‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 135 sur 408 · I. Sortir de la sainte table avec un profond rea · texte numérisé non relu

I. Sortir de la sainte table avec un profond rea

pect de la présence de Jésus-Christ, qui est au m*

lieu de votre coeur, et dont il est vrai de dire dans

SUB LA COMMUNION

ce moment-là', que la plénitude de sa divinité habita eo Toos eorporellement. Être quelque temps dm le dience, eomme saisi d*admiration des choses qui Tiennent de s'accomplir en vous, et vous considérant Tons-méme comme le tabernacle vivant où réside alors le Saint des saints : pensée admirablement propre pour vous tenir dans un parfait reeoeiUement, et pour arrêter toutes les distractions de votre esprit, qui ne pourraient être alors que criminelles ; comme si Jésus-Christ vous disait : AppUque%-vou$ à me contempler, et reconnaissez fueje suis votre Dieu (Psalm. 45) , puisqu*eii vertu de ce mystère vous en avez une expérience si sensible.

II. Godter le bonheur et l'avantage que vous avez de posséder Jésus-Clirist , qui est votre souverain , et qui , par la communion , se fait le gage de votre béatitude, comme il en doit être Fobjet pendant toute Tétemité, vous appliquant ces paroles da psaume : Goûtez , et voyez combien le Seigneur est doux. (Psalm. 83.) Il est glorieux dans le eiel, il est tout-puissant sur la terre, il est terrible dans les enfers; mais il est doux dans ce sacrement, et la douceur dont il y remplit les âmes înstes est le caractère de sa divine présence. Ah! mon Dieu, lui direz-vous, que le goût des saintes dâices que vous me faites maintenant sentir m'ôte pour jamais le godt des douceurs criminelles et des plaisirs du monde , qui ne font qu'empoisonner mon ccenr et corrompre ma raison ! Que cet avant-goût que vous me donnez de votre paradis r dans Tadorable Eudiaristie, corrige en moi tous les goûts dépravés de mes passions, qui me font aimer ce que je devrais souverainement haïr, et qui me font préférer, aussi bien que l'En&nt prodigue, la nourritore des pourceaux , c'est-à-dire ce qui contente ma sensualité, aux véritables biens que vous cororouniqiiex à ceux qui s'attadient h vous. Entrez dans le sentiment du saint vieillard Siméon, lorsque, pomr eomble de ses désirs, il vit Jésus-Christ entre ses bras : Cesi maintenant, Seigneur^ que fauruila consolation de mourir en paix (Lve.^ 3), puisque non-seulement mes yeux vous ont vu , mais que mon âme vous possède, et que ma chair est pénétrée de vous, qui êtes la source de la vie.

m. Fûre après la communion ce que David pratiquait si saintement : f écouterai ce que le Seignem' dira au dedans de moi. {Psalni. 84.) Car €^esX proprement alors qu'il est dans vous , et si vous vous rendez attentif, il ne manquera pas de parler secrètement à voire cœur pour vous dire bien des choses auxquelles vous ne pensez pas, et ijœ vous vous dissimulez à vous-même, mais dont il vous fera convenir. Par exemple, il vous reprocbem certaines inûdélités où vous tombez, certains désordres dans lesquels vous vivez, certaines

lâchetés que vous ne vous efforcez pas de vaincre ; il vous dira en quoi il veut que vous changiez de conduite, ce qu'il veut que vous lui sacriûiez, à quoi il veut que vous renonciez. En un mot, luimême s'expliquant immédiatement à vous, et re-^ muant tous les ressorts de votre conscience , il vous déclarera ses volontés, mais d'une manière dont il sera impossible que vous ne soyez touché, aussi bien que convaincu. Dites-lui donc alors comme Samuel : Parlez, Seigneur, parce que votrci serviteur écoute. (Reg., 3. )

IV. Vous acquitter du principal devoir que Jésus-Christ attend de vous après la communion , qui est de lui témoigner votre reconnaissance pour le bienfait inestimable que vous venez de recevoir de lui. Car quelle ingratitude ne serait-ce pas, si, rempli de ses dons et de lui-même, vous n'en aviez aucun sentiment! et ne mériter iez-vous pas d'être regardé comme un monstre de la nature, si un amour aussi parfait que le sien ne trouvait dans votre âme aucun retour? Ah! Seigneur, devez-vous lui dire, ^f ma main droite s'oublie elle-même, si je vous oublie Jamais ; et que ma langue demeure attachée à mon palais, si je ne me souviens éter* nettement de vous. (Psalm. 136.) J'ai été un infidèle, j'ai été un lâche, j'ai été un prévaricateur, mais je ne veux pas être un ingrat ; et puisque le sacrement de votre corps est une véritable Eucharistie, c'est-à-dire un sacrement d'action de grâ« ces, non-seulement je veux vous marquer par toute la suite de ma vie , combien je vous suis redeva ble de l'avoir reçu ; mais je veux même qu'il me serve pour vous remercier de tous les autres biens que vous m'avez faits et que vous continuez à me faire. Car que vous rendrai-je, 6 mon Dieu, pour avoir usé envers moi de tant de miséricorde; et par où puis-je reconnaître les obligations excessives que je vous ai, les grâces dont vous m'avez comblé, les marques singulières de votre protection par où vous m'avez distingué, sinon en participant à ce calice mystérieux de votre passion? M'avez-vous enseigné un autre moyen que celui-là pour répondre avec quelque sorte d'égalité à votre charité infinie? Si je suis assez heureux pour avoir communié en état de grâce, ne puis-je pas me consoler dans la pensée que , vous offrant vous-même à vous-même , puisque vous êtes maintenant à moi , je satisfais pleinement à tout ce que je vous dois?

V. Faire à Jésus-Christ une oblation entière de votre personne, lui protestant qu'après l'avoir reçu dans la communion , vous ne voulez plus vivre que pour lui, afin de vérifier sa parole : Celid qui mange ma chair vivra pour moi. (Joaw., 6.) Que vous ne voulez plus avoir de pensées , former de desseins, exécuter d'entreprises, que dans l'ordre de la parfaite

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soumission que vous lui devez ; que vous ne voulez plus employer votre santé, vos forces, les talents de votre esprit, votre autorité, votre crédit, vos biens, enfm tout ce qui dépend de vous, que pour les intérêts de sa gloire : lui assujettissant toutes les puissances de votre âme, en sorte quMl en soit le maître, et qu'il y règne absolument; et afin que cette oblatlon ne soit pas vaine et d*une pure spéculation, la réduisant en pratique par Texamen que vous ferez de vous-même : c'est-à-dire, que si vous étiez assez malheureux pour avoir quelque attache dans le monde, vous en fassiez le sacrifice à Jésus-Christ dans ce moment-là, en lui disant : Non, Seigneur, après la faveur singulière dont vous venez de m'honorer, je ne souffrirai pas qu'il y ait rien dans moi qui puisse partager mon cœur entre vous et aucun être créé.

VI. Demander à Jésus-Christ , tandis qu'il est encore au milieu de vous, toutes les grâces dont vous avez besoin; le forçant par une aimable et sainte violence à vous les accorder, et lui disant, comme Jacob disait à l'ange : Non, je ne vous laisserai poM aller que vous ne m'ayez donné voire bénédiclion. ( Gènes., 32 ). Je ne vous demande point, Seigneur, lui ajouterez-vous, des grâces temporelles , de la réputation , des honneurs , des prospérités , des richesses : tout cela ne servirait peut-être qu'à me perdre. Je vous demande les grâces de mon salut, un esprit humble et un cœur chrétien ; je vous demande la haine du péché, une horreur éternelle de l'impiété et du libertinage, la crainte de vos jugements, et par-dessus tout votre saint amour. Je vous demande la force et la solidité de l'esprit qui m'est nécessaire pour me préserver de la corruption du monde, pour ne me pas laisser emporter au torrent de la coutume, pour résister à la tentation et au scandale du mauvais exemple, pour me mettre au-dessus du respect humain , pour me défendre du poison de la flatterie , pour n'être pas esclavede l'ambition, pour ne point succomber à l'intérêt, pour éviter les pièges funestes que le démon de ma chair me tend de tous côtés , pour conserver, au milieu des dangers auxquels ma condition m'expose, la liberté et la pureté de ma religion ; enfin, pour pouvoir tout à la fois être ce que je suis et ce que votre providence m'a fait naître, et être clu-étien. Voilà, mon Dieu, les grâces qui me sont nécessaires. J'ai droit en tout temps de vous les demander; mais quand vous les demanderai-je avec plus de foi et plus d'assurance de les obtenir, que maintenant que je vous possède, vous qui en êtes l'auteur?

Vn. Former de saintes résolutions sur les points particuliers où vous aurez reconnu que Dieu demande de vous quelque changement et quelque réforme de vie : par exemple, sur le défaut le plus notabieque vous avez à corriger, sur l'habitude la plus

vicieuse que vous devez combattre, sur Poccasion fa plus prochaine du péché dont vous voulez sortir. Et afin que ces résolutions soient plus solides, les eoo. cevoir en présence de Jésus-Christ, qui, dans le fond de votre cœur, les ratifie et les accepte, conune si vous lui disiez : Oui , seigneur, c*«st à vous-même que je m'engage; je veux bien que vous vous éleviex contre moi , si les promesses que je vous fais ne soiH sincères et véritables. J'ai Juré y ô mon Dieu! de garderies ordonnances de votre divine Uâ. (PstUm. 118.) J'ai juré d'être régulier et plus exact dans mes devoirs de chrétien , d'avoir plus de charité poux mon prochain, de retrancher en moi la liberté que je me donne de parler d'autrui, etc. Tai juré^ et c'est vous-même que je prends à témoin de ce serment , afin que vous le confirmiez, et que votre sa* crement adorable que je viens de recevoir en soit comme le sceau qu'il ne me soit jamais permis de violer, à moins de passer devant vous pour un parjure et pour un anathème.

Vin. Vous exciter à la persévérance chrétienne, qui doit être l'un des principaux fruits de votre com-^ munion , en vous demandant à vous-même , comme saint Paul : Qui est-ce qui pourra désormais me séparer de Jésus-Christ (Rom,, 8), après m*être uni à lui si étroitement.' Puis vous répondant avec les paroles du même apôtre : Non, Je suis sûr que ni la mort, ni la vie, ni la prospérité, ni l'adversité, ni la grandeur, ni rabaissement, ni quelque autre créature que ce soit, ne me séparera Jamais de btu (Ibid.) Ce n'est point , mon Dieu , par un esprit de présomption que je parle ainsi ; je connais ma misère et mon néant, et je sais que si vous m'abandonniez à moi-même , je retomberais dans l'abtme de tous mes désordres. Mais , uni à vous comme je le suis par votre sacrement, j'ai droit de m'élever au-dessus de moi, et de me promettre que, tout inconstant et tout fragile que je puis être, je persévérerai dans votre amour et dans la possession âe votre grâce.

IX. Accomplir réellement dans la suite de votre vie ce que vous vous êtes proposé dans la communion , vous comportant de telle sorte qu'après avoir communié, vous puissiez encore dire, comme saint Paul : Je vis ; mais non, ce n'est plus moi, c'est Jésus-Christ qui vit en moi {Galat,, 2) ; vous souvenant que le plus grand de tous les scandales , selon le jugement même du monde, est de voir un clirétien qui communie , mais dont la conduite n'en est pas pour cela plus chrétienne ni plus édifiante. Il faut donc, puisque Jésus-Christ vit en vous par la communion, que ce soit lui qui désormais agisse en vous; c'est-à-dire, qui vous fasse penser, agir et parler, et qu'il n'y ait rien dans toute votre conduite qui ne soit digne de lui. (^r si après la communion vous viviez, comme auparavant, dans le désordre

SUR LA COIOIUNION.

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