‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 71 sur 109 · MICHEL DE MOLINOS · texte numérisé non relu

MICHEL DE MOLINOS

IimocEHT y Eyéqae , serviteur des serviteurs de Dieu : à la mémoire perpétuelle de la chose. Le cékste pasteur notre Seigneur Jésus-Christ voulant par stf rai^é* rioorde iae£EabIe tirer le monde des ténèbres et des erreurs ou il étoit ensev^ au milieu de la gentilité, et de la puissance du démon, sous lai{ttelle il gémissoit depuis la chute de notre premier père, s'est abaissé jusqu'à prendre notre chair en témoignage de sa charité envers nous , et s'est offert à JDieu une hostie vivante pour nos péchés , ayant attaché à la croix la ce-

DAMNATIO PROPOàlTIONUM

MICHAELIS DE MOLIKOS.

IwoCEVTius £piscq)iis, servns servorum Dei : ad perpetatiii ^ei memoriam. CœtesU^ Pastor Christus Dominusy ut jacentem in teaebriff mundum, variisqae gentium erroribus in^olatain, à potestate diaboli, sob qaà miseré post lapsiun primi nostri parentis tenebatur, saà ineffabili miseratione liberaret; camem aumerei et in ligno crucis chirographo redamptionis nostra affixo, în testimoniiini suae in nos charitatis, sese boatiam tîventem Deo pro nobis offcrre dignatus est. Mox rediturvs in

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dule de notre rédemption. Aussitôt , prêt à retourner au ciel , laissant sur la terre l'Eglise catholique son épouse , comme cette sainte dté la nouvelle Jérusalem , descendant du ciel , n'ayant ni tache ni ride , étant une et sainte, entourée des armes de sa toute -puissance contre les portes de Tenfer, il Ta donnée à gjouverner au prince des apôtres et à ses successeurs , afin qu'ils gardassent saine et entière la doctrine qu'ils avoient apprise de la bouche de leur maâtre, et que les ouailles rachetées au prix de son sang, ne retombassent point dans leurs anciennes erreurs par l'appât des opinions dépravées; comme nous apprenons, dans les saintes Ecritures, qu'il a recommandé principalement à saint Pierre. Car à quel autre d'entre les apôtres a-t-il dit : Pais mes brebis ; et encore : J'ai prié pour toi , afin que ta foi ne manque point; et lorsque tu seras converti , fortifie tes frères? Aussi nous , qui sommes assis dans la chaire de saint Pierre, et revêtu de sa puissance, non par nos mérites^ mais par le conseil impénétrable du Dieu tout-puîssànt , avons-nous toujours eu cette sollicitude dans l'esprit, que le peuple dirétien gardât la

cœlum, Ecclesiam cathûlicam, sponsam snain, tanquam oorami ekitatem sanetara Jeraïalem, desccndentem de cœlo, non habentem rugam neque macnlam, tinam aanctamqiie in terris relînquens, armis suas potenliae contra portas inferi circumvallatam, Petro apostolorum prinoipi, et successoribus ejos regendam tradidit j ut doctrinam ab ipsius ore baustam, sartam, tectamqae custodirent, ne oves pretioso sanguine suo redemptse pravarum opinionom pabulo in' antiqnos érrores reciderent; quod prvcipné beato Petro mandasse, nos sacr» litlerae docent. Cui enim aposlolorom niai Petro dixit : Pasce oves meas; et rnrsus : Ego* rogayi pro te, ut non deficiat fides tua ; et tu aliquando conyersns confirma fratres tnos ? Quare nobis, qui non nostris meritis, sed inscrutabili Dei omnipotcntis consUio m •jusdem Pétri catbedrii pari potestatc sederans, semperfixum

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foi préchée par Jésus -Christ et par ses apôtres , qui nous est venue par tme tradition constalite et non in* terrompue , et doit durer jusqu'à la fin du monde , selon sa promesse.

Comme donc il a éié rapporte à notre aposK^t que le nommé Michel de Molinos a enseigné de yive voix et par écrit des ipaximes impies t]u'il a même mises en pratique, par lesquelles , sous prétexte d^une oraison de quiétude contraire à la doctrine et k la pratique des saints Pères, depuis k naissance de l'Eglise^ il a précipité les fidèles , de la- yraie religion et de la pujieté de Upiété chrétienne y dans de» erreurs très -«grandes et dans des infieuuies honteuses* Nous , ipà avons tant à cœur que les âmes confiées à nos soins puissent heureur sèment arriver au port du salut, bannissant toute erreur et toute opinion mauvaise, aveu» ordonné, sur des indices très- certains, que le susdit Michel de MoIn nos fût mis en prison. Ensuite après avoir ouï en notre présence et dans la présence de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine , inquisiteun

in an^mo fuit, nt populos chrîstiàinis eaqpi seetaretur ûâem^ quae à Chrîsto Domino pcr apostolos saos perpétua jet nunqaain iuterruptà traditione praedicata fuit, quamcpie ipse osqae ad consummationem.saeculi permansaramr esae promisit.

Cùm igitur ad apostolatum noatrum relatum fuisset quemdam Michaelem de Molinos prava dogmata tam verbo, ima acripto docuissé, et in praxia deduxisae, qvu» pjnBtexta orationis quietis cpntra doctrinam et qsvda à sapctis Patribua ab ipaù nascentia Eccleaiz primordiis receptum, fidèles k varà religrâne et à christiana pietaus puritata inmaximos ^r^^rt» et iorpiasiiiia quaque inducebant; nos, cui-oordi semper fuit ut fideiiim amims nobis ex alto commisse, purgatis prayarnm opînîoiiaiB crroribus, ad optatum salutiâi portum tuto pervenire passÎBlp legitimis prscedentibus indieiis, praMiictam Michaelem de Molinos carceribus mancipari raandavimus. Deinde , coram aobis

DES QfJIÉTISTE^. Sog

généraux dans toute la république chrétieime députés spécialement par autorité apostolique , plusieurs docteurs en théologie , ayant aussi pris leurs suffrages dà vive voix et par écrit , et les ayant mûrement exami^ nés y l'assistance du Sainte-Esprit implorée, Nous avons ordonné , de l'avis commun de nos susdits frères , que BOUS procéderions , comme s'ensuit , à la condamnation des propositions ici rapportées ,- dont Michel de Molinos est auteur, qu'il a reconnu être les siennes, qu'il a été convaincu, et qu'il a confessé respectivement avoir dictées, frites, communiquées et crues, ainsi qu'il «st porté plus au long dans son {Hrocès et dsms le décret qui a été fait par notre ordre, le nS aoÂt de la présente année i687«

PaOPOSITlOHS.

I. Il faut que l'homme anéantisse ses puissances: c'est la voie intérieure.

a. Vouloir Êûre une action , c'est offenser Dieu , qui

et venerabilibns fratrîbos sostria sanctA roman» Beelesi« Car'* dinalibns, in toU republicà christîanà generalibus inquisitorîbus, apostolicâi aûctorîtate specialiler deputatis, aoditis plurlbu8 in sacra theologià œagistris, eonimqae suffragiis, tam voce,, tam scripto snsceptis, mataréque perpensis, implbratà etiaoi saucti Spiritfts assistentii, cum prcdictorum fratrum nostro* ram unanimi vote , ad damnation em infrà scriptarnm propoaitionam ejusdëm Michaélis de Molinos, à quo fuerant pro suif retiognîtae, et dé qaibus propositionibus tanquam & se dictatis', forîptis, communicatis, et credilîs ipse convictos et respective confessas fuerat, ut iatiùs in prpcessu, et decretp de mandato nostro lato die 28 augusti anni praesentis 1687 , deyenire, u( infrà, decrevimus.

PROPOSITlOIfES.

i« OtoiTST bominem suas potentias anni^ilare : et baec est via interna.

9. Yelle operari activé est Deum offendere , qui vult esse îpse

SlO ACTES DE LÀ COlïDÀMNATIOlW

vettt être seul 9gent ; c'est pourquoi il'faut s'abandonner totalement à lui, et demeurer ensuite comme un corps sans ame»

3. Le vœu de faire quelque bonne oeuvre y est un empêchement à la perfection.

4* L'activitë naturelle est ennemie de la grâce ; c'est im obstacle aux opérations de Dieu et à la vraie perfection ; parce que Dieu veut agir en nous sans nous.

5. L'ame s'anéantit par l'inaction^ retourne k son principe et à son origine , qui est l'essence divine , dans laquelle elle demeure transformée et déifiée : alors aussi Dieu demeure en lui-même , puisque ce n'est plus deux choses unies y mais une seule chose : et c'est ainsi que Dieu vit et règne en nous , et que l'ame s'anéantit même dans sa puissance d'agir.

6. La voie intérieure est celle ou l'on ne connoit ni himière, ni aipiour , ni résignation: il ne faut pas même connoitre Dieu ; et c'est ainsi que l'on s'avance à la perfection. ' ^ ... s

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