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digeste , le dégoûta bientôt de celte carrière. « Et ce fut, dît M. d'Aloinbert, une perte pour le barreau. Plein des lumières du bon goût , il eût été législateur sur ce grand théâtre , comme il a été sur le Parnasse. II eût introduit la véritable éloquence dans un pays où , de nos jours , elle n'est que trtfp souvent (gnoree, et où elle I'e'toit bien plus il y a eent ans. Il eût lait main-basse sur cette rhe'torique triviale , qui consiste à noyer un tas de sophiames dans une mer de paroles oiseuses et dc'figurcs ridicules. » Despréaux ne dissimuloit pas dans l'occasion ce qu'il pensoit des déclamations dont le. palais ne cesse de retentir. Défendant un jour la cause du bon goût devant nn grave magistrat , qui se croyoi* un aussi grand juge en littérature qu'en affaires , notre poète louoh Virgile de ne dire jamais rien do trop. « Je ne me seroîs pas douté , dit finement le magistrat , que ce fût là un si grand mérite. — Si grand , répondit Despreaux ,. que c'est celui qui manque à toutes vos harangues. »
L'anecdote suivante peut faire juger de son goût pour le métier de jurisconsulte , auquel ses parena Voiiloient le contraindre. Dangeois , son beau-frère , greffier du parlement, l'avoit pris chez lui , pour le former au style de la procédera , dont la barbarie absurde devoît paraître bien rebutante à. un jeune homme qui aveit lu Cîréron et Déroosthène. Un jour que le greffier avolï un arrêt à Presser dans ; nne affaire importante , î|ie ctjmjoioit avec" ç*U
DE fidtLEÀU. fïj tfaoûsïasmë en le dictant s . EfoyflttH& Q>àfifl lï Hat fini, il dit à son scribe de lui en fi'rfef îâÏMttifér ; "Ét comme le scrîho ne répondait pâs ,■ Dangeois s'aperçut qu'il s'étoic endormi , et avoît à peine écrie quelques mots de ce chef-d'œuvre. Outre d'indignation , il renvoya Despréaus à son père en plaignant celui-ci d'avoir un fils iïrmécille, et en l'&saraàt que ce jeune homme, sans émulation, Sans ressort et presque sans instinct , ne seroit jqu'un sot tout le reste de sa vie.
Du droit , Boileau passa â la théologie scholastique, pour laquelle il prit aussi peu dp goftt. Dégoûté delà chicane du barreau et de celle des- écoles , ilsfc livra tout entier à son inclination et à son génie. Ses premières Satires parurent en 1666. Elles lurent recherchées avec empressement par les gens de goût et par les malins , et déchirées avec fureur par les auteurs que le jeune poète avoir critiques. Boileau répondit à tous leurs reproéhes , dans- sa neuvième satire à son esprit. C'est son ehof-d'reuvre : Tout le sel &&i,Provinqîûles et des bonnes comédies de Molière, y est répandu. L'Auteur cache la satire sous le masque de l'ironîe , et enfonce le poignard en feignant de badiner. Cette pièce a été mise au-dessus de toutes celles qui t'avoient précédée : la plaisanterie v ext plus fine , plus légère et plus soutenue. Quoiqu'il y ait dé très -bonnes tirades dans les premières , et qu'on admire , en plusieurs endroits, l'exactitude , l'élégance , là
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justesse et l'énergie des dernières , elles offrent des
morceaux faibles.
En attaquant les défauts des écrivains , il n'épargna pas toujours leurs personnes. On est fâche' d'y trouver que Colletet , crotté jusqu'à l'échiné , alloi* mendier son pain de cuisine en cuisine ; que St.- Amand n'eut pour tout héritage que l'habit qu'il avoit sur lui , etc.
Son Art poétique suivit de près les satires. Ce poème renferme les principes fondamentaux de l'art des vers et de tons les différens genres de poésie , resserrés dans des vers énergiques et pleins de choses. Boilean avoit montré des exemples a éviter dans ses satires, et il donne des préceptes à suivre dans sa poétique. Celle d'Horace n'est qu'une épître légère, flans ordre et sans art , en comparaison de celle de Boileau. Ce doit être le livre de tous les poètes , et le code des gens de goût. C'est là qu'on connolt le Vrai mérite de Despréaux.
Ce mérite consiste dans l'art de parler raison en vers harmonieux et pleins d'images ; dans la pureté du langage, dans l'arrangement des idées, toutes justes et sages ; dans les liaisons heureuses par lesquelles il les enchaîne ; dans le naturel qui est le fruit du génie. Il ne s'élève guère , mais il ne tombe pas. Le Roi, qui ne connoissoit encore Boileau que par ses vers , fut sollicité de révoquer le privilège qu'il avoit accordé pour cet ouvrage ; mais Colbert»
DEBOILEAU. îx à qui ce monarque en refait l'examen , ne voulut pas priver la France de ce chef-d'œuvre.
Le Lutrin fut publie* en 1C74 , à l'occasion d'un différend entre le trésorier et le chantre de la Sainte- Chapelle. Ce fut le premier président de Laraoïgnou , qui proposa à Despréaux de le mettre en vers. Un sujet bl petit en apparence, acquît de la grandeur et de la fécondité sous la plume du poète. C'est un des badinages les plus ingénieux qu'il y ait dans notre langue ; mais, au milieu des plaisanteries , on y Toit ce qui constitue la vraie poésie. Il anime , il personnifie les vertus et les vices ; tout prend une ame et un visage. On admira sur-tout l'art avec lequel il amené dans ce poème héroïcomique , les éloges les plus délicats. On en a fait une traduction en vers latins.
Tant de belles productions l'avoient annoncé à la cour. Il eut l'honneur de réciter quelques chants de son Lutrin à Louis X[ V. Ce prince lui fit même répéter plusieurs morceaux de ses premiers ouvrages. Lorsqu'il en fut à la comparaison de Titus, si bien rendue dans son Epître , le monarque se leva avec enthousiame , en lui disant : « Voilà qui est très- Beau,cela est admirable: je vous louerois davantage, st vous na m'aviez pas tant loué. Je vous «tonne une pension de deux mille livres , et je vous accorde le privildttppour l'impression de tous vos ouvrages. » On ouï,, par ordre du Roi, dans le
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privilège : Qu'il Vouloit procurer aupublic , par la lecture de ces ouvrages, la même satisfaction qu'il en avoir, reçue. Ce Prince ajouta à ces bienfaits, celui clé choisir Boileau pour écrire son histoire conjointement avec Racine.
L'Académie française lui ouvrit bientôt ses portes* Il fut aussi un des membres de l'Académie naissante des inscriptions et balles-lettres : il méritait une place dans cette dernière compagnie , par sa traduction du Traité du Sublime par tongin 9 une des meilleures traductions qui existe en notre langue- Boileau, que son titre d'historiographe appeloit souvent à la cour , y parut avec toute la franchise de son caractère ; franchise qui tenoît un peu de la brusquerie. Le Roi lui demandant un jour, quels auteurs avaient mieux réussi pour la comédie ; « Je n'en connois qu'un , reprît le satirique ; et c'est Molière ; tous les autres n'ont fait que des fardes, comme «es vilaines pièces dd Searfon. >» Ce qu'il disoit sans égard pour madame de Maintenon. Une autre fois , déclamant contre la poésie burlesque devant le Roi et devant madame de Mainte non elle, même : <c Heureusement , dit-il , ce gout est passe* et on ne lit plus Scarron , même en province, w Aussi cette Dame, en comparant Racine et Boileau ( dïsoit du premier : « J'aime à le voir , il a dans le commerce toute la simplicité d'un enfant ; tout ce <me ie puis faire , c'est de lir& Boileau . il est troti
.DE B 0.1 LE A U. sj Apvèi la mort de son an» Racine, Boileau ne parut plus qu'une seule fois à la cour, pour prendre les ordres du Roi sur son histoire. « Souvenezvous , lui dit ce grand Prince en regardant sa montre, que j'ai toujours une; heure par semaine à vous donner quand vous voudrez venir. »
Il passa le reste de ses jours dans la retraite ; tantgt à U vUtfl , tantôt à la campagne. Dégoûté" du mgnde. U ne fajspit. plas de visites, çt n'en recevoit que de ses amis. Il n'exigeoît pas d'eux des, flatteries : « il aimoit miens, disoit-il, être lu , qu'être loué. « Sa conversation e'toit traînante , niais agréable par quelques saillies , et utile par des jugëmens exacts sur tous les écrivains.
Lorsqu'il sentit approcher sa fin , il s'v prépara en chrétien qui connoissoit ses devoirs. Il mourut es 1711 : à l'âge de 75 aos. La religion qui éclaira Bes derniers momens , avoit animé toute sa vie. Avant joui pendant huit ou neuF ans d'un prieuré «Impie , il le remit au collateur pour en pourvoir un autre , et restitua aux pauvres tout ce qu'il en avoit retiré. Son zele pour ses amis égaloit sa religion. 3je célèbre Patru se voyant obligé de vendre sa bibliothèque , Despréaux la lui acheta un tiers de plus qu'on ne lui en offroit , et lui en laissa la jouissance jusqu'à sa mort. Sa bourse fut ouverte a bien des gens de lettres qu'il avoit attaqués dans ses écrits, ■Satr'autrei à Liaière ( et au poète Çassandre qui
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dans l'obscuritrf et la plus grande indigence , et
dont il estimoit peu les talens.
Il osa refuser le pavement de la pension que loi faisnlt Louis XIV , en disant à ca Prince , qu'il seroit honteux pour lui de la recevoir, tandis que Corneille , qui venoit de perdre la sienne par la mort de Colbert , ctoir privé de ses bienfaits. Cet» reprise ntatidh hardie ne fâcha point le Monarque , et valut au grand Corneille un présent de deux cents louis.
Ce ne fut donc pas la malignité* da cœur , la haine on la vengeance qui enfantèrent ses satires; ce fnt une e'quîté inflexible , jointe à la vigueur du génie et au aèle pour la gloire des beaux arts,