliquent jamais, soit par un instinct de domination , ne découvrent pas un moyen de gouvernement dans l'art de met- Ire en jeu chez l'homme cette propriété de sa machine.

Ellesprocèdent avecun art admirablcàla recherche des cordes qui vibrent le plus dans les cœurs de leurs maris; et, une fois qu'elles en ont trouvé le secret, elless'emparenlavidementde ce principe. Puis, comme un enfant auquel on a donné un joujou mécanique dont il parvient à .lécouvrirle ressort, elles

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iront jusqu'à l'user, frappant incessamment! sans s'inquiéter des forces de l'inslrunicnt , pourvu qu'elles réussissent. Si elles vous tuent, elles vous pleureront de la meilleure grâce du monde, comme le plus vertueux, le plus excellent et le plus sensible des êtres.

Ainsi, voire femme s'armera d'abord de ce sentiment généreux qui nous porte à respecter les êtres souffrants. L'homme le plus disposé à quereller une femme pleine de vie et de santé, est sans énergie devant une femme infirme et débile. Si la vôtre n"a pas atteint le but de ses desseins secrets, par les divers systèmes d'attaque dont nous avons essayé de doimer une idée, elle saisira bien vite cette arme toute-puissante.

C'est en vertu de ce principe d'une stratégie nouvelle, que vous verrez la jeune fille , si forte de vie et de beauté, dont vous avez épousé la fleur, se métamorphoser en une femme pâle et maladive.

L'affection dont les femmes connaissent le mieux les ressources est la migraine. Cette maladie est la plus facile de toutes à jouer, car elle est sans aucun symptôme apparent. Il suffit, pour l'avoir, de dire : « J'ai la migraine. »

Une femme ne l'cùt-elle pas, il n'existe personne au monde qui puisse donner un démenti à son crâne, dont les os impénétrables défient et le tact et l'observation. Aussi la migraine est-elle à notre avis la reine des maladies, l'arme la plus plaisante et la plus terrible employée par les femmes contre leurs maris.

Il existe des êtres violents et sans délicatesse qui, instruits des ruses féminines par leurs maîtresses pendant le temps heureux de leur célibat, se flattent de ne pas être pris à ce piège vulgaire. Tous leurs efforts, tous leurs raisonnements, tout finit par succomber devant la magie de ces trois mots :

— J'ai la migraine !

Si un mari se plaint, hasarde un reproche, une observation, s'il essaye de s'opposer à la puissance de cet II buondo cani du mariage, il est perdu.

Imaginez une jeune femme, voluptueusement couchée sur un divan, la tête doucement inclinée sur l'un des coussins, une main pendante ; un livre est à ses pieds et sa tasse d'eau de tilleul sur un petit guéridon !... Maintenant placez un gros garçon de mari devant elle. II a fait cinq à six tours dans la chambre ; et, à chaque fois qu'il a tourné sur ses talons pour recommencer cette promenade, la petite malade a laissé échapper un mouvement de sourcils pour lui indiquer en vain que le bruit le plus léger la fatigue. Bref, il rassemble tout son courage, et vient protester contre la ruse par cette phrase hardie :

— 3Iais, as-tu bien la migraine?...

A ces mots, la jeune femme lève un peu sa lêlc languissante, lève un bras qui retondre faihlemenl sur le divan, lève des yeux morts sur le plafond lève tout ce qu'elle peut lever; puis vous lançanl un regard terne, elle dit d'une voix singulièrement affaiblie :

— Eh! qu'aurais-je donc?.. Oh! l'on ne souffre pas tant pour mourir!... \ oilà donc toutes les consolationsquevousme donnez! Ah! l'onvoitbien, messieurs, que la nature ne vous a pas chargés de mettre des enfants au monde. Èles-vous égoïstes et injustes! Vous nous prenez dans toute la beauté de la jeunesse, fraîches, roses, la taille élancée!... Voilà qui est bien. Mais quand vos plaisirs ont ruiné les dons florissants que nous tenons de la nature, vous ne nous pardonnez pas de les avoir perdus pour vous!... C'est dans l'ordre. Vous ne nous laissez ni les vertus ni les souffrances de notre condition. Il vous a fallu des enfants!... nous avons passé les nuits à les soigner; mais les couches ont ruiné notre santé, en nous léguant le principe des plus graves affections... (Ah! quelles douleurs !...) Il y a peu de femmes qui ne soient sujettes à la migraine; mais la vôtre doit en être exempte... Vous riez même de ses douleurs; car vous êtes sans générosité... Par grâce, ne marchez pas!... Je ne me serais pas attendue à cela de vous... Arrêtez la pendule, le mouvement du balancier me répond dans la tête... Merci... Oh! que je suis malheureuse !... N'avez-vous pas sur vous une essence?... Ah ! par pitié, permettez-moi de souffrir à mon aise, et sortez, car cette odeur me fend le crâne !

Que pouvez-vous répondre?... N'y a-t-il pas en vous une voix intérieure qui vous crie :

— Mais si elle souffre?...

Aussi, presque tous les maris évacuent le champ de bataille bien doucement; et c'est du coin de l'œil que leurs femmes les regardent marcher sur la pointe du pied et fermer doucement la porte de leur chambre désormais sacrée. Voilà la migraine, vraie ou fausse, impatronisée chez vous.

Alors la migraine commence à jouer son rôle au sein du ménage, et c'est un thème sur lequel une femme sait faire d'admirables variations. Elle le déploie dans tous les tons. Avec la migraine seule, une femme peut désespérer un mari. La migraine prend à madame quand elle veut, où elle veut, autant qu'elle le veut. Il y en a de cinq jours, de dix minutes, de périodiques ou d'intermittentes.

Vous trouvez quelquefois votre femme au lit, souffrante, accablée , et les persiennes de sa chambre sont fermées. Sa migraine a imposé silence à tout, depuis les régions de la loge du concierge, lequel fendait du bois, jusqu'au grenier, d'où votre

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dùù

valcl d'écurie jetait dans la cour d'innocentes bottes de paille. Alors, sur la foi de cette migraine, vous sortez ; mais, à votre retour, on vous apprend que madame a décampé!... Bientôt elle rentre fraîche et vermeille.

— Le docteur est venu... il m'a conseillé l'exercice, et je m'en suis très-bien trouvée!...

Un autre jour vous voulez entrer chez madame...

— Oh! monsieur! vous répond la femme de chambre avec toutes les marques du plus profond ctonnement, madame a sa migraine, et jamais je ne l'ai vue si souffrante ! On vient d'envoyer chercher M. le docteur.

— Es-tu heureux, disait le maréchal Augereau au général R..., d'avoir une jolie femme !

— Avoir!... reprit l'autre. Si j'ai ma femme dix jours dans l'année, c'est tout au plus. Ces sacrées femmes ont toujours ou la migraine ou je ne sais quoi !

La migraine remplace, en France, les sandales qu'en Espagne le confesseur laisse à la porte de la chambre où il est avec sa pénitente.

Si votre femme, pressentant quelques intentions hostiles de votre part, veut se rendre aussi inviolable que la Charte, elle entame un petit concerto de migraine. Elle se met au lit avec toutes les peines du monde. Elle jette de petits cris qui déchirent l'âme. Elle détache avec grâce une multitude de gestes si habilement exécutés qu'on pourrait la croire désossée. Or, quel est l'homme assez peu délicat pour oser parler de désirs qui, chez lui, annoncent la plus parfaite santé, à une femme endolorie? La politesse seule exige impérieusement son silence. Alors une femme sait qu'au moyen de sa toutepuissante migraine, elle peut coller à son gré audessus du lit nuptial cette bande tardive qui fait brusquement retourner chez eux les amateurs affriolés par une annonce de la Comédie Française, quand ils viennent à lire sur l'affiche :

Relâche par une indisposition subite de mademoiselle Mars.

0 migraine! protectrice des amours, impôt conjugal, bouclier sur lequel viennent expirer tous les désirs maritaux ! ô puissante migraine! est-il bien possible que les amants ne t'aient pas encore célébrée, divinisée, personnifiée? 0 prestigieuse migraine ! ô fallacieuse migraine ! béni soit le cerveau qui le premier te conçut ! honte au médecin qui te trouverait un préservatif! Oui, tu es le seul mal dont les femmes ne se plaignent pas, sans doute par la 'reconnaissance des biens que tu leur dispenses, ô fallacieuse migraine ! ô prestigieuse migraine !

DES NEVROSES.

Il existe une puissance supérieure à celle de la migraine; et nous devons avouer, à la gloire de la France et de la modernité, que cette puissance est une des conquêtes les plus récentes de Tesprit féminin. Comme toutes les découvertes les plus utiles aux arts et aux sciences, on ne sait à quel génie elle est due. Seulement, il est certain que c'est vers le milieu du dernier siècle que les vapeurs commencèrent à se montrer en France. Ainsi, pendant que James Watt appliquait à des problèmes de mécanique la force de Teau vaporisée, une Française, malheureusement inconnue, avait la gloire de doter son sexe du pouvoir de vaporiser ses fluides.

Bientôt les effets prodigieux obtenus par les vapeurs mirent sur la voie des nerfs; et c'est ainsi que, de libre en fibre, naquit la Névrologie. Cette science admirable a déjà conduit les Philips et d'habiles physiologistes à la découverte du fluide nerveux et de sa circulation. Peut-être sont-ils à la veille d'en reconnaître les organes, et les secrets de sa naissance, de son évaporation. Ainsi, grâce à quelques simagrées, nous devrons de pénétrer un jour les mystères de la puissance inconnue que nous avons déjà nommée plus d'une fois dans ce livre, la volonté.

Mais n'empiétons pas sur le terrain de la philosophie médicale. Considérons les nerfs et les vapeurs seulement dans leurs rapports avec le mariage.

Les névroses (dénomination pathologique sous laquelle sont comprises toutes les afl'cctions du système nerveux) sont de deux sortes relativement à l'emploi qu'en font les femmes mariées; car notre physiologie a le plus superbe dédain des classifications médicales. Ainsi nous ne reconnaissons que :

1° Des NÉVROSES classiques;

2" Des névroses romantiques.

Les affections classiques ont quelque chose de belliqueux etd'animé. Elles sont violentes dans leurs ébats comme les Pylhonisses, emportées comme les Ménades, agitées comme les Bacchantes, c'est l'antiquité toute pure.

Les affections romantiques sont douces et plaintives, comme les ballades chantées en Ecosse parmi les brouillards. Elles sont pâles comme des jeunes filles déportées au cercueil par la danse ou par Famour. Elles sont éminemment élégiaques , c'est toute la mélancolie du Nord.

Cette fenuncaux cheveux noirs, à l'œil perçant, au teint vigoureux, aux lèvres sèches, à la main puissante, sera bouillante et convulsivc, elle représentera le génie des névroses classiques; tandis

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qu'une jeune blonde, à la peau blanche, sera celui des névroses romantiques. A l'une appartiendra l'empire des nerfs, à l'autre celui des vapeurs.

Souvent un mari, rentrant au logis, y trouve sa femme en pleurs.

— Ou'as-tu, mon cher ange?

— Moi, je n'ai rien.

— Mais, tu pleures?

— Je pleure sans savoir pourquoi. Je suis toute triste!... J'ai vu des ligures dans les nuages, et ces figures ne n>'apparaissent janiais qu'à la veille de quelque malheur. Il me semble que je vais mourir...

Alors elle vous parle à voix basse de défunt son père, de défunt son oncle, de défunt son grand-père, de défunt son cousin. Elle invoque toutes ces ombres lamentables, elle ressent toutes leurs maladies, elle est attaquée de tous leurs maux, elle sent son cœur battre avec trop de violence ou sa rate se gonfler...

Vous vous dites en vous-même : « Je sais bien d'où cela vient ! n

Alors vous essayez de la consoler ; mais voilà une femme qui bâille comme un coffre, qui se plaint de la poitrine, qui repleure, qui vous supplie de la laisser à sa mélancolie et à ses souvenirs. Elle vous entretient de ses dernières volontés, suitson convoi, s'enterre, étend sur sa tombe le panache vert d'un saule pleureur... Là où vous vouliez entreprendre de débiter un joyeux épithalame, vous trouvez une épitaphc toute noire.

Il existe des femmes de bonne foi, qui arrachent ainsi à leurs sensibles maris des cachemires, des diamants, le payement de leurs dettes ou le prix d'une loge aux Bouffes ; mais presque toujours les vapeurs sont employées comme des armes décisives dans la guerre civile.

Au nom de sa consomption dorsale et de sa poitrine attaquée, une femme va chercher des distractions. Vous la voyez s'habiller mollement et avec tous les symptômes du spleen. Elle ne sort que parce qu'une amie intime, sa mère ou sa sœur viennent essayer de l'arracher à ce divan qui la dévore et sur lequel elle passe sa vie à improviser des élégies. Elle va passer quinze jours à la campagne parce que le docteur l'ordonne. Bref, elle va où elle veut, et fait ce qu'elle veut.

Se rencontrera-t-il jamais un mari assez brutal pour s'opposer à de tels désirs, pour empêcher une femme d'aller chercher la guérison de maux aussi cruels? Car il a été établi, par de longues discussions, que les nerfs causent d'atroccssouffrances.

Mais c'est surtout au lit que les vapeurs jouent leur rôle. Là, quand une femme n'a pas la migraine, elle a ses vapeurs; quand elle n'a ni vapeurs, ni

migraine, elle es( '^ous la [jrotection de la ceinture de Vénus.

Parmi les femmes qui vous livrent la bataille des vapeurs, il en existe quelques-unes plus blondes, [)lus délicates, plus sensibles que les autres, qui ont le don des larmes. Elles savent admirablement pleurer. Elles pleurentquand elles veulent, comme elles veulent, et autant qu'elles veulent. Elles organisent un système offensif qui consiste dans une résignation sublime, et remportent des victoires d'autant plus éclatantes, qu'elles restent en bonne santé.

Un mari tout irrité arrive-t-il promulguer des volontés? Elles le regardent d'un air soumis, baissent la tête et se taisent. Cette pantomine contrarie presque toujours un mari. Dans ces sortes de luttes conjugales, un homme préfère entendre une femme parler et se défendre; car alors on s'exalte, on se fâche; mais ces femmes, point!... Leur silence vous inquiète, et vous emportez une sorte de remords, comme le meurtrier qui, n'ayant pas trouvé de résistance chez sa victime, éprouve une double crainte. Il aurait voulu assassiner à son corps défendant.

Vous revenez. A votre approche, votre femme essuie ses larmes et cache son mouchoir de manière à vous laisser voir qu'elle a pleuré. Vous êtes attendri. Vous la suppliez de parler. Votre sensibilité, vivement émue, vous fait tout oublier. Alors, elle sanglote en parlant et parle en sanglotant; c'est une éloquence de moulin, car elle vous étourdit de ses larmes et de ses idées confuses et saccadées; c'est un claquet, c'est un torrent.

Les Françaises, et surtout les Parisiennes, possèdent à merveille le secret de ces sortes de scènes, auxquelles la nature de leurs organes, leur sexe, leur toilette, leur débit donnent des charmes incroyables. Que de fois un sourire de malice a remplacé les larmes sur le visage capricieux de ces adorables comédiennes, quand elles voient leurs maris empressés ou de briser la soie, faible lien de leurs corsets, ou de rattacher le peigne qui rassemblait les tresses de leurs cheveux, toujours prêts à dérouler dos milliers de boucles dorées!

Mais que toutes ces ruses de la modernité cèdent au génie antique, aux puissantes attaques de nerfs, à la Pyrrhique conjugale!

Oh ! que de promesses pour un amant dans la vivacité de ces mouvements convuLsifs, dans le feu de ces regards, dans la force de ces membres, gracieux jusque dans leurs excès. Alors une femme se roule comme un vent impétueux, s'élance comme les flammes d'un incendie, s'assouplit comme une onde qui glisse sur de blancs cailloux; elle succombe à trop d'amour, elle voit l'avenir, elle prophétise,

PIlYSïOLOGiE DU MARIAGE.

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elle voit surtout le présent, et terrasse un mari, e-t lui imprime une sorte de terreur.

ii suffit souvent à un homme d'avoir vu, une seule fois, sa femme remuer trois ou quatre hommes vigoureux comme si ce n'étaient que des plumes, pour ne plus jamais tenter de la réduire. Il sera commeTcnfant qui,aprèsavoir fait partir ladétenle d'une efîrayanie machine, a un incroyable respect pour le plus petit ressort. Puis arrive la Faculté de médecine, armée de ses observations et de ses terreurs. J'ai connu un mari, homme doux et paciilquc, dont les yeux étaient incessamment braqués sur ceux de sa femme, exactement comme s'il avait été mis dans la cage d'un lion, et qu'on lui eut dit qu'en ne l'irritant pas, il aiirait la vie sauve.

Les attaques de nerfs sont très-fatigantes, et deviennent tous les jours plus rares; le romantisme a prévalu.

Il s'est rencontré quelques maris flegmatiques, de ces hommes qui aiment longtemps parce qu'ils ménagent leurs sentiments, et dont le génie a triomphé de la migraine et des névroses; mais ces hommes sublimes sont rares. Disciples lîdèlcs du bienheureux saint Thomas qui voulut mettre le doigt dans la plaie de .Tésus-Christ, ils gont doués d'une incrédulité d'athée. Imperturbables au milieu des perfidies de la migraine, et des pièges de toutes les névroses, ils concentrent leur attention sur la scène qu'on leur joue, ils examinent l'actrice, ils cherchen t un des ressorts qui la foiit mouvoir; et, quand ils ont découvert le mécanisme de cette décoration, ils s'amusent à imprimer un léger mouvem.ent à quelque conlre-poids, et s'assurent très-facilementdela réalité de ces maladies ou de l'artifice de ces momerics conjugales.

Mais si, par une attention peut-être au-dessus des forces humaines, un mari échappe à tous ces artifices qu'un indomptable amour suggère aux femmes, il sera nécessairement vaincu par l'emploi d'une arme terrible, la dernière que saisisse une femme, car ce sera toujours avec une sorte de répugnance qu'elle détruira elle-même soii empire sur un mari; mais c'est une arme empoisonnée, aussi puissante que le fatal couteau des bourreaux. Celte réflexion nous conduit au dernier paragraphe de cette Méditation.

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