‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 30 sur 70 · ÉPITRE X · texte numérisé non relu

ÉPITRE X

Maïs perdez cette erreur dontl'applt vous amorce : Le temps n'est plus , me» Vers , où ma musc en sa force ,

Du Pâmasse françois formant les nourrissons ,

De si riches couleurs habilloit ses leçons.

Quand mon esprit , poussé" d'un courroux légitime ,

Vint devant la raison pïaider contre la rime ,

A tout le genre humain sut faire le procès ,

Et s'attaqua soi-même avec tant de succès ;

Alors il n'étoit point de lecteur si sauvage

Qui ne se de'ridât en lisant mon ouvrage ,

Et qui , pour s'égayer , souvent, dans ses discours ,

D'un mot pris eu mes vers n'empruntât le secours.

. Mais aujourd'hui qu'eulin la vieillesse venue , Sous mes faux (1) cheveux blonds déjà toute chenue, A jet*? sur ma tête avec ses doigts pesans , Onze lustres complets , surcharges de trois ans , Cessez de présumer dans vos folles pensées , Mes Vers , de voir en foule à vos rimes glacées Courir , l'argent en main , les lecteurs empressés. Nos beaux jours sont finis, nos honneur? sont passés : Dans peu vous allez voir vos froides rêveries pu public exciter les justes moqueries ; Et leur auteur , jadis à Régnier préféré , A Pinchère , à Linière , à Perrin, comparé.

yous ( aurez beau crier : « O vieillesse ennemie ! » N'a-t-itdonctant vécu que pour cette infamie l >? (2) Vous n'entendrez par-tout qu'injurieux brocards , Et sur vous et sur lui fondre de toutes parts.

Que veut-il ! dira-t-on , quelle fougue indiscrète Ramène sur les rangs encor ce vain athlète î

Quels pitoyables vers ! quel style languissant !

Malheureux , laisse en paix ton cheval vieillissant ,

(1) L'auteur avoit pris la perrtigua.

(5) Vets.du Cid.

Ê P ï T K E X. 1? 5 De peur que tout à coup , efflanqué , sans haleine , II ne bisse i en tombant, son maître sur l'arène. Ainsi s'expliqueront nos censeurs sourcilleux. Et bientôt vous verrez mille auteurs pointilleux , Pièce à pièce épluchant vos soda et vos paroles, Interdire chez vous l'entrée aux hyperboles ; Traiter tout noble mot de terme hasardeux , Et dans tous vos discours , comme monstres hideux. Huer la métaphore et la métonymie , Grands mots que Pradon croit des termes de chimie ; Vous soutenir qu'un lit ne peut être effronté (l) j Que nommer la luxure est une impureté.

Eu vain contre ce flot d'aversion publique Vous tiendrez quelque temps ferme sur la boutique ; Vous irez à la lin , honteusement exclus , Trouver au magasin Pyrame er EAégulus (2) , Ou couvrir chez Thierry .d'une feuille encor neuve, Les méditations de Buzée et d'Hayneuve; ■*• Pais . en tristes lambeaux semés dans les marchés , Sou f frir.tous les affronts au Jonas reprochés. '

Mais, quoi 1 de ces discours bravant la vaine . . attaque , "" i

Déjà . comme les vers de Cinua , d'Andromaquè , Vous croyez à grands pas chez la postérité Courir , marqués au coin de l'immortalité!

Hé bien ! contenez donc l'orgueil qui vous enivre ; Montrez-vous , j'y consens ; mais du moins, dans

i --mon livre , , Commencez par vous joindre a mes premiers écrits. C'est là qu'à la faveur de vos frères chéris , Peut-être enfin soufferts comme eufans de ma plume, Vous pourrez vous sauver , épara dans, le volume.

<ï) Termo de la dixième aatire.

(a) Picces de théâtre de Pradon.

*jG ÉPITHE X.

Que si mêmes un jour le lecteur gracieux , Amorce par mon nom , sur vous tourne les yens , Four m'en recompenser . mes Vers , avec usure , £e votre auteur alors faites- lui la peinture ; fct surtout prenez soin d'effacer bien les traits Vont tant dp. peintres faux ont flétri mes portraits. Reposez hardiment qu'au fond cet homme horrible , ~. e CftnMur .lu'Hs ont peint si noir et si terrible , fut un esprit doux , simple , ami de l'equite , Vui . cherchant dans ses vers la seule vérité , «t, sans être malin, ses plus grandes calices, *.t qu enfin sa candeur seule a fait tous ses vices. Ames q,, e , harcelé' par les plus vils rimeura T? mdl V nlessant leurs vers, il n'effleura leurs mœurs, l,ibre dans ses discours, mais pourtant lou Jours sage, Assez [bible de corps , assez doux de visage , JNl petit , ni trop grand, Irès-peu voluptueux, Ami de la vertu plutôt que vertueux.

yue si quelqu'un , mes Vers , alors vous importune Four savoir nies parens , ma vie et ma fortune , ^ontez-Iuj qu'allié d'assez hauts magistrats, '«S d'un père greffier, né d'aïeux avocats , JJès le berceau perdant une fort jeune mère, "en/m seize ans après à pleurer mon vieux père , Jallai d'un pas hardi, par moi- même guidé , £t de mon seul génie en marchant secondé, otndieax amateur et de Perse et d'Horace, Assez près de Régnier m 'asseoir sur le Parnasse ; Vue par un coup du sort au grand jour amené, .. j Kt des bords du Permessc à la cour entraîne' , ■ Je sus , prenant l'essor par des routes nouvelles y Elever assez haut mes poétiques ailes ; Que ce roi dont le nom fait trembler tant de rois , V col ut bipnr qne ma- main crayonnût ses exptots ; Que plus d'un grand m'aima jusques à la tendresse ; V u e ma vue à Colbert inspirait l'allégresse ;

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