‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 235 sur 319 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Un salon fort orne.

SCENE I. — SUZANNE seule, tenant des fleurs obscures dont elle fait un bouquet.

Que madame s'éveille et sonne; mon triste ouvrage est achevé.

(Elle s'assied avec abandon.) A peine il est neuf heures, et je me sens déjà d*une fatigue... Son dernier ordre, en la couchant, m'a gâté ma nuit tout entière... Demain, Suzanne, nu point du jour, fais apporter beaucoup de fleurs, et garnis-en mes cabinets. — Au portier : Que, île In journée, il n'entre personne pour mol. — Tu me formeras un bouquet (le fleurs noires et rouge foncé, un seul œillet hlnin: nu milieu... Le voilà. — Pauvre maîtresse! elle pleurait!... Pour qui ce mélange d'apprêts?... Eh! eh! si nous étions en Espagne, ce serait aujourd'hui la fête de son lils Léon .. avec mystère) et d'un autre homme qui n'est plus! (Elle regarde les fleurs.) Les couleurs du sang et du deuil! (Elle soupire.) Ce cœur blessé ne guérira jamais! — Attachons-le d'un crêpe noir, puisque c'est là sa triste fantaisie.

(Elle attache le bouquet.

SCÈNE II. — SUZANNE. PICARD, regardant avec mystère. [Cette same doit marcher chaudement.)

>uzanne. — Entre donc, Figaro! Tu prends l'air d'un amant en bonne fortune chez ta femme!

figaro. — Peut-on parler librement?

suzanne. — Oui, si la porte reste ouverte.

FIGARO. — Et pourquoi cette précaution"?

suzanne. — C'est que l'homme dont il s'agit peut entrer d'un moment à l'autre.

figaro, l'appuyant. — Ho noté-Tartufe. — Bégearss?

suzanne. — Et c'est un rendez-vous donné. — Ne t'accoutume donc pas à charger son nom d>épithètes; cela peut se redire et nuire à tes projets.

figaro. — Il s'appelle Honoré !

SUZANNE. — .Mais imn pas Tartufe.

figaro. — Morbleu !

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