‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 68 sur 189 · XXXVIII.' JOUR · texte numérisé non relu

XXXVIII.' JOUR

Sur ces paroles : A Dieu ce qui est à Dieu« liid^

A Dieu ce qui est à Dieu (^). Si une image pourvoit sentir y s'il lui venoit un esprit dévie et d'intelligence, elle ne cesseroit de se rapporter ellemême à son original. Traita trait, partie à partie, membre à membre , elle iroit sans cesse se réunissant à lui. Si elle pouvoit connoître qu'il lui manquât quelque trait, elle iroit, pour ainsi parler, continuellement l'emprunter. S'il s'en effaçoit quelqu'un, elle n'auroit point de repos jusqu'à ce qu'il fût rétabli; et si elle y pouvoit contribuer, ce seroit là toute, son étude et tout son travail. Nuit et jour elle ne seroit occupée que du désir de lui ressembler : car c'est là son être. Elle n'auroit point d'autre gloire que celle de le faire connoitre : elle

(0 Joan, TXI1. 44- -~ ^*^ Matth. xxii. ai.

à3o MÉDITATlOirS

ne pourroit souffrir qu^on terminât son amour en elle; mais elle feroit tout passer à son original; surtout M son original étoit en même temps son auteur, parce qu'elle lui devroit Tétre en deux n(ianières. Elle lé devroit à sa main et à son art qui Tauroit formée. Elle le devroit à sa forme primitive et originale , dont toute sa «ressemblance seroit dérivée , et ne siâ>sisteroit que par ce double emprunt.

Si les portraits de nos peintres étoient animés y ils seroient étrangement partagés entre le peintre qui est leur auteur , et le Roi ou quelqu*autre objet qui est leur modèle , et qu'ils ont à représenter. Car à qui aller 7 Je suis tout à celui qui m'a fait , et il n'y a trait que je ne lui doive. Je suis tout à celui que je représente , et il n'y a trait que je ne lui doive d'une autre manière. La pauvre image y pour ainsi dire , se mettroit en pièces y et ne sauroit à qui se donner , étant attirée des deux côtés avec une égale force. Mais en nous les deux forces concourent ensemble. Celui qui nous a faits y nous a faits à sa ressemblance : il est notre original et notre principe. Quel effort ne devonsnous donc pas faire pour nous réunir à lui ?

Qui peut représenter Dieu , si ce n est lui-même ? Lui seul se connoit. C'est lui qui nous a faits y ce n'est pas un autre : il nous a faits à sa ressemblance ; et nous lui devons doublement tout ce que nous sommes jusqu'au moindre trait. Nous ne pouvons donc ni nous reposer y ni nous glorifier en nous-mêmes. u4 Dieu ce qui est q Dieu, C'est notre gloire , c'est notre enseigne , c'est notre vie.

SUR LÉYANGILE. ^Sl

Kotre étude et notre travail est de lui ressembler déplus en plus; de faire tout pour lui, et de lui rapporter sans cesse tout ce que nous sommes.

Voyez le Fils de Dieu : il est la parfaite image da Père, son verbe, son intelligence, sa sagesse, le caractère de sa substance j et le rejaillissement de sa gloire (0. Mais que faitwl sur la terre ? Rien y dit-il, çue ce qùil voit faire à son Père : rien de Inî-méme , rien pour lui-même ; // ne fait que ce que son Père lui décous^re : et tout ce que le Père faà^ non^seulement le Fils le fait aussi j mais en^ core il le fait semUaMement (2) , avec la même dignité et la même peiiection que lui : parce qu*il est le Fils unique , Dieu dé Dieu , parfait du parfait. Tel est le devoir, ou plutôt tdle est la nature de Vimage. Nous qui ne sommes pas Timage et la ressemblance même; mais qui sommes faits à rimage et ressemblance, c^est-à-dire, qui ne isommes pas Timage engendrée du sein et de la substance du Père, mais un ouvrage tiré du néant où il a gravé son image , nous devons à notre manière imparfaite et foîble imiter notre modèle qui est Jésus-Christ : et toujours attentifs à son exemple, faire ce que Dieu nous montrera , ne nous étudier a autre chose qu'à y conformer nos désii^. A Dieu ce qui est à Dieu : c est la vérité : venons à ia pratique.

(«) Heb. I. 3. — (yiJoan. v. 19, et seq.

sSa MÉDITATIONS

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