ACTE III. SI KNE V I il
Bravo, monseigneur. (Pendant toule cette scène le comte fait tout ce qu'il peut pour parler à Rosine, mais l'œil inquiet et vigilant du tuteur l'en empêche lonjoui rme un jeu muet de tous les acteurs étrangers au débat du docteur
et de F; -
bartholo. — Venez-vous purger encore, saigner, droguer, mettre sur le grabat toute ma maison?
figaro. —Monsieur, il n'est pas tous les jours fête; mais, sans compter les -oins quotidiens, monsieur a pu voir que. lorsqu'ils en ont besoin, mon zèle n'attend pas qu'on lui commande...
bartholo. —Votre zèle n'attend pas! Que direz-vous, monsieur le zélé, à ce malheureux qui bâille et dort tout éveillé? et l'autre qui, depuis trois heures, éternue à se faire sauterie crâne et jaillir la cervelle! que leur direz-vous?
figaro. — Ce que je leur dirai?
bartholo. — Oui!
figaro. — Je leur dirai... Eh parbleu, je dirai à celui qui éternue : Dieu vous bénisse; et va te coucher, à celui qui bâille. Ce n'est pas cela, monsieur, qui grossira le mémoire.
bartholo. — Vraiment non; mai- c'est la saignée et les médicaments qui le grossiraient, si ji- voulais y entendre. Est-ce par zèle que vous avez empaqueté les yeux de ma mule; et votre cataplasme lui rendra-t-il la vue?
figaro. —S'il ne lui rend pas la vue, ce n'">t pas cela non plus qui l'empêchera d'y voir.
bartholo. — Que je le trouve sur le mémoire!... On n'esl de cette extravagance-là!
figaro. — Ma lui. monsieur, les hommes n'ayant guère à choisir qu'entre la sottise et la folie, où ]•' ne vois pas de profit, je veux au moins du plaisir! Oui sait -i le monde durera encore trois semaines .'
bartholo. — Vous feriez bien mieux monsieur le raisonneur, de me pay< rmes cent écus ei les intérêts, sans lanterner; .je Vous en avertis.
Figaro. — Doutez-vous de ma probité, monsieur? Vos cent i j'aimerais mieux vous les devoir toute ma vie que de les nieï un seul instant.
liARTiioLO. — El dit>— mui Un peu, comment la petite Figaro a trouvé les bonbons que Mai- lui avez port»
figaro. — Quels bonbons? que voulez-vous dire?
bartholo. — Oui, ces bonbons, dans ce cornet t'ait avec cette feuille de papier à lettre... ce matin.
Figaro. — Diable emporte >i...
ROSINE, l'interrompant. — AveZ-TOUS eu soin au moin.- de les lui
donnei de ma part, monsieur Figaro? Je vous l'avais recommandé.
h<.\ro. — Ah! ah! les l">nbons «le ce matin? Que je suis bêle, moi! j'avais perdu tout cela de vue... <m! excellents, madame, admirables!
bartiiolo. — Excellent! admirables! Oui, sans doute, monsieur le barbier, revenez sur vos pas! Vous faites là un joli métier, monsieur !
FIGARO. — Qu'est-ce qu'il a donc, monsieur?
bartholo. — El qui vous fera une belle réputation, monsieur!
kig.aro. — Je la soutiendrai, monsieur.
bartholo. — Dites que vous la supporterez, monsieur.
FIGARO. — Comme il vous plaira, monsieur.
bartiiolo. — Vous le prenez bien haut, monsieur! Sachez que, quand je dispute avec un fat, je ne lui cède jamais.
figaro lui tourne le dos. — Nous différons eu cela monsieur ; moi, je lui cède toujours.
bartiiolo. — Hein? Qu'est-ce qu'il dit donc, bachelier?
FIGARO. — C'est que vous croyez avoir affaire à quelque barbier de village, et qui ne sait manier que le rasoir? Apprenez, monsieur, que j'ai travaillé de la plume à Madrid, et que sans les envieux...
bartholo. — Eh! que n'y restiez"- vous ! sansvenir ici changer de profession ?
figaro. — On fait comme on peut: mettez-vous à ma place.
bartiiolo. — Me mettre à votre place! Ali! parbleu, je dirais de belles sottises !
figaro. — .Monsieur, vous ne commencez pas trop mal; je m'en rapporte à votre confrère, qui est là rêvassant...
le Comte, revenant à lni. — Je... je ne suis pas le < "-on frère de monsieur.
figaro. — Non? Vous voyant ici à consulter, j'aipensé que vous poursuiviez le même objet.
bartiiolo, en colère. — Enfin, quel sujet vous amène? Y a-t-il quelque lettre à remettre encore ce soir à madame? Parlez, faut-il que je me retire?
figaro. — Comme vous rudoyez le pauvre monde! Eh! parbleu, monsieur, je viens vous raser, voilà tout : n'est-ce pas aujourd'hui votre jour?
bartholo. — Vous reviendrez tantôt.
figaro. — Ah! oui, revenir! toute la garnison prend médecine demain matin; j'en ai obtenu l'entreprise par mes protections. Jugez donc comme j'ai du temps à perdre! Monsieur passe-t-il chez lui?
bartiiolo. — Non, monsieur ne passe point chez lui. Et mais... qui empêche qu'on n^ me rase ici?