‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 36 sur 189 · PRÉPARATION · texte numérisé non relu

PRÉPARATION

A lA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR.

Les sermonft de notre-Seigneur dans sa dernière lemaine sont des plus dignes d'être médités, par *la circonstance de sa mort prochaine. Pour les lire avec ordre et avec fruit ^ il est bon de les partager par journées, comme on a fait le sermon sur la montagne.

Avant que d*en venir à cette semaine , si pleine d'instructions et de mystères , pour en prendre l'esprit il Êint remonter un peu plus haut. Et c'est à quoi nous donnerons huit jours.

PREMIER JOUR

£e mysûre de la croix prédit par Jésus-Christ , et non compris par les apôtres : combien on craint de suiyre Jésus à la croix. Matth. xx. 17 y jusqu'au 29. Marc. X. 32, jusqu'au 46. Luc. xviu. 3 1, jusqu'au 35.

L'heure de Jésus approchant , il va volontairement à Jérusalem ^ où il savoit qu'il devoit mourir ; et il le déclare à ses apôtres.

JIÉOITÂTIO V8

Saint Paul disoit aux disciples (0 : £*£ maintema étant Ué par le SainuEsprit, doucement contraii par^son impulsion particulière , je m en vais à Jén salem j ne sachant ce qui m'y doit arriver. Ma Jésus va à Jérusalem , sachant très-bien ce qu'il doit souflrir, et le dénonçant aux apôti^s : V'oilk dit-il {p)y que nous allons à Jérusalem ; et le Fils d rhomme sera livré entre les mains des mécham Je n^ sais ^ diioit «aiat Paul (3) ^ ce qui me da arriver à Jérusalem > si ce nest que dans touk hs miles qU je prisse ^ le SainirEsprit me fait tt moign/erpar les prophètes qui y sonl^ que des chaùu et der afflictions m'y sçn préparées. Mais au lie qu'on ne montroit les choses qu'en confusion à sais Paul, Jésus explique tout distinctement à ses ap£ trei I comme la seule lecture le fera connottre.

A ces mots , saint Luc observe (4) , que les dix ciples ne comprirent rien de ce que Jésus leur disoii quoique Jésus leur parlât sans aucune ambiguité que cette parole leur étoit cachée ^ et qiiils n'en tendoient point ce quon leur disoit. Cet évangé liste fait voir, par le soin qu'il prend de nous ùtih observer cette ignorance dçs apôtres, combien k mystère de la croix a peine à entrer dans les esprits

Jésus s'étant expliqué ailleurs de ce mystère ei tenues moins dairSi le même saint Luc fait cett< remarque (5) : Les apôtres n'entendoient point cetti parole j et elle étoit comme voilée devant eux ^ en sorti n'em semtoient poùu la force, et Us craignoiem

(0 j^ct, XX. 22. — («) IHattfu XX. i8. — P) Act. xx. a3. — (4) Lut XYiii. 34. — (5) Luc, IX. 45.)

SUR L^éVANGILE. lOI

Je tinte^roger sur cette parole. Ils n'entendoient

pas , parce qa*ils ne vouloient pas entendre» Us virent

bien qu'il faudrait suivre leur maitre , et ils ne vou-

loient pas savoir les souffrances oik il àlloit ^ dans la

crainte d'avoir un sort semblable. C'est pourquoi

J&us leur disoit : Menez bien ceci dans vos cœws s

ifue le Fils de l'homme sera U\^ré entré les mains des

hommes (0 : ce qu'il a voit soin de leur inculquer

dans le temps que tout le monde étoit en admiration

des prodiges qu'il faisoit : c'est que , flattés par sa

gloire , ils avoient le cœur bouché à ce qu'il leur en*<

leignoit sur l'opprobre qu'il avoit à souffrir, sans

youloir en entendre parler. Mais c'étoit là néan-^

moins ce que Jésus vouloit qu'ils susseiit. Car il

avoit mis notre salut dans ses souffrances , et dans

Tobligation de le suivre y et de porter sa croix après

lui. Mettez bien cela dans vos cccurs y leur disoit-iL

Songes ici comme l'homme se trompe lui'-méme ,

comme il fait le sourd quand on lui veut dire ce qui

choque ses passions etses.senâ; comme, quelque

dair qu*on lui parle, il détourne l'oreille ; il ne fait

pas semblant d'entendre, et craint d'approfondir la

matière. Quitte ce commerce , renonce à ce*plaisii\

renonce à ta propre volonté : il n'entend pas; il

ne veut pas entendre, ni savoii^, ni interroger

celui qui lui parle. C'est pour la même raison que

saint Marc raconte la même chose en ces termes ip) :

Comme ils montoienC à Jéirusalem ^ Jésus mar^

choit deî^ant eux , et ils en étoient étonnés , et ils

craignoiefU en le suivant ; et appelant les douze ^

(0 Luc. IX. 44» — ^'^ Il'larc. x. 33 , 33.

i7 leur dit : Nous allons à Jérusalem , pour y soaflrûr tout ce qu il leur marque.

Le sujet de leur étonnement étoit qu'ils savoienC que les pharisiens et les docteurs de la loi le cher* dioient pour le faire mourir ; et ils ne pouvoient comprendre qu'il allât se mettre en leurs mains ; et ils le suivoient en tremblant. On craint de suivre Jésus à la croix.

Mais pour nous encourager il va devant; et saint Luc remarque , quV/ affermit son wage pour aller à Jérusalem (0, voyant son heure| venue. La nature craignoit , comme il parut dans son agonie au jardin. Car il a voulu porter nos foiblesses jusqu'à ce point y afin de nous apprendre à les vaincre. Suivons-le donc , et à son exemple aflèrmissoBS notre visage y lorsqu'il faut aUer k la pénitence^ àt la mor* tifieation, et à la croix^ >

I Ce fut en cette occasion que ses disciples lui dirent : Maître^ il riy a que peu de temps que les Juifs vous cherchoient pour vous lapider^ et vous allez vous mettre encore entre leurs mains (3). Ils vouloient le détourner de ce voyage ; et il ii*y eut que Thomas , qui entendit le mystère , lorsqn^il dit courageusement : Jlllons, allons aussi, et mourons ai^ec lui (3). Belle parole , si elle eûtiété suivie de l'effet ! Mais Thomas s'enfuit comme les autres ; et il fut le dernier à croire sa résurrection. Voilà l'homme; celui qui parle le plus liairdiment ^ le plus souvent est le plus foible lorsque Dieu l'abandonne à lui-même. Entends, chrétien, combien il est difficile d'aHer

(0 Luc. iz. 5i. •* (*) Joam. xi. 6. — ()> MM, t6.

SUE L^ÉTÀKGILE. Io3

à la croix avec Jésus, et combien on a besoin de sa

grâce.

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