IV
.1 M. de Beaumarchais, etc.. elc.
Je fus en effel demander grâce à M. te marquis de Grimaldi pour ce misérable homme; mais ce ministre mil à se- refus une indignation si obligeante pour moi que j>j n'osai pas insister. J'écrivis le même jour à plusieurs protecteurs de Clavico pour les prier de joindre leurs instances aux mil- unes. - M. le marquis de Grimaldi n'a pas voulu m'entendre, leur di-ai— ji-: il est révolté de l'indignité du sujet. Mais un homme malheureux par sa faute l'es! doublement; et d'après cette terrible vérité, Clavico doit être bien près du désespoir. Voir mon ennemi même dans cet affreux, étal trouble la pureté de ma joie dans l'heureux dénoûmenl de mon aventure avec lui, <4r.
Rien ne put fléchir l'équitable el rigoureux ministre.
T. a suite de mon voyage d'Espagne esi étrangère à ma justification. Quant à l'infamie qu'on m'impute d'avoir frauduleusement gagné cent mille francs en une nuit chez l'ambassadeur de Russie, et pour laquelle le sieur Marin fail dire à son écrivain que j'ai été chassé de partout et forcé de fuir d'Espagne avec déshonneur, je me contenterai de répondre que ce menu- ambassadeur de Rus-ie. milord Rochefôrd, alors ambassadeur d'Angleterre en Espagne, M. le comte de Creitz. actuellement ambassadeur de Suède en France, MM. les duc et comte de Grillon, el beaucoup d'autres personnes qualifiées avec lesquelles je jouais tous les jours et qui m'honoraient d'une bienveillance particulier!' à Madrid, me l'ont conservée en France : j'ajouterai même que. dan- le séjour que ce< divers ambassadeurs ont fait depuis à Pari-, il- m'ont tous fait l'honneur île manger chez im>i et d'y agréer les témoignages de ma reconnaissance.
Enfin, après un an passé en Espagne à suivre les plus importantes affaires, lorsque b-s miennes me rappelèrent en France. et qu'après avoir pris congé verbalement de M. le marquis de Grimaldi. j'en- l'honneur île lui demander par écrit ses derniers ordres, voici la lettre qu'il m'écrivit du Pardo, où était la cour la veille de mon départ.
Copie île la lettre de M. le marquis de Grimaldi, dont fui l'original.
Au Pardo, le 11 mars Vî6ô.
m Monsieur.
Quelle que .-oit la réussite des propositions que vous m'avez faitepour l'établissement d'une compagnie de la Louisiane, elles fonl infini ment d'honneur à vos talents, el ne -auraient qu'affermir la bonne opi-
1. (Ju'elle se marie ou non: vous n'avez plus rien :i voir. Voire femm>- i i duenûa. Je borne à cela ma vengeance.
QUATRIÈME MÉMOIRE A CONSULTER V 't 3
nion que j'en ai conçue. J'ai été. monsieur, fort aise de von- connaître,
et je le -ni? de pouvoir rendre ce témoignage à votre capacité. Si vos projets eussent été compatibles avec la constitution de l'Amérique espagnole, je pense que leur succès vous en eut encore mieux convaincu; mais on a dû céder à des difficultés insurmontables qui s'opposaient à leur exécution.
» Je serai charmé de pouvoir vous rendre service en toute occasion : en attendant, j'ai le plaisir de vous souhaiter un bon voyage, et de vous prier de me croire très parfaitement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : ■■ le marquis de Grimaldi. >
Et plus bas es) écril : .1 M. de Beaumarchais.
J'en ai trop dit pour moi, et je crois en avoir dit assez pour mes lecteurs. Encore un mot, et je me tais. On assure que MM. Goëzman, Marin. Bertrand, Baculard, et autres personnes respectables, ont chacun un beau mémoire tout prêt contre moi, qu'ils réservent pour la veille du jugement de ce procès. S'ils en usenl ainsi pour que je n'aie pas le temps d'y répliquer, cela n'est pas de bonne guerre, et j'agis plus franchement avec eux. Mais sur quelque point de ma vie. sous quelque forme, en quelque temps que ces messieurs me fassent l'honneur de. me dénigrer ensemble ou séparémi ut, j'ai celui de les prévenir que je réserve à chacun d'eux un grand corne! plein de bonne encre indélébile, et que la génération présente ne passera point avant qu'il soit épuisé à leur service.
En attendant, je vais, pour me reposer, écrire un extrait fidèle de mes confrontations avec M. (ioëzman. et l'opposer à l'infidèle extrait que ce magistrat présente dans la ridicule plainte qu'il vient de faire au Parlement contre moi. On sent biern que tout cela n'est qu'un jeu pour reculer le jugement du procès que mes nobles adversaires voudraient éterniser. Mais ne craignent-ils pas que la nation ne les rende enfin comptables du temps précieux qu'ils dérobent à la cour? Le service public soulFre du retard que cette odieuse affaire apporte à toutes les autres. Et moi qui perds ici mes forces à leur répondre, j'oublie que j'ai à finir et à présenter au conseil du roi l'important mémoire de mes défenses contre le comte de la Blache. premier auteur de tous mes maux.
Signé : Caroh ue Beaumarchais.
M. Dok de Combault. rapporteur, MM. de Cbazal, Reymond, commissaires.