‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 240 sur 319 · SCÈNE M. — LE COMTE, BÉGEARSS · texte numérisé non relu

SCÈNE M. — LE COMTE, BÉGEARSS

le comte. — J'ai tranché sur le point qui paraissait l'inquiéter.

bégeahs>. — Il en est un, monsieur, qui m'inquiète beaucoup plus; je vous trouve un air accablé.

le comte. — Te le dirai-je, ami? la perte de mon fils me semblait le plus grand malheur : un chagrin plus poignant fait saigner ma blessure, et rend ma vie insupportable.

bégearss. — Si vous ne m'aviez pas interdit de vous contrarier là-dessus, je vous dirais que votre second fils...

le comte, vivement. — Mon second fils ! je n'en ai point.

bégearss. — Calmez-vous, monsieur; raisonnons. La perte d'un enfant chéri peut vous rendre injuste envers l'autre, envers votre épouse, envers vous. Est-ce donc sur des conjectures qu'il faut juger de faits?

le comte. — Des conjectures? Ah! j'en suis trop certain! Mon grand chagrin est de manquer de preuves. Tant que mon pauvre fils vécut, j'y mettais fort peu d'importance. Héritier de mon nom,

de mes places, de ma Fortune... que me faisail cel autre individu? Mon froid dédain, un nom de terre, I ;roix de Malte, une pension, m'auraienl vengé de sa mère et de lui. Mais conçois-tu mon désespoir, en perdanl un fils adoré, de voir un étranger succéder ,'i ce rang, à ces titres; et, pour irriter ma douleur, venir tous les jours me dosner le uom odieux de son père*!

bégearss. — Monsieur, je crains de vous aigrir en cherchanl à vous apaiser; mais la vertu de votre épouse...

le comte, aveo colère. — Ali! ce n'est < j 1 1 " ii 11 crime de plus. Couvrir d'une vie exemplaire un aflïont tel que celui-là! Commander vingt ansj par ses mœurs el la piété la plus sévère, l'estime et le respecl du monde, et verser sur moi seul, par cette conduite affectée, tous les torts qu'entraîne après soi ma prétendue bizarrerie!... Ma haine pour eux s'en augmente.

bégearss. — Que vouliez-vous donc qu'elle fît? Même en la supposanl rempaille, est-il au monde quelque faute qu'un repentir de vingl années ne doive effacer à la fin? Fûtes-vous sans reproche vous-même? Et cette .jeune Florestine, que vous nommez votre pupille, et qui vous touche de plus près...

le comte. — Qu'elle assure donc ma vengeance! Je dénaturerai mes biens, et les lui ferai tous passer. Déjà trois millions d'or, arrivés de la Vera-Crux, vont lui servir de dot; el c'est à toi que je les donne. Aide-moi seulement à jeter sur ce don un voile impénétrable. En acceptanl mon portefeuille, et te présentant comme époux, suppose un héritage, un legs de quelque parent éloigné.

BÉGEARSS, montrant le crêpe de son bras. — Voyez que, polll' VOUS

obéir, je me suis déjà mis en deuil.

le comte. — Quand j'aurai l'agrément du mi pour l'échange entamé de toutes mes terres d'Espagne contre des biens dans ce pays, je trouverai moyen de vous en assurer la possession à tous deux.

bégearss, vivement — Et moi, je u'en veux point. Croyez-vous que, sur des soupçons... peut-être encore très peu fondés, j'irai me rendre le complice de la spoliation entière de l'héritier de votre nom, d'un jeune homme plein de mérite? car il faut avouer qu'il en a...

LE COMTE, impatienté, — Plus que mon (ils, VOUlez-YOUS dire?

Chacun le pense comme vous; cela m'irrite contre lui!...

bégearss. — Si votre pupille m'accepte, et si, sur vos grands biens, vous prélevez, pour la doter, ces trois millions d'or du Mexique, je ne supporte point l'idée d'en devenir propriétaire, et

ne les recevrai qu'autant que le contrat en contiendra la donation que mon amour sera censé lui faire.

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