‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 28 sur 70 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

ment contre des ouvrages où l'on court, ne servent qu'à y faire encore plus courir, et à en mieux mar-

d'avoir des censeurs; et la plus grande disgrâce qui puisse arriver à un écrit iju'on met au jour , ce n'est pas que beaucoup de gens en disent du mal , c'est que personne n'en dise rien.

Je nie garderai donc bieu de trouver mauvais qu'on attaque nies trois c'pîtrcs. Ce qu'il a de cer-< tain, c'est que je les ai fort travaillées , et principalement celle de l'amour de Dieu, que ('ai retouchée plus d'une fois , et où j'avoue que j'ai employé tout le peu que je puis avoir d'esprit et de lumières. J'avois dessein d'abord dp la donner toute seule , les deux autres me paraissant trop frivoles pour être présentées au grand jour de l'impression avec un ouvrage si se'rieux. Mais des amis très-sense's m'ont fait comprendre que ces deux e'pitres, quoique dans le si) le enjoué', étoient pourtant des cpîtres morales , où il a' e* toit rien enseigné que de vertueux ; qu'ainsi «fiant liées avec l'autre, bien loin de lui nuire , elles pourroient même faire une diversité* agréable; et que d'ailleurs beaucoup d'honnêtes gens souhaitant de les avoir toutes trois ensemble , je ne pouvois pas avec bienséance me dispenser de leur donner une si légère satisfaction. Je me suis rendu à ce sentiment , et on les trouvera rassemblées ici dans un même cahier. Cependant comme il y a des gens de piété qui peut-être ne se soucieront guère de lire les entretiens que je puis avoir avec mon jardinier et avec mes vers , il est bon de les avertir qu'il y a ordre de leur distribuer à part la dernière, savoir celle qui traite de l'âmoùr de Dieu j et que non-seulement je ne trouverai pas étrange qu'ils ne lisent que celle-là, mais que je me sens quelquefois

bon livre

Di j'I Zl'J Dv '

PRÉFACE. ipj

de bon cœur n'avoir de ma vie composé que ce seul ouvrage, qui vraisemblablement sera ia dernière pièce de poésie i[u'on aura de moi, mon génie pour les vers commençant à s'épuiser, et nies emplois historiques ne me laissant 'guère le temps île m'apiiliqunr à chcrcjier et à ramasser des rimes.

Voilà ce lue j'avais à dire aux lecteurs. Avant néanmoins que de finir coite préface , il ne sera pas hors de propos , ce nie semble , de rassurer des personnes timides, qtù, n'ayant pa3 une fort grande idée de ma capacité' en matière de théologie , dou- • feront peut-6trç que tout ce que j'avance en mon epître soit fort iofaillible. > et appréhenderont qu'en voulant les conduire je ne les égare. Afin donc qu'elles marchent sûrement, je leur dirai, vanité a part , que j'ai lu plusieurs fois cette épitre à un fort grand nombre de docteurs, de Sorbonne , de pères de l'Oratoire, et de jésuites ïrès-célèbres , qui tous y ont applaudi, et en ont trouvé la doctrine trèssaine et très-pure ; que beaunoup de prélats illustres . à qui je l'ai récitée «n ont juge' comme eux ; que monseigneur l'évêque de Meaux , (i) c'est-à-dire, une des plus grandes lumières qui aient éclairé l'Eglise dans les derniers siècles, a eu long-temps mon ouvrage entre les mains , et qu'après l'avoir lu et relu plusieurs fois, il m'a non-seulement" donné son approbation , mais a trouve bon que je te publiasse à tout le monde qu'il me la dounoit; enlin que., pour mettre le comble à ma gloire , ce saint archevêque (a) dans le diocèse duquel j'ai le bonheur de nie trouver, ce grand prélat, dis-je, aussi émtneat

(i) Jacques-BâmgQe Bussuet.

(2] Louis-Antoine de NoaillcSj cardinal a archsvËijuc As Paris.

i7a PRÉfACE.

m doctrine et en vertus qu'en dignité et en naissance , que lu plus grand roi do l'univers, par un choix visiblement inspiré du ciel, a donné à la ville capitale de son royaume , pour assurer l'innocence et pour détruire l'erreur, monseigneur l'archevêque de Paris , en un mot , a bien daigné aussi examiner soigneusement mon épître , et a eu même la bonté de me donner sur plus d'un endroit des conseils que j'ai suivis, et m'a entin accordé aussi son approbation, avec des éloges dont je suis également ravi et confus.

Au rpste , comme il y a des gens qui ont publié que mon épitre n'étoit qu'une vaine déclamation qui n'attaquoït rien de réel ni qu'aucun homme eût jamais avance , je veux bien , 'pour l'intérêt de la vérité , mettre ici la proposition que j'y combats , dans la langue et dans les termes qu'on la soutient en plus d'une école. La voici : Altritio ex gehennœ tnelu suf/ïcit , etiatn sine ulîd Dei dileclione . et sine ullo ad Dcum offensum respecta , quia talis honesta et supernaturalis est. C'eBt cette proposition que j'attaque et que je soutiens fausse, abominable , et plus contraire à la vraie religion que le luthéranisme ni le calvinisme. Cependant je ne «rois pas qu'on puisse nier qu'on ne l'ait encore soutenue depuis peu , et qu'on ne l'ait même iisérée dans quelques catéchismes en des mots fort approebans des ternies latins que je viens de rapporter.

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