‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 74 sur 81 · PRÊCHÉ DEVANT LE ROI · texte numérisé non relu

PRÊCHÉ DEVANT LE ROI

Caractères de la 1<h nouyelle. Effets da désir de rimmortalité. De quelle importance il est dans la vie chrétienne de tendre sans cesse k la perfection. Comment Jésus-ChrilK forme et ^blit son Eglise. Promesse d^immortalité qu^il lui fait : accomplissement admirable de cette promesse. Qualités et préparations nécessaires pour entrer dans les dignités ecclésiastiques. Maux causés par les pasteurs indignes : terribles jugemens qu ils s^atUrcnt. Etrange illusion des pécheurs sur le recours fréquent aux sacremens. Stabilité essentielle à la vertu : moyen pour parvenir à une solide conversion.

^^^^^^t^M^f^^^^^^mê

Christus rcstirgens ex mortuis jam non moritur. Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus. Rom. vi. 9.

Atoie à prêcher le plus glorieux des mystères de Jésus-Christ et Ja fêle la plus solennelle de son Eglise, devant le plus grand de tous les rois et la Cour la plus auguste de Tunivers, reprendre la parole après tant d'années d'un perpétuel silence, et avoir à contenter la délicatesse d'un auditoire qui ne souffre rien que d'exquis; mais qui, permettez-moi de le

V'OVK LE JOUR DE PAQtlB. 63^

n*a rien de foible ni de languissant, et dont les vives lumières pénètrent les replis les plus cachés des consciences; que de miracles nouveaux nous verrons paroître ! que de morts sortiront du tombeau ! que de ressuscites viendront honorer la résurrection de Jésus-Christ! et que leur inébranlable persévérance rendra un beau témoignage à Timmortelle vertu qu'un Dieu ressuscité , pour ne mourir plus, répand dans les cœurs de ses fidèles ! Pour commencer un si grand ouvrage , prosternés avec Madeleine et les autres femmes pieuses aux pieds de ce Dieu vain* queur de la mort, demandons-lui tous ensemble ses grâces vivifiantes, par les prières de celle qui les a reçues de plus près et avec le plus d'abondance.

« Jésits-Cheist ressuscité ne meurt plus », comme nous a dit saint Paul ; et non^seulement il ne meurt plus, mais encore, à consulter la règle éternelle de la justice divine , il ne devoit jamais mourir. « La » mort, dit le même apôtre (0, est entrée dans le » monde par le péché v ; et encore : « La mort est » le châtiment du péché W ». Puisque la mort est le châtiment du péché, l'immortalité devoit être la compagne inséparable de l'innocence : et si l'homme eût vécu éternellement affranchi des lois de la mort, en conservant la justice ; combien plutôt Jésus-Christ, qui étoit la sainteté même, devoit-il être toujours vivant et toujoui^ heureux? Ajoutons à cette raison, qu'en Jésus-Christ la nature humaine uuie au Verbe divin , qui est la vie par essence , puisoit la vie dans

(») Rom. v. la. — W Ibid, yi. 23.

(j38 POUK LE JOUR DE PAQtlE.

la source ; de sorle que la mort n'avoit point de lien où la vie se trouvoit dans la pléoitude : et si Jésns- Christ avoit à mourir, ce ne pouvoit pas être pour lui-même , ni pour satisfaire à une loi qui le regardât; mais pour nous, et pour expier nos crimes dont il s'étoit volontairement chargé. Il a satisfait à ce devoir; et compté parmi les méchans, comme dijoit Isaïe ( > ) , il a expiré sur la croix entre deux Volenn : a II est mort une fois au péché » , dit le saint ap&tre (3); c'est-à-dire, il eo a porté toute la peine : Pecoato morOms ett semel; et maintenant « il vit à » Diea »; vivU 2)«o.^Il commence une TÎe tonte divine ; etla glorieuse immortalité loi est assurée. Tirei, Seigneur Jésus , vivez à jamais : la vie, qui ne tous a pas été arrachée par force , mais que vous ava donnée de vous-même pour le salut des pécheurs,

POUE LE JOUE DE PAQUE. iiZg

premier principe » et disons encore une fois avec Fapôtre : « Jésus-Christ ressuscité ne nienrt plus » ; de quelque côté qu'on le considère, tout est vie en lui^ et la mort n*y a plus de part. De là vient que la loi évangélique y qu'il envoie annoncer à tout Tunivers par ses apôtres après sa glorieuse résurrection , a une éternelle nouveauté. Ce i^'est pas comme la loi de Moïse, qui devoit vieillir et mourir : la loi de Jésus- Christ est toujours nouvelle; la loi nouvelle , c'est son nom , c'est son propre caractère ; et fondée , comme vous verrez , sur l'autorité d'un Dieu ressuscité pour ne mourir plus , elle a une éternelle vigueur. Mais à cette loi toujours vivante et toujours nouvelle, il falloit pour l'annoncer et la pratiquer, une Eglise d'une immortelle durée. La Synagogue, qui devoit mourir^ a été fondée par Moïse, qui, à l'entrée de la terre sainte où elle devoit s'établir, meurt pour ne revivre qu'à la fin du monde avec le reste des hommes. Mais Jésus-Christ , au contraire , après avoir enfanté son Eglise par sa mort, ressuscite pour lui donner sa dernière forme ; et cette Eglise , qu'il associe à son immortalité, ne meurt plus, non plus que lui. Voilà une double immortalité que personne ne peut ravir à Jésus-Christ; l'immortalité de la loi nouvelle , avec l'immortalité de cette Eglise répandue par toute la terre. Mais voici une trpisième immortalité que Jésus-Christ ne veut recevoir que de nous. Il veut vivre en nous comme dans ses membres, et n'y perdre jamais la vie qu'il y a repris par la pénitence : nous devons comme lui une fois mourir au péché, comme lui ne plus mourir après notre résurrection ; regarder le péché comme la mort^ n'y retomber jamais,

64» POUR LE JOtlR DE PAQUE.

et honorer par une fidèle persévérance le mystère de Jésus-Christ ressuscité. Ah ! Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus; auteur d'une loi toujours nouvelle, fondateur d'une Eglise toujours immuable, chef de membres toujours vivans : que de merveilleux effets de la résurrection de Jésus-Christ! Mais que de devoirs pressans pour tous les fidèles ; puisque nous devons , écoutez , à cette loi toujours nouvelle, un perpétuel renouvellement de nos mœm^; à cette Eglise toujours immuable, un inviolable attachement; k ce chef qui nous veut avoir pour ses membres toujours vivans , une borrear du pédké ù vive, qu'elle nous le fasse éternellement détester plus que la mort. Voilà le fruit du mystère , et les trois points de ce discours. Ecoutez , croyez , profitez : je vous romps le pain de vie , nourrissez-vous.

doctrine , qui est une suite de la résurrection de Je- 8us-Ghrist, nous apprend le vrai caractère de la loi nouvelle. L'ancienne loi ne nous tiroit pas de la terre, puisqu'elle nous proposoit des récompenses temporelles, et plus propres à soutenir les infirmes qu'à satisfaire les forts : comme elle étoit appuyée sur des promesses de biens périssables, elle ne posoit pas encore un fondement qui pût demeurer. Mais Jésus-* Christ ressuscité rompt tout d'un coup tous les liens de la chair et du sang, lorsqu'il nous fait dire par son saint apôtre : Quœ sursum sunt quœrite : a Cher* » chez les choses d'en -haut » : Quœ sursum sunt sapite : « Goûtez les choses d'en -haut » : c'est là que Jésus-Christ vous a précédé, et où il doit avoir emporté avec lui tous vos désirs. Ensuite de cette doctrine , le sacrifice très-véritable que noys célébrons tous les jours sur ces saints autels, commence par ces paroles : Sursum corda : « Le cœur en haut, » le cœur en haut » ; et quand nous y répondons : Habemus ad Dominum : ce Nous élevons nos cœurs » à Dieu » ; nous reconnoissons tous ensemble que le véritable culte du nouveau Testament, c'est de nous sentir faits pour le ciel, et de n'avoir que le ciel en vue. Mais j'entends vos malheureuses réponses : Je ne suis que terre , et vous voulez que je ne respire que le ciel; je ne sens que la mort en moi, et vous voulez que je ne pense qu'immortalité. Mais les biens que vous poursuivez sont si peu de chose. Peu de chose, je le confesse, et encore moins, si vous le voulez ; mais aussi que peut rechercher un rien comme moi , que des biens proportionnés au peu qu'il est?

A Dien ne plaise ^ dites * vous ; je suis cfai^tien , ne me traitez pas d'impie. Ne me dites rien des li-^ bertins ; je les connois : tous les jours je les entends discourir ; et je ne remarque dans tocis leurs discours qu'une fausse capacité, une curiosité vague et supefr* ficielle y ou pour parler franchement ^ une vanité toute pure ; et pomt Umd des passions indomptables, qui , de peur d*étre réprimées par une trop gi^ande autorité, attaquent Tautorité de la loi de Dieu, que, par une erreur naturelle à Tesprit humain , ils croient avoir renversé, à force de le désirer. Je les reconnois à ces paroles; vous ne pouviez pas me peindre plus a«i naturel leur caractère léger et leurs bizarres pensées : j'entends ce que me dit votre bouche ; mais que me disent vos oeuvres ? Vous lés détestez, dites*vous; pourquoi donc les imitez^vous? pourquoi marchez-vous dans les mêmes voies ? pourquoi vous vois -je aussi éblouis des grandeurs humaines , aussi enivrés de la faveur, et aussi touchés de son ombre , aussi délicats sur le point d'honneur, aussi entêtés de fblles amours, aussi occupés de votre plaisir, et , ce qui en est une suite , aussi durs à la misère des antres , aussi jaloux en secret du progrès de ceux que vous trouvez à propos de caresser en public, aussi prêts à sacrifier votre conscience à quelque gi*and intérêt, après l'avoir' défendue , peut-être pour la montre et pour l'apparence, dan^ des intérêts médiocres. Avouons la vérité; foiblés chrétiens , ou libertins déclarés , nous marchotis également dans les voies de perdition , et tous ensemble noM renonçons par notre conduite à l'espérance de la vie future.

POUK LE JOUR DE PÀQUE. 645

nitës ; mais ils vouloient obtenir de lui des félicités temporelles. Moi, Seigneur, je ne veux que vous: mon Dieu , mon partage éternellement ; ni dans le ciel, ni dans la terre, je ne veux que vous. Tout ce qui n'est pas étemel , fût-ce une couronne, n'est digne ni de votre libéralité ni de mon courage ; et puisque vous avez voulu que je connusse, foiblement à la vérité, eu égard à votre immense gran«deur, mais enfin avec une certitude qui ne me laisse aucun doute , votre éternité toute entière et votre infinie perfection , j'ai droit de ne me contenter pas d'un moindre objet : je ne veux que vous sur la terre ^ et je ne veux que vous , même dans le ciel; et si vous n'étiez vous-même le don précieux que vous nous y faites, tout ce que vous y donnez d'ailleurs avec tant de profusion ne me seroit rien. Que si vous pouvez former ce désir avec un David , avec un saint Paul , avec tant de saints martyrs et tant de saints pénitens , hommes comme vous , si vous pouvez dire , à leur exemple : Mon Dieu , je vous veux ; il est à vous : car ni la bonté de Dieu ne lui permet jamais de se i*efuser à un cœur qui le désire, qui l'aime ; ni une force majeure ne le peut ravir à qui le possède ; ni il n'est lui-même un ami changeant que le temps dégoûte. Quoi , mes Frères , que de cette main bienfaisante , lui-même il arrache ses propres enfans de ce sein paternel où ils veulent vivre ! il n'y a rien qui soit moins de lui ; et de toutes les vérités, la plus certaine , la mieux établie, la plus immuable , c'est que Dieu ne peut manquer à qui le désire ; et que nul ne peut perdre Dieu, que celui qui s'en éloigne le premier par sa propre volonté. Qui ne l'entend

Tabrégé de la loi nouvelle ; voilà cette loi qui ne change plus y parce qu'elle a Téternité pour ob|et ; et c'est là uniquement que nous devons tendre^

Mais en marchant dans cette voie , apprenons d^ saint Augustin qu'elle e:(clut trois sortes de pev'^ sonne&i « Elle exclut premiàremeat ceux qui s'égft^ 2> rent » ;, et qui , las d'une vie réglée , qu'ils trou^ vent trop unie et trop contraignante , se jettent dans les voies d'iniquité , où une riante diversité égaie les passions et les, sens, ce Elle exclut, en second lieu , » ceux qui retournent en arrière , et qui , sans sortir V de la voie, abandonnent les pratiques de piété I» qu'ils avoient embrassées : elle exclut enfin ceux M qui s'arrêtent; et qui, croyant avoir assez fait, ne » songent pas à s'avancer dans la vertu (0 ». Ceux qui sortent de la voie des commandemens , après y être rentrés par la pénitence , et qui retombent dans leurs premiers crimes ; hél^s ! c'est le plus grand nombre : c'est à eux que je dois parler à la fin de ce discours ; et plût à Dieu que je leur parle avec cette voix de tonnerre que Dieu donne aux prédicateul^s, quand il veut briser les rochers et fendre les cœurs de pierre.

Mais je ne vous oublierai pas , ô petit nombre choisi de Dieu; vous, mes Frères, qui, fidèles à U pénitence, craigneai de rentrer àm^ les voies de per-r dition, où vous avez autrefois marché avec une si aveugle confiance. Vous avez encore, deux choses à craindre ; apprenez-}es de Jésus-Christ même : Tune, de retourner en arrière ; et l'autre , de vous luréter un seul moment. Vous faites un pas en arrière, lora-

CO Sei'm. de CarUic. novOy n, 4» ^OfBu Ti, cotSga.

» une fois ; il faut renouveler la nouveauté même ( 0 » : car au point oh vous croyez avoir assez fait , Forgueil , qui vous surprendra , vous fera tout perdre , et vos forces seront dissipées par le repos qui relâchera votre attention. Ne proférez donc jamais cette parole indigne d'une bouche chrétienne : Je laisse la perfection aux religieux et aux solitaires , trop heureux d'éviter la damnation éternelle. Non, non, vous vous abusez : qui ne tend point à la perfection , tombe bientôt dans le vice : qui grimpe sur une hauteur^s'il cesse de s'élever par un continuel effort^ /* est entraîné par la pente même, et son propre poids le précipite : c'est pourquoi toute l'Ecriture nous défend de nous arrêter un seul moment. Si , selon l'apôtre saint Paul {^) , la vie vertueuse est une course ; il faut , comme cet apôtre , s'avancer toujours , oublier ce qu'on a fait, courir sans relâche , et n'imaginer de repos qu'à la fin de la carrière y où le prix de la course nous attend (^). « Si la vie vertueuse est j> une milice » y comme dit le saint homme Job (4) y ou, comme parle saint Paul, « une lutte conti- » nuelle (^) » contre un ennemi également attentif et fort ; se ralentir tant soit peu , après même l'avoir attéré, c'est lui faire reprendre ses forces; et une victoire mal poursuivie ne devient pas moins funeste , par l'événement , qu'une bataille perdue.

Dans la guerre qu'avoit David contre la maison de Saîil, écoutez ce que remarque le texte sacréi ce David croissoit tous les jours , et s'élevoit de plus >i en plus au-dessus de lui-même : au contraire la

(0 In Epist. ad Rom. lib, y, n. 8, tout, iv, pag, 5Gi. — (») /. Cor. IX. a4* — (') Philip, m. 1 3. — (4) Job. vu. 2 . .— (^) Ephès. yi. i a.

POUR LE JOUR DE PAQUE. 65l

sans lequel il n'y a point de cbristianiame. Vous avez pu renoncer au crime, et aux plaûsii^s qui vous menaçoient d'irrémédiables douleurs , et peut-être même dès cette vie : la plaie n'est pas bien fermée; et ce cœur ensanglanté soupire encore en secret après ses joies corrompues. Epurez vos intentions; for-r tifiez votre volonté par des réflexions sérieuses et par des prières ferventes, car la prière assidue et persévérante est le seul soutien de notre impuissance. Vous avez commencé à goûter Dieu ; car aussi comment peut-çn être chrétien , si on n'aime , et si on ne goûte ce bien infini ? Apprenez peu à peu à le goûter seul , et modérez ce goût du plaisir sensible, qui ne laisse pas d*être dangereux , lors même qu'il semble innocent ; autrement vous éprouverez , par une chute imprévue, la vérité de cette sentence : ce Qui se néglige , tombe peu à peu (0 »^ Et quoique vous nous vantiez l'innocence de vos désirs encore trop sensuels , je ne laisse pas de trembler pour vous ; parce qu'enfin , quoi que vous disiez , du plaisir au plaisir il n'y a pas loin , et du sensible au sensible la chute n'est que trop aisée. U faut donc travailler sans cesse à cet édifice caduc, où toujours quelque chose se dément : il faut toujours s'élever, si on ne veut pas retomber trop vite. A quelque point que nous soyons, saint Paul nous excite à monter plus haut C^) : après que nous sommes ressuscites avec Jésus- Christ, il faut encore avec lui monter jusqu'au plus haut des cieux, et jusqu'à la droite du Père céleste. Car si cette ambition que le monde veut appeler noble , inspire à un grand cou-

CO EccU, xîx. 1. — C»0 Cohss, m. i, )•

POnn LE JOUR DE PAQUE. ()53

super terrant (0 : « O homme, viens voir les mer- » veilles de la main de Dieu; et dans les prodiges » qu il fait sur la terre » y juge des ouvrages immortels qu il entreprend pour le ciel.

Approchons-nous donc de plus près, et regardons travailler le grand architecte. Il a travaillé à son Eglise durant sa vie, à sa mort, à sa glorieuse résurrection ; mais toujours sur le même plan : et s'il nous faut assigner à chacun de ces états son ouvrage propre ; il a commencé à former son Eglise par sa doctrine durant sa vie ; il lui a donné la vie par sa mort; et par sa résurrection il lui a donné avec sa dernière forme le caractère d'immortalité. Mais plus nous entrerons dans le détail, plus la grandeur du dessein et la merveille de Texécution nous paroitra surprenante. L'Esprit invincible et tout* puissant , qu'il a promis à ses apôtres étant mortel, il l'envoie ressuscité et monté aux cieux; afin, pour ainsi parler, qu'il coule toujours d'une vive source. Mais appliquons-nous à regarder la structure de son Eglise.

Durant les jours de sa vie mortelle , il a choisi ses apôtres : il a dit à Pierre , que « sur cette pierse il M bâtiroit son Eglise, contre laquelle l'enfer seroit » toujours foible {?) ». Vous voyez les matériaux: déjà préparés : les apôtres sont appelés, et Pierre est mis à leur tête. Jésus-Christ ne sera pas plutôt ressuscité, que nous le verrons commencer à élever l'édifice; mais toujours sur les mêmes fondemens : car écoutez ce que dit l'ange aux pieuses femmes : « Allez dire à ses disciples et à Pierre (^) ». Dieu commence à réveiller la foi des apôtres , et il ré-

(0 P#. XLV. d. — C») MaUh, XYi. 18. — (3) Marc, xyi. 7.

» Diea vivant (0 », a aussi prêché le premier : Vous êtes le Christ ressuscité ^ et le premier né d'entre les morts; et TEglise va être fondée autant sur la foi de la résurrection de Jésus-Christ y que sur celle de sa génération étemelle.

Mais que fait Jésu8<]:hrist un peu après? Pour donner la deiiiière forme à son Eglise , environné de ses apôtres qui ne se lassoient point de le regarder, il dit à Simon Pierre : « Simon j fils de Jonas , m'aimez-vous, M m'aimee-vouSy encore une fois; m*aimez-vous plus I» que ceux-ci »? vous, qui êtes le premier en di-» gnitéy étes-vons le premier en amour? « Paissez mes » agneaitx y paissez mes brebis ip) » ; paissez les pe*^ titS) paissez les mères ; enfin , avec le troupeau , paissez aussi les pasteurs, qui, à votre égard, iseront des brebis; et aimez plus que tous les autres, puisque mon choix vous élève au-dessus d'eux tous. Ainsi s'achève l'Eglise : le^orps des apôtres reçoit sa dernière forme, en recevant de la main de Jésus-Christ ressuscité un chef qui le représenté sur la terre : l'Eglise est distinguée éternellement de toutes les sociétés schismatiques, qui, faute de reconnottre un chef établi de Dieu de cette sorte, ne sont que confusion; et le mystère de Funité , par lequel l'Eglise est inébranlable , se consomme.

Il reste pourtant encore un dernier ouvrage : il faut que cette Eglise, ainsi formée avec ses divers ministères , reçoive la promesse d^immortalité de cette bouche immortelle , d'où le genre humain en suspens attendra un jour sa dernière et irrévocable sentence. Jésus-Christ assemble donc ses saints apô-

(0 Matih, XVI. i6 » Joan. xxi. l5, i'6, 17.

frères /et un néant ^ comme dit saint Paul, dans ses commencemenSy attaquée encore plus vivement par le dehors , et plus dangereusement divisée au dedans par les hérésies dans son progrès , dans la suite presque abandonnée par le déplorable relâchement de sa discipline ; avec sa doctrine rebutante , dure à pratiquer ^ dure à entendre y impénétrable à l'esprit, contraire aux sens , ennemie du monde dont elle combat toutes les maximes ^ demeure ferme et inébranlable.

Et pour venir au particulier de l'institution de Jésus-Christ; car il est beau de considérer dans des promesses circonstanciées un accomplissement précis : vous voyez que la doctrine de TEvangile subsiste toujours dans les successeurs des apôtres ; que Pierre ^ toujours à leur tête , n'a cessé d^enseigner les peuples y et de « confirmer ses frères (0 », et , comme disent les six cent trente évéques au grand concile de Chalcédoine y « qu'il est toujours vivant ï> dans son propre siège C^) » ; que toutes les hérésies qui ont osé s'élever contre la scieilce de Dieu, ont senti leurs têtes superbes frappées par des anathémes dont elles n*ont pu soutenir la force; qu'elles n'ont fait que languir depuis ce coup , et viennent tout à la fois tomber aux pieds de l'Eglise, et de Pierre qui les foudroie par ses successeurs; que cependant cette Eglise ne se diminue jamais d'un côté, qu elle ne s'étende de l'autre, conformément à cette parole que Jésus-Christ adresse lui-même à TEglise d'Ephèse : Movebo candelabrwn de loco suo (^) : « Je remuerai

(0 Luc, XXII. 3a. — * (*) S» Léo» Serm, ii , c. m. ^ {}) Apoc, ii. 5. BOSSUET. XIII. 4^

POUR LE JOUK AE PÀQUE. ôSg

Babylone qu'elle se vantoit de quitter. Et pour lui donner le dernier coup , Dieu suscite un antre Cyrus y un prince aussi magnanime ^ aussi modéré , aussi bienfaisant que lui^ aussi grand dans ses conseils et aussi redoutable par ses armes; mais plus religieux, puisqu au lieu que Cyrus étoit infidèle , le prince que Dieu nous suscite tient à gloire d'être luimême le plus zélé et le plus soumis de tous les enfans de TEglise, comme il est, sans contestation , le premier autant en mérite, qu'en dignité; Dieu, dis-je, suscite ce nouveau Cyrus pour détruire cette Babylone , et réparer les ruines de Jérusalem : de sorte que l'Eglise, toujours victorieuse, quoiqu'en différentes manières , tantôt malgré les puissances conjurées contre elle , et tantôt par leur secours que Dieu lui procure^ triomphe de ses ennemis pour leur salut, et pour le bien universel du monde, où seule elle fait reluire parmi les ténèbres la vérité toute pure , et la droite règle des mœurs également éloignée de toutes les extrémités.

(c O Eglise, les forces me manquent à raconter vos » louanges » : Gloriosa dicta sunt de te , ciuitas Deii^). ttO vraiment. Eglise de Dieu, sainte cité de » l'Eternel , et la mère de ses enfans , vraiment on » a dit de vous des choses bien glorieuses » ; et je ne m'étonne pas de l'état heureux et permanent qui vous est prédestiné dans le ciel : déjà par la vertu de celui qui vous a promis d'être avec vous , vous avez tant de majesté et tant de solidité surla terre. Mab, mes Frères, remarquez- vous que cette promesse d'immortalité ^ qui soutient l'Eglise, s'adresse

CO Pi. Lxxxyi. 3.

POtTtl LE JOUR DE VkQVE. 66l

feste. Ne proposez plus à une jeunesse imprudente les dignités de FEglise, comme un moyen de piquer son ambition , ou comme la juste couronne des études de cinq ou six ans y qui ne sont qu'un foible commencement de leurs exercices.tju'ils apprennent plutôt à fuir y à trembler^ et du moins h travailler pour l'Eglise, avant que de gouverner TEglise : car Toici la règle de saint Paul, règle infaillible, règle invariable , puisque c'est la règle du Saint-Esprit : ce Qu'ils soient éprouvés, et puis qu'ils servent (0 » ; et encore : « C'est en servant bien dans les places )> inférieures, qu'on peut s'élever à un plus haut » rang (?) » : et cette règle est fondée sur la conduite de Jésus-Christ. Trois ans entiers il tient ses apôtres sous sa discipline : instruits par sa doctrine, par ses miracles, par l'exemple de sa vie et de sa mort , il ne les envoie pas encore exercer leur ministère. Il revient des enfers et sort du tombeau , pour leur donner durant quarante jours de nouvelles instructions; et encore après tant de soins, de peur de les exposer trop tôt, il les envoie se cacher dans Jérusalem : « Renfermez-vous , dit-il (3) ; » ne sortez pas jusqu'à ce que vous soyez revêtus » de la vertu d'en-haut ». Il les jette dans une retraite profond^, sans laquelle le Saint-Esprit , leur conducteur nécessaire, ne viendra pas. Voilà comme sont formés ceux qui ont appris sous Jésus-Christ. Et nous, Messieurs, sans avoir rien fait , nous entreprenons de remplir leurs places. Si l'ordre ecclésiastique est une milice, comme disent tous les saints Pères et tous les conciles, après saint Paul (4), es«

(>)/.7Vm.iii. 10. — (*)7&(W. i3.— (3)£ifcuiT. 49. — 0)/. TVm.i.S.

POUR LE JOUa DE PÀQUE. 663

a perdu. Et pour voir un effet terrible de cette menace ^ considérez tant de royauihes arrachés du sein de r Eglise , pai* l'hérésie de ces derniers siècles. Recherchez les causes de tous ces malheurs : il s élèvera autour de vous du creux des enfers y comme un cri lamentable des peuples précipités dans Fabîme : c'est nos indignes pasteurs qui nous ont jetés dans ce lieu de tourment où nous sommes : leur inutilité et leur ignorance nous les a fait mépriser : leur vanité et leur corruption nous les a fait haïr^ injustement^ il est vrai; car il falloit respecter Jésus-Christ en eux y et les promesses faites à TEglise; mais enfin ils ont donné lieu aux spécieuses déclamations qui nous ont séduits : ces sentinelles endormies ont laissé entrer Tennemi ; et la foi ancienne s'est anéantie par la négligence de ceux qui en étoient les dépositaires.

O sainte Eglise gallicane , pleine de science^ pleine de vertus, pleine de force; jamais , jamais^ je Tespère y tu n'éprouveras un tel -malheur : la postérité te verra telle que t'ont vue les siècles passés, l'ornement de la chrétienté et la lumière du monde; toujours une des plus vives et des plus illustres parties de cette Eglise éternellement vivante , que Jésus-Christ ressuscité a répandue par toute la terre.

Mais nous y mes Frères, voulons-nous mourir; et si nous ne commençons à vivre pour ne mourir plus, que nous sert d'être les membres d'un chef immoitel, et d'un corps, d'une Eglise qui ne doit jamais avoir de fin ? c'est par cette considération qu'il faut finir ce discours.

tant en lui-même une vengeance cachée ^ triomphe secrètement de la simplicité d'un ennemi déçu; à ces meurtres que vous fait faire tous les jours une langue envenimée ; à cette malignité dangereuse qui vous fait empoisonner si habilement et avec tant d'imperceptibles détours une conduite innocente; à cette fureur d*un jeu ruineux où votre famille change d'état à chaque coup, tantôt relevée pour un moment, et tantôt précipitée dans Tabime : si nous avons renoncé à toutes ces choses et aux autres désordres de notre vie, comment pouvons -nous y vivre , et nous replonger volontairement dans cette horreur ?

Mais procédons par principes ; les hommes ne reviennent que par-là. Voici donc le fondement que je pose. Quand Dieu daigne se communiquer à sa créature, son intention n'est pas de se communiquer en passant : « Mon Père et moi^ nous viendrons à eux, » dit le Fils de Dieu, et nous ferons en eux notre » demeure (0»; et encore: « Le Saint-Esprit de- » meurera en vous , et il y sera iv » ; et encore : ce Qui mange ma chair et boit mon sang , demeure » en moi , et moi en lui (3) » ; une demeure réciproque. En un mot l'Esprit de Dieu veut demeurer ; car il est stable , constant , immuable de sa nature : il ne veut pas être en passant dans les âmes , il y veut avoir une demeure fixe ; et s'il ne trouve dans votre conduite quelque chose de ferme et de résolu , il se retire : ou , pour vous dire tout votre mal ^ s'il ne trouve rien de ferme et de résolu dans votre conduite , craignez qu'il ne se soit déjà profondément

0) Joan. xiv. a3. — (») Ibid. 1 7, — W Ihùl. vi. 5j.

la pas vaincre d'abord; et les fruits de sa pénitence, quoique amers et désagréables, ne laissent pas d'être supportés par Fespérance qu ils donnent. Mais que jamais nous ne produisions ces dignes fruits de pénitence tant recommandés dans l'Evangile (0, c'està-dire , « une conversion solide et durable » ; Pœni' tenUam stabilem , comme l'appelle saint Paul (^) ; que notre pénitence ne soit qu'un amusement , et , pour parler comme un sain t concile d* Espagne, notre communion qu'un jeu sacrilège, où nous nous jouons de ce que le ciel et la terre ont de plus saint ; Zudere de dominica communione (5) ; que notre vie , toute partagée entre la verlu et le crime, ne prenne jamais un parti de bonne foi ; ou plutôt qu'en ne gardant plus que le seul nom de vertu, nous prenions ouvertement le parti du crime, le faisant régner en nous , malgré les sacremens tant de fois reçus ; c'est un prodige inoui dans l'Evangile , c'est un monstre dans la doctrine des mœurs.

Faites-moi venir un philosophe , un Socrate , un Arislote , qui vous voudrez : il vous dira que la vertu ne consiste pas dans un sentiment passager; mais que c'est une habitude constante et un état permanent. Que nous ayons une moindre idée de la vertu^ chrétienne, et qu'à cause que Jésus- Christ nous a ouvert dans les sacremens une source inépuisable pour laver nos crimes ; plus aveugles que les philosophes, qui ont cherché la stabilité dans la vertu , nous croyons être chrétiens , lorsque nous passons toute notre vie dans une inconstance perpétuelle ;

(«) Luc. m. 8. — (») //. Cor. VII. lO. — (') ConciL EUberit. can. ZLYii. Lab. tom» i, ooL 97$.

sons-nous qui n'ont plus rien de chrétien , que ce faux respect pour les sacremens , qui fait qu ils les abandonnent , de peur, disent-ils , de les profaner. Le beau reste de christianisme ! comme si on pouvoit faire y pour ainsi parler, un plus grand outrage aux remèdes , que d'en être environné sans daigner les prendre , douter de leur vertu , et les laisser inutiles.

O Jésus -Christ ressuscité, parlez vous-même. Vous avez dit de votre bouche sacrée , que « les » morts qui seroient gisans dans les tombeaux en* » tendroient la voix du Fils de Thomme , et sorti- » roient des ombres de la mort (0 ». O vous, plus morts que les morts ; morts de quatre jours , dont les entrailles déjà corrompues par des habitudes invétérées font horreur aux sens , « squelettes déchar- » nés , os desséchés », où il n'y a plus de suc , ni aucun reste de l'ancienne forme ; quoiqu'une pierre pesante vous couvre , et que rien ne semble capable de forcer la dureté de votre cœur, « Ecoutez, la voix du Fils (( de rhomme » : Ossa ariduj audite verbum Do^ mini ip). Est-ce en vain que saint Paul a dit que Dieu emploie pour vous convertir, et qu'il a mis dans ses sacremens « la même vertu par laquelle il » a ressuscité Jésus - Christ » : Secundum opération ncm potentiœ virlutis ejus, quam operatus est in Christo , suscitons illum à morluis (3) ? par conséquent une vertu infinie, une vertu miraculeuse, une vertu qui ressuscite les morts. Pourquoi donc voulez-vous périr ?

Ah ! j'ai trop abusé des grâces, et j'ai épuisé tous

CO Joan. y. 25 , a8. — {*) £zech»jmLyu, 4* — > C^) Coloss, ii. i a.

n les dieux des Amoirhéens que Dieu avoit mis eh » fuite devant eux (0 ». Ces dieux vaincus ^ ces dieux renverses avec les peuples qui les servoient , furent révérés des Israélites , et devinrent l'objet de leur culte : ce fut le comble de leuF& maux , et le pas le plus prochain vers la perdition. Craignez une semblable aventure : que ces idoles abattues ne voient jamais redresser leurs abominables autels ; que la pensée de la mort efiace tout Féclat qui vous éblouit; que la résurrection de Jésus* Christ ouvre vos yeux aux biens éternels ^ et enfin que jamais le monde vaincu ne redevienne vainqueur.

Sire y quel autre sait mieux que vous assurer une victoire ? et de qui pouvons - nous apprendre avec plus de finiit les véritables effets d'un triomphe entier, que de cette main invincible sous laquelle tant d'ennemis abattus ont vu tomber tout ensemble et leurs forces et leur courage ; et malgré leur secret dépit y ont perdu, avec l'espérance de se relever, jusqu'à l'envie de combattre 7 Jamais le monde ne sera tout-à-fait vaincu par les chrétiens, jusqu'à ce iqu'il soit attéré de cette sorte , et qu'à force de le vaincre , nous l'ayons réduit à désespérer pour jamais de rétablir dans nos cœurs son empire renversé. Mais Sire, Votre Majesté, après la victoire si pleine et si assurée , a donné la paix à ses ennemis domptés ; et cette paix tant vantée , mais qui ne l'est pas en* core assez , fait le comble de votre gloire. Dans la guerre que les chrétiens ont à soutenir, il n'y a ni paix , ni trêve ^ puisque si le monde cesse quelquefois

(0 ///. Heg. XXI. 26. V

BOSSUET. XUI» 43

POUR LE lOUR DE PAQUE. 67S

du trône. Uexemple de Jésus-Christ nous fait assez voir que « celui qui descend y c'est celui qui monte. » Celui qui est descendu, dit saint Paul (0, jusqu'aux » profondeurs de la terre , c'est celui qui est monté » au plus haut des cieux d. Il faut donc descendre avec lui, quelque grand qu'on soit; descendre pour s'humilier, descendre pour se soumettre, descendre pour compatir, pour écouter de plus près la voix de la misère qui perce le cœur, et lui apporter un soulagement digne d'une si grande puissance. Voilà comme Jésus-Christ est descendu : qui descend ainsi remonte bientôt. C'est , Sire , Télévation que je vous souhaite. Ainsi votre grandeur sera éternelle ; votre Etat ne manquera jamais : nous vous verrons toujours roi, toujours couronné, toujours vainqueur et en ce monde et en Fautre , par la grâce et la bé*nédiction du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.

(0 Mphcs» ly. 9, 10.

DES SOUFFRÀIVCES. 677

ùnpleyit (0 : « Mais Dieu a accompli de cette sorte n ce qu'il avoit prédit par la bouche de tous ses pro* 3» phètes, que le Christ souffriroit la mort ». Quoi donc , encore la passion ! Oui y la passion ; mais comme chemin à la gloire. Trois vérités : i.^ passer par la croix ; a.o en quoi consiste cette croix i 3.0 les moyens.

La nécessité de passer par la croix. Jésus -Christ [dit] : Si cuis "vultpost me venirCj... tollal crucem suam : « Si quelqu'un yeut venir après moi, quil » porte sa croix » : ad omnes; a II parloit à tous » : çuolidie (^}; « Quil la porte tous les jours ». Et saint Paul, [parcourant les différentes villes où il avoit prêché TEvangile , confirmoit les fidèles dans la foi en leur montrant que ce c'est par beaucoup de » peines et d'afiUctions que nous devons entrer dans 31 le royaume de Dieu » ] : Quoniam per multas tri^ bulationes oportet nos intrare in regnum Dei (3). L'exemple de Jésus-Christ qui vouloit par-là, i.o expier le péché; 2.** montrer son amour ; nous de même.

Combien important, combien difficile d'entendre cette vérité. Les apôtres [ne pouvoient] point entendre les souffrances de Jésus-Christ : il leur déclare qu' « il faut que le Fils de l'homme souffre » beaucoup, qu'il soit rejeté des sénateurs, deft » princes des prétreset des scribes, et mis à mort (4) » . Voyez-en la suite : « Il disoit aussi à tout le monde : » Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se re- » nonce soi-même, qu'il porte sa croix tous les jours,

<0 Act. m. i8. — (») Luc, ix. aS. — (') AcU xiv. ai. — ('•) Zac. IX. aa.

1>BS SOUFFRÀHCBS. ($79

glant, [en se faisant à soi-même une dure] violence; parce que « le royaume des cieux se prend par vie- » lence^ et que ce ne sont que lés violens qui Fem- » portent » : JRegnum cœhrum vim patitur, et vio^ lenti rapiunt illud (0 : [supporter patiemment] les injures , [ consentir à beaucoup souffrir avec Jésus* Christ y et à se voir rejeté comme lui s'il le faut par le monde entier :] Multa pati et reprohari à gène-ratione hoc (^) : [réprimer] dans les maladies ces murmures [qui nous rendent coupables] d'ingratitude envers ceux qui nous soulagent ; on se prend à eux de son mal.

Les moyens : l'exemple de Jésus-Christ ; [ consenstir] avec lui, « au lieu de la vie tranquille et heu- » reuse dont on pourroit jouir , à souffrir la croix , » en méprisant la honte et l'ignominie » : Propo^ sito sibi gaudio sustinuii crucem, confusione con^ temptd (3) : [se consoler et se soutenir dans cette espérance que ] « Dieu essuiera toutes les larmes des » yeux de ceux qui auront ainsi souffert » : Abstergel Deus omnem lacrymam ab oculis eorum (4). « Lorsqu'une femme enfante, elle est dans la dou- » leur, parce que son heure est venue : mais après » qu'elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus » de ses maux, dans la joie qu'elle a d'avoir mis un » homme au monde » : Mulier chm parité tristitiam habet, quia venit hora ejus : chm autem peperit puc'^ rum, jam non meminit prœssurœ propter gaudium, quia natus est homo in mundum (^}.

Deux tableaux : le juste souffrant, le méchant

(0 Bfatth, XI. 1 3. — («) Luc. XTii. a5,-« (') Hcb, xu. 2. -** W Apo^* vu. 17.— C^) Joan. XVI. ai.

DES SOUFF&AlfCE.S. 68f

des hommes? Et cependant on veut être plaint : trop de foiblesse, amour - propre. « Mais, ô moa 31 Dieu! ma miséricorde (0 »! <c Vous, Seigneur, » ayez compassion de moi, et ressuscitez -moi » : Tu autem , Domine ^ miserere met , et ressuscita me W.

Si vous vous adressez à lui, voici sa promesse : Ego scio çogitationes quas cogita super vos, : « Je » sais les pensées que f ai sur vous » ; vous ne les savez pas , mais je les sais. Çogitationes pacis et non afflictioniSjUt dem vobbjine^ (3) : « Ce sont des pensées » de paix et non d*afiliction , pour vous accorder la » fin de ces maux » ; et si ce n'est pas sitôt ; etpatientiam, « la patience » : ce qui vaut mieux que la fin des maux ; parce que ce l'affliction produit la patience; » la patience, Tépreuve; l'épreuve, l'espérance, la* » quelle ne nous trompe pas (4) » : parce que ce celui » qui espère en Dieu, ne sera jamais confondu (^) » ; mais éternellement rendu heureux avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.

(0 Ps, Lviii. i8. — (•) Pi. xt. II.— (5) Jerem.' xxix. ii. •* (4)^owi.v. 3, 4> 5.^{^)EccU. II. II.

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