SUR L'IMPURETÉ
iVo» Ueet Hbi hahere uxorem/raMê tui.
Il ne vous ett pas pennis d*avoir la femme d« Totre frère Marc. s.
n fallait tout le zèle et toute la sainteté de Jean- Baptiste, pour parler avec tant d'assuranœ à on roi possédé de sa passion , et pour s'exposer de la sorte à sa disgrâce. Mais, sans être ni aussi lélé ni •usai saint que ce divin précurseur, il m foilait qu'une étincelle de raison pour voir toute llodignité du commerce où Hérode était plongé, et pour en connaître tout le désordre. C'est néanmoins oe que ce prince voluptueux ne voyait pas lui-mêmo ou ne voulait pas apercevoir; et tel est le caractère et le dérèglement affreux de l'impureté. Il semble, dès qu'on se laisse dominer parce vice infâme, qu'il nous fasse perdre toute raison, et, avec la raison , toute religion. De sorte que l'impudique n'a pins de régie droite et sûre qui le guide, ni raison qui le conduise en qualité d'homme, ni religion qui le conduise en qualité de chrétien. Arrêtons-nous à ces d«i\x)|^nsées. Toute la raison de l'homme renver-
SUR L'IMPURETE.
sée par rimpnreté : premier point ; toute la religion du chrétien profanée par rimpureté : second point. Effets pernicieux d*ane passion dont nous ne pouvons trop concevoir d'horreur, et contfe laquelle nous ne pouvons nous précautioiiner avec trop de soin.
Pbbmuer point. Toute la raison de Thomme renversée par rimpureté. On n*en doit pas être surpris : car il n'est rien de plus opposé a la raison que les sens; or rimpureté est un péché des sens, et c'est même de toutes les convoitises des sens la plus animale et la plus grossière. De là donc, ou bien elle éteint en nous toutes les lumières de la raison, ou, sans les éteindre , elle nous fait agir contre toutes les vues de notre raison.
1 . Elle éteint en nous toutes les lumières de la raison. En effet, à consulter la seule raison , combien y at-il de motifs les plus forts et les plus puissants, pour nous détourner d'un vice aussi honteux et aussi dangereux que l'impureté.' La pudeur naturelle, les bienséances de l'état, du rang, de l'emploi, de la profession; les suites malheureuses où s'expose surtout une personne du sexe, aux dépens de sa réputation et de tout le bonheur de sa vie; les périls où elle s'engage là- dessus et les risques qu'elle a à courir; le dérangement où vit un homme par rapport à ses devoirs , par ra[)port à son avancement dans le monde , par rapport à la conduite de ses affaires , et souvent par rapport à sa santé qu'il ruine ; l'esclavage et la dépendance où il passe ses jours auprès d'une idole dont il est adorateur, les infidélités qu'il éprouve, les désagréments qu'il essuie, les inquiétudes qui l'agitent, les dépenses qu'il fait et qui l'incommodent, les exemples d'une infinité de gens qui, par là, se sont perdus; les discours du public, les remontrances et les reproches de ses amis; mille autres considérations plus particulières encore et plus secrètes : tout cela bien examiné et bien pesé , si l'on était raisonnable, devrait servir de préservatif contre les amorces de la plus flatteuse passion. Mais dès qu'elle s*est emparée du cœur, plus d'attention à tout cela : on dépose toute pudeur, on ferme les yeux à toute bienséance, on méprise tout danger, on oublie tout intérêt, on supporte toute contrainte, toute gêne, on dévore tout chagrin , on ne plaint nulle dépense, on ne profite de nul exemple, on n'écoute nul avis, nul conseil. L'esprit et le coeur ne sont occupés que d'un objet : tout le reste disparaît; et où est alors la raison.'
2. Si l'impureté n'éteint pas dans nous les lumières de la raison, du moins nous fait-elle agir contre toutes les vues de notre raison. Point de preuve plus sensible que le témoignage de saint .AugnstlD« qui le connaissait par son expérience
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s'en est si bien expliqué. Je soupirais, dit-fl, Je voyais ma faiblesse, j'en rougissais, et cependant fêtais tt>vjours attaché, non point par une chaîne de fer, mais par via volonté dépravée, plus dure que le fer. Voilà comment la passion tyrannise un homme qui s'y est une fois livré. Il gémit de sa servitude , et il en sent tout le poids. Il voit tout ce qu'une saine raison demanderait, et il est le premier à reconnaître ses égarements; mais de briser ses liens et de se dégager, c'est à quoi il ne peut se résoudre. II suit le charme qui l'enchante, et quoiqu'il condamne dans lui le vice, il n'en est pas moins vicieux. Samson n'ignorait pas que Dalila le trahis, sait. Que lui disait sur cela sa raison? Maïs sa raison avait beau parier, il ne laissait pas de rechercher avec la même assiduité cette perfide, et de se tenir auprès d'elle. Peut-être à la fin de nos.jours vienMI un temps où la raison prend le dessus : mais peutelle désormais réparer les dommages infinis qo'to s'est causés à soi-même? Plus sage mille fois celui qui les prévient de bonne heure , et qui n'attend pas si tard à y apporter le remède.
Second point. Toute la religion du chrétien profanée par l'impureté. Deux sortes de profanation : l'une générale, par rapport à tous les états du chris^ tianisme ; l'autre particulière et plus criminelle encore, par rapport à certains engagements et à certains caractères.
1. On peut dire en général que toute impureté dans un chrétien est une profanation : pourquoi? parce qu'il souille une chair sanctifiée par le baptême de Jésus- Christ , honorée d'une allianee toute pure avec Jésus-Christ, devenue le temple du Saint- Esprit, que l'apôtre appelle l'Esprit de Jésus-Christ. Morale que nous ne devons point traiter d'idée subtile et superficielle, mais dont nous comprendrions toute la solidité et toute la force si nous étions plus remplis des principes de la religion et plus touchés de ses sentiments. Morale dont les Pères ont fait plus d'une fois le sujet de leurs instructions , et sur laquelle Tertullien insistait si vivement. Car, disaitil , avant que le Fils de Dieu se fdt revêtu d'un corps semblable au nôtre, c'était toujours un crime de s'abandonner aux désirs de la chair; mais depuis le mystère de l'Homme-Dieu, maintenant, et plus que jamais, ce n'est plus seulement un crime, c'est un sacrilège. Moralequ'ils avaient puisée dans l'excellente et sublime théologie de saint Paul et dans ces fréquentes exhortations qu'il faisait aux fidèles^ en leur représentant qu'ils étaient les frères de Jésus-Christ, qu'ils étaient ses membres, qu'ils étaient son corps , et par conséquent qu'ils avaient une obligation plus étroite de se conserver purs et sans