‹ Œuvres de Blaise Pascal; publiées suivant l'ordre chronologique, avec documents complémentaires, introductions et notesChapitre 112 sur 191 · Ici une lacune au manuscrit · texte numérisé non relu

Ici une lacune au manuscrit

comment pourroit-on autrement s'y opposer quand elles commencent à paroistre ?

C'est ainsi que les Saints Pères, qui ont combattu Nestorius, publient, avec une sainte joye, que Saint Augustin l'a étouffée avant sa naissance, admirant la providence particulière de Dieu sur son Eglise, de l'avoir si saintement armée des Ecrits de ce saint docteur, avant que le Démon eust armé cet hérésiarque des erreurs dont il la de voit combattre.

S. Prosper *.

Il seroit inutile d'en rapporter plus d'exemples. On voit assez de là qu'on ne peut pas conclure de ce qu'une hérésie n'auroit point encore eu de sectateurs qu'il seroit faux que les Pères s'y fussent opposez. D'où l'on peut tirer la conséquence sur le sujet dont il s'agit en ce discours.

Preuves du second point.

Que les Saints Pères qui ont establi que les Commandemens ne sont pas impossibles auroient esté obligez à Vestablir en ce sens, qu'il n'est pas impossible que les hommes les observent, quand mesme il n'y auroit point eu d'heresie du sentiment contraire, par cette seule raison que les Pelagiens leur reprochoient continuellement de la tenir, de nier le libre arbitre, et de soutenir que les Commandemens sont impossibles absolument et que les hommes sont dans une nécessité inévitable de pécher.

i. Ici une lacune de quatre lignes environ au manuscrit.

On ne peut révoquer en doute que s'il est véritable que les Pelagiens imposassent continuellement aux Catholiques qu'ils nioient le libre arbitre, et qu'ils tenoient l'impossibilité absolue des préceptes, de telle sorte qu'il y eust une nécessité inévitable qui forçast les hommes à pécher, ces seuls reproches ne fussent une raison suffisante pour obliger ces Saints Docteurs à réfuter ces erreurs, quand mesme elles n'auroient point esté soutenues par aucuns heretitiques, puisqu'il leur eust esté nécessaire de déclarer qu'il n'est pas impossible que les hommes observent les préceptes, pour fermer la bouche à ceux qui osoient leur imposer si injustement une créance opposée.

Et ainsi il suffira de monstrer que ces hérétiques fatiguoient continuellement les Pères de ces reproches, pour monstrer l'obligation qu'ils avoient de s'en défendre. Ce qui est fort facile.

Les Ecrits des saints Pères défenseurs de la grâce sont remplis de passages qui le tesmoignent. On y voit en toutes les pages avec quels termes outrageux ces hérétiques objectoient aux catholiques de nier le libre arbitre et de soutenir l'impossibilité invincible des Commandemens.

Ces Manichéens (dit Julian ', en parlant des delFenseurs de la grâce) avec lesquels nous n'avons plus de communication, je veux dire tous ceux-là auxquels nous ne voulons pas accorder que le libre

i . Aug. /. ad Bonif. c. 2 ; cf. le texte noté par Pascal, sapra p. 1 23 sq. 2e série. VIII 18

arbitre est péri par le péché du premier homme, et que personne n'a maintenant la puissance de vivre vertueusement, mais que tous les hommes sont forcez à pécher, par la nécessité avec laquelle la chair les y contraint.

Ne falloit-il pas que Saint Augustin se défendist contre ce reproche, et qu'il repondist nécessairement qu'il tient qu'il n'est pas impossible que les hommes vivent vertueusement, et qu'ils ne sont pas dans une nécessité inévitable de pécher ?

Ainsi Julian disant ailleurs1 :

C'est contre cette doctrine que nous sommes tous les jours occupez à nous défendre ; et la raison pour laquelle nous résistons à ces prévaricateurs , est que nous disons que le libre arbitre est naturellement dans tous les hommes, et qu'il n'a pu périr par le péché d'Adam, ce qui est confirmé par toutes les Saintes Ecritures,

Ne falloit-il pas que Saint Augustin declarast qu'il ne nie pas le libre arbitre, contre ces objections, et contre celle-cy de Pelage2 :

Nous soutenons que cette puissance du Libre arbitre est dans tous les hommes généralement, soit Chrétiens, soit Juifs, soit Payens ; le libre arbitre est également dans tous les hommes par la nature (par ces paroles, il vouloit se distinguer d'avec les Catholiques, auxquels ils imposoient qu'ils le nioient), mais dans les seuls Chrétiens il est secouru par la grâce. (Et par ces dernières paroles, il vouloit

i. Aug. ibid. c. i5; cf. supra p. 124-

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