G. et cïwrité, manque
avertit de faire ce qui est facile, et de demander ce qui est difficile. Car toutes choses sont faciles à la Charité (Aug. De nat. et gratia, chap. 69.) * Et ailleurs : Qui ne sçait que ce qui se fait par amour, n'est pas difficile? {De perfect. just. chap. 10.)
2 II seroit inutile d'en rapporter plus de passages. Mais, après vous avoir montré que le Concile n'a pas entendu que les Justes ont le pouvoir prochain d'observer les Commandemens à l'avenir, il vous sera bien aisé de voir qu'il n'a pu le prétendre, et qu'ainsi non-seulement il ne l'a pas fait, mais qu'il ne l'a pu faire.
C'est ce qui paroit manifestement par le canon 22; Car puis qu'il deffend, sous peine d'Anatheme, de dire que tous les Justes ont le pouvoir de persévérer dans la Justice, cela n'emporte-t-il pas nécessairement que tous les Justes n'ont pas le pouvoir prochain d'observer les Commandemens à l'instant suivant, puisqu'il n'y a aucune différence entre avoir le pouvoir d'observer les Commandemens à l'instant suivant, et avoir le pouvoir de persévérer en la Justice, puis que persévérer dans la Justice n'est autre
1 . Les références sont indiquées en marge de l'écrit. — Ces textes se trouvent parmi les citations empruntées à la Trias, cf. supra p. 122 sq. et p. 120.
2. Il y a ici un grand blanc au manuscrit P. — G. a noté « il manque ici un feuillet ». — Le fragment que donne le manuscrit, p. 709 à 712, et que nous publions à la suite de celui-ci, p. 17/i, donne une autre version plus développée du passage qui commence ici et finit à : D'où vous voyez combien il se conclud.
chose qu'observer les Commandemens à l'instant suivant ?
Cette définition de ce 22e Canon emporte aussi nécessairement que les Justes n'ont pas toujours le pouvoir prochain de persévérer dans la prière ; car puis que les promesses de l'Evangile et de l'Ecriture nous assurent d'obtenir infailliblement la Justice nécessaire pour le Salut, si nous la demandons par l'esprit de la grâce, et comme il faut, n'est-il pas indubitable qu'il n'y a point de différence entre persévérer dans la prière, et persévérer dans l'impetration de la Justice; et qu'ainsi, si tous les Justes ont le pouvoir prochain de persévérer à prier, ils ont aussi tous le pouvoir prochain de persévérer dans la Justice, qui ne peut estre refusée à leur prière? Ce qui est formellement contraire à la décision du Canon.
Cette mesme décision n'enferme-t-elle pas encore, par une conséquence nécessaire, qu'il n'est pas vray que Dieu ne laisse jamais les Justes sans le pouvoir prochainement suffisant pour prier à l'instant prochain, puisqu'il n'y a point de différence entre avoir le pouvoir prochain de prier dans l'instant suivant, et avoir le pouvoir prochain de persévérer dans la prière ; Et qu'ainsi si tous les Justes ont le pouvoir prochain de prier dans l'instant suivant, ils ont tous le pouvoir prochain de persévérer dans la prière, et partant ils ont tous le pouvoir prochain de persévérer dans la Justice contre les termes exprès du Concile, qui déclare que les Justes n'ont
pas non seulement la persévérance, mais mesme le pouvoir de persévérer sans un secours spécial, c'està-dire qui n'est pas commun à tous ?
D'où vous voyez combien il se conclud nécessairement, qu'encore qu'il soit vray en un sens, que Dieu ne laisse jamais un Juste, si le Juste ne le laisse le premier ; c'est-à-dire que Dieu ne refuse jamais sa grâce à ceux qui le prient comme il faut, et qu'il ne s'éloigne jamais de ceux qui le cherchent sincèrement, il est pourtant vray en un autre sens que Dieu laisse quelquefois les Justes avant qu'ils l'ayent laissé ; c'est-à-dire que Dieu ne donne pas toujours aux Justes le pouvoir prochain de persévérer dans la prière. Car puis que le Concile déclare que les Justes n'ont pas toujours le pouvoir de persévérer, d'où nous avons vu qu'il s'infère de nécessité que c'est s'opposer au Concile de dire, de quelque Juste que ce soit, que Dieu luy donne le pouvoir prochain de prier dans l'instant suivant; ne paroist-il pas qu'il y a des Justes que Dieu laisse sans ce pouvoir pendant qu'ils sont encore Justes, c'est-à-dire avant qu'ils ayent laissé Dieu, mesme par aucun péché véniel, puis que si Dieu ne refusoit ce secours prochain à aucun de ceux qui n'ont commis aucun péché véniel depuis leur justification, il s'ensuivroit que tous les justifiez recevroient avec leur justification le pouvoir prochain de persévérer par un secours gênerai, et non pas spécial ?
D'où nous conclurons que, suivant le Concile, les Commandemens sont toujours possibles aux
Justes en un sens ; et qu'en un autre sens, les Commandemens sont quelquefois impossibles aux Justes ; que Dieu ne laisse jamais le juste, i s'il ne le quitte, et qu'en un autre sens, Dieu laisse quelquefois le Juste le premier, et qu'il faut estre ou bien aveugle ou bien peu sincère, pour trouver de la contradiction dans ces propositions qui subsistent si facilement ensemble, puis que ce n'est autre chose, que dire que les Gommandemens sont toujours possibles à la Charité, que tous les Justes n'ont pas toujours le pouvoir de persévérer : ce qui n'est point contradictoire ; et que Dieu ne refuse jamais ce qu'on luy demande bien dans la prière ; et que Dieu ne donne pas toujours la persévérance dans la prière ; ce qui n'est en aucune sorte contradictoire.
Voilà ce que j'avois à vous dire sur ce sujet, où je suis bien aise d'estre entré pour vous faire voir que les propositions qui sont contradictoires dans les parolles, ne le sont pas toujours dans le sens. Et parce que vous avez pensé souvent trouver de la contradiction dans les choses que j 'ay eu l'honneur de vous dire, et que l'on voit aujourd'huy un nombre de personnes assez téméraires pour avancer qu'il y a de la contradiction dans les sentimens de saint Augustin, je ne puis refuser une occasion si commode de vous ouvrir amplement les principes qui accordent si solidement toutes ces propositions contradictoires en apparence, mais en effet liées ensemble par un enchaînement admirable.
i. G. [si celuy-ci].
Il ne faut que remarquer qu'il y a deux manières dont l'homme recherche Dieu ; Deux manières dont Dieu recherche l'homme ; Deux manières dont Dieu quitte l'homme ; Deux dont l'homme quitte Dieu ; Deux dont l'homme persévère ; Deux dont Dieu persévère à i[luy] faire du bien, et ainsi du reste.
Car la manière dont Dieu cherche l'homme lors qu'il luy donne les foibles commencemens de la foy, pour faire que l'homme luy crie dans la vue de son égarement : Seigneur, cherchez votre Serviteur 2 est bien différente de celle dont Dieu recherche l'homme quand il exauce cette prière, et qu'il le cherche pour se faire trouver. Car celuy qui disoit : Cherchez votre serviteur, avoit sans doute déjà esté cherché et trouvé. Mais parce qu'il sçavoit bien, luy qui avoit l'esprit de prophétie, qu'il y avoit une autre manière dont Dieu pouvoit le rechercher, il se servoit de la première pour obtenir la seconde.
Ainsi la manière dont nous cherchons Dieu foiblement, quand il nous donne les premiers souhaits de sortir de nos engagemens, est bien différente de la manière dont nous le cherchons, quand, après qu'il a rompu nos liens, nous marchons vers luy en courant dans la voye de ses préceptes.
Toutes ces choses-là, qui sont sans contestation, nous conduiront insensiblement à concevoir celles qui sont contestées.
i. Leçon de G. — P: [leur].