PENSÉES DIVERSES SUR LA FOI
mîers fièeles, cette foi qui a conTertî tout le monde ? Alors des athées devenaient chrétiens : maintenant des chrétiens deviennent athées.
Bizarrerie de notre siècle , soit à l'égard de la discipline ecclésiastique , soit à Fégard de la doctrine : jamais tant de zèle en apparence pour l'antiquité, et jamais tant de nouveautés.
Le juste profite de tout et tourne tout à bien : mais an contraire, il n'y a rien que Timpie ne profane , et dont il n'abuse. La religion chrétienne établit dans la société humaine et dans la vie civile un ordre admirable. Elle tient chacun dans le devoir; elle règle toutes les conditions , et y entretient une parfaite subordination ; elle apprend aux petits à respecter les grands, et à leur rendre l'obéissance qui leur est due; et elle apprend aux grands à ne point mépriser les petits et à ne point les opprimer, mais à les soutenir, à les aider, à les conduire avec modération , avec prudence, avec équité; elle réprime les méchants par la crainte des châtiments éternels, et elle anime les bons par Tespérance d'une gloire sans mesure et sans fin. De sorte que , bannissant ainsi tous les vices, fraudes, injustices, violences, colères, animosit^, vengeances, médisances, impudicités, débauches, et engageant à la pratique de toutes les vertus, de la charité, de l'humilité, de la patience, de la mortification des sens, d'un désintéressement parfait , d'une fidélité inviolable, d'une justice Inaltérable, et des autres, il n*est rien de plus salutaire pour le bien public, ni rien de plus propre à maintenir partout la paix , Tunion, le commerce, l'arrangement le plus merveilleux.
De là quelle conséquence tire le juâte? Dans une religion qui ordonne si bien toutes choses, il découvre la sagesse de Dieu , et il reconnaît que c*est l'ouvrage d'une Providence supérieure; mais, par le plus grossier aveuglement et l'abus le plus étrange, nmpie forme un raisonnement tout opposé : et parce que cette religion est si utile à tous les états de la vie, et qu'elle est seule capable d'en faire le bonheur, il prétend que c*est une invention de la politique des hommes. N'est-ce pas là prendre plaisir à s'aveugler, et vouloir s'égarer de gaieté de cf)Bur?Eh quoi ! afin que la religion ait le caractère et la marque de vraie religion, faudra-t-il que ce soit une loi qui mette le trouble dans le monde, et qui en renverse toute l'économie?
Cettediversitéde religion , qu'il y a dans le monde est un sujet de scandale pour l'incrédule. A quoi 8*en tenir, dit-il? l'un croit d*une façon, l'autre d'une autre. Là-dessus il se détermine à les rejeter toutes , et à ne nen croire. On pourrait , ce me
semble, lui £ure voir que oe qd le ooolinne daof son incrédulité, c'est justement ce qui devrait rengager à en sortir, et à prendre pour cela tous les soins nécessaires. Car s'il raisonnait bien, il ferait les réflexions suivantes : que ce grand nombre de religions , quoique fausses, est une preuve qa*îl y eo a une vraie; que cette idée générale de religion, gravée dans l'esprit de tous les peuples , et répandue par toute la terre, est trop universelle pour être une idée chimérique; que si c'était une pure imagination , tous les hommes , d'un consentement si unanime, ne seraient pas convenus a se la former, de même qu'ils ne se sont, par exemple, jamais imaginé qu'ils ne devaient point mourir ; que c*est donc comme un de ces premiers principes qui sont imprimés dans le fond de notre âme, et qui portent avec eux leur évidente et incontestable vérité.
De là, il irait plus avant, et persuadé de la vérité d'une religion en général, il chercherait où elle est, cette vraie religion; il examinerait, il consulterait, il écouterait ce qu'on aurait à lai dire; et alors, dans le choix qu'il se proposerait de foire entre toutes les religions il ne serait pas difficile de lui montrer rexcellence, la supériorité de la religion chrétienne, et les caractères visibles de dirinité qui la distinguent. Mais il ne veut point entrer en toutes ces recberclies, et d'abord il prend son parti de vivre sans religion au milieu de tant de religions. Est-ce là agir sagement? Soyei éternellement béni , Seigneur, de la miséricorde qu'il vous a plu exercer envers moi! Ce qui scandalise Flocrédule et ce qui l'éloigné de vous, c'est ce qui m'y attache inviolablement et par la plus rivereeonnaissance. Je considère cette multitude innombrable de peuples plongés dans les ténèbres de Finfidélité, et adonnés à des cultes superstitieux. Plus U y eaa, plus je sens la grâce de ma vocation à l'Évangile el à votre sainte loi. C'est une distinction que je ne puis assez estimer, et dont je ne suis redevable qn*à un amour spécial de votre part. Le Seigneur n'es a pas ainsi usé à l'égard de toutes les noHmu, Û ne leur a pas découvert comme à moi ses subtrM» mystères. ( Psalm. 147. }
Il est bien glorieux à la religion ckrétietme^fN tout ce qu'il y a de libertins qui l'attaquent soieot des gens corrompus dans le cceur et déréglés dini leurs mœurs. Tandis qu'ils ont vécu dans Tordre, sans attachements criminels, sans habitudes vicie» ses, sans débauches , ils n'avaient point de peine il se soumettre au joug de la foi, ils la respectaient, ils la professaient ; tout ce qu'elle leur proposait leur paraissait raisonnable et croyable. Quand ont-ils changé de sentiment ? c'est lorsqu'ils ont changé de vie et de conduite. I^urs passions se sont allumées,