‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 148 sur 319 · ACTE I. SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE

Figaro. — Regardez-la donc, monseigneur; jamais plus jolie fiancée ne montrera mieux la grandeur de votre sacrifice.

sdzanne. — Laissez-là ma Bgure el ne vantons que >a vertu.

le comte, à part. — Cesl un jeu que tout ceci.

la comtesse. — Je ni< ■ joins à eux, monsieur le comte: et cette cérémonie me sera toujours chère, puisqu'elle doit sod motif à l'amour charmant que vous aviez pour moi.

le comte. — Que j'ai toujours, madame; el c'esl à ce titre que je me rends.

TOUS, ensemble. — Vivat!

le COMTE, à part. — Je >uis pris, (iiout.) Pour que la cérémonie eût un peu plus d'éclat, je voudrais seulement qu'on la remit à tantôt, a part:) Faisons vite chercher à Marceline.

figaro, à chérubin. — Eh bien! espiègle! vous n'applaudissez pas?

Suzanne. — Il est au désespoir; monseigneur le renvoie.

la COMTESSE. — Ali! monsieur, je demanda sa grâce.

le comte. — Il ne la mérite point.

la comtesse. — Hélas! il est si jeune...

le Comte. — Pas tant que vous le croyez.

chérubin, trembiaut. — Pardonner généreusemenl n'e>t pas le droit du seigneur auquel vous avez renoncé en épousant madame;

la comtesse. — Il n'a renoncé qu'à celui qui vous affligeait tous.

Suzanne. — .Si monseigneur avait cédé le droit de pardonner, ce serait sûrement h' premier qu'il voudrait racheter en secret.

LE COMTE, embarrasse. — San- doute.

la comtesse. — El pourquoi h- racheter"?

CHÉRUBIN, au fumic. — Je fus léger dans ma conduite, il est vrai, monseigneur; mais jamais la moindre indiscrétion dans mes paroles...

le comte, embarrassé. — Eh bien! si ssez...

figaro. — Qu'entend-il?

le comte, vivement. — C'esl assez, i 'est assez, tout h1 monde exige son pardon, je l'accorde, et j'irai plus-loin, je lui donne mm compagnie dans ma lésion.

TOCS, ensemble. — VtVatl

le comte. — .Mais c'est à condition qu'il partira sur-le-champ pour rejoindre en Catalogne.

figaro. — Ah! monseigneur, demain.

LE COMTE insiste. — Je le veux.

chérubin. — J'obéis.

le comte. — Saluez votre marraine, et demandez sa protection.

Chérubin met un genou en terre devant la eomtesse et ne peut parler.

la COMTESSE, émue. — Puisqu'on ne peut vous garder seulement aujourd'hui, partez, jeune homme. En nouvel état vous appelle;

allez le remplir dignement, Honorez votre bienfaiteur. Souvenezvous de cette maison où votre jeunesse a trouvé tant d'indulgence. Soyez soumis, honnête e1 brave ; nous prendrons pari à vos succès.

i héru bin se relève el retourne h m place.

le comte. — Vous (Mrs bien émue, madame !

la comtesse. Je ne m'en défends pas. Qui s;iit le sort d'un enfant jeté dans une carrière aussi dangereuse! Il est allié de mes parents : et, de plus, il esl mon filleul.

le comte, à part. — Je vois que Bazile avait raison. (Haut.) Jeune homme, embrassez Suzanne... pour la dernière fois.

figaro. — Pourquoi cela, monseigneur? Il viendra passer ses hivers. Baise-moi donc aussi, capitaine! (il l'embrasse.) Adieu, mon petit Chérubin; lu vas mener un train de vie bien différent, mon enfant : daine! tu ne rôderas plus tout le jour au quartier des femmes : plus d'échaudés, de goûtés à la crème; plus de mainchaude ou de colin-maillard. De bons soldats, morbleu! basané-, mal vêtus; un grand fusil bien lourd; tourne à droite, tourne à gauche, en avant, marche à la gloire; et ne va pas broncher en chemin; à moins qu'un bon coup de l'eu...

Suzanne. — Fi doue! l'horreur!

la comtesse. — Quel pronostic?

le comte. — où donc esl Marceline ? Il est bien singulier qu'elle oe suit pas des vôtres !

i anciiette. — Monseigneur, elle a pris le chemin du bourg, par le petit sentier de la ferme.

ce comte. — El elle en reviendra?

bazile. — Quand il plaira à Dieu.

FIGARO: — S'il lui plaisait qu'il ne lui plût jamais...

i anciiette. — Monsieur le docteur lui donnait le bras.

LE COMTE, vivement. — I.e docteur esl ici?

bazile. — Elle s'en est d'abord emparée...

le comte, à part. — Il ne pouvait venir plus à propos.

fancbette. — Elle avai t l'air bien échauffé ; elle parlait tout haut en marchant, puis elle s'arrêtait, et faisait comme ça, de grands bras... et monsieur le docteur lui faisait comme ça, de la main, en l'apaisant : (die paraissait si courroucée ! elle nommait mon cousin Figaro.

LE COMTE lui prend le menton. — Cousin... futur.

FANCHETTE, montrant Chérubin. — Monseigneur, nous avez-vous pardonné d'hier?...

LE COMTE interrompt; — Bonjour, bonjour, petite.

FIGARO. - C'est sou (bien d'amour qui la berce; elle aurait l rouillé notre fête.

le COMTE, à part. — Elle la troublera, je t'en réponds. (Ha.ut. Allons, madame, entrons. Bazile, vous passerez chez moi.

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