‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 234 sur 408 · NEUTRALITÉ DANS LES CONTESTATIONS DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

NEUTRALITÉ DANS LES CONTESTATIONS DE L'ÉGLISE

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me. Tellement qac, séparé de TEglise, en vain je ferais des miracles, en vain je transporterais les montagnes , je prédirais l'avenir , je répandrais tout ce que je possède en aumônes , je livrerais mon corps à la mort. Avec tout cela je ne pourrais être qu'un anathème, et je serais immanquablement rejeté, parce que, selon votre témoignage même, je n'entrerais pas par la porte, et que je ne serais pas de vos brebis.

Je veux donc, Seigneur, comme le prophète, je veux confesser votre saint nom ; mais je le veux confesser dans voire Église. {Psalm, 34.) Je veux publier vos grandeurs, et célébrer vos louanges; mais je les veux célébrer dans votre Église. Je veux annoncer votre parole et vos divines vérités; mais je les veux annoncer dans votre Église. C'est la sainte montagne d'où votre loi devait sortir; c'est le temple auguste où les peuples devaient s'assembler de toutes les parties du monde , pour vous offrir leur encens et vous adresser leurs vœux; c'est le sanctuaire où vous voulez recevoir notre culte, et c'est la chaire où vous enseignez vos voies par la bouche de vos prédicateurs et de vos prophètes. Toute autre assemblée, ledirai-je après un de vos apôtres? toute autre assemblée n'est qu'une synagogue de Satan, et toute autre chaire qu*une chaire de pestilence. Heureux si , par une vie conforme aux divins enseignements et aux règles de cette Église où nous avons en l'avantage d'être élevés et adoptés parmi vos enfants , nous méritons d'être couronnés dans le séjour de votre gloire, et de participer au bonheur de vos élus. Ainsi soit-if.

SSPBIT DE IfEUTEÀLITÉ DANS LES CONTESTA- TIONS DE l'Église.

Qu'ai-je affaire dételle et telle question qui causent tant de mouvements dans l'Église.' qu'ai-je affaire de toutes ces contestations, et qu'est-il nécessaire que je me déclare là-dessus? Je n'examine point qui a raison, ni qui ne l'a pas; je ne suis pour personne ni contre personne. Tel est votre langage et celui de bien d'autres comme vous. Mais voyons un peu quel principe vous fait de. meurer dans cet état de neutralité. Ou c'est ignorance, ou c'est erreur, ou c'est politique, ou c'es- Insensibilité, ou c'est lâcheté. Or, rien de tout cela n'est bon.

Ignorance : parce que ce sont des matières audessus de vous, et que vous n*étes pas capable d'en juger. Erreur : parce que vous voulez vous persuader que les questions qu'on agite et sur lesquelles il est intervenu un jugement de l'Église, n*ont rien d'essentiel, et que chacun sur cela peut croire tout ce qu'il lui plaît, sans que la foi en soit altérée. Politique : parce que vous avez des intérêts particuliers à ménager; parce que vous avez certaines

liaisons de dépendance , de société , d'amitié , à quoi vous seriez obligé de renoncer ; parce que vous recevez de certaine part certains secours qui vous seraient refusés, et dont il faudrait vous passer; parce que cet appui , cette protection vous manquerait, et que vous en avez besoin : car voilà ce qui n'entre que trop souvent dans la conduite qu'on tient , même en matière de religion. Insensibilité : parce que , tout occupé des choses de la vie et des affaires du monde , vous n'êtes guère en peine de ce qui regarde l'Église, et que tous les outrages qu'elle peut recevoir vous touchent peu. Enfin, lâcheté : parce que vous n'avez pas le courage de parler ouvertement , et que , dominé par une crainte humaine qui vous lie la langue et qui vous ferme la bouche, vous ne vous sentez pas assez de force, ni assez de résolution pour résister au mensonge et à ceux qui le soutiennent. Mais encore une fois tout cela est criminel , ou vous êtes criminel en tout cela, et votre conscience devant Dieu en doit être chargée. Si vous m*en demandez les raisons , il est aisé de vous les donner , et il est à propos que vous les pesiez mûrement , et que vous les compreniez, afin de vous détromper sur un pqînt d'une toute autre importance que vous ne l'avez conçu jusquesà présent. Reprenons tous les principes , ou plutôt tous les prétextes que je viens de marquer. J'ose dire qu'il n'y en a pas un dont vous ne reconnaissiez d'abord l'illusion et le désordre, si vous y faites l'attention convenable.

L Est-ce ignorance? Il est vrai , n'étant pas assez éclairé pour approfondir les sujets qui de part et d'autre sont controversés, et ne pouvant connaître par vous-même, entre les divers sentiments, quil est le mieux fondé et le plus conforme à la saine doctrine, vous seriez excusable de ne vous attacher à aucun , et de demeurer dans l'incertitude, si c'était par vos propres lumières que vous dussiez vous déterminer. Mais vous avez une autre règle que vous doit suffire, et qui vous ôte toute excuse, parce qu'elle supplée 'parfaitement à l'ignorance où vous pouvez être. Règle générale , règle commune aux esprits les plus grossiers comme aux plus pénétrants et aux plus subtils , règle visible et qui tombe sous les sens , règle qui ne vous peut trom- * per , et dont vous êtes obligé de reconnaître la supériorité , l'autorité , rinfaillibilité sur tout ce qui a rapport à votre croyance. Cette règle , c'est ladécision,de l'Église. Dès là que l'Église a parlé, dès là que le souverain pontife et les premiers pasteurs qui la conduisent se sont fait entendre, il ne vous en faut pas davantage pour vous fixer, et si vous restez volontairement et opiniâtrement dau votre doute, vous êtes dès lors coupable» parée que vous ne vous soumettez pas à l'Église.

Prenez donc bien garde à ce qu'on vous demande

NEUTRALTIË DANS LES CONTESTATIONS DE L'ÉGUSE.

et k œqai est pour vous d'une obligation indispensable. Oa ne vous demande pas que vous examiniez en théologien les questions sur lesquelles on dispute ; on ne vous demande pas que vous en fassiez une étude expresse , ni que vous en ayez une claire eonnaissance. Cette étude, cette connaissance ne vous sont point nécessaires : mais c*est assez que TOUS sachiez que TÉglise a défini telle chose , et que TOUS devez adhérer d'esprit , de cœur , de vive roiz à tout ce qu'elle a défini. Votre science sur les matières présentes et dans la situation où vous êtes , ne doit point aller plus loin. Croyez , agissez selon cette créance , et vous croirez , vous agirez en catholique.

Ainsi il est inutile de dire : Je ne sais rien , et je ne suis pas d'un état et d'une profession à faire làdessus de longues et de sérieuses recherches; j'ai d'autres affaires. On veut que je condamne cet ounage , et je ne l'ai jamais lu. On veut que je rejette cette doctrine, et je ne l'entends pas. C'est aux savants et aux docteurs à produire leurs pensées , et à s'expliquer, mais cela me passe; et m'appartientil de m'îngérer en ce qui n'est point de mon ressort? Non, encore une fois ; il ne vous appartient pas de vous engager en de curieux examens , ni d'entreprendre de démêler la vérité au travers des nuages dont on l'enveloppe et dont on tâche de l'obscurdr; il ne vous appartient pas de vous ériger en juge delà doctrine. Mais il vous appartient d'écouter l'Église, qui en a jugé, et de souscrire de bonne foi à ce qu'elle a jugé. Mais il vous appartient de condamner ce que l'Église condamne , et de rejeter ce que l'Église rejette, sans en vouloir d'autre raison , sinon que l'Église l'a condamné et qu'elle l'a rejeté. Mais il vous appartient d'embrasser ouvertement et hautement ce que l'Église vous propose à croire, et de vous y attacher. Voilà, dis-je, ce qui vous appartient; et pour vous en défendre il n'y a point d'ignorance à alléguer. Car il n'est pas besoin d'une grande pénétration pour savoir quels sont les sentiments de l'Église, puisqu'elle les publie partout, et qu'elle les annonce dans tout le monde chrétien. Or , du moment que vous les savez , etqoe vous ne pouvez les ignorer; du moment que TOUS savez encore d'ailleurs que l'Église de Jésus- Christ ne peut s'égarer, et ne veut point vous ^rer , vous avez toute l'habileté et toute l'érudition . qu'il faut pour vous résoudre , et pour bien prendre votre'parti, qui est celui d'une ferme adhésion, et d'une humble et parfaite obéissance. Hé! où en senons-nous, s'il en fallait davantage? il faudrait donc que chacun , sans nulle différence ni de caractère, ni de condition, allât s'instruire dans les écoles de théologie , que chacun s'appliquât à la lecture des saints Pères, que chacun quittât son emploi pour vaquer à l'étude de l'Écriture et de»

saints canons? Ce serait multiplier étrangement les docteurs, et, à force de doctrine, renverser toute l'économie et toute la conduite du monde.

n. Est-ce erreur? c'est-à-dire, est-ce que vous êtes dans l'opinion que telles et telles propositions, que les uns attaquent avec tant de zèle , et que les autres défendent avec tant de chaleur, ne sont d'aucune conséquence à l'égard de la fol , et que , de quelque manière que vous en pensiez, votre religion n'en sera pas moins pure, ni votre croyance moins orthodoxe ? Je conviens que , comme le Sage a dit des choses du monde, qu'il a plu à Dieu de les abandonner aux découvertes et aux subtilités des philosophes, on peut dire aussi de certaines matières, que l'Église les abandonne à nos vues particulières et à nos raisonnements. Les esprits sont partagés en ce qui n'est point défini : l'un enseigne d'une façon, et l'autre d'une autre; l'un s'appuie sur un principe qu'il croit véritable, et l'autre se fonde sur un principe tout contraire, et suit un système tout opposé qui lui parait plus juste et plus raisonnable; on apporte de part et d'autre ses preuves, on propose ses difficultés, on fait valoir ses pensées autant qu'on le peut, et l'on s'y arrête : mais la foi en tout cela ne court aucun risque, parce que ce sont des questions problématiques, sur lesquelles l'Église a gardé jusqu'à présent le silence et n'a rien prononcé.

Que sur tous ces articles vous suspendiez votre jugement sans incliner d'un côté plus que de l'autre , j'y consens, et l'Église vous le permet. Je sais, de plus, qu'on s'efforce de vous persuader qu'il en est de même des points dont il s'agit présentement ; car c'est là que tendent ces discours que vous entendez partout : Qu'on veut tyranniser les esprits et leur ôter une liberté qui leur est acquise de plein droit; qu'on veut bannir des écoles catholiques les plus grands maîtres, qui sont sans contredit saint Augustin et saint Thomas; qu'on veut proscrire des opinions répandues de toutes parts, reçues dans les corps les plus célèbres et dans les plus savantes compagnies établies par l'Écriture , autorisées par la tradition et par la plus vénérable antiquité ; que ce sont au reste de ces sentiments qu'on peut embrasser ou contredire sans cesser d'être uni à l'Église; et qu'en un mot, soit qu'on les admette ou qu'on les combatte, le sacré dépôt de la doctrine de Jésus-Clirist est toujours à couvert. Voilà ce qu'on vous rebat continuellement, et ce qu'on tâche de vous impnmer dans l'esprit, et voilà en même temps ce qui vous rassure; mais n'est-ce point une fausse assurance que celle où vous êtes? ne vous trompez-vous point ? ne vous trompe-t-on point ? Un doute de cette nature, et sur un sujet de cette importance, mérite bien que vous preniez soin de l'éclaircir. Or, où en chercherez-vous réclairdssement , et où le trouve*

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