‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 80 sur 319 · SCÈNE II. — ROSINE, FIGARO · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — ROSINE, FIGARO

Rosine, surprise. — Ali ! monsieur Figaro, que je suis aise de vous voir!

figaro. — Votre santé, madame?

ROSINE. — Pas trop bonne, monsieur Figaro. L'ennui me tue.

figaro. — Je le crois; il n'engraisse que les suis.

rosine. — Avec qui parliez-vous donc là-bas si vivement? je n'entendais pas : mais...

figaro. — Avec un jeune bachelier de mes parents, de la plus grande espérance; plein d'esprit, de sentiments, de talents, el d'Une figure for! revenante.

rosine. — Oh! tout à l'ait bien, je vous assure! il se nomme?...

FIGARO. — Lindor. Il n'a rien : mais, s'il n'eût pas quitté brusquement Madrid, il pouvait y trouver quelque bonne plaie

rosine, étourdimont. — Il en trouvera, monsieur Figaro, il en trouvera. In jeune homme tel que vous le dépeignez n'est pas fait pour rester inconnu.

FIGARO, à part. — Fort bien. (Haut.) Mais il a un grand défaut, qui nuira toujours à son avancement.

ROSINE. — Un défaut, monsieur Figaro! Un défaut! en èles-vous bien sûr?

FIGARO. — Il est amoureux.

Rosine. — Il est amoureux! et vous appelez cela un défaut!

FIGARO. — A la vérité, ce n'en est qu'un relativement à sa mauvaise fortune.

Rosine. — Ah! que le sort est injuste! El noinine-t-il la personne qu'il aime? Je suis d'une curiosité...

FIGARO. — Vous êtes la dernière, madame, à qui je voudrais faire une confidence de cette nature.

ROSINE, vivement. — Pourquoi, monsieur Figaro? Je suis discrète; ce jeune homme vous appartient, il m-intéresse infiniment... dites donc.

FIGARO, la regardant finement. — Figurez-vous la plus jolie petite mignonne, douce, tendre, accorte et fraîche, agaçant l'appétit, pied l'urtif, taille adroite, élancée, bras dodus, bouche rosée, et des mains! des joues! des dents! des yeux!...

rosine. — Qui reste en cette ville?

figaro. — En ce quartier.

rosine. — Dans cette rue, peut-être?

FIGARO. — A deux pas de moi.

rosine. — Ah ! que l'es! charmant !... pour monsieur votre parent. El cette personne est !...

FIGARO. — Je ne l'ai pas nommée?

rosine, vivement. — C'est la seule chose que vous ayez oubliée, monsieur Figaro. Dites donc, dites donc vite, si l'on rentrait, je ne pourrais plus savoir...

FIGARO- — Vous le voulez absolument, madame? Eh bien! cette personne est... la pupille de votre tuteur.

ROSINE. — La pupille?...

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