SCENE VIII. — LES MLMEs, excepté BÉGEARSS
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On nomme Mémoires de Baumarchais les plaidoyers qu'il écrivit pour sa défense dans les différents procès qu"il eut à soutenir.
Le premier de ces grands procès; soutenu contre le comte de la Blache, héritier de Paris du Yerney (qui mourut en restant débiteur de 1 écrivain), donna à sa vie une direction nouvelle.
Il dura sept ans.
D'abord gagné, puis perdu et enfin regagné, il jeta Fauteur d'Eugénie dans un tourbillon de haines implacables et de luttes acharnées.
Le prince de Conti disait non sans raison au sujet de ce débat : « Il faut que Baumarchais soit paye ou pendu -, ce qui faisait répondre à Beaumarchais, toujours lulele à son genre d'esprit :
a Mais si je gagne mon procès, ne semble-t-il pas que mon adversaire devrait aussi cordialement payer de sa personne... ■
Ces mémoires, selon deux justes observations, ont leur place doublement marquée dans tout recueil des chefs-d'œuvre de la prose et de l'éloquence françaises.
« Ils sont, a écrit La Harpe, d'un genre et d'un ton qui ne pouvaient avoir de modèle, car il n'y en avait pas d'exemple. » Et Voltaire a dit, parlant du quatrième mémoire que nous publions intégralement : • Il n'y a point d'histoire mieux contée et surtout point d'affaire épineuse mieux éclaircie. >
La clartée en est en effet une des qualités principales, et son critique le plus récent, M. André Hallays, a très justement montré que Baumarchais, en plaidant sa propre cause, a été un grand avocat et peut-être le plus grand des avocats français : avant lui le barreau n'avait rien produit de comparable aux Mémoires contre Goezman.
A la suite de son premier procès en surgit un nouveau, un plus terrible, qui devait achever sa ruine et qui le sauva, qui le ht passer en quelques mois de l'état d'abjection et de malheur où. pour employer ses propres expressions, il se faisait honte et pitié à lui-même, à l'état de triomphateur d'un parlement et de favori d'une nation.
« Il était, dit Grimm, l'horreur de tout Paris il y a un an; chacun, sur la parole de son voisin, le croyait capable des plus grands crimes: tout le monde en raffole aujourd'hui. »
Le procès Goëzman, a écrit M. de Loménie, dans son admirable étude sur Beaumarchais et son temps, le procès Goèzman ouvre la période éclatante de la vie de Bau.Tiarchais. >
De quoi s'agissait-il dans cette fameuse querelle de Beaumarchais et du conseiller r II s'agissait de savoir si la femme du juge prêt à présenter son rapport en faveur de La Blache contre l'écrivain avait gardé oui ou non quinze louis reçus de ce plaideur.
Ce débat, en apparence si peu important, passionna un moment la France entière, prit les proportions d'un événement historique, contribua à la chute d'un parlement et à l'avortement d'un coup d'état.
Ces Mémoires excitèrent l'admiration universelle Voltaire en parlait avec enthousiasme; l'abbé Sabaiier. qui n'aimait pas à prodiguer les éloges, ne trouve rien de mieux écrit, parce que la raison y est assaisonnée du sel de la meilleure plaisanterie, parce que, dans le quatrième surtout, il ht profiter la dextérité de son esprit pour tourner contre eux-mêmes les armes de ses adversaires.
Grimm, qui d'abord combattit l'auteur dramatique, se plut à louer le pamphlétaire.
« Le 12 de ce mois (février 1774 . écrivit-il dans sa fameuse Correspondance, il a re'pandu dans le public un nouveau Mémoire sur cette affaire avec M. Goëzman. C'est un morceau charmant, plein d'éloquence, d'intérêt, de plaisanterie et de pathétique. On y trouve cependant quelques paragraphes un peu trop longs, quelques plaisanteries déplacées, et un ton un peu trop romanesque dans le récit d'une aventure qui lui est arrivée en Espagne ; mais un trait de plume corrigerait ces légers défauts, qui sont rachetés par des beautés très réelles et par une originalité inimitable. Sans sortir de son sujet, paraissant, dans ses interrogatoires, ne repondre à ses juges que conformément à leurs questions, il a trouve le secret de traiter celle de l'arbit aire, de faire sentir tout ce qu'il a d'abusif et de révoltant, et toujours avec force, mais sans employer un seul mot, une seule expression d'après laquelle on puisse l'attaquer. Le recueil de ses Mémoires deviendra d'autant plus précieux que. tel que soit le jugement qui sera incessamment prononcé, les mémoires seront vraisemblablement défendus ou supprimés. Nous avons peu de romans et d'écrits polémiques aussi intéressants, aussi piquants et aussi gais ».
Après la publication de ces Mémoires, non seulement les personnes les plus qualiriees se firent inscrire a sa porte, comme s'il lui fût arrive l'événement le plus honorable, mais le prince de Conti, le plus lier des princes de la famille royale, p^ssa chez lui, et y laissa un billet; il lui ht même l'honneur de le venir cheicher dans la maison où il s'était retiré; il l'invita à souper avec toute sa cour, en disant qu'ils étaient d'assez bonne maison pour donner l'exemple de la manière
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dont on devait traiter un homme qui avait si bien mérité de la France. On le suivait partout pour l'applaudir. Ses mémoires étaient si recher. chés et si estimés, que ses juges craignaient, autant que ses parties adverses, qu'il n'en publiât de nouveaux. Ils n'osèrent exécuter sur lui leur propre jugement, M. de Sartines, chargé, comme lieutenant de la police, de la surveillance générale, avait appris par cette surveillance même à bien connaître Beaumarchais et à l'estimer. On lut ces mémoires, au moment où ils parurent à la cour, à la ville, dans le monde entier.
Nous publions ceux de ces écrits que la postérité a jugés dignes d'être lus, sans nous attacher à celui contre La Blache, qui est plutôt un mémoire d'affaires, ni au plaidoyer dans les procès du sieur Kornnman contre sa femme.
Nousdonnons in extenso les deux véritables chefs-d'œuvre.
Reproduction du portrait de Cochin gravé par Saint-Aubin (1773j.