‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 191 sur 319 · ACTE III. SCENE XV · texte numérisé non relu

ACTE III. SCENE XV

double-main écrit. — Contre anonyme Figaro. Qualités? figarÔ. — Gentilhomme".

l.E COMTE. — Vous êtes gentilhomme? (Le greffier écrit.)

figaro. — Si le ciel l'eût voulu, je serais fils d'un prince.

LE COMTE, au greffier. — Allez.

l'huissier, glapissant. — Silence I messieurs.

double-main lit. — ...Pour cause d'opposition faite au mariage dudit Figaro, par ladite de Verte-Allure. Le docteur Bartholo plaidant pour la demanderesse, et ledit Figaro pour lui-même : si- la cour le permet, contre le voeu de l'usage et la jurisprudence du siège.

Figaro. — L'usage, maître Double-main, est souvent un abus; le client un peu instruit sait toujours mieux sa cause que certains avocats qui, suant à froid, criant à tue-tête, et connaissant tout, bors le fait, s'embarrassent aussi peu de ruiner le plaideur que d'ennuyer l'auditoire et d'endormir messieurs; plus boursoufflés après que s'ils eussent composé Yoratio pro Murena; moi, je dirai le fait en peu de mots. Messieurs...

double-main. — En voilà beaucoup d'inutiles, car vous n'êtes pas demandeur, et n'avez que la défense : avancez, docteur, et lisez la promesse.

figaro. — Oui, promesse!

BARTHOLO, mettant ses lunettes. — ■ Elle est précise.

brid'oison. — 11 faut la voir.

uouble-main. — Silence donc, messieurs.

l'huissier, glapissant. — Silence !

bartholo. Ht. — « Je soussigné, reconnais avoir reçu de damoiselle, etc., Marceline de Verte-Allure, dans le château d'Aguas- Frescas, la somme de deux mille piastres fortes cordonnées; laquelle somme je lui rendrai à sa réquisition, dans ce château, et je l'épouserai, par forme de reconnaissance, etc. •> Signé : Figaro, tout court. Mes conclusions sont au payement du billet, et à l'exécution de la promesse, avec dépens, (il plaide.) Messieurs... jamais cause plus intéressante ne fut soumise au jugement de la Cour! et depuis Alexandre le Grand, qui promit mariage à la belle Thalestris...

le comte, interrompant. — Avant d'aller plus loin, avocat, convient-on de la validité du titre?

brid'oison, à Figaro. — Qu'oppo... qu'oppo-osez-vous à cette lecture ?

FIGARO. — Qu'il y a, messieurs, malice, erreur, ou distraction dans la manière dont on a lu la pièce; car il n'est pas dit dans l'écrit : « Laquelle somme je lui rendrai et je l'épouserai; mais laquelle somme je lui rendrai ou je l'épouserai; » ce qui est bien différent.

le comte. — Y a-t-il ET dans l'acte, 6b bien ' M ?

BARTHOLO. Il y ;i ET.

i [Garo. Il y a OU.

bri d'oison. Dou-ouble-main, lisez-vous-mênae.

double-main, prenoni le papier. - - El c'esl le plus sûr; car souvenl les parties déguisent en lisant, (n 1 1. E. e. e. e. Damoselle e. e. e. de Verte-Allure e. e. e. Ha! laquelle somme je lui rendrai réquisition, ~dan s ce château... ET... OU... ET... OU... - Le mçl esl si mal <•«• ri t . . . il y ;i un pâté.

brid'oison. — Un pâ-âté?je sais ce que c'est.

bartrolo, plaidant. — Je soutiens, moi, que c'est la conjonction copulative ET qui lie les membres corrélatifs delà phrase; je payerai la demoiselle ET je l'épouserai.

Figaro, plaidant.— Je soutiens, moi, que c'esl la conjonction alternative <W. qui sépare lesdits membres; je payerai à la donselle, < U' je l'épouserai : à pédant, pédant el demi : qu'il s'avise de parler latin, j'y suis grec;- je l'extermine.

le comte. — Commenl juger pareille question?

bartholo. — Pour la trancher, messieurs, el ne plus chicaner sur un mot, dous passons qu'il y ait OU.

figaro. — J'en demande acte.

bartholo. - - Et nous y adhérons. Un si mauvais refuge ne sauvera pas le coupable : examinons le titre en ce sens, (u ih.) « Laquelle somme je lui rendrai dans ce château où je l'épouserai »>. C'est ainsi qu'on dirait, messieurs : ■ Vous vous ferezsaigner dans ce lit où vous resterez chaudement, c'est dans lequel. « Il prendra deux gros de rhubarbe où vous mêlerez un peu de tamarin ; ■ dans lesquels on mêlera. Ainsi : château où je t'épouserai, ■ messieurs, c'esl château dans lequel... »

figaro. — Point du tuui : la phrase esl dans le sens de celle-ci : « Ou la maladif vous tuera, ou ce sera !•• médecin; « ou bien « le médecin; c*esl incontestable. Autre exemple : Ouvous n'écrirez rien qui plaise, ou les sots vous dénigreronl », <>u bien les sots; le sens esl clair; car, audil cas, sots ou méchants sont le substantif qui gouverne. Maître Bartholo croit-il donc que j'aie oublié ma syntaxe? Ainsi, je la paierai dans.ce château, virgule; ou je l'épouserai...

BARTHOLO, vite. - - Sans virgule.

figaro, vile. — Elle y est. C'est, virgule, messieurs, ou bien je l'épouserai.

BARTHOLO, regardant le papier, vite. — Sans virgule, messieurs. figaro, vite. — VA\r y était, messieurs. D'ailleurs, l'homme qui épouse <--t il tenu de rembourser?

bartholo, vite. — Oui, nous nous marions séparés île biens.

i r. MARIAGE nn i-iharo.

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