‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 62 sur 70 · CASSAIGNE · texte numérisé non relu

CASSAIGNE

PercÉ jusques au fond du cœur D'une insulte imprévue aussi bien que mortelle, Misérable vengeur d'une sotte querelle , D'un avare écrivain chétif imitateur , Je demeure stérile , et ma veine abattue Inutilement eoe.

Si près de voir couronner mon ardeur,

O la peine cruelle !

En cet affront La Serre est le tondeur, & le Vendu , pire de la pucelle.

CHAPELAIN DÉCOIFFÉ. 3» 7 Que je sens de rudes combats !

Comme ma pension , mon honneur me tourmente!

Il faut faire un poëme, on bien perdre une rente. L'un échauffe mon cœur, l'autre retient mon bras s lle'duit au triste choix ou de trahir mon maître , Ou d'aller à Bicètre , Des deux eûtes mon mal est infini,

O la peine cruelle !

Faut-il laisser un La Serre impuni ?

Faut-il venger l'auteur de la Pucelle ?

Auteur, perrnqne, honneur , argent , Impitoyable loi , cruelle tyrannie , Je vois gloire perdue, ou pension finie.

D'an coté je suis lâche , et de l'autre indigent. Cher et che'tif espoir d'une veine flatteuse , Et tout ensemble gueuse, Noir instrument , unique gagne-pain ,

Et ma seule ressource , M'es-tu donne' pour venger Chapelain I M'es-tu donné pour me couper la bourse î

Il vaut miens courir chez Conrard ; Il peut me conserver ma joie et ma finance, Mettant ces deux rivaux en bonne intelligence. On sait comme en traités excelle ce vieillard ; S'il n'en vient pas à bout, que Sapho la pucelle Vide notre querelle.

Si pas nn d'eux ne me veut secourir ,

Et si l'on me balotte.

Cherchons La Serre; et sans tant discourir, Traitons du moins et payons la calotte.

Traiter sans tirer ma raison I Rechercher un marcha si funeste à ma gloire ! Souffrir que Chapelain impute à. ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de sa toison 1

Respecter un vieux poil, dont mon ame égarée Voit la perle assurée !

N'écoutons plus ce dessein négligent ,

Qui passerait pour crime.

Allons > ma main, du moins sauvons l'argent Puisqu'aussUbien il font perdre l'estime.

Oui , mon esprit a'étoit déçu. , Autant que mou honneur, mon intérêt me presse. Que je meure en rimant , ou meure de détresse , J'aurai mon style dur comme je l'ai reçu.

Je m'accuse déjà de trop de négligence.

Courons à la vengeance.

Et tout honteux d'avoir tant de froideur,

Rimons à tire d'aile , Puisqu'aujourd'hui La Serre est le tondeur , Et le tondu , père de la PuceUe.

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