SCÈNE VII. — LE COMTE DE CLARENDON, DRINK
LE COMTE, lui frappant sur l'épaule. — Courage, mon Drink! DRINK- étonné. — Oui diantre vous savait là, milord? On vous crojt à Windsor.
le comte. — Vous disiez donc que le plus scélérat de nous deux, ce n'est pas vous.
DRINK d'un ton un peu résolu. — Ma fui, milord. puisque vous l'avez entendu...
LE comte. — Ce lieu esl >ùr apparemment"?
drink. — Il n'y a personne. La nièce est chez la tante, le bon homme de père est sorti.
le comte surpris. — Le père es! avec elles"? ,
drink. — Sans lui et sans un vieux procès qu'on a déterré je ne sais où, aurait-on trouvé un prétexte à ce voyage?
le comte. — Surcroît d'embarras! Et elles sont ici?
drink. — D'hier au soir.
le comte. — Que dit-on de mon absence?
drink. — Mademoiselle a beaucoup pleuré.
LE comte. — Ah! je suis plus affligé qu'elle. Mais n'a-l-il rien percé du projet de mariage ?
drink. — Oh! li' diable gagne trop à vos desseins pour y nuire.
le comte avec humeur. — Je crois que le maraud s'ingère...
drink. — Parlons, milord, sans vous fâcher. Voilà une tille de condition qui croit être votre femme.
le comte. — Et qui ne l'est pas, veux-tu dire?
drink. — Et qui ne peut tarder à être instruite que vous en épousez une autre. Quand je pense à ce dernier trait, après le diabolique artifice qui l'a fait tomber dans nos griffes... En contrat supposé; des registres contrefaits; un ministre de votre façon.... Dieu sait... Tous les rôles distribués à chacun de nous, et joues.... Quand je me rappelle la confiance de cette tante, la piété de la nièee pendant la ridicule cérémonie, et dans votre chapelle encore... Non, je crois aussi fermement qu'il n'y aura jamais pour vous, ni pour votre intendant qui lit le ministre, ni pour nous qui servîmes de témoins...
LE COMTE fait un ireste furieux qui coupe la parole à Drink, cl. après une petite
pause, dit froidement .- — Monsieur Drink, vous êtes le plus sot coquin que je connaisse ! il lue sa bourse et la lui donne.) Vous n'êtes plus à moi; sortez; mais si la moindre indiscrétion...
drink. — Est-ce que j'ai jamais manqué à milord?
le comte. — Je déteste les valets raisonneurs, et je me défie surtout des fripons scrupuleux.
i i EUGENIE
drink. — f-1 1 1 bien, je ne dirai plus un seul mol : usez de moi comme il vous plaira. Mais pour fa demoiselle, en vérité c'esl dommage.
le comte. — Vous faites l'homme de bien; mais à la nie de l'or votre conscience s'apaise... Je ne suis pas votre dupe.
diïink. — Si vous le eroy< /. mon maître, voilà la bourse.
LE COMTE refusant de la prendre. — Cela sulïil : mais qu'il ne VOUS
arrive jamais... Approchez. Puisqu'on ne sait rien de ce fatal maria.
drink. — Fatal! qui vous force à le conclure!
le comte. — Le roi qui a parlé, mou oncle qui presse; desavantages qu'on ne rencontre pas deux f<>is en la vie; (à par et plus que tout, la honte que j'aurais de dévoiler mon odieuse conduite.
drink. — Mais comment cacher ici?
le comte rêvant. — Oh! je... Quand une fois je serai marié... El puis, elles ne verront personne... Cette maison, quoique assez près de iiimi hôtel, est dans un quartier perdu... je ferai en sorte qu'elles repartent bientôt. Va toujours m'annoncer; cette visite préviendra les soupçons...
drink se retournant. — Les soupçons! Qui diable oserait seulement penser ce que nous exécutons nous autres?
i.e COMTE. — Il a raison, (il le rappelle.) Écoute, écoute.
drink. — Milord?
LE COMTE à lai-même, en -e promenant. — Je Crois que la tête a tourné
en même temps a tout 1>- monde, (a Drink. Ont-elles déjà reçu des letti • drink. — Pas encore,
LE COMTE à lui-même, en se promenant. — ('.'••si ]ii»n intendant...
Parce qu'il est prêt à rendre l'âme... Il me mande... Il me fait une frayeur avec ses remords..! Le malheureux!... Après m'avoir luimême jeté dan- tous i es embarras... Je crains qu'avant de mourir il ne m'' joue le tour d'écrire i<i la vérité, a Drink.) Tu ira-, tu ira- toi-même à la poste.
drink. — Oui, milord.
le comte. — Prends-y garde au moins. Il ne faudrait qu'une lettre comme celle que j'en reçois... Tu connais son écriture.
drink. — J'entends. Tout ce qui viendra de là...
le comte. — Fort bien. Va m'annoncer. onnk sort par la porte qui
conduit chez madame Murer.