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dehors; le nord de l'Europe était en armes. La guerre entre la Russie et la Suède continuait en Finlande ;1' impératrice Catherine n'avait pas encore fait la paix avec la Turquie, et ses troupes insultaient les frontières de la Pologne. Plus près de nous, la Confédération germanique formait une armée, sous le prétexte apparent, de protéger ses droits dans les Pays-Bas , et l'Angleterre, voulant obtenir satisfaction pour quelques vaisseaux anglais saisis par une escadre espagnole, dans la baie de Nootka, équipait une flotte considérable.
Ces préparatifs donnaient une grande inquiétude au gouvernement, qui, allié de l'Espagne, ne pouvait demeurer indifférent. Une lettre de M. de Montmorin à l'Assemblée nationale lui fut communiquée dans la séance du 14 mai 1791. Le ministre lui faisait part de cet armement, en lui annonçant que le premier devoir du roi étant de veiller à la sûreté de l'État, il avait donné les ordres nécessaires pour que 14 vaisseaux de ligne fussent armés dans les ports de l'Océan et de la Méditerranée. Comme cet armement allait exiger que quelques secours extraordinaires fussent mis à la disposition du département de la marine, le roi ne doutait pas de l'empressement de l'Assemblée à les accorder.
La discussion s'ouvrit le lendemain sur cette demande, et aussitôt la question s'agrandit. « Per- » sonne ne blâmera les mesures prises par le roi,
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» dit Alexandre de Lameth, mais cette question in- » cidente amène une question de principe. 11 faut » savoir si l'Assemblée est compétente, et si la na- » tion souveraine doit déléguer au roi le droit de » faire la paix ou la guerre ? voilà la question ! »
Le débat s'engagea sur le point de savoir si on la discuterait avant de répondre à la communication faite au nom du roi. Ce fut l'avis de Barnave; mais Mirabeau proposa d'approuver d'abord les mesures prises par le roi, et d'ordonner par le même décret que dès le lendemain on commencerait la discussion de la question constitutionnelle.
Cette proposition reçut l'assentiment de l'Assemblée, et la question, ainsi formulée, fut mise à l'ordre du jour : « La nation doit-elle déléguer au roi » l'exercice du droit de faire la paix et la » guerre ? »
La délibération sur ce grave sujet commença le 16 mai et ne fut fermée que le 23. Un grand nombre d'orateurs furent entendus, mais ce fut surtout entre Barnave et Mirabeau que le débat prit un caractère de grandeur qui rendit toute la France attentive ; jamais l'éloquence ne s'éleva si haut de part et d'autre.
Ces deux athlètes cependant ne se hâtèrent pas de monter à la tribune et de se mesurer. Pendant cinq jours, la discussion erra d'opinion en opinion ; l'Assemblée était incertaine.
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Jusque là on n'avait vu d'autre alternative que de confère rl'exercice du droit de faire la guerre au roi, ou de l'attribuer exclusivement au corps législatif.
Mirabeau profita de cette hésitation, je dirais presque de cette lassitude de l'Assemblée, pour poser la question d'une autre manière. Il proposa de faire concourir au même but, sans les exclure l'une par l'autre, les deux autorités qui constituent la force nationale , et d'attribuer une part égale au pouvoir exécutif et aux reprêsentans du peuple, dans des actes qui participent tout à la fois de l'action et de la volonté, de l'exécution et de la délibération.
Tel fut le thème développé par Mirabeau, avec cette éloquence pleine de puissance et de mouvement, qui exerçait une si grande action sur l'Assemblée ; il résuma ce mémorable discours en un projet de décret, par lequel il réglait les attributions respectives, en cette matière, du roi et de la représentation nationale ; laissant au premier le soin de veiller à la sûreté extérieure de l'état, la nomination des agens diplomatiques, la distribution des troupes sur les diverses parties du territoire , et , en cas de guerre , la direction exclusive des forces de terre et de mer ; enfin la négociation des traités de paix, d'alliance et de commence, sauf ratification , réservant au corps législatif le vote des subsides, le droit, en les refusant, d'arrêter des hostilités entreprises sans motifs légitimes, dont les auteurs pourraient
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être poursuivis comme criminels de lèze-nation ; et celui, après les avoir accordés , de provoquer des ouvertures de paix ; Mirabeau proposait en outre , comme sûreté-contre les entreprises de la couronne, d'accorder au corps législatif la faculté de réunir , dans le cas où le roi ferait la guerre en personne, tel nombre de gardes nationales , sur tel point qui serait jugé convenable.
Barnave combattit aussitôt ce projet, il le saisit partout ce qu'ilavait de vulnérable, il rendit évidente à tous les yeux la lutte qu'il allait établir entre les deux pouvoirs ; l'affaiblissement qui en résulterait pour l'un comme pour l'autre , et , par suite, pour la France; puis, s' attaquant à celle de ces dispositions qui avait pour objet de contre-balancer, en mettant à la disposition du corps législatif une portion des gardes nationales , la puissance que donnerait au roi le commandement en personne de l'armée. « Ce moyen, dit-il, n'est autre chose que de » proposer la guerre civile pour s'opposer à la guerre » étrangère. Un des avantages dominans du gou- » vernement monarchique, un des plus grands mo- » tifs d'attachement à la monarchie pour ceux qui » cherchent la liberté, c'est que le monarque fait » le désespoir de tous les usurpateurs. Or, avec le » moyen proposé, je demande s'il ne se trouvera » jamais un législateur ambitieux, qui veuille de- » venir usurpateur ; un homme qui , par ses talens
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» et son éloquence, aura assez de crédit sur la lé- » gislature pour régarer, sur le peuple pour l'entraî- *> ner ? Si le roi est éloigné, ne pourra-t-il pas lui » reprocher ses succès et ses triomphes ? ne pourra-t- » il pas lui venir dans la tête d'empêcher le mo- » narque des Français de rentrer en France ? Il y a » plus, la législature ne commanderait pas elle- » même ; il lui faudrait un chef, .... Alors, quel » serait le vrai roi ? N'auriez-vous pas un change- » ment de race ou une guerre civ le ? Il faut que » M. de Mirabeau ait aperçu de biens grands incon- » vêniensdans le plan qu'il a présenté, puisqu'il a » cru nécessaire d'employer un remède si ter- » rible. »
Barnave proposa, en terminant, de décréter qu'au roi appartenait le droit de diriger les forces de terre et de mer, de commencer les négociations, de nommer les ambassadeurs, de signer les traités ; mais que le corps législatif pourrait seul, sur les propositions du roi, déclarer la guerre, faire la paix, et conclure les traités, auxquels le roi apposerait sa signature.
Ces deux projets, différaient peu ; ils étaient empreints du même caractère de défiance envers le monarque ; celui de Barnave , plus démocratique , découlait du principe de la souveraineté du peuple, qui dominait tout alors. Celui de Mirabeau , plus monarchique en apparence , puisqu'il laissait au roi
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une sorte d'initiative ? était plus anarchique en réalité.
Le côté droit de l'Assemblée (le comte de Seran, Custines, Mallouet, Cazalès ) , demandait que le roi seul eût le droit de faire la guerre et la paix ; il soutenait qu'en attribuant exclusivement ce droit à l'Assemblée nationale , les hostilités ne seraient pas moins fréquentes et seraient plus dangereuses ; qu'on se priverait de l'avantage du secret , si essentiel en pareil cas, et qu'enfin l'Assemblée aurait toujours la faculté d'arrêter la guerre, en refusant les subsides. Ce système si simple, qui dans les derniers temps a prévalu, comme le seul praticable, s'éloignait trop alors des idées que la révolution avait propagées , pour trouver beaucoup de partisans.
Mirabeau reparut à la tribune ; il tira un parti admirable de sa position personnelle. Animé par la contradiction, par le puissant effet qu'avait produit sur les esprits le discours populaire de Barnave ; en butte à ses ennemis, qui depuis la veille criaient dans les rues : La grande trahison du comte de Mirabeau! il trouva dans son génie, dans sa passion, peut-être, même dans ses convictions, des forces surnaturelles, et il entraîna l'Assemblée, qui ne voulut pas accorder la réplique à Barnave, et qui vota immédiatemment les articles proposés.
Tel était le sort des débats politiques de ces temps d'inexpérience, que , quel que fût le vainqueur, son
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triomphe laissait à désirer ; les hommes qui dominaient l'Assemblée ne lui offrant souvent le choix qu'entre deux partis également dangereux.
Quoi qu'il en soit, jamais lutte n'eut lieu entre de plus nobles rivaux, entre des talens plus éprouvés; c'est une des plus brillantes qu'ait offertes l'Assemblée constituante.
Mais ces combats de tribune ne se renfermaient pas toujours dans de justes bornes, et quelquefois l'irritation de la parole causait des blessures dont l'impitoyable préjugé du temps condamnait trop souvent à demander compte.
Si Barnave eut la faiblesse de céder à ce préjugé, ce fut comme provoqué , jamais comme provocateur. Après un premier duel sans résultat avec le vicomte de Noailles, qui partageait d'ailleurs ses opinions, qui estimait son caractère et ses talens, et qui se réconcilia franchement avec lui , il en eut un second avec Cazalès.
Les circonstances de celui-ci sont trop honorables pour les deux adversaires, et peignent trop bien les mœurs de l'époque, pour qu'il soit possible de les passer sous silence; nous en devons les détails à la bienveillance d'un témoin oculaire et irrécusable (1).
Cazalès et Barnave étaient à l'Assemblée dans une
(1) M. le général Théodore de Lameth.
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complète opposition. A la séance du 10 août 1790, la noble véhémence du premier lui avait fait adresser au côté de l'Assemblée dans lequel siégeait Barnave, quelques mots très vifs, que celui-ci put prendre pour. lui et auxquels il répondit avec politesse, mais avec fermeté. A la fin delà séance, Cazalès vint à Barnave et lui dit : « Au fond, il n'y a » rien, tous deux nous avons fait nos preuves, si » vous le voulez, nous en resterons là. » La réponse fut : « Je suis bien aise de votre jugement, c'était » le mien. — Cependant tout était loin d'être terminé. Le lendemain, de grand matin, Cazalès, accompagné du duc de Saint-Simon, arriva chez MM. de Lameth, où demeurait Barnave (1), qu'il réveilla en lui disant : « Je suis exactement dans les mêmes » dispositions qu'hier, mais mon parti ne veut pas » que j'en reste là, et à regret je viens vousledire. » Je l'avais prévu, » répondit Barnave, « j'avais » pensé que ce serait comme Labourdonnaye avec » Ch. de Lameth (2). » Cazalès reprit : « J'en suis » désolé, mais enfin , quand ? où ? et quelle arme
(1) L'hôtel de MM. de Lameth était rue de Fleurus, n° H. lin marbreplacé au dessus de la porte d'entrée indique encore, selon l'usage du temps, le nom des anciens propriétaires.
(2) C'était pour une chose frivole : tout était arrangé; cependant, Labourdonnaye vint trouver Charles de Lameth,etlui dit : « J'en suis aux regrets, mais ces dames le veulent absolument. » Il fut légèrement blessé.
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» choisissez-vous ? — Dans une heure, au bois de » Boulogne, le pistolet, » fut la réponse de Barnave.
On alla bientôt sur le terrain ; Charles de Lameth assistait Barnave ; son frère Théodore était allé chercher le célèbre chirurgien du Fouarre, et l'avait placé isolé, à peu de distance du théâtre du combat ; il se tenait lui-même dans Féloignement. — «C'est » à vous, qui avez été provoqué, à tirer le premier, » dit Cazalès. — « ïl n'y a pas eu offense d'intention, » répondit Barnave ; « je le crois de votre part, je » l'affirme de la mienne ; nous allons donc tirer au » sort. » Au môme instant, Alexandre de Lameth présenta sa main fermée à Cazalès en disant i « Pair » ou non? » Après quelque résistance, Cazalès prononça : « Mpair, » et voyant qu'il s'était trompé, il ajouta : « Vous savez que je suis joueur, et vous » avez pensé que je dirais ainsi. »
A treize pas, Barnave tira, mais n'atteignit pas; Cazalès ajusta à son tour; son arme fit deux fois faux feu. « Mon Dieu ! » s'écria-t-il, «que je vous » fais d'excuses. — Je suis là pour attendre, » dit Barnave. Au troisième essai le coup partit, mais encore sans résultat. — On aurait dû en rester là; Alexandre de Lameth le désirait vivement ; mais soigneux à l'excès de la réputation de son ami, et voyant l'autre témoin, le duc de Saint-Simon, plus âgé que lui, garder le silence, il crut devoir l'imiter.
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On rechargea les armes ; les balles, selon l'usage, alors, étaient entourées de rubans pour les fixer plus exactement; Cazalès le fit remarquer en disant, avec une innocente malignité : « Sommes-nous galans » pour vous , Messieurs! c'est du tricolore. »
Pendant cette triste opération, les deux adversaires se promenant amicalement , Cazalès dit à Barnave: « Je serais inconsolable de vous tuer, mais » vous nous gênez beaucoup ; je voudrais seule- » ment vous mettre hors de la tribune pour quelque » temps. — La crainte qui vous occupe , » reprit Barnave, « me tourmente à votre égard depuis ce » matin, mais je suis plus généreux que vous en » désirant vous atteindre à peine, car vous êtes la » toute-puissance de votre côté , peu riche en ora- » teurs, tandis que , dans le mien , à peine s'aper- » ce vr ait-on de mon absence. »
Le duc de Saint-Simon fit signe qu'on pouvait s'avancer ; le sort fut de nouveau consulté ; cette fois il prononça ; Cazalès tomba, frappé au front. Son premier mot fut : « Eh bien ! je suis ici pour cela. » Un chapeau à la forme du temps avait heureusement empêché la balle de pénétrer trop avant, mais le sinus frontal était brisé. Du Fouarre accourut, il examina la blessure et s'écria : « Ce ne sera rien! » Cazalès répéta l'exclamation, mais craignant d'avoir montré trop d'intérêt pour lui-même, il ajouta aussitôt : « C'est la bête qui parle» » Puis, aper-
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cevant M. Théodore de Lameth qui s'était tenu à l'écart dans le bois, il dit à Alexandre : « Pourquoi » votre frère n' approche- t-il pas? — Parce que, ré- » pondit celui-ci , vous n'avez qu'un témoin, Bar- » nave ne peut en avoir deux. — Est-ce que, répli- » qua vivement Gazalès, des- gens comme nous ont » besoin de témoins, si ce n'est pour les ramasser? » Ne le sont-ils pas d'un côté comme de l'autre? »
La voiture d'Alexandre de Lameth, meilleure que la sienne, lui fut offerte, il la refusa d'abord , puis il reprit vivement : « Oui, je l'accepte, il faut que ce soit ainsi. » Sa bienveillante pensée fut à l'instant comprise et appréciée.
Depuis cette époque, en conservant leurs opinions, Barnave et Cazalès furent liés de la plus étroite amitié (1).
Barnave, revenu à l'Assemblée, y reçut les témoignages de la plus vive sympathie; mais personne plus que lui ne gémissait de la tyrannie de l'opinion, qui l'avait forcé à un acte qu'il réprouvait ; personne aussi ne blâmait plus hautement l'emploi des paroles irritantes, qui amenaient souvent le désordre dans l'Assemblée ; et lorsque plus tard, le duel, qui eut lieu entre Charles de Lameth et le duc de Castries ,
(1) Président de l'Assemblée constituante, Charles de Lameth avaitrefusé de recevoir la 'démission de Cazalès. Sous le consulat, il fut heureux de parvenir à obtenir sa radiation.
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qui l'avait provoqué, l'amena à la tribune, il n'hésita point à dire : « S'il est un véritable moyen de » prévenir les vengeances personnelles, et d'ôter » de la main des citoyens, les armes qu'ils dirigent » contre leurs concitoyens, c'est d'armer la loi » contre eux. Qu'on punisse les injures, et bientôt » on cessera d'en faire. Que ce soit vous, députés, » qui donniez l'exemple de lamodèration dans cette » Assemblée, et bientôt vous la verrez régner par- » tout (1). »
Ce que Barnave conseillait, il le pratiquait luimême; ses paroles empruntaient la plus grande force de la haute raison dont elles étaient empreintes, jamais elles ne s'écartèrent envers ses collègues, des égards qui prenaient leur source dans son caractère honnête et bon, et aussi dans la bienveillance dont il était animé pour eux, quelles que fussent les nuances diverses de leurs opinions.
Si quelque chose pouvait égaler sa modération, c'étaient ses sentimens d'humanité et la pureté de ses principes; il en donna une grande preuve lors des troubles de Nancy ; l'Assemblée s'était émue au récit qui lui en avait été fait, et peut-être allait-elle prendre des mesures terribles ; il la calma par ce peu de mots, prononcés avec fermeté : « Sans doute il est instant de rétablir l'ordre
(1) Séance du 13 novembre 1790.
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» dans cette ville et de faire cesser les malheurs » qui nous affligent ; il faut y procéder d'une ma- » nière efficace, et qui rende le succès aussi pro- » bable que la sagesse humaine puisse le prévoir; » mais il faut y pourvoir sans s'écarter de lajus- » tice, et en répandant le moins possible le sang » des hommes. »
Il proposa de rédiger à l'instant une proclamation, dans laquelle l'Assemblée nationale annoncerait la ferme intention de punir les coupables, de rétablir l'ordre, en examinant tous les droits et tous les intérêts, déclarant que, jusqu'à sa décision il ne serait fait de mal à personne, et que tous les soldats et les citoyens seraient sous la sauve-garde de la nation. Cette proposition fut adoptée, et Barnave chargé de la rédaction (1).
Dans la séance du 25 octobre suivant, il fut appelé à la présidence de l'Assemblée; cette nomination fut accueillie avec joie, elle le fut surtout par les journalistes , organes de l'opinion constitutionnelle , et Marat , se chargea de la rendre chère aux gens de bien, en l'attaquant avec son cynisme éhonté dans sa feuille de Y Ami du peuple.
Barnave eut bientôt occasion, dans ce poste éminent, de faire preuve de fermeté, et de montrer toute sa loyauté, en prévenant l'abbé Maury qu'il
(1) Séance du 31 août 1790.
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le rappellerait à l'ordre s'il ne prouvait certaines allégations qu'il avait légèrement avancées (1).
Lorsque la constitution civile du clergé eut été décrétée, et que le président de l'Assemblée se fut rendu chez le roi, pour le* prier de faire connaître les motifs qui arrêtaient la sanction du décret, l'Assemblée eut à examiner si la réponse lue et remise au président par le roi et non signée de lui, devait être considérée comme légale et officielle : Barnave en prit occasion d'établir nettement le principe de la responsabilité, le seul propre à couvrir l'inviolabilité du monarque : « Le contre-seing est nécessaire, » dit-il, « même à l'égard des actes laissés au libre y> arbitre du roi , pour établir d'abord l'authenticité » de la réponse, ensuite pour assurer la responsa- » bilitê. Ce n'est jamais que vis-à-vis un être res- » pensable qu'il peut y avoir ouverture à contesta- « tion (2). »
S'il défendait avec conviction le principe de la responsabilité, Barnave ne mettait pas moins d'énergie à faire respecter les engagemens pris par l'état, lorsque dans la détresse où l'on se trouvait, des propositions avaient pour objet d'y porter atteinte. Une motion fut faite dans l'objet d'imposer les rentes sur l'état. Barnave la combattit : « Il y
(1) Séance du 5 novembre.
(2) Séance du 23 décembre 1790.
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» a dit-il, une distinction radicale entre les deux » impôts personnel et réel. L'impôt personnel, » et j'entends par là tout impôt indirect, est le » prix de la protection de la personne ; il est dû » et doit être payé parcelle, en proportion de sa » jouissance. — L'impôt réel est mis sur la chose, » et est le prix de la protection accordée à la pro- » priété. — Le propriétaire de rentes, ne doit donc » point payer la protection de la loi, parce quelle » lui est garantie par son contrat ; la nation ne » peut faire payer une sûreté qu'elle a promise ; » ce sont là les principes de tous les peuples qui » veulent traiter avec loyauté. »
Après ces paroles , Barnave proposa le projet suivant : « L'Assemblée nationale se référant à ces » précédens décrets, qui consacrent les principes » invariables de la foi publique, .... déclare qu'il » n'y a pas lieu à délibérer sur la motion qui lui » a été faite, tendant à établir une imposition par- » ticulière sur les rentes dues par l'état. »
Ce projet fut adopté (1).
Les affaires des colonies tiennent une grande place dans la vie politique de Barnave : elles lui causèrent de sérieux désagrêmens, affaiblirent sa popularité, et l'exposèrent aux attaques des passions les plus
(1) Séance du h décembre 1790.
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ardentes. Ce sujet pour être compris, a besoin d'être traité avec quelque étendue.
Le contre-coup de la révolution française s'était fait sentir dans nos possessions d'outre-mer et particulièrement à Saint-Domingue. Les esprits y étaient dans une grande agitation. L'Assemblée nationale cependant n'avait pas négligé de s'occuper de leurs intérêts ; le soin en avait été spécialement confié à un comité dont Barnave faisait partie, et qui, dès le 8 mars 1790, avait proposé par son organe un projet de décret qui avait pour objet d'autoriser les assemblées coloniales à faire connaître leur vœu sur la constitution, la législation et l'administration qui pouvaient convenir aux possessions françaises. Ce décret fut adopté le même jour, et suivi d'une instruction également rédigée par Barnave, et approuvée par l'assemblée le 23 suivant.
Les principes de Barnave à l'égard des colonies étaient ceux-ci : qu'elles étaient pendant long-temps encore nécessaires à la France ; que pendant tout ce temps la France pourrait les conserver ; que le moment où elle les perdrait serait celui où elle pourrait naturellement s'en passer; que l'affranchissement civil des nègres ne devait avoir lieu que progressivement, sans ensanglanter les colonies, et qu'il était indispensable de le préparer par un régime politique très sévère (1).
(1) 2me toI. page 230.
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Quoique Saint-Domingue eut trois assemblées provinciales , une assemblée générale s'était réunie à Saint-Marc, qui, avant même d'avoir eu connaissance du décret du 8 mars, avait fait des actes nombreux d'autorité.
A la réception de ce décret, elle vota une adresse de remercîment à l'Assemblée nationale, mais elle ne changea pas sa marche, et agit comme assemblée législative et souveraine ; elle cassa le conseil supérieur du Cap, elle s'occupa de la rédaction d'une constitution, rendit un décret sur la formation des municipalités, auxquelles elle donna la direction des affaires militaires, le régime des ports, et le travail relatif aux transactions commerciales entre la métropole et les colons. Tous ces actes intitulés décrets ne furent soumis ni à la ratification de l'Assemblée nationale, ni à la sanction du roi, ni à l'approbation du gouverneur de la colonie, auquel ils furent seulement notifiés, pour être exécutés sur-le-champ.
Ces mesures de l'assemblée de Saint-Marc furent désapprouvées par les assemblées provinciales, ce qui n'empêcha pas l'assemblée générale de rendre un nouveau décret le 28 mai suivant, par lequel elle s'attribua le pouvoir législatif avec la seule sanction du roi; elle décréta aussi un serment particulier à la constitution de la colonie, et elle voulut le faire prêter aux troupes malgré la résistance du gouverneur; enfin, sur le refus des troupes,
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elle rendit un décret par lequel elle les licencia et les remplaça par une garde nationale soldée.
Les assemblées provinciales, et la grande majorité deshabitans, protestèrent contre ces résolutions, et déclarèrent qu'elles regardaient le décret du 8 mars rendu par l'Assemblée nationale, comme un bienfait pour la colonie.
Le gouverneur se vit obligé de dissoudre l'assemblée générale, et d'annoncer qu'il aurait recours, s'il était nécessaire, à la force des armes. Après lui avoir accordé un délai d'abord de 18 heures, puis de 24 pour se séparer, il fut obéi ; l'assemblée ne se trouvant pas soutenue par l'opinion, décida qu'elle se transporterait tout entière en France, pour porter à la nation française les assurances de son inviolable attachement, et elle s'embarqua en effet.
De tels évènemens étaient trop graves pour ne pas devenir l'objet de toutes les sollicitudes de l'Assemblée nationale.
Un nouveau rapport de Barnave au nom du comité des colonies , exposa les faits avec autant de modération que d'impartialité. Sur sa proposition, l'assemblée déclara que les principes constitutionnels avaient été violés et l'exécution de ses décrets suspendue par l'assemblée de Saint-Marc; que les actes de cette assemblée étaient attentatoires à la souveraineté nationale et à la puissance législative; qu'elle était déchue de tous ses pouvoirs ,
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comme tous ses membres dépouillés du caractère de députés, et que ceux-ci qui se trouvaient à la suite de l'assemblée, demeureraient dans le même état, jusqu'à ce qu'il eût été ultérieurement statué à leur égard. L'assemblée nationale déclara en outre que le gouverneur (1) et les militaires de tous grades avaient glorieusement rempli leurs devoirs ; elle décréta, enfin, que jusqu'à ce qu'il leur en fût substitué de nouvelles, toutes les lois établies continueraient à être observées à Saint-Domingue, et que le roi serait prié de donner des ordres pour que le décret du 8 mars et les instructions du 28 y reçussent leur exécution (2).
Ce dernier décret de l'Assemblée nationale Tut reçu avec de grandes démonstrations de joie dans la colonie, où il rétablissait l'ordre et la paix. L'Assemblée provinciale du nord, se hâta d'en exprimer sa reconnaissance à la mère-patrie : « Ce dé- » cret, disait-elle dans une lettre à l'Assemblée » nationale, a obtenu les applaudissemens les plus » vifs et les plus généreux ; nous avons voté de plus, » des remercîmens à M. Barnave, et arrêté qu'il se- » rait ouvert une souscription, dont le produit serait » destiné à nous procurer son buste qui sera placé
(1) M. Peynier.
(2) Séances des 11 et 12 octobre 1790.
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» dans la salle de nos séances, avec cette inscrip- » tion :
» Barnave, défenseur de la colonie (1). »
L'assemblée nationale avait annoncé dans le préambule du décret du 8 mars 1790 la ferme volonté d'établir comme article constitutionnel, qu'aucunes lois sur l'état des personnes ne seraient décrétées pour les colonies, que sur la demande précise et formelle des assemblées coloniales.
Cette sorte d'engagement concernait-il les droits politiques des gens de couleur et nègres libres, ou avait-il pour objet l'état des esclaves?
Le doute à cet égard avait donné lieu à de graves dissentions dans les colonies , il divisait aussi l'Assemblée nationale; les uns voulaient tout à la fois que sans consulter les assemblées coloniales, des droits politiques fussent immédiatement accordés aux gens de couleur ainsi qu'aux nègres libres, et que l'on s'occupa de donner la liberté aux esclaves. Les autres demandaient que les assemblées coloniales eussent l'initiative sur ces questions.
Cette dernière opinion fut soutenue par les quatre comités réunis de la marine, de l'agriculture et du commerce, de constitution et des colonies, qui par
(1) Séance du 10 décembre 1789.
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l'organe de Delâtre, leur rapporteur, proposèrent un projet de décret en conséquence.
Ce projet fut vivement appuyé par Barnave, qui voyait la perte des colonies dans toute résolution sur l'état politique des gens de couleur libres, et sur l'affranchissement des esclaves, dont l'initiative ne viendrait pas des Colons eux-mêmes. Mais l'opinion de Barnave commençait à perdre de son autorité, et après plusieurs jours d'une discussion très animée, l'assemblée décréta, le 15 mai 1791, qu'elle ne délibérerait jamais sur l'état des gens de couleur non libres sans le vœu préalable, libre et spontané des colonies ; mais que quant aux gens de couleur libres, ils seraient admis dans toutes les assemblées paroissiales et coloniales futures, s'ils avaient d'ailleurs les qualités requises.
Ce décret fut suivi à Saint-Domingue, immédiatement après son arrivée, d'une violente fermentation. La colonie était divisée en deux partis, l'un qui avait adopté et défendu les décrets de la mère-patrie, l'autre qui les avait transgressés; tous deux se réunirent dans un esprit commun d'opposition. D'un autre côté , les gens de couleur s'estimant à l'égal des blancs , puisqu'ils acquéraient les mêmes droits, s'animèrent contre eux, et dans plusieurs paroisses les noirs qui se crurent déjà libres, parce qu'on avait brusquement fait luire à leurs yeux l'espérance de la liberté, quittèrent leurs ateliers et se révoltèrent;
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six semaines après, les plus horribles désastres eurent lieu.
Lorsque ces évènemens furent connus en France, l'Assemblée constituante chargea les quatre comités de lui en faire un rapport. Ce fut Barnave qui devint leur organe ; il ne parla jamais avec plus de raison ; il exposa quel puissant préjugé régnait aux colonies, et fît sentir combien il était nécessaire de le respecter ; il démontra que si quelque chose pouvait maintenir la subordination dans nos possessions, c'était de lier les affranchis et les esclaves aux ingénus par la reconnaissance; tandis que si on voulait rompre violemment ce lien, sans la participation des colons, et sans que le bienfait leur en fût en partie attribué, il ne pourrait qu'en résulter les plus grands maux.
Barnave convaincu, avec les comités, de la nécessité de revenir sur le décret du 15 mai, proposa de déclarer que les lois concernant l'état des personnes non libres et l'état politique des gens de couleur, seraient faites par les assemblées coloniales, et soumises directement à la sanction du roi.
Ce rapport de Barnave , fait le 24 septembre 1791, et le projet de décret qui le terminait, reçurent l'approbation de l'assemblée ; mais s'il obtint cette haute sanction, il lui suscita de nombreux ennemis, parmi lesquels figuraient au premier rang, les partisans de l'abolition de l'esclavage; il se vit
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en butte aux accusations les plus insensées: la malveillance attribua à ce rapport les troubles de Saint-Domingue, tandis que les brigandages et la guerre civile y régnaient depuis près de trois mois, lorsqu'il y fut reçu, et qu'on savait bien qu'ils avaient été produits par le décret du 15 mai.
Cette affaire des colonies qui occupa beaucoup Barnave, fut dès le principe, comme nous l'avons dit, la cause d'un grand échec pour sa popularité.
Le travail des comités l'absorbait presque entièrement ; il paraissait plus rarement aux séances, et prenait ainsi moins de part aux discussions de la tribune. On profitait de son silence pour l'attaquer, et lorsqu'il put reprendre ses fonctions avec exactititude, il reconnut que ce système de détraction avait fait des progrès, et que la confiance dont il jouissait dans l'assemblée s'était affaiblie.
Ce genre de disgrâce, tout nouveau pour lui, ne lui permit pas dé réfléchir froidement sur la conduite qu'il avait à suivre.
Cette époque de sa vie est la seule où, selon ses propres aveux, il n'ait pas été parfaitement lui-même. Une faute, et il le dit avec candeur (1), l'entraînait dans une autre. Il s'opposa au départ de Mesdames, tantes du roi; il se livra à une dénonciation violente contre le club
(1) Vol.l<*pagçgfl25etl26.
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monarchique ; il prit une part très subordonnée, mais enfin il prit quelque part à cette malheureuse affaire, comme il l'appelait lui-même, du serment des prêtres. Par un fâcheux enchaînement, quelquesunes de ses motions véhémentes, furent immédiatement suivies de mouvemens populaires ; il y fut certainement étranger ; et lorsqu'il l'affirme, il avait trop de franchise pour ne pas être cru ; mais ces mouvemens servirent plus que toute autre chose à lui faire apercevoir la fausse route dans laquelle ii s'était engagé, et à lui démontrer que s'il avait voulu parer à l'effet de la calomnie, sa conduite donnait quelque prise à l'hostilité dont il était l'objet, « quand le triste succès de ces moyens, ne m'eût » pas averti d'en changer, dit-il, j'y aurais été con- » duit par le mal-être où il me retenait. » 11 rentra donc bientôt dans la ligne qu'il avait quittée, mais il fallait quelque temps pour détruire Timpite sion que sa conduite avait causée et à laquelle :i attribuait l'inefficacité de sa résistance, au fatal dé~ cretdu 15 mai, surles colonies.
« Peut-être, ajoute-t-il, ceux qui ont vécu dans » les affaires publiques, et qui ont connu par ex- « pêrience, non seulement tout le charme de la po- » pularité, mais tous les moyens qu'elle donne de » faire le bien, m' excuser ont-il de lui avoir fait alors, » quelques sacrifices, en songeant surtout, avec » quelle énergie j'ai résisté depuis.
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Cependant, d'autres débats qui avaient également une grande importance, avaient permis à Barnave de rentrer dans cette voie de modération et de prudence dont il se reprochait d'avoir un moment dévié.
Dans la séance du 22 mars 1791, Thouret au nom du comité de constitution , avait proposé un projet de loi sur la régence, qui la conférait pendant la minorité du roi, à son parent le plus proche par les mâles, et qui en excluait les femmes.
Ce projet rencontra de l'opposition; l'abbé Maury se prononça dans un long discours en faveur de la régence élective ; mais Barnave démontra par des argumenssans réplique, que les devoirs et les prérogatives de la régence étant les mêmes que ceux de la royauté, établir pour l'une un mode différent de ct'lui adopté pour l'autre, c'était changer l'unité et ia nature de notre gouvernement. « Ce n'est pas >> seulement, dit-il, pour la stabilité de celui-ci, » c'est pour l'intérêt de la liberté que la royauté » a été constituée héréditaire; la régence doit donc » l'être aussi. Un seul, supérieur à tous, ne fait » ombrage à personne ; mais celui qui réunirait au » prestige de la royauté, à toute la puissance qu'elle » confère l'avantage d'avoir été appelé à la régence » par le choix du peuple, d'être pour ainsi dire, » l'enfant politique de la nation, aurait entre ses » mains tous les moyens d'anéantir la liberté
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» publique. La régence élective a donc, sous ce » point de vue politique , des inconvéniens plus » grands encore que la royauté élective.... Un ré- » gent aurait plus de puissance parla confiance qui » l'aurait fait élire, qu'un roi qui ne tiendrait la » sienne que de la loi et de la naissance. La ré- » gence ne serait qu'un passage à l'usurpation et » à la royauté élective, car un héritier présomptif, » arrivé à dix-huit ans , n'aurait jamais assez » de moyens, pour obliger un régent, l'idole du » peuple, à lui rendre les rênes de l'état. »
Ces considérations frappèrent l'Assemblée, Mirabeau , lui-même, après avoir hésité dans les premières séances, fut obligé de s'y rendre, et la régence héréditaire fut adoptée à une immense majorité.
Mais je viens de prononcer le nom de Mirabeau , et ce sera pour la dernière fois ; déjà dans la discussion sur la régence et le 25 mai, il se plaignait de l'altération que sa santé avait subie ; le 27 il prononça un long discours sur la loi relative aux mines; cinq fois dans cette journée il prit la parole , mais le mal faisait de rapides progrès ; cinq jours après (1), le grand orateur, orgueil de la révolution, avait cessé de vivre.
Pastoret vint à la tête d'une députation demander
(1) Le 2 avril.
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au nom de Y administration du département de la Seine, dont il était procureur-général syndic, que des honneurs lui fussent décernés, et que ses cendres fussent déposées à Sainte-Geneviève.
Barnave se leva aussitôt et prononça avec douleur et recueillement ce peu de mots, qui exprimaient si bien la pensée de tous : « Les détails auxquels » nous obligeraient dans ce moment une discussion, » troubleraient et dégraderaient le sentiment pro- » fond dont nous sommes pénétrés. Ce sentiment » juge M. de Mirabeau, puisqu'il est le souvenir de » tous les services qu'il a rendus à la liberté de sa » patrie. Je propose de décréter qu'il a mérité les » honneurs qui seront décernés par la nation aux » grands hommes qui l'ont bien servie, et de ren- » voyer pour l'exécution au comité de consti- » tution. »
Toute l'Assemblée, moins trois de ses membres, vota cette proposition, et le lendemain sur le rapport de son comité, elle décréta que l'édifice de Sainte- Geneviève serait destiné à recevoir les cendres des citoyens qui auraient illustré la patrie, et que Mirabeau était digne de cet honneur.
L'Assemblée nationale assista en corps aux funérailles de celui qui laissait dans son sein un vide irréparable.
S'il est vrai qu'à son lit de mort Mirabeau ait dit : « qu'il emportait dans son cœur le deuil de la mo-
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» ûarchie, dont les débris seraient bientôt la proie » des factieux, » cette prédiction, par l'effet du plus fatal des évènemens, ne devait pas tardera s'accomplir.
Nous touchons à l'un de ces momens de crise où la lutte entre les ennemis de la monarchie et ceux qui s'étaient fait une loi de la défendre, allait prendre un caractère plus prononcé de violence dans l'attaque et d'énergie dans la résistance. Le roi et sa famille avaient quitté Paris. Ce départ qualifié de fuite pouvait livrer la France à l'anarchie; le péril était grand, mais dans cette journée qui s'annonçait menaçante, et qui fut imposante et calme, l'Assemblée n'eut pas un instant d'hésitation ; elle pourvut à tout ; elle se maintint constamment à la hauteur de sa mission. A l'heure où tous les regards se tournaient vers les hommes de cœur, Barnave rentra en pleine possession de sa confiance, et il s'en montra digne.
Une voix parut vouloir répéter contre M. de Lafayette, certaines calomnies qui avaient pour objet de le faire considérer comme complice de l'évasion du roi, afin de désunir la garde nationale parisienne, et de la séparer de son chef; Barnave arrêta l'orateur avant qu'il se fût expliqué. « L'objet qui doit nous » occuper dit-il, est de sauver la chose publique, » et d'attacher la confiance populaire à qui elle » appartient, au lieu d'accréditer des méfiapces
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» contre ceux qui peuvent seuls maîtriser les êvè- » nemens. »
Puis, prenant avec chaleur la défense de M. de Lafayette, dont depuis quelque temps cependant, il croyait avoir à se plaindre, il démontra à l'Assemblée qu'elle lui devait toute son estime; insista vivement sur la nécessité de conserver à ce général la force morale dont il avait besoin pour maintenir la tranquillité dans Paris, et demanda, que passant à l'ordre du jour sur les insinuations du préopinant, « il fût ordonné aux ci- » toyens de se tenir en armes, mais calmes, mais » immobiles, avec la ferme résolution d'obéir au » mouvement qui leur serait imprimé par l'Assem- » blée nationale (1). »
Cette proposition fut unanimement adoptée. Le côté droit lui-même y adhéra par son vote.
L'Assemblée ordonna qu'un serment serait pré lé par tous les militaires ; Barnave concourut dans les comités à la rédaction de ce serment ; il fit insérer dans la formule fidélité au roi constitutionnel, mais l'Assemblée retrancha ces mots.
Le lendemain on apprit l'arrestation du roi à Yarennes ; aussitôt il fut décrété, que les mesures les plus promptes et les plus actives seraient prises pour protéger sa personne, et assurer son retour à
(1) Séance du 21 juin.
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Paris; que Barnave, Pêtion et Latour-Maubourg se rendraient à Varennes avec le titre et le caractère de commissaires de l'Assemblée, avec pouvoir de requérir les troupes et les corps administratifs ; qu'enfin l' adjudant-général Mathieu-Dumas les accompagnerait pour faire exécuter leurs ordres. — Ce fut encore Barnave qui rédigea le décret destiné à régler les pouvoirs des commissaires, et qui y fit insérer la recommandation spéciale : « de veiller à ce que » le respect dû à la dignité royale fût maintenu. »
Les trois commissaires partirent aussitôt. Ils joignirent le roi sur la route de Dormans à Epernay; l'un d'eux fit lecture du décret qui établissait leur mission. Le roi témoigna sa sensibilité au sujet des précautions prises par l'Assemblée, pour que sa personne et sa dignité fussent à l'abri de toute atteinte; puis il ajouta : «qu'il n'avait jamais eu l'in- » tention de sortir de France. » Barnave se retourna vers Dumas et lui dit : « Voilà un mot qui sauvera » le royaume. »
Les trois commissaires montèrent dans la voiture du roi, où étaient déjà, outre le monarque, le dauphin, la reine, madame royale, madame Elisabeth et madame de ïourzel, gouvernante du dauphin; sur le siège se trouvaient trois gardes-du-corps déguisés en courriers. Le retour du roi et de sa famille fut accompagné de grands et nombreux périls ; à plusieurs reprises, le dévouement ardent de Bar-
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nave, sa persuasive éloquence que les circonstances rendaient encore plus entraînante, protégèrent leur vie, et surtout celle des trois gardes-du-corps.
Pendant ces longues heures où l'accablement d'une chaleur excessive se mêlait aux préoccupations les plus pénibles, le jeune dauphin trouva souvent sur les genoux de Barnave les distractions dont l'ennui de la route faisait sentir le besoin à l'heureuse insouciance de son âge.
Les égards qui environnèrent constamment les personnes royales touchèrent le cœur de la reine ; elle ne put se montrer insensible à l'attitude pleine de déférence et de respect que Barnave, en particulier, garda vis-à-vis d'elle ; mais si elle lui manifesta ce sentiment par une bienveillance plus marquée, si elle causait plus habituellement avec lui, il ne put y avoir entre eux aucun échange de pensées secrètes, aucun entretien politique ; ni ouverture d'une part , ni engagemens de l'autre.
Barnave assure qu'on ne cessa pas d'être huit dans la même voiture, que, lorsqu'on s'arrêtait, les commissaires ne se quittaient pas , et que la présence de Pétion parmi eux eût d'ailleurs suffi pour commander la circonspection.
Une seule fois, en vue de disculper M. de Lafayette, et pour obtenir à cet égard un témoignage irrécusable aux yeux de ses collègues, Barnave demanda à la reine, dans les termes de la plus discrète réserve,
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s'il était vrai, comme on en répandait le bruit, que M. de Lafayette eût été mis dans le secret du départ des Tuileries? La reine répondit vivement : « Non, » non, quand nous sortions du château, la nuit était » sombre ; le général passait par le Carrousel escor- » té de ses gardes munis de flambeaux ; lorsque » nous fûmes en voiture, et que je songeai à lui , » je me pris à rire ; car, quoique reine on est tou- » jours femme de quelque côté ; madame de Tourzel » surprise, me dit : Comment votre majesté peut- » elle rire dans la position où elle est? je lui répon- » dis, c'est que je pense à la mine que fera demain » M. de Lafayette (quelle qualifiait du sobriquet » qu'on lui donnait dans les petits cercles de la cour) » quand nous serons loin d'ici. »
Ce voyagedevint l'objet de relations mensongères, qui en dénaturèrent toutes les circonstances; et lorsque Barnavc fut invité plus tard à s'en expliquer devant la société des jacobins, Pètion, qui était à côté de lui, lui recommanda expressément de dire, que pendant toute la route, les trois commissaires ne s'étaient pas quittés : « parce que, » ajouta-t-il, » dans une mission aussi délicate, ce fait estimpor- » tant à constater. »
Mais il est vrai que Barnave s'était senti fortement ému à l'aspect de cette grande adversité, que relevait une si noble et si courageuse résignation : « Époque à jamais gravée dans ma mémoire,
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» dit-il, qui a fourni à l'infâme calomnie tant de pré- » textes, mais qui, en présentant sans cesse à mon » imagination ce mémorable exemple de l'infortune, » m'a servi sans doute à supporter facilement les » miennes ! »
Arrivés à Paris, les commissaires déposèrent le roi et sa famille aux Tuileries, et vinrent immédiatement rendre compte de leur mission à l'Assemblée ; Barnave fut chargé de ce soin ; il s'en acquitta avec simplicité, sans rien négliger de ce qui pouvait calmer les esprits, et les concilier à l'auguste famille.
Depuis ce jour, Barnave n'a plus approché du château; si quelquefois il a pu, comme nous le dirons plus tard, être consulté, avec ses amis, par des intermédiaires, il est positif qu'il n'a plus eu de relations personnelles et directes avec le roi ni avec la reine. Seulement après la dissolution de l'Assemblée, il fut du nombre des députés, qui retournant dans leurs départemens, crurent qu'il était de leur devoir de prendre congé du chef de l'état.
Cependant, le voyage de Yarennes avait fourni aux ennemis du roi une arme puissante contre lui ; aux jacobins, des discours violens, notamment celui de Brissot, avaient porté l'exaspération au plus haut degré ; ils demandaient que l'inviolabilité du monarque ne fût pas respectée et que Louis XVI fût mis en jugement.
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L'Assemblée nationale avait chargé ses comités réunis de lui faire un rapport sur les circonstances de ce départ, et sur les mesures qu'il pouvait avoir rendues nécessaires.
Les comités avaient déclaré sans hésitation, que cet acte n'était pas un délit constitutionnel, et que d'ailleurs l'inviolabilité dont le roi était couvert ne permettait pas de le mettre en cause (1).
Mais de perfides desseins se montraient à découvert. Barnave nous apprend que Pètion, Sieyés, Buzot paraissaient se proposer de substituer au pouvoir exécutif royal un conseil électif, et de commencer à établir un gouvernement républicain de fait, comme un acheminement à ce qu'il fût constitué de droit; que d'autres se prononçaient pour une régence; et qu'on pouvait croire que Robespierre, qui s'opposa avec énergie à l'application du prin-^ cipe de l'inviolabilité, avait dès lors des idées de dictature et de tribunat.
La discussion s'ouvrit immédiatement après le rapport des comités. Si d'un côté l'inviolabilité du monarque fut vivement attaquée, de l'autre, tout ce qui pouvait produire un effet utile avait été présenté en faveur du principe constitutionnel. Adrien Duport et Salles avaient été entendus; l'impression qu'ils avaient faite sur l'Assemblée paraissait si défi) Séance du 13 juillet 1791,
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cisive, que ce fut au regret même de ses amis, qu'on vit Barnave monter à la tribune ; mais il ne tarda pas à montrer qu'on était loin d'avoir épuisé ce grave sujet ; les sentimens qui l'avaient^ si bien inspiré, lorsque quatre mois auparavant il parlait sur la régence, l'animèrent de nouveau ; jamais sa parole ne fut plus éloquente, jamais cœur monarchique et français ne fit entendre un langage plus patriotique et plus élevé. L'affluence du public était extrême, et ses dispositions contraires à l'inviolabilité peu douteuses. En face de l'orateur, dans une tribune réservée, se trouvait une jeune femme, que son éclatante beauté et la vivacité passionnée de ses démonstrations en faveur de la cause républicaine désignaient à l'attention générale, comme exerçant une sorte d'empire autour d'elle.
Barnave, écouté d'abord avec froideur par les tribunes, s'imposa insensiblement à leur admiration par la puissance de sa logique et l'autorité de sa raison. Cette voix de la conscience, ce sympathique accent d'une conviction forte, remuèrent toutes les âmes, et lorsqu'il prononça ces mots : « Vous allez » jusqu'au délire du courroux, parce que l'homme » roi a fait une faute ; vous seriez donc comme » des esclaves prosternés à ses pieds , s'il avait » flatté vos goûts ! et voyez le danger d'une » telle disposition, car la nation française, vous le » savez, sait bien mieux aimer qu'elle ne sait haïr ! »
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Alors, dis— je, l'effet futgénéral, lesapplaudissemens éclatèrent de toutes parts ; le signal en fut donné par la jeune enthousiaste, qui, avec l'impétueuse sincérité de son âge, reporta vers la vérité, dont l'éclat venait de frapper ses yeux, l'exaltation qu'avaient surprise en elle de fausses théories, et on assure que sa conversion devint si éclatante que désignée plus tard à la haine des factions, elle périt victime de l'expression imprudente et peu contenue de ses sentimens nouveaux.
Ce discours détermina l'Assemblée; elle vota le projet de décret qui lui avait été soumis par ses comités avec les additions que Salles avait proposées. Dans cette circonstance, comme au 21 juin, Barnave rendit un immense service à son pays, il fut en cela puissamment secondé par* Duport, les de Lameth et tous leurs amis.
Paris et le royaume applaudirent s u décret rendu par l'Assemblée : les jacobins s'en i ndignèrent ; ils proclamèrent l'insurrection, appelé ;ent à la révolte une multitude d'ouvriers, et rédiger ent cette trop fameuse pétition, qui occasionna bien tôt après la malheureuse et sanglante affaire du C ,hamp-de-Mars.
Cependant, l'Assemblée natio' ^ale touchait au terme de sa mission ; elle avait vdf i sans plan arrêté, sans ordre et à mesure que les cire onstances l'avaient exigé, une foule de décrets de ïstinès à former la constitution de la France ,- mais e 41e n'avait pas tar-
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dé à reconnaître le vice de ce défaut de méthode, et dès le mois d'août 1789 elle avait chargé un comité de réunir ces décrets, de les coordonner et d'en faire un tout, qui présentât avec clarté l'ensemble des droits et des devoirs des citoyens, la division et l'organisation des pouvoirs publics.
Le comité de révision employa deux années à accomplir sa tâche, Barnave en était membre, et sans être un des principaux auteurs du travail, il avait assisté avec une grande assiduité à ses séances.
Ce fut le 8 août 1791, que Thouret, au nom des comités de constitution et de révision, vint présenter ce travail à l'Assemblée : deux vues y présidaient, l'une de simplifier l'acte constitutionnel, l'autre de donner au nouveau pacte social l'énergie et la force nécessa ires pour agir et pour se conserver ; c'est dire quel e comité ne s'était pas borné à classer, à coordonner 1( 3S précèdens décrets, mais qu'il les avait réellement révisés et améliorés.
L'Assemblée ) nationale avait abattu, elle avait créé ; il lui resta it à consolider et à maintenir ; ce fut la pensée du c -omité.
Les ennemis de la constitution nouvelle, royalistes purs et républicaii is, ne pouvaient voir sans de vives alarmes, tout i ce qui tendait à lui faire prendre racine dans le sol ; ils se concertèrent, unirent leurs efforts et attaquera ut , avec une égale violence , le travail présenté.
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Dans les rangs opposés ? un grand changement s'était opéré : ceux qui , dès le principe , avaient été les plus ardens à réclamer pour la liberté des garanties illimitées , et , par suite , à affaiblir le pouvoir royal , éclairés par les évènemens , reconnaissaient que la liberté elle-même était intéressée à ce qu'on rendît à ce pouvoir toute l'autorité nécessaire à l'indépendance et à la vigueur de son action.
C'est alors qu'on put regretter le parti que Mounier et ses amis avaient pris de se retirer ; leur appui eût été décisif et eût probablement empêché des résolutions qui devaient avoir pour l'avenir de la France des résultats si funestes.
Parmi ces résolutions, il en est quelques-unes qui sont de nature à fixer plus particulièrement notre attention, et sur lesquelles Barnave fut appelé à se prononcer.
Les unes relatives, soit aux conditions de l'électorat et de l'éligibilité , soit à l'établissement de conventions nationales , ayant pour mandat de réviser périodiquement la constitution ; les autres, concernant l'existence plus ou moins prolongée de l'Assemblée constituante, et la non réégibilité de ses membres.
Dans ses prêcédens décrets, l'Assemblée nationale, en fondant l'élection à deux degrés , avait prescrit que, pour être revêtu du titre de représentant de la nation, on fût tenu de payer un marc d'argent de contribution.
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Cette disposition , ayant soulevé de nombreuses ' controverses, on pensa qu'il était préférable d'affranchir l'éligibilité de toute condition et de n'en imposer qu'à l'électorat.
Le comité de révision s'était rangé à cette opinion et avait proposé d'établir ) pour le deuxième degré, une contribution équivalente à 40 journées de travail, trois journées étant déjà exigées de la part de l'électeur au premier degré.
Le parti républicain , au sein duquel se firent remarquer Robespierre, Buzot, attaqua vivement cette proposition qui tendait à lui ôter ses moyens d'influence dans les élections.
Barnave sentait trop la nécessité de constituer l'indépendance des électeurs pour ne pas appuyer le projet du comité. Il le fit avec cette force d'argumentation qui lui était ordinaire et qui ne souffrait pas de réplique. « Il ne suffit pas de vouloir être libre, dit— » il, il faut encore savoir l'être... Tous ceux qui ont » combattu le comité, se sont rencontrés dan s une er- » reur fondamentale. Ils ont confondu le gouverne- » ment démocratique avec le gouvernement repré- » sentatif... La fonction d'électeur n'est pas un droit, » c'est à la société à en déterminer les conditions... » Le gouvernement représentatif n'a qu'un seul » piège à redouter, c'est celui de la corruption. Pour » qu'il soit essentiellement bon, il faut donc lui ga- » rantir la pureté et l'incorruptibilité des corps élec-
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» toraux. Or, ces corps doivent réunir trois garan- » ties éminentes : les lumières, et on ne peut nier » qu'une certaine fortune ne soit le gage le plus » certain d'une éducation plus soignée ; ïintérêt à » la chose publique , et il est évident qu'il sera plus » grand dans celui qui aura un intérêt particulier » plus considérable à défendre ; enfin Vindépen- » dame de fortune qui mettra l'électeur au-dessus » de toute attaque et de toute corruption. »
Ces principes, exposés d'une manière si simple, jetèrent la lumière dans tous les esprits , firent taire les clameurs qui environnaient l'Assemblée, et il fut décrété que nul ne pourrait être électeur au second degré, s'il n'était propriétaire ou usufruitier d'un bien évalué sur les rôles des contributions à un revenu égal à la valeur, selon les localités, de 150 à 200 journées de travail.
Le 29 août, Chapelier fit son rapport sur l'exercice du droit appartenant au peuple de réformer ou de changer la constitution ; il proposa d'instituer des assemblées de révision de 249 membres, dont la première se réunirait en 1800, afin d'examiner si les pouvoirs constitués étaient restés dans leurs limites, et de prononcer sur les demandes de réformes constitutionnelles, qui, dans cet intervalle, auraient pu être faites par les citoyens, dans le cas seulement où les pétitions dans lesquelles ces demandes auraient été formulées, auraient reçu l'ap-