OBLIGATIONS DK L’ETAT RELIGIEUX
pnfeat r»ETm les reucieuses de sajxt-ctr •-
FniiilUé el KfandPfni-MTcdu mondr : pulAsancp pI fuocslfs efM» (|p *a M^urlinn. MolifA prrstsarits pour porlrr li*s chr«^* Urns a sVd réparer f'nlkrpnitMit- OriRtnr rommuiuiuU^ rrUglfniMnt. Kn quoi consUtr ta piuvrrlé dont on y fait profession. IntidéittPs sans nomhrr, qu’on commrt Journullfrornt dans momuktrrps Mnlrr ertte vertu. Avants;;»! de la vir* ginité : Jusqu'ou elle doit sYtemIre. A qui se rapporte Tolwi»sauce que Ton rend au\ supérieurs. IKins qui>l esprit U f.iut se soumettre à ceux qui abusent de leur autorité. Aver quel soin les rellKleuse* doivent é»iter le commerce du monde, k*# seuUmenls de la vanité, et 1rs amusenieiiti de l'espHI.^
Le monde entier n’est rien ; tout ce qui est mesuré pr le temps va finir. Le ciel, qui nous couvre par sa voûte immense , est comme une tente, selon la comparaison de l'Écriture' : on la dresse le soir pour les voyageurs, et on l'enlève le lendemain. Quelle doit être notre vie et notre conversation Ici-bas , dit un apôtre ■ , puisque ces cieux que nous voyons , et celte terre qui
* Noos n'avons point l'oriRinal de ce sermon , dont non* avons trouvé plusieurs copies dan.v le diocèse de Meaux : UhiIps rattrUiuenl a Bossuet, et il est aisé du? l'y reroiinaitre. Le troisième point prouvci]u‘il aètéfallpour la maisou de Saiot- {'ye. ( Arf//. fit Ù^»ri4.)
* Job. XXXVI,
* II. Petr. m, lu. II.
SUll I.KS OBLIGATIONS
nous porto, vont être embrasés par le feu? La Bu (le tout arrive, la voilà qui vient; elle est presque déjà venue. Tout ce qui paraît de plus solide n'est qu'une figure qui passe quand on en veut Jouir, qu'une ombre fugitive qui disparaît. ' Le '< temps est court, dit saint Paul parlantdes vier-
• ges' ; donc il faut user du monde comme n'en
• usant pas , » n'en user que pour le vrai besoin , en user sobrement sans en vouloir Jouir, en user en passant sans s'y arrêter et sans y tenir. C'est donc une pitoyable erreur que de s'imaginer qu'on sacrilte beaucoup à Dieu quand on quitte le monde pour lui : c'est renoncer à une illusion pernicieuse; c'est renoncera devrais maux, déguisés sous une vaine apparence de biens. Perd-on un appui quand on jette un roseau fêle , qui , loin de nous soutenir, nous percerait la main , si nous voulions nous y appuyer? faut-il bien du courage pour s'enfuir d'une maison qui tombe en ruine, et qui nous écraserait dans sa chute?
(Jue quitte-on en quittant le monde? Ce que ({uitte celui qui, à son réveil, sort d'un songe plein d'inquiétudes. Tout ce qui se voit, qui se touche , qui se compte, qui se mesure par le temps, n'est qu'une ombre de l'étre véritable : à peine commence-t-il à être, qu'il n'est déjà plus. Ce n'est rien sacrilier à Dieu, que de lui sacriller la nature entière : c'est lui donner le néant, la vanité, le mensonge même. D'ailleurs ce monde, si vain et si fragile , est trompeur, ingrat, plein de trahisons. O combien dure est sa servitude! Enfants des hommes, que ne vousen coùte-t-il point |)our le llattcr, pour tacher de lui plaire , pour mendier ses grâces! yucllcs traverses , quelles alarmes, quelles bassesses , quelle lâcheté pour parvenir à ce qu'on n'a point de honte d'appeler les honneurs ! Quel état violent, et pour ceux qui s'efforcent de parvenir, et pour ceux même qui sont parvenus! Quelle pauvreté effective dans une abondance apparente I Tout y trahit le cœur, jusqu'à l'espérance même dont on parait nourri ; lesdêsirss'enveniment ; ilsdeviennent farouches et insatiables : l'envie d(s;hire les entrailles; on est malheureux non-seulement par son propre malheur, mais encore par la prospérité d'autrui. On est peu touché de ce qu'on possède ; on ne sent que ce qu'on n'a pas : l'expérience de la vanité de ce qu'on a ne ralentit jamais la fureur d'acquérir ce qu'on sait bien qui est aussi vain , et aussi incapable de rendre heureux. On ne peut ni assouvir les passions ni les vaincre ; on en sent la tyrannie, et on ne veut point être délivré.
O si je pouvais traîner le monde entier dans les cloîtres et dans les solitudes! j'arrachernis de
' ]. Cor. »n, 29, 3t.
sa bouche un aven de sa misère et de son déses poir. Mais, hélas! que vols-jc? Va-t-on dans le monde l'étudier de prés dans son état le plus naturel, on n'entend dans toutes les familles que gémissements de cœurs oppressés. L’un est dans une disgrâce qui lui enlève le fruit de scs travaux depuis tant d'années , et qui met sa patience à bout ; l'autre souffre dans sa place des dégoûts et des désagréments : celui -ci perd , l’autre craint de perdre ; cet autre n’a pas assez : il est dans un état violent. L'ennui les poursuit tous, jusque dans les spectacles et dans la foule des plaisirs : ils avouent qu'ils sont misérables ; et je ne veux ({ue le monde pour apprendre aux hommes combien le monde est digne de mépris.
Mais pendant que les enfants du siècle parlent ainsi, quel est le langage de ceux qui doivent être les enfants de Dieu? Hélas I ils conservent une estime et une admiration secrète pour les choses les plus vaines , que le monde même , tout vain qu'il est , ne peut s'empêcher de méprisin-. O mon Dieu ! arrachez , arrachez du cœur de vos enfants cette erreur maudite. J'en ai vu , même de bons, de sincères dans leur piété, qui, faute d'expérience, étaient éblouis d'un éclat grossier, ils étaient étonnés de voir des gens, avancés dans les honneurs du siècle, leur dire : Nous ne sommes point heureux. Cette vérité leur était encore non velle , comme si l'Évangile ne la leur avait pas révélée, comme si leur renoncement au monde n'avait pas dû être fondé sur une pleine et constante persuasion de sa vanité. O mon Dieu! le monde, par le langage même de ses passions , rend témoignage à la vérité de votre Évagile , qui dit ; « .Mal- « heur au monde' I » et vos enfants ne rougissent point de montrer que le monde a encore pour eux quelque chose de doux et d'agréable
Ce monde n’est pas seulement fragile et misérable; il est encore incompatible avec les vrais biens. Les peines que nous lui voyons souffrir sout pour lui le commencement des douleurs étemelles. Comme la joie se forme peu à peu dès cette vie dans le cœur des justes , où est le royaume de Dieu ;Tes horreurs et le désespoir de l’enfer se forment aussi peu à peu dans le cœur des hommes profanes, qui vivent loin de Dim. Le monde est un enfer déjà commencé : tout y est envie , fureur, haine de la vérité et de la vertu, impuissance et désespoir d'apaiser son propre cœur, et de rassasier ses désirs.
Jésus-Christ est venu du ciel sur la terre foudroyer de scs malédictions ce monde impie, après en avoir enlevé ses élus. • Dieu nous a arrachés , • dit saint Paul ' , à la puissance des ténèbres ,
^ f'oti/U 1 , 13.
DE LETAT RELIGIEUX.
• pour nous transférer u royaume de son Fils
• bien- aimé. » Le monde est le royaume de Satan,et 1 -s ténèbres du péché couvrent cette région da mort : • Malheur au monde, à cause des
• scandales • Hélas Iles justes mêmes sontébnmlés. O qu’elle est redoutable , cette paissance des ténèbres qui aveugle les plus clairvoyants! Cest une puissance d'enchanter les esprits, de les séduire, de leur Ater la vérité même, après qu'ils l’ont crue , sentie et aimée. O puissance terrible , qui répand l'erreur, qui fait qu’on ne voit plus ce qu'on voyait , qu’on craint de ie revoir, et qu’on se complaît dans les ténèbres de la mort! Enfants de Dieu , fuyra cette puissance ; clic entraîne tout, elle flatte, elle tyrannise, elîe enlève les coeurs. ËcoutezJésus-Christ, qui crie : • On ne
• peut servir deux maîtres. Dieu et le monde'. » Ecoutez un de ses apAtres, qui qjoute : « Adul-
• tcres, ne savez-vous pasquel’amitiéde ce monde « est ennemie de Dieu’? • Point de milieu ; nulle espérance d'en trouver : c'est abandonner Dieu , c'est renoncer à son amour, que d’aimer son ennemi.
Mais en renonçant au monde, faut-il renoncer à tout ce que le monde donne? Écoutez encore unautre apAtre ; c'est saintdean * : • N'aimez
• ni le monde, ni les choses qui sont dans le
• monde , • ni lui , ni ce qui lui appartient; tout ce qu’il donne est aussi vain , aussi corrompu , aussi empoisonné que lui.
Mais, quoi! faut-il que tous les chrétiens vivent dans ce renoncement? Écoutez-vous vousmême du moins , si vous n'écoutez pas les apAtres. Qu’avez-vous promis dans votre baptême , pour entrer non dans la perfection d'un ordre religieux , mais dans le simple christianisme et dans l'espérance du salut ? Vous avez renoncé & Satan, à ses |iompes. Remarquez quelles sont CCS pompes : Satan n'en a point de distinguées de celles du siècle. Les pompes du siècle , qu'on est tenté de croire innocentes, sont donc , selon vous-même , celles de Satan ; et vous avez promis de les détester. Cette promesse si solenneiie , qui vous a introduit dans la société des fidèles, ne sera-t-cile qu'une comédie et une dérision sacrilège? Le renoncement au monde , et la détestation de ses vanités, est donc essentiel au salut de chaque chrétien. Celui qui quitte le monde, qu’y qjoute-t-il? Il s'éloigne de son ennemi, il détourné les yeux pour ne pas voir ce qu'il abhorre; il se lasse d'être aux prises avec cet ennemi, ne pouvant Jamais faire ni trêve ni poix.
* MatiJt. xvm, 7.
* Ibid. TI. 24.
* jar. IV , 4.
* 1. Joan. Il , 15.
Est-ce là un grand sacriflcc? n'est-ce pas plulAt un grand soulagement , une sûreté douce, une paix qu'on devrait chercher pour soi-même dès qu’on désire être chrétiens , et n'aimer pas ce que Dieu condamne? Quand on ne veut point aimer Dieu , quand on ne veut aimer que ses passions, et s’y livrer sans religion, par ce désespoir don parle saint Paul ■ , je ne m'étonne pas qu'on aime ie monde et qu'on le cherche. Mais quand on croit la religion , quand on désire de s'y attaclier, quand on craint la justice de Dieu , quand on se craint soi-même, et qu’on se délie de sa propre fragilité; peut-on craindre de quitter le monde , dès qu’on veut faire son salut? n’y a-t-il pas plus de sûreté et de facilité, de secours, de consolations dans la solitude 7
Laissons donc pour un moment les vues de perfection : ne parlons que d’amour de son salut, que d’intérêt propre , que de douceur et de paix de cette vie. Où sera-t-il , cet Intérêt , même temporel, pour une âme en qui toute religion n’est pas éteinte? Où sera-t-elle, cette paix ; sinon loin d’une mer si orageuse, qui ne fait voir partout qu’écucils et que naufrages? Où sera-t-cllc, sinon loin des objets qui enflamment les désirs, qui irritent les passions, qui empoisonnent les cœurs les plus innocents, qui réveillent tout ce qu’il y a de plus malin dans l’homme, qui ébranlent lésâmes les plus fermes et les plus droites? Hélas! je vols tomber les plus hauts cèdres du Liban, et jecourrai au-devant du péril, et je craindrai de me mettre à l’abri de la tempête? N’estce pas être ennemi de soi-même , rejeter le salut et la paix ; en un mot , aimer sa perte , et 1a chercher dons un trouble continuel ?
Après cela faut - il s’étonner si saint Paul exhorte les vierges à demeurer libres * , n'ayant d’autre époux que l'Époux céleste. Il ne dit pas : C’est afin que vous soyez dans une plus haute perfection, et dans une oraison plus éminente; il dit : Afin que vous ne soyez point dans un mal- * heureux partage entre Jésus-Christ et un époux mortel, entre les saints exercices de la religion et les soins donton ne peut se garantir quand on est dans l'esclavage du siècle ; c’est « afin que vous
• puissiez prier sans empêchement : c’est que vous " auriez, dit-il, dans le mariage, les tribulations ■ de la chair, et je voudrais vous les épargner ;
• c'est, dit-il encore, que je voudrais vous voir
• dégagées de tout embarras. • A la vérité, ce ce n’est pas un précepte ; car cette parole , comme Jésus-Christ le dit dans l’Évangile', ne peut être comprise de tous : mois heureux , je dis même ,
' Kphet. IV, tg.
* I. for. vil, 26 (H
* Mtüth. MX, II.
Diyiiizceu uy
SUR I.ES OliUGATlO.NS
heurcnx , dès celle >ie, ceux à qui il esl donné de la comprendre, de la goûter et de la suivre! Ce n’est pas un précepte; mois c’est un conseil de l’apôtre, de l’npôtre, dis-je, plein de l'Esprit de Dieu : c’est un conseil que tous n’ont pas le courage de suivre ; mais qu’il donne à tous en gé- | nérnl, afin qu’il soit suivi de ceux à qui Dieu mettra nu coeur ce goût de la bienheureuse li- i berté. i
De là vient qu’en ouvrant les livres des saints Pères je ne trouve de tous côtes, même dans les sermons faits à tout le peuple sans distinction, que des exhortations pressantes [mur conduire les chrétiens en foule dans les solitudes. C’est ainsi que saint Basile fait un sermon exprès, pour inviter tous les chrétiens à la vie solitaire. Saint Grégoire de Nazinnze, saint Chrysostôme, saint Jérôme,saiut.\mbroise, l’Orient, l'Occident, tout retentit des louanges du désert, et de la fuite du siècle. J’aperçois même , dans la règle de saint Benoit, qu’on ne craignait point de consacrer les enfants avant qu’ils eussent l’usage de raison : les parents, sans craindre de les tyranniser, croyaient |>ouvoir les vouer à Dieu dès le berceau. 'Vous vous en étonnez , vous qui mettez une si grande différence entre la vie du commun des chrétiens, vivants au milieu du siivle, et celle des âmes religieuses, consacrées à Dieu dans la solitude. Mais apprenez que parmi ces vrais chrétiens, qui ne regardaient le siècle qu’avec horreur, il y avait peu de différence entre la vie pénitente et recueillie que l’on menait dans sa famille, et celle que l’on menait dans un désert. S’il y avait quelque différence, c’est qu’il est plus doux, plus facile, plus sûr de mépriser le inonde de loin que de près. On ne croyait donc l>oint gêner la liberté des enfants, puisqu’ils devaient, comme chrétiens, ne prendre nulle part aux pompes et aux joies du monde. C’était leur éiwrgnerdes tentations , et leur préparer une heureuse paix, quede les enscvelirtoiit vivants dans cette société, avec les anges de la terre.
Aimable simplicité des enfants de Dieu, qui n’avaient plus rien a ménager ici-bas! ô pratique étonnante! mais qui n’est si disproportionnée à nos mœurs, qu’à cause que les disciples de Jésus- Christ ne savent plus ce que c’est que de porter la croix avec lui , et que de dire avec lui : Malheur, malheur au monde! On n’a point de honte d’être chrétien et de vouloir jouir de sa liberté pour goûter le fruit défendu, pour aimer le monde que Jésus-Christ déteste. O lâcheté honteuse , qui était réservée pour la consommation de l’iniquitc dans les derniers sireles ! On a oublié qu’être chrétien, et n’élre plus de cc monde, c’est csseuticllemeut la même chose.
Hélasiquand vous reverrons-nous , ô beaux jours, ô jours bienheureux , où toutes les familles chrétiennes, sans quitter leurs maisons et leurs travaux, vivaient comme nos communautes les plus régulières? C’est sur ce modèle ([ue nos communautés se sont formées. On se taisait , on priait, un travaillait sans cesse des mains, on se cachait ; en sorte que les chrétiens étaient appelésun genre d’hommesqui fuyaient la lumière. On obéissait au pasteur, au père de famille : ' point d’autre attente que celle de notre bienheureuse espérance pour l’avénement du grand Bien de gloire, point d’autre assemblée que celle ou l’on écoutait les paroles de la foi; point d’autre festin que celui do l’agneau , suivi d’un repas de charité; point d’autre pompe que celle des fetra et des cérémonies; point d’autre plaisir que celui de chanter les psaumes et les sacrés cantiques; point d’autres veilles que celles où l’on ne cessait de prier. O beaux jours! quand vous reverronsnous? Qui me donnera des yeux , pour voir la gloire de Jéru.salcm renouvelée? Heureuse i>ostérité, sous laquelle reviendront ces anciens jours! De tels chrétiens étaient solitaires, et changeaient les villes en déserts.
Des ces premiers temps, nous admirons en Orient des hommes et des femmes qu’on nommait Ascètes, c’est-à-dire, exercitants : c’étaient des chrétiens dans le célibat, qui suivaient toute la perfection du conseil de l’apôtre. En Occident, quelle foule de vierges et de personnes de tout âge, de toutes conditions, qui dans l’obscurité et dans le silence ignoraient le monde et étaient Ignorées de lui, parce que le monde n’était pas digne d’elles! l.esperséeulions poussèrent jusque dans Ira plus affreux déserts les |)alriarches des anachorètes, saint Paul et saint .Antoine : mais la ix’rséculion fit moins de solitaires que lu paix et le triomphe de l’Église, après la conversion de Constantin. Les chrétiens, si simples et si ennemis de toute mollesse, craignaient plus une paix flatteuse pour Icssens , qu’ils n’avaient craint la cruauté des tyrans. Les déserts se peuplèrent d’anges innombrables, qui vivaient dans des corps mortels sans tenir à la terre ; les solitndra sauvages fleurirent; les villes entières étaient prest|ue désertes : d’autres villes , comme Oxyrinque, dans l’Égypte, devenaient autant de m(v nastères. Voilà la source des communautés religieuses : ôqu’elicest belle, qu’elleest touchante! que la terre ressemble au ciel, quand les hommes y vivent ainsi !
Mais, hélas! que cette ferveur des anciens jours nous reproche le relâchement et la tiréleur dra nôtres ! 1 1 me semble que j’entends saint .Antoine qui se plaint de ce que le soleil vient trou
UE I.ETA.T RELIÜIEUX.
blor sa priore, qui a rtc aussi lonRue que la nuit. Je crois le voir qui reçoit une lettre de l'empereur, et qui dit à ses disciples : Kéjouissez-vnus, non de ce que l'empereur m’a écrit ; mais de ce que Dieu nous a écrit une lettre , en nous donnant l'Évangile de son Kils'. Je vois saint PaciVme , qui , marchant sur les traces de saint Antoine, dev ient de son côté , dans un autre désert , le père d'une postérité innombrable. J'admire Hilarion, qui fuit de pays en pays, jusqu'au delà des mers, le bruit de ses vertus et de scs miracles qui le poursuit. J’entends un solitaircqui ayant vendu le livre des Évangiles, pour donner tout au.\ pauvres et pour ne posséder plus rien , s’écrie : J’ai tout quitté , même jus qu’au livre qui m'a appris à quitter tout, l'nautre, c'est le grand Arsene, devenu sauvage, s’il m’est permis de parler ainsi , consolait les autres solitaires qui se plaignaient de ne le point voir, en leur disant : Dieu sait , Dieu sait , mes freres, si je ne vous aime point ; mais je ne puis être avec lui et avec vous. Voila les hommes que Dieu a montrés de loin au monde dans les diserts pour le condamner, et pour nous apprendre à le fuir.
Sortons, sortons de Babylonc, persécutrice des enfants de Dieu, et enivrée du sang des saints; hàtons-nous d’en sortir, de peur de participer à ses crimes et à ses plaies. Ici je parle devant Dieu qui me voit, qui m'entend; je parle en Jésus-Christ, et c'est sa parole qui est dans ma bouche. Je vous dois la vérité; je vous la donne toute pure, sans esagération. Que celui qui est attaché au monde par des liens légitimes que la Providence a formés , y demeure en paix ; qu'il en use comme n’en usant point ; qu'il vive dans le monde sans y tenir ni par le plaisir, ni par intérêt; mais qu’il tremble, et qu'il ne se console qu'en s'aliandonnant aux desseins de Dieu. Je dis bien davantage ; que celui qui n’a jamais cherché le monde , et que Dieu y appelle par des marques décisives de vocation, y aille, et Dieu sera avec lui. « Mille traits tomhcront a
• sa gauche et dix mille à sa droite , sans le tou-
• cher. Il foulera aux pieds l'aspic et le basilic, - le lion et le dragon’; • rien ne le blessera, pourvu qu’il n'aille qu’à mesure que Dieu le mènera par la main. Mais ceux que Dieu n’y mène point, iront-ils s'exposer d'eux-mêmes? craindront-ils de s’éloigner des tentations et de faciliter leur salut? Non; quiconque veut chercher Dieu , doit fuir le monde autant que son état lui permet de le fuir.
’ ///»«'/. s. fit. S. Anton, n' 81 . t- i . part. »! ,
P n.’>o, saa.
■ Pi. »c, 7, 13
.Mais que faire dans la retraite? quelles en seront les occupations? quel en sera le fruit? c’est ce qui me reste à vous expliquer.
SECOXD POI.VT.
Toutes les communautés religieuses ont trois vœux qui font l'essentiel de leur état, pauvreté, cliasteté, obéissance. La correction des mœurs et la stabilité, marquées dans la régie de saint Benoit, reviennent au même but, qui est de tenir les hommes dans l'obéissance jusi|u'à la mort. Examinons, en peu de mots, tous ces divers engagements.
Bien n'effraye pins que la pauvreté : c’est pourquoi Jésus-Christ, qui est venu révéler des vérités cachées depuis i'origine des siècles, comme dit l'Évangile’, commence ses instructions en renversant le sens humain par la pauvreté:
« Bienheureux les pauvres d’esprit, » dit-il ’ ; ailleurs il est dit: « Bienheureux les pauvres’, ■ mais c'est la même chose ; c'est-a-dirc : Bienheureux ceux qui sont pauvres par l'esprit , par la volonté, par le mépris di-s fausses richesses, par le rcnoncemvnt à tout bien créé , à tout talent naturel , nu trésor même le plus intime et dont on est le plus jaloux, je veux dire de sa propre sagesse, de son propre esprit. Heureux qui s'appauvrit ainsi soi-même, qui ne se laisse rien ; heureux qui est pauvre jusqu’à se dépouiller de tout soi - même ; heureux qui n’a plus d’autre bien que la pauvreté du Sauveur, dont le monde a été ainsi enrichi , selon l'expression de saint Paul *.
On promet à Dieu d’entrer dans cet état de nudité et de renoncement ; on le promet , et c'est à Dieu : on le déclare à la face des saints antels ; mais après avoir goûté le don de Dieu , on retombe dans le piège de ses désirs. L’amour-propre, avide et timide, craint toujours de manquer : il s'accroche à tout ; comme une personne qui SC noie se prend à tout ee qu'elle trouve^ même à des ronces et à des épines , pour se sauver. Plus on ôte a l’amour-propre, plus il s’efforce de reprendre d’une main ce qui échappe à l'autre. 11 est inépuisable en beaux prétextes : il se replie comme un si-rpcnt, il se déguise, il prend toutes les formes; il invente mille nouveaux besoins , pour flatter sa délicatesse et pour autorisi'r ses relâchements. Il se dédommage en l»ctits détails des sacrifices qu'il a faits en gros : il se retranche dans un meuble, dans un habit, un livre, un rien qn'on n'oserait nommer ; il tient à
' Vntth. xm , 3f..
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