‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 44 sur 189 · IL* JOUR · texte numérisé non relu

IL* JOUR

Le règne de Jésus-Christ sur les esprits et sur les cœurs j par ses miracles^ par ses bienfaits et par sa parole. Joan. xn, 12 — 19. Matth. xxi. i — 17. Marc. XXI. i — 18. Luc. xix. 28 — 48.

Ce qui attira au Sauveur toute cette gloire^ ce fat le bruit de ses miracles , et en pai^ticulier celui de Lazare ressuscité, qui venoit d*être fait à la porte de Jérusalem. Car toute la troupe qui étoit a^ec lui lorsqu'il le fil sortir du tombeau, oit il pourrissoit , lui rendoit témoignage : et cest pour cela que la troupe de ceux qui étoient venus à Jérusalem pour y célébrer la fête de Pâque, accourut au devant de lui y parce qu'ils awoient appris qu'il avf oit. fait ce miracle (0. On céle1)roic aussi ses autres miracles, dont la réputoiion avoit reinpli toute la Judée. Et pendant çmH descendoit la montagne des Olives , les troupes de ses disciples, saisies d'une joie subite, se mirent à louer Dieu de toutes les guétisons, et de toutes les merveilles qu'ils avoient vues (^).

Sa doctrine demeuroit aussi confirmée par ses miracles; car il les avoit faits expressément en témoignage de sa mission , et de la vérité qu'il annonçoit. Mon Père, avoit-il dit en ressuscitant Lazare»

{^)Joan, XII, 17, 18. — W Lue, xix. 37.

'l36 KÉDITÀTIONS

je sais que vous ni écoutez toujours ; mais je pmb ainsi datant tout ce peuple^ afin quils croient que vous m'aidez em^ojé (0. Et dès le commencement de sa prédication , il avoit dit aux docteurs de k loi : Lequel est le plus facile de dire à un paralj'tique: Tes péchés te sont remis ^ ou de lui dire: Leve^toi , prends ton Ut sur tes épaules , et marche ? Of, afin que vous sachiez que le Fils de rhomme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés: Lève-toi , mon fils j dit-il au paralytique, et va-t-en en ta maison (^). C'est pourquoi il joignoit ensemble la prédication de TEvangile et la guërison desmalar dîes. // alloit par toute la Galilée y enseignant dans leurs synagogues , et préchant V Evangile du royaw^ me, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple {^) . Cest aussi ce qui lui attiroit cette grande réputsktion , et amaf«oit tant de monde autour de lui; car, ajoute le même évangéliste , sa réputation se répemdit dans toute la Syrie , et plur sieurs troupes le suivoient de la Galilée, et de la Z)ecapole, et de Jérusalem ^ et de la Judée , et du pays d'au-^elà le Jourdain (4). Ce furent dotwc ces troupes qui le suivoient qui commencèrent ces cris de îoie, auxquels tout Jérusalem et tout le reste du peuple applaudit.

Sa doctrine ainsi confirmée , lui attii*oit cette admiration j et la réputation d*un grand prophète; et il y avoit aussi dans ce qu*il disoit un caractère d'autorité y et une efficace qu'on n'avoit pas encore vue

(0 Joan, XI. 4' f 43*""^*^ MaUh. ix. 5. iKforc. n. 9, lO» 11. £mw V. 33, a4. — C3) AfoaA. iT. aa. — (4) lUd. ^ , al

suft l'étangile. 187

farmi les hommes. Car il les enseignait comme tjani QÊOorité et puissance, et non comme leurs doc^ teurs et les pharisiens (0. Tout le monde Tappehii Seigneur et Rabbi (a); c'est-à-dire^ maître , qooiqa*il n'eAt Âudié sous aucun docteur de la loi, et qu'il n'eût fait aucune des choses qui donnoient ce titre parmi les Juifs. Tout le peuple était suS' fendu , et raui en admiration en Vécoutant C^) : et on ne pouvoit douter qu'il ne fût celui à qui le Psalmiste avoit chanté : O le plus beau des mfans des hommes ! la grâce est répandue sur Mf Ihi^res (4). On quittoit tout pour l'entendre , tint le charme de sa parole étoit puissant , et tant on étoit non-seulement touché, mais ravi de Vagrément de ses discours , et des paroles de grâce qui

sortaient de sa bouche ; car tout le monde lui rendait ce témoignage (^}. Et ce n'étoit pas seulement ses disciples qui lui disoient : Maître, à qui irions-nous? Vous avez les paroles de vie étemelle (6) : mais encore ceux qui venoient avec ordre , et dans le dessein de le prendre , étaient pris eux-mêmes par ses discours , et n'osaient mettre la main sur lui (7) : en sorte que les pontifes , et les pharisiens qui les avoient envoyés, leur demandant : Pourquoi ne Vavez-vous pas amené ? ils leur répondirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme (8) : ce qui fit que les pharisiens étonnés leur demandoient : Ne voulez-vous pas aussi vous laisser séduire comme les autres (9) ? Mais ces docteurs et ces pharisiens eux-mcmes, qui

(«) Hfauh, VII. 39. — («) Joan. ut. a. — (3) Luc, xix. 43. — (4) />x. xiiv. 3. — W Luc. IV. 32. — (^^ Joan. vi. 69. — (7) Ibid. vu. 44- "" Wlàid. 45, 46. — (9) Ibid. 47.

l38 MEDITATIONS

méprisoient tant ceux qui croyoient en lui ^ et ne lui parloient que pour le surprendre, ne savoioit ^ eux-mêmes que lui répondre ; car il leur fermoitla bouche par des réponses précises et décisives » et ib n osaient plus l'interroger (0.

Voilà donc ce règne admirable prédit dans le i Psaume ; et tous les peuples gagnés au Sauveur par le charme de sa parole , et par la grâce répandue sur ses lèvres. Le prophète y ajoutoit celle de la vérité qu'il annonçoit , de la justice dont il étoit le parfait modèle , de la douceur (s) et de la bont^ avec laquelle il guérissoit tous les malades ; ne faisant servir sa puissance que pour le soulagement des malheureux et de tout le genre humain.

Qui jamais avoit régné de cette sorte ? Mais c*est ainsi que Jésus régna. Ainsi sa doctrine et ses miracles firent tout reflet extérieur qu'ils dévoient faire naturellement sur tous les esprits. On le suivoit y on Tadmiroit , on lui applaudissoit , on le recevoit avec des cris de joie : il n y avoit que ses envieux qui frémissoienty et qui néanmoins n'osoient parler. Mais d*où vient donc qu'il eut si peu de véritables disciples? D'où vient que les cris qui l'envoyoient à la croix : Cruci/iez-le^ crucijiez-le (3), suivirent de si près ceux qui le célébroient comme le fds de David ? et que l'on compte à peine six-vingts hommes parmi les frères , c'est-à-dire , parmi les disciples qui se renfermèrent dans le cénacle pour recevoir le Saint-Esprit ? C'est que les disciples de Jésus-Christ ne sont pas ceux qui l'admirent , qui le louent , qui le célèbrent , qui le suivent même

(0 Matth> XXII. 45. — (•) Ps. XLiY. S| 8. — (3) Jo^. xtx.. 6.

SUR Vévàugilz. iSg

rextérienr, et jusqu'à un certain point ; mais ceux li le suivent au dedans et partout , qui observent lis ses préceptes , qui portent sa croix , qui se noncent eux-méines. Et le nombre en est petit : il &ut y outre les attraits de la parole et des mir des , une parole intérieure que tout le monde t veut pas entendre , et un miracle qui change les BUTS y dont notre orgueil et notre mollesse emkdient Tefiet.

Soyons donc de vrais disciples de Jésus : Si vous meurez dans ma parole j vous serez vraiment mes %ciples ^ et vous connoîtrez la vérité > et la vé^ !e vous affranchira (0. Et encore : Mon Père ra glorifié j en ce que vous rapporterez beaucoup fruit, et que vous serez mes vrais disciples (^) , s disciples dignes de ce nom. Et enfin : Celui qui 'aime , dit-il , est celui qui garde mes commanmens (^). Les autres peuvent me louer , m'adirer , me suivre au dehors , et se glorifier d'être îs disciples : car on se fait toujours beaucoup lonneur d*avoir un tel maître ; mais ils ne m*aiment s , et je ne les connois point , ni je ne les mets rang des miens.

ni.' JOUR.

Urée triomphante de notre Seigneur. Tout en ai^oit ié prédit jusqu aux moindres circonstances , Ibid.

Considérons ce que fit Jésus pour préparer son trée.

0 Joan, VIII. 3i , 3a. — (») Ibid. xv. 8. — (3) U^j, xvi. ai .

l4o MÉDITATIONS

Gomme il étoit en Bethphagé, proche de Béthanie^ dans le penchant du mont des Olives , presque à h porte de Jérusalem , comme on a vu ; il envoya deux de ses disciples , avec ordre de lui amener une ânesse et son ânon, qu'ils trouveroient dans un certain château y qu'il leur montroit vis-à-vis d'eux. Si le maître y apportoit quelque obstacle , il n*y avoit qu'à lui dire : Le Seigneur en a besoin : et ausâtAt on les devoit laisser aller. Tout se (it comme Jésm Tavoit dit. Ils étendirent leurs manteaux sur ces pai* sibles animaux : et ils mirent Jésus sur Fanon , que ^ personne n'avoit jamais monté. Là commencèrent ^ tout d'un coup ces cris de joie dont nous avons^ parlé. , Ses disciples ne saiH>ient pas le mystère de ce çiiOi • faisaient; mais après que Jésus fut glorifié ^ ils se ressouvinrent que toutes ces choses a\H>ient été écrites de lui^ et çuils les aboient accomplies sans y penser (0. Car il étoit écrit dans Zacharie : Ne crains point, file de Sion : ton Roi doux et paui^re, juste et sauveur, vient à toi monté sur une dnesse et sur son dnon (^).

Jésus avoit tout prévu ; et sachant les prophéties, il les accomplissoit toutes avec connoissance. Cest ce qu'il fit jusqu'à la mort ; et c'est pourquoi , jusque sur la croix , vojant que tout s' accomplissoit ', et qu'il ne lui restoit plus rien à accomplir durant sa vie que cette prophétie de David (3) : Ils m'ont donné du fiel à boire : et, dans ma soif, ils mont abreuvé avec du vinaigre : il dit : Tai soif On lui présenta le breuvage qui lui avoit été prédestiné :

(0 Joan, XII. i5, i6. mm [9) Zach. ix. 9. Mauh, xzi. 5. *« 0) Ps» Lxviii. as.

sua L^ÉTÀSGILS. l4l

13 en gaâla autant qu'il falloit pour accomplir la piof^étie : après il dit : Tout est accompli : il n'y a j^hcis ^u'à rendre Famé : à Tinstant il baissa la tête, et se mit volontairement en la posture d'un homme mourant, et il expira (0.

Jâns donc savoit ce qu'il vouloit, qui étoit l'accomplissement des prophéties : mais une vertu cachée eiécutoit tout le reste. Il se trouva précisément un faissean oii il y avoit du vinaigre : il se trouva une ^Mmge dans laquelle on lui pouvoit présenter à la croix le vinaigre où on la trempa : on l'attacha au beot d'une lance , et on la lui mit sur la bouche. La haine implacable de ses ennemis que le démon animoit, mais que Dieu gouvernoit secrètement , fit tout le préparatif nécessaire à l'accomplissement de la prophétie. Ainsi , dans cette occasion ^ l'ânesse et rânon se trouvèrent à point nommé près du lieu où se devoit faire la célèbre entrée. Le maître les laisse aller : on met Jésus dessus sans savoir ce qu'on ftit : une soudaine joie saisit les peuples : les cris s'en ensuivent : et Dieu agit secrètement y non pas sur deux ou sur quatre ; ce qu'on pourroit attribuer à quelque concert ; mais sur toute la multitude^ et jusque sur les enfans y parce qu'il étoit encore ainsi prédit. Si les plus petites choses s'accomplissent , si tout jusqu'à l'ânon et l'ânesse, et jusqu'au vinaigi^e : qae crains- tu, chrétien? et peux-tu douter des magnifiques promesses qui t'ont été faites? Jésus a tout vu, tout prévu, pensé à tout, tout préparé : marche en confiance et ne crains rien.

Les saints Pères disent que l'ânon , que nul autre

(0 Joan» XXX. a8 , 3o.

l4a XÉDITA.TI0N8

que Jésus n*avoit monté, représentoit les gentils, io^ domptables et indociles animaux que nul autre avilit Jésus n*avoit subjugués* Venez, âmes indisciplinées: venez vous soumettre à Jésus : abaisser -vous, et laissez-vous conduire au lien qu'il vous met au col. Admirez encore une fois le triste et pauvre équi-page de ce roi : mais aussi étoit-ce un roi pauvre^ qui n'étoil riche qu'en grâces. Voici, dit Zacharie, ton roi pauure , Juste et sauueur (0. Mais écoute la suite de la prophétie: avec ce foible équipage, je mettrai enfmte les chariots d'Ephraïm aUeUs à çuatre chenaux, et les fiers coursiers de Jérusalem: et tous les arcs tendus pour le combat seront rompus: et il annoncera la paix aux gentils ; et sa puissancù s* étendra d'une mer à l'autre, et depuis lesflewm sur lesquels il prêchera, et où il donnera le nouveau baptême , jusqu'aux extrémités de la terre. Et vous, ô Sauveur victorieux , vous auez avec le sang de votre alliance, tiré vos prisonniers du lac ok il n'y a point d'eau ip) , et du cachot ténébreux d*une prison. Voilà toutes les nations les plus belliqueuses et les plus fières, vaincues, rachetées , délivréeSi par ce roi monté sur un âne.

(0 Zach^ IX. 9. ^-* (•) Ibid. 10, 11,

SUU L'ÉVAirGILE. 1^3

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