‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 21 sur 319 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Un domestique entre. Après avoir rangé les sièges qui sont autour de la table à thé. il en emporte le cabaret, et rient remettre la table à sa place auprès du mur décelé. It enlève des paquets dont quelques fauteuils sont chargés, et sort en regardant n tout est bien en ordre.

L'action lli'hitrale ne reposant jamais., j'ai pensé qu'on pourrait essayer île lier un acte à celui qui le suit pur >me action pantomine, </ui soutiendrait, sans la fatiguer, l'attention des spectateurs, et indiquerait ce qui se passe derrière la scène pendant Ventr'acte'. Je l'ai désigné entre chaque acte. Tout ce qui tend et donner de la vérité est précieux dans un drame sérieux, et l'illusion tient plutôt aux petites choses qu'aux grandes. Les comédiens français, qui n'ont rien négligé pour que celte pièce fît plaisir, ont craint que l'oeil sévère du public ne désapprouvât tant de nouveautés à la fois : ils n'ont pas osé hasarder les entractes. Si on les joue en S"r-i<:té. on verra que ce qui n'eut qu'indifférent tant que l'action n'est pas engagée, devient assez important entre les deniers

actes.

SCENE I. — hHINk seul, un paquet de lettres u la main. Il se retourne en entrant et crie au facteur qui s'en va :

A moi seul, entendez-vous*? tr avance dans le salon.) Un homme averti en vaut deux, dit-on. Voyons ce que le facteur vient de me remettre. Il faut servir un maître qui rosse aussi fort qu'il récompense bien, il lit une adresse.) ll'-in. m, m. a Monsieur, Monsieur le baron Hartley. Voilà pour le père! Quelque sanglier forcé, quelque chien éreinté, ete., etc. n eniii une autre.) Hem, m, m, Armée d'Irlande : c'esl ilu lils. Ceci doft encore passer; l'ordre ne porte pas d'arrêter les paquebots, (n «n regarde une troisième.) Hem, m. m, Lancastre : voici qui paraît suspect, (mu.) A Madame, Madame Murer, près du parc Saint-James... Pour la tante... c'esl l'écriture de If. Williams, notre marieur, l'intendant de milord... .Main I ss sur celle-ci! Peste! la jeune personne eûl appris... A propos, il se meurt, dil mon maître. Voyons un peu ce qu'il écrit : puisque je ne dois pas la remettre, je puis bien la lire. Il n'y a pas plu> de mal à l'un qu'à l'autre, et l'on apprend quelquefois... (u hésite un pen, et cnSn rompant le cachet, il lit.) « Madame, je touche au moment terrible où je vais rendre compte de toutes les actions de ma vie. » (n parie.) Un intendant!... le compte sera long, n ut. Leremords me pressent, et je veux réparer autant qu'il est en moi, par cet avis tardif, le crime dont je me >uis rendu coupable en portant le jeune lord comte de Clarendon à tromper

50 EUGENIE

,, votre malheureuse nièce par un mariage simulé. » (il parle. Mon maître s'étail douté de rette lettre... c'esl un vrai démon pour les précautions.

Ri ÈNE II. LE COMTE, DRINK.

LE COMTE arrivanl pni le jardin avec précaution. — Est-ce toi, Drink?

drink. — Milonl !

le COMTE. — Un mot, el je m'enfuis.

DRiNK. — Je vous écoute.

le comte. — J'avais oublié... J'étais si troublé en sortant,.. Mon mariage, qui se fail demain, esl dans la bouche de toU| le monde : on ne parle d'autre chose... Il faut empêcher qu'aucune visite, aujourd'hui surtout, ne vienne ici souffler le venl de la diseorde.

drink. — Elles tie connaissent personne à Londres.

le comte. — Je sais que le père esl forl l'ami d'un certain capitaine Cowerly, qui ne manque jamais le lever de mon oncle '■ brave liomme, mais donl le défaul esl d'apprendre le suif à toute |,i ville les secrets qu'on lui ;i dits ù l'oreille dans 1rs maisons.

MiiNk. — Quelle figure est-ce?

le comte. — Tu ne connais qui' lui. Du temps de la petite, il a soupe dix fois dans ce salon.

iiiunk. — Quoi! ci' bavard qui vous a brouillé depuis avec Laure, en lui reportanl que lady Alton ayail passé un jour entier ici !

le comte. — <>ù diable vas-tu chercher lady Alton?

drink. — Ah ! vraimenl non ! c'esl plus nouveau que cela. C était doric uni' des deux Ofalsen? Ma foi, je confonds 1rs époques, il en est tanl venu !

le comte. — Eli ! non. C'esl relui qui a marié relie fille soi-disant d'honneur de la reine à ce benêl d'Harlington, quand je la quittai.

drink. — Ah ! j'y suis, j'y suis.

le comte. — S'il se présentait...

drink. — Laissez-moi luire; il eu sera de lui comme du facteur, don! j'ai forl à propos barré le chemin.

LE COMTE. — Je le Tarais reeniniua udé.

DRINK. — ('.'esl ce que je disais. .Mou maille u'ullUie lien.

le comte. — 1*2 1 1 bien?

DRINK s'approchânt d'un air do confulebce. — J'ai détourné une lui ieuse

lettre de ce Williams pour la tante.

LE COMTE lui coupant la parole. - Paix! Ces! Eugénie.

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