‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 142 sur 319 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

t-il Ait, petit... Je n'ose pas prononcer devant une femme le gros mol qu'il a dit : Sortez! et demain vous ne coucherez pas au château. Si madame, si ma belle marraine ne parvient pas à l'apaiser, c'est fait. Suzon, je suis à jamais privé du bonheur de te voir.

SUZANNE. — Demr voir! moi? .., c'est mon lour! Ce n'est doue plus pour ma maîtresse que vous soupirez en secret?

chérubin. — Ah! Suzon, qu'elle est noble et belle! mais qu'elle est imposante !

suzanne. — C'est-à-dire que je ne le soi- pas e1 qu'on peut oser avec moi-..

chérubin. — Tu sais trop bien, méchante, que je n'ose pas oser. Mais que tu es heureuse! à tous moments la voir, lui parler, l'habiller le matin- et la déshabiller le soir, épingle à épingle... Ali! Suzon ! je donnerais... Qu'est-ce que tu tiens donc là?

Suzanne, raillant. — Hélas! l'heureux bonnet et le fortuné ruban qui renferment, la nuit, les cheveux de cette belle marraine...

chérubin, vivement. — Son ruban de nuit! Donne-le moi, mon cœur.

SUZANNE, le retirant. — Eli que lion pas : — SOll GCBUr ! Comme il

est familier donc! si ce n'était pas un morveux sans conséquence.

(Chérubin arrache le ruban. < Ail! le lllbail !

CHÉRUBIN tourne autour du grand fauteuil. — Tu diras qu'il e-l égaré,

gâté; qu'il est perdu. Tu diras tout ce que tu voudras.

Suzanne tourne après lui. — OU ! dans trois ou quatre ans, je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien!... Rendez-vous le

ruban? I Elle veut le reprendre.

CHERUBIN lire une romance de sa poche. — baisse, ;ih! laisse-le-IUOÏ,

Suzon ; je te donnerai ma romance, et pendant que le souvenir de ta belle maîtresse attristera tous mes moments, le tien y versera le seul rayon de joie qui puisse encore amuser mon coin-.

SUZANNE arrache la romance. — Amuser Votre cœur, petit scélérat!

vous croyez parler à votre Fanchette; on vous surprend chez elle et vous soupirez pour madame, et vous m'en contez à moi, pardessus le marché.

CHÉRUBIN, exalté. — Cela est vrai, d'honneur! je ne sais plus ce que je suis; mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée; mon cœur palpite au seul aspect d'une femme, les mots amour et volupté le font tressaillir et le troublent. Enfin, le besoin de dire à quelqu'un je vous aime, est devenu pour moi si pressant, que je le dis tout seul en courant dans le parc, à ta maîtresse, à toi, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. Hier, je rencontrai Marceline...

SUZANNE, riant. — Ab! ab! ah! ah!

CHÉRUBIN. — Pourquoi 11011? elle est femme ! elle est fille! Elle

Beaumarchais. 13

iOt LE MARIAGE DE FIGARO

fille! une femme! ah! que ces noms sont doux! qu'ils sont i 1 1 1 »'- nts!

Suzanne. — Il devient fou!

chérubin. — Fanchette est douce; elle m'écoute au moins ; tu ue l'es pas, toi.

Suzanne. — C'est bien dommage; écoutez donc monsieur. (Elle

veut arracher le ruban,

CHÉRUBIN tourne en fujant. — Ali! OUiche! OU Qe l'aura, VOIS-tu,

qu'avec ma vie, Mais, si tu n'es pas contente du prix, j'y joindrai

mille baisers. H lui donne chasse à son tour.)

Suzanne tourne en fuyant. — Mille soufflets si vous approchez. Je vais m'en plaindre à ma maîtresse; et, loin de supplier pourvous, je dirai moi-même à monseigneur: C'esl bien fait, monseigneur; chassez-nous ce petit voleur : renvoyez à ses parents un petit mauvais sujet qui se donne les airs d'aimer madame, et qui veut toujours m'embrasser par contre-coup.

CHÉRUBIN voit le comte entrer; il se jette derrière le fauteuil avec effroi. — * Je

suis perdu!

Suzanne. — Quelle frayeur!

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