‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 209 sur 319 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

FIGARO donne la main à MARCELINE, comme colui qui doit la remettre au DOCTEUR, lequel ferme la marche, un gros bouquet au coté. Les jeunes filles, en passant devant le COMTE, remettent à ses valets tous les ajustements destinés à SUZANNE el à MARCELINE.

LES PAYSANS ET PAYSANNES s'étant rangés sur deux colonnes, à chaque cité du salon, on danse une reprise du fandango avec des castagnettes : puis on joue la ritournelle du duo, pendant laquelle ANTONIO conduit SUZANNE au COMTE : elle se met à genoux devant lui.

Pendant que le comte lui pose la toque, le voile et lui donne le bouquet, deux jeunes filles chantent le duo suivant :

Jeune épouse, chantez les bienfaits et la gloire

D'un maître qui renonce aux droits qu'il eut sur vous :

Préférant au plaisir la plus noble victoire,

Il vous rend chaste et pure aux mains de voire époux.

SUZANNE est à genoux, et. pendant les derniers vers du duo. elle tire le COMTE par son manteau et lui montre le billet qu'elle tient; puis elle porte la main qu'elle a du enté des spectateurs à sa tète, où le COMTE a l'air d'ajuster sa toque: elle lui donne le billet.

LE COMTE le met furtivement dans son sein : on achève de chanter le duo : la fiancée se relève et lui fait une grande révérence.

FIGARO vient la recevoir des mains du COMTE et se retire avec elle à l'autre coté du salon, près de MARCELINE.

(On danse une autre reprise du fandango pendant ce temps.)

LE COMTE, pressé de lire ce qu'il a reçu, s'avance au bord du théâtre, et tire le papier de son sein: mais en le sortant, il fait le geste d'un homme qui s'est cruellement piqué le doigt : il le secoue, le presse, le suce; et regardant le papier cacheté d'une épingle, il dit :

LE COMTE. — (Pendant qu'il parle, ainsi que Figaro, l'orchestre joue pianissimo.)

Diantre soit «les femmes, qui fourrent des épingles partout!

(Il la jette à terre, puis il lit le billet et le baise.

FIGARO, qui a tout vu, dit à sa mère et a Suzanne : — C'est Un billet doux

qu'une fillette aura glissé dans sa main en passant. Il était cacheté d'une épingle qui l'a outrageusement piqué. |La danse

reprend : le comte, qui a lu le billet, le retourne : il y voit l'invitation de renvoyer

le cachet pour réponse. 11 cherche à terre et retrouve enfin l'épingle qu'il attache à sa manche. ;

FIGARO, à Suzanne et Marceline. — D'un objet aimé tout est Cher. Le

voilà qui ramasse l'épingle. Ali! c'est une drôle de tête! (Pendant ce

temps. Suzanne a des signes d'intelligence avec la comtesse. — ■ La danse finit, ia ritournelle du duo recommence. Figaro conduit Marceline au comte, ainsi qu'on a conduit Suzanne ; à l'instant où le comte prend la loque, et où l'on va chanter le duo. on est interrompu par les cris suivants :)

l'huissier, criant à la porte. — Arrêtez doue, messieurs, vous ne pouvez entrer tous... Ici les gardes, les gardes! (Les gardes vont vite

à celle porte.)

LE COMTE, se levant. — Qu'est-CC qu'il V a?

l'huissier. Monseigneur, c'esl M. Bazile entouré d'un village entier, parce qu'il chante en marchant.

le comte. Qu'il entre seul.

la comtesse. — Ordonnez-moi de me retirer. le comte. — Je n'oublie pas votre complaisance.

LA COMTESSE. — Suzanne?... elle reviendra. (A part,. à Sazanne.) Allons Changer d'habitS. (Elle sort avec Suzanne.)

Marceline. — 11 n'arrive jamais que pour nuire. FIGARO. — Ali! je m'en vais vous le faire déchanter.

SCÈNE X. — TOUS LES ACTEURS PRECEDENTS, excepté la Comtesse cl Suzanne; BAZILE, tenant, sa guitare, GRIPPE-SOLEIL.

BAZILE entre en chantant sur l'air do vaudeville de la tin :

Cœur- sensibles, cœurs fidèles, Oui blâmez l'amour léger, Cessez vos plaintes cruelles, Est-ce un crime de changer?

Si l'amour portes des ailes, N'est-ce pas pour voltiger?

N'est-ce pas peur voltiger?

N'est-ce pas pour voltiger?

FIGARO s'avance à lui. — Oui, c'est pOUf Cela justellienl qu'il a (les

ailes ,iu dos; notre ami qu'entendez-vous par cette musique?

BAZILE, montrant Grippe-Soleil. Qu'après avoir prouvé mon obéissance à monseigneur, en amusant monsieur, qui est de sa compagnie, je pourrai à mon tour réclamer sa justice.

grippe-soleil. — Bail! monsignou! il ne m'a pas amusé du tout : avec leurs guenilles d'ariettes...

le comte. — Enfin, que demandez-vous, Bazile?

bazile. — Ce qui m'appartient, monseigneur, la main de Marceline; et je viens m'opposer...

figaro s'approche. — Y a-t-il longtemps que monsieur n'a vu la figure d'un fou?

bazile. — Monsieur, en ce moment même.

figaro. — Puisque mes yeux vous servent si bien de miroir, étudiez-y l'effet de ma prédiction : Si vous faites mine seulement d'approximer madame...

BARTIIOLO, en riant. — Et pourquoi? laisse-le parler. DRILVOISON s'avance entre eux. — EaU-ailt-il que dellX amis...

FIGARO. — Nous amis?...

bazile. — Quelle erreur!

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