DE LA RETRAITE
créature. Il attend, à la mettre en vous, qu'il vous trouve silencieuses. Quand il trouve notre Ame seule , dégagée des créatures et retirée avec loi tout seul , il la visite , il lui envoie ses lumières, il répand en elle ses grâces, il lui découvre ses vérités : c'est là qu'il nous remplit de la connaissance de nous-mêmes , et de la contrition de nos fautes. En ce saint silence , si nous avons besoin d'humilité, nous recevons des impressions qui nous anéantissent ; nous sommes occupés au dedans de notre âme de l'esprit d'une componction intime ; Dieu nous remplit de cette sainte horreur de nous-mêmes , à la vue de nos indignités ; il opère en notre intérieur de secrètes mais puisssantes convictions de nos iniquités; il nous ahaisse et nous écrase comme des vers : eoAn , mes filles, sa bonté prend ce temps de retraite , et il l'attend pour nous occuper, pour nous éclairer, pour nous puriûer et nous changer par tous ces effets de sa grâce. Dans ce saint commerce avec Dieu vous formerez des résolutions efQcaces pour la pratique des œuvres de la perfection du christianisme, qui fait la principale de vos ohligatlons.
C'est le but où vous devez tendre sans cesse ; c'est là votre fin que voua devez toujours regarder, et non pas vous porter à rien de singulier. Il ne faut point vous proposer rien d'extraordinaire qni ressente l'élévation; mais pourtant vous devez vous tenir disposées à vous exercer en la pratique des plus grandes vertus , si Dieu vous en donne les occasions : car bien qu'une religieuse ne doive pas se porter d'elle-même à rien d'extraordinaire, elle est cependant obligée d'être fidèle à embrasser les actes des plus grandes vertus , et de s'y porter avec fidélité quand Dieu les exigera, et s'il les demande d’elle. Le soin que vous devez avoir de votre salut et de votre sanctification doit vous rendre attentives et soigneuses de recevoir et conserver la grâce ; mais vous ne le serezjamais si vous vous répandez trop à l’extérieur, et si vous ne vous récolligez pas.
Je sais que vous êtes toutes fort occupées : Il y a assez d'obéissances dans cette maison ; et votre institut vous occupe bien du temps et vous emploie beaucoup. C'est pourquoi le peu de loisir qui vous reste , employez-le à rentrer sérieusement dans le sanctuaire de votre âme ; ou , sans doute, vous trouverez le Saint-Esprit. Ayez un saint empressement de vous donner à la retraite , et de faire de votre cellule un petit paradis, estimant tous les moments où vous pouvez vous y retirer, afin d'y entendre parler Dieu eu vousmêmes et pour l’y écouter paisiblement ; et nonseulement pour l'écouter, mais pour le posséder. Car, mes filles, il n’est pas de ce di\in objet de
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notre amour la même chose que des créatures : souvent nous aimons ce que nous ne possédons pas , et au moins ce que nous ne pouvons pas toujours posséder. Mais en Dieu nous avons ce bonheur et ce grand avantage , de ne le pouvoir aimer sans le posséder : aussitôt que nous l’aimons , nous sommes en possession de lui-même. Quand donc vous serez en obédience avec quelqu'une de la communauté , aussitât préméditez tout ce que vous aurez à faire pour prendre toujours le parti du silence ; et prévoyez comment vous ferez pour le garder partout autant que vous pourrez.
Après vous être acquittées des devoirs de vos offices, estimez-vous heureuses si vous pouvez ménager le reste du temps pour le consacrer à la retraite. Si vous y êtes véritablement affectionnées, vous ne consommerez pas vainement le temps; vous n’aimerez pas à le perdre ni à le mal employer : soyez-en ménagères; et nu lieu de le consommer à parler inutilement après l'acqnlt de vos obédiences , allez le passer en votre cellule en ouvrage et en silence : et là, mes filles, occupez-vous de Dieu et de sa présence ; pesez l’état que vous devez faire de ces moments qu'il vous donne pour lui parler, pour vous entretenir de lui et avec lui.
Combien précieux ces moments qui nous mettent en état d’écouter Dieu parler en nous-mêmes ; Dieu qui se plaît à se communiquer à une âme , quand il la trouve dans une entière oublianre et séparation de tout ce qui est hors de lui : Dieu qui observe et qui attend ce temps favorable pour prendre une possession intime de l’intérieur, pour y établir son règne , et qui le dispose à scs grâces dès que notre cœur le cherche dans la récollection véritable; Dieu qui visite l'Intime de cecœnr pour en faire son temple, sa maison vivante et animée , pour contenir son immense et incompréhensible grandeur ; Dieu qui porte des lumières dans le fond de l’âme recueillie, tantêt comme juge pour la remplirdu regret deses fautes; tantôt comme souverain et tout-puissant, pour la remplir du sentiment de sa présence et de sa majesté , et la former à des états d'abaissement et d'anéantissement devant lui : Dieu qui communique sa sainteté à scs créatures par des impressions de pureté, et des désirs qu’il leur donne de séparation pour les choses de la terre; Dieu qui leur confère cette même pureté, et qui les dispose à traiter familièrement avec lui , en leur imprimant une chaste crainte de lui déplaire , et les rendant amoureusement désireuses de lui plaire ; Dieu qni prend une secréte possession d’une âme qu’il trouve fidèle à se séparer des vaines joies et des vains amusements de la terre, et qui la comble de délices en lui faisant part de sa même joie :
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SUR LES ava:<taces de la retraite.
Dieu i|ui lui ouvre des sentiers admirables de paix, de consolation et de douceur, quand il la trouve à l'écart , seule avec lui, séparée des objets créés, et fuyant tout engagement avec les créatures!
Mrs filles, j'ai eu bien raison de vous le dire; on fait des pertes déplorables par le défaut de silence. Pleurez celles que vous avez faites; et réparez-les à l’avenir, vous rendant fidèles à retrancher tout discours inutile et superflu. Établissez en vous-mêmes ce silence, lospirez-le dans les autres; et croyez que c'est l'élément de votre perfection d’ûtre retirées, intérieures et récolligées. Attendez plus de fruit de cette conduite que de tous les entretiens avec les créatures, quelque saints qu'ils puissent être. Votre avancement ne dépend point de traiter avec les créatures : persuadez-vous plutôt, comme il est vrai, qu'il est attaché à parler peu aux hommes, et beaucoup à Dieu. Apprenons aujourd’ hui à nous passer de toutes les créatures, et à ne chercher point de consolation qu'en Jésus-Christ.
Et à quoi servent tant de discours, ces entretiens inutiles et tant de paroles superflues, sinon à vous ôter ces grands biens et à vous faire de grands maux en vous dissipant? Cela vous remplit de troubles et d’inquiétudes et vous ôte l'Esprit de Jésus-Christ , qui ne se trouve que dans la paix et dans la fidélité à se retirer en son intérieur. D'où viennent tant de désirs de parler; sinon de cette nature qui veut toujours se satisfaire en la créature et parmi les sens, et qui nous détourne de Dieu pour nous convertir vers les choses de la terre?
Non , mes filles. Il ne faut plus que vous suiviez ces mouvements qui vous ont attirées dehors ; il faut rentrer en vous-mêmes , et que vous vous passiez, le plus qu'il vous sera possible, de tout ce qui n'est point Dieu , pour le faire occuper tout seul votre cœur et vos pensées. N'ayez d'entretien avec personne, à moins qu'il n'y ait du besoin : évitez par là de grands écueils, qui font obstacle à la pureté de la vie. Saint Jacques dit que de la langue viennent tous les péchés qui se commettent'. La paix serait toujours dans les communautés, si l'on savait gouverner sa langue : car d'où procèdent tant de fautes? d'où vient que l'on a de petites antipathies, qne l’on fait des médiimnees, que l'on raille, que l'on se plaint, que l’on murmure, et que l’on voit de certains éioignements les unes des autres qui forment les divisions? Tous ces défauts ne viennent que du déréglement de la langue , et du défaut de silence ; et si l’on ne parlait point, et que vous vous tins-
siez dans votre retraite, tout cela n'arriverait pas. Le manquement de silence cause toutes les fautes contre la charité, qui se trouvent dans les maisons religieuses. Aussi saint Jacques nous dit : « Que l’homme soit prompt à écouter, et • tardif à parler'. > Qu'entend-il par là, sinon qu'il faut apprendre à ne parler que pour les choses nécessaires? que veut dire cela, si ce n’est qu’on doit écouter celles qu'il faut qui nous parlent; mais les écouter d'une manière qu'elles ne nous distrayent point, et ne nous emptehent pas d'entendre parler Jésus-Christ dans le fond de notre 4me?
Faites si bien , que vous contractiez une sainte habitude de ne parler précisément que lorsque quelque nécessité vous y oblige; faites- vous-en une loi, et mettez-y votre plaisir. En pratique fidèle de ce point vous en fera goûter l'exercice. Rendez-vous-y soigneuses, mes filles; ayez toujours un nouveau désir d’en faire l’expérience. Lorsqu'une 4me, pressée du désir de se perfectionner, fait de suffisants efforts pour obtenir cette grâce de récollection, et s'y adonne sérieusement , il arrive que par le moyen de son silence elle obtient le silence ; je veux dire que venant à goûter le bonheur de sa solitude , elle en chérit et en recherche la possession : elle ménage les moindres moments de cette sainte retraite, et elle les estime précieux. On voit cette religieuse se renfermer dans sa petite cellude; parce qu'elle est tout animée des dispositions qui lui font aimer la solitude, et la préférer à toutes les conversations et à tous les divertissements de la terre.
Ainsi, mes filles, avec un peu d’application à ce que nous vous disons , vous ferez vos délices de cette pratique et de ce saint exercice , de laisser parler Dieu intérieurement dans votre cœur. Tout aussitôt qu'il vous trouvera seules, vous entendrez sa voix, et vous sentirez sa présence par certaines touches de grâce : vous vous trouverez tout abîmées devant lui dans un profond sentiment de respect pour sa mqjesté ; vous y produirez des actes intérieurs de toutes manières, qui vous disposeront à l’oraison et vous en conféreront l'esprit : vous serez dégagées et purifiées des dispositions grossières, dont les sens et la nature font des impressions si fréquentes et si imparfaites. Ce sera dans la séparation , et en vous retirant seules auprès de Dieu , que vous posséderez ces grâces , et jamais parmi les discours et les fréquentations inutiles avec les créatures.
Faites donc taire chez vous toutes les créatures , et vous-mêmes, quittez tout entretien de pensée
' JlH- III, t.