DE LA VIE NOUVELLE DE JÉSUS-CHRIST DANS SA RÉSURRECTION
Çitomodo ChristuiiurrexU a mortuis, ilaetnoainnovitate viiœ amhulemtts.
Comme Jésus-ChrUl est ressascUé d'entre les morts, Il faut aussi qae nous marchioDS dans UDe vie nouvelle. Rom. , cliap. G.
Premier point. Jésus-Christ n'était pas descendu dans le tombeau pour y demeurer; et s'il avait subi la loi delà mort, c'était pour triompher ensuite de la mort même, et pour la soumettre à son empire. Or, ce qu'il y a d'abord de bien remarquable dans la résurrection de cet Homme-Dieu , c est que ce fut lui-même qui se ressuscita.
Le Prophète avait dit de lui qu'il serait libre entre les morts {Ps. 87); c'est-à-dire, qu'il mourrait quand il voudrait et comme il voudrait; mais qu'il saurait aussi se dégager des liens de la mort au moment qu'il avait marqué , et qu'il ne serait pas moins puissant pour se ressusciter lui-même, qu'il l'aurait été pour ressusciter les autres. Voilà ce qui s'accomplit dès le troisième jour depuis sa passion. Sans nul secours que cette vertu divine et toute miraculeuse , qu'il avait exercée sur tant de sujets et fait éclater en tant d'occasions, l'heure venue,
et dès le grand matin, il ouvre le sépulcre oà son corps était enfermé; il le ranime, et le tire du sein de la terre; il paraît au milieu des soldats qui le gardaient, et il les saisit d*une telle épouvante qu'aucun d'eux n'ose faire le moindre effort pour lui résister et pour l'arrêter. O mort, ouest ta victoire? ô mort, où est ton uiguiUon? Jesertd moi-même ta mort ( 2. Cor., 15 ); et après avoir étendu ta domination et porté tes eonps jusque sur moi, ainsi queje l'ai permis , il faut à présentque tu cèdes malgré toi à mon souverain pouvoir. Paroles du prophète Osée et de l'apôtre saint Paul, que l'Église applique à ce Dieu vainqueur de la mort, et qui nous font connaître par quelle vertu il opéra ce grand miracle de sa propre résurrection.
Ce serait dans moi la plus grossière de toutes les erreurs et une présomption insoutenable, si je prétendais être en état moi-même de me ressusciter selon l'esprit et selon Dieu. Aussi faible que je le suis, comment oserais-je me flatter de pouvoir, sans la grâce de mon Dieu , vaincre mes mauvaises habitudes et me défaire de toutes me^ imperfections? L'exemple de Jésus-Christ ne doit donc point en cela me servir de règle , et là-dessus il n'y a nulle comparaison à faire. Mais cette grâce de Dieu supposée, comme un principe nécessaire et absolument requis; cette grâce sur laquelle je puis compter par la nuséricorde du Seigneur, et qui , bien loin de se refuser à moi , vient au eontrafre de redoubler auprès de moi ses sollicitations, et s'est fait sentir dans ces saints jours plus fortement que jamais : il est certain du reste que je dois agir avec elle , que j*y dois coopérer, et qu'en ce sens , c'est de moi qu'il dépend de consommer l'ouvrage de ma résarrection spirituelle et de ma sanctification.
La résurrection de Jésus-Christ fut pour lui une victoire : voudrais-je que la mienne n'en fât pas une pour moi? De même que le corps du Sauveur était lié dans le tombeau , j'ai mes liens qu'il faut briser : ce sont mes inclinations naturelles et mes passions. De même que ce corps était couvert d'une grosse pierre , j'ai une pierre pesante à lever : c'est le penchant de mon cpeur, et la lâcheté où j'ai » longtemps vécu et qui m'est devenue habituelle. Autour de ee corps, il y avait une garde ennemie, qui veillait sans cesse pour empêcher qu'on ne l'enlevât : et outre les ennemis invisibles de mon salUt et de ma perfection , qui n'ont que trop d'attention et de vigilance pour me retenir, combien d'autres ennemis ai-je encore à craindre? Certaines considérations humaines, certains exemples, certaines railleries et certains discours, certaines amitiés et certaines liaisons, certaines coutumes, certaines occasions fréquentes et engageantes dont il m'est si difficile de me défendre , en un mot tout ce qui m'a servi jusques à présent d'obstacle , et que je n'ai pas eu la
DB LA VIE IfOUYILLE DB JÉSCS-CIBISI, Mi.
force de farmonler. Mais malgré tontes les difSeoltés et toas les obstacles, le Fils de Dien ne tarda pas à exécuter la parole quil avait donnée à ses apôtres , de ressusciter et de se faire voir encore à eux : et sans aller plus loin , pendant cette retraite que je vais finir, j'ai tant fait de promesses à Dieu, je lui ai donné tant de paroles, je lui ai tant protesté de fois que, par un changement réel et véritable, je voulais vivre dans la suite comme une âme ressusdtée. Or, voici le temps de lui montrer que je suis fidèle, et c'est dès ce jour qu'il faut mettre en pratique tout ce que j'ai résolu et tout ce que l'ai promis. Y suis-Je bien déterminé? J*en jugerai par l'effet. Ah! Seigneur, mon courage m'abandonnera-t-il, lorsqu'il est question de le faire paraître? Vous ne me manquerez pas, mon Dieu : malheur à moi si je venais à vous manquer I
Second point. Jésus-Christ, en se ressuscitant, reprit une vie toute nouvelle : car ce fut désormais une vie glorieuse, et toute différente de celle qu'il avait menée jusque-là sur la terre. Ce Dieu sauveur, sujet auparavant à toutes les misères d'une vie obscure et pauvre , et à toutes les ignominies et toutes les douleurs de la plus cruelle passion, parut tout brillant de lumière : tellement que la gloire de son corps surpassa la plus vive splendeur du soleil. Cétait dans sa première vie un corps faible, sensible, capable de toutes les infirmités humaines ; mais dans cette seconde vie , il est revêtu d'une force qui le met hors d'atteinte à toutes les faiblesses de* notre nature, et qui le rend invulnérable à tous les traits de ses persécuteurs. Sa clarté éblouit les yeux, son agilité le transporte dans un moment d'un lieu à un autre; et avec ce don de subtilité, qui en fait comme un corps spirituel, rieu ne l'arrête. Il passe au travers des murailles , et il pénètre partout. Ainsi peut-on dire que ce mystère Ait pour Jésus-Christ une espèce de transfiguration, mille fois encore plus éclatante que celle du Thabor.
Si je veux que ma résurrection soit véritable , et aussi parfaite qu'elle le doit être, il faut qu'elle me transforme de la même sorte , et qu'elle produise en moi les mêmes changements. Et qu'y a-t-îl en effet dans toute ma vie, qui n'ait besoin d'être réformé et renouvelé? Saint renouvellemeut, soit intérieur, soit extérieur ! Renouvellement intérieur et dans l'esprit : c'est ce qu'il y a de plus important et de plus difficile. Car il me serait aisé, après une retraite, de garder certains dehors, et de prendre un air plus composé et des manières en apparence plus religieuses ; mais tout cela , que serait-ce si le coeur n'y répondait pas, et s'il demeurait toujours le même? Il faut donc que je règle ses désirs , que je purifie ses sentiments, que je rectifie ses vues et ses intentions , que je rabaisse ses enflures et ses hauteurs.
qoeje ranime ses lenteurs et ses IftcheM. H fiiot que je le détrompe de tant de fausses idées et de tant d'erreurs dont il se laisse prévenir; que je le dégage de mille petites attaches, qui tout innocentes qu'elles paraissent, ne sont ni de Dieu, ni selon Dieu; que je le déprenne de cet amour-propre qui le domine, et dont il est si esclave; en un mot, il faut que j'en fasse un cœur tout nouveau.
De ce renouvellement du cœur, suivra le renouvellement extérieur. Je m'attacherai de point en point à ma règle, et je m'acquitterai avec fidélité de tous mes exercices. Autant que ma conduite a pu mal édifier la communauté et y causer de scandale, autant y donnerai-je d'édification, lorsqu'on me verra agir avec tout une autre exactitude et tout une autre ardeur. Je me soumettrai à tout, je passerai par-dessus tout. Que dis-je, mon Dieu, et en sera-t-il ainsi ? Hélas! ces sentiments coûtent peu au pied d'un oratoire, et dans une méditation où votre grâce me touche; mais dans la pratique, ce n'est pas là l'ouvrage d'une simple méditation, ni même d'une seule retraite. Du moins cette retraite en sera le fondement, et je sortirai de ma solitude en de si saintes résolutions. Ce sera beaucoup de les avoir bien imprimées dans mon cœur. Je les renouvellerai de jour en jour; et de jour en jour elles contribueront à me renouveler moi-même.
Tboisiàmb point. La résurrection de Jésus- Christ eût été beaucoup moins parfaite, s'il n'eût pas repris , avec une vie glorieuse et nouvelle, une vie enfin immortelle. Mais Jésus-Christ ressuscUé ne meurt plus, {Rom., 6. ) Oracle de l'Apôtre, qui s'est déjà vérifié depuis tant de siècles, et qui se vérifiera dans tous les siècles des siècles. Les morts qui sortirent de leurs sépulcres au moment que ce Dieu-Homme expira sur la croix ne ressuscitèrent que pour quelque temps , et demeurèrent encore sujets à la mort ; mais ce premier-né d'entre les morts, quittant une fois le tombeau, n'y devait plus rentrer, et en effet n'y rentrera jamais.
Bienheureuse immortalité, qui me représente une des vertus les plus nécessaires, mais en même temps les plus difBciles et les plus rares , qui est la persévérance. Il y en a bien peu qui pour quelques jours, et même pour quelques semaines, ne profitent de la retraite. On en sort tout renouvelé , et comme ressuscité. Ce qu'on a promis à Dieu, on l'observe; et sans se borner, ni à des paroles, ni à des sentiments , on en vient aux œuvréâ. Mais que cette résurrection , que cette conversion est sujette à de prompts retours! N'est-ce pas ce que j'ai tant de fois éprouvé; et sans juger des autres, n'en aije pas eu dans moi de fréquents exemples ? Quel fruit ai-je retiré de tant de retraites , et quelle différence y a-t-il de ce que je suis maintenant â ce
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qiieyétais dans les années précédentes? Peut-être . même serait-îl à souhaiter que je fusse au moins tel présentement, que j'ai été en d*autres temps de ma vie : car au lieu d'avancer et de m'élever, peutêtre n'ai -je fait que déchoir d'année en année, et que me relâcher davantage.
Quoi qu'il en soit, d'où vient que j'ai si peu profité d'un moyen si saint , et dont l'usage m'a été si ordinaire/ Ce n'est pas que dans chaque retraite, je n'aie été éclairé et touché de Dieu. Combien de fois, dans la sincérité de mon repentir et l'ardeur de ma prière , lui ai-je dit intérieurement comme David : Cest maintenant, mon Dieu, que je vais commencer? {Psalm. 76.) Hélas ! je l'ai dit, et j'ai en effet conunencé ; mais je n'ai pas achevé. Le poids delà nature m'a rentrainédans mes premières voies, et fait retomber dans la même langueur. £n serat-il donc de même encore de cette retraite ? Il me semble que je suis actuellement en d'assez bonnes dispositions; mais combien dureront-elles? Quelle espérance puis-je avoir d'y être constant , et de m'y maintenir ? Ou plutôt , pourquoi ne l'espèrerais-je pas ? Malgré les vicissitudes de ma vie, le bras de Dieu n'est point raccourci , ni la source de ses grâces n'est point épuisée. Si ma volonté est changeante, il y a des moyens pour la fixer, et c'est h quoi je dois appliquer désormais tous mes soins. Pour peu que je veuille examiner quels ont été les principes de mes rechutes , je les découvrirai aisé- ' ment : or, c'est à cela qu'il faut mettre ordre. J'y trouverai des difficultés -, mais Dieu m'aidera. Si dans le passé j'avais eu plus de courage à les vaincre, je jouirais maintenant de mes travaux et du fruit de mes combats. N'est-il pas temps de me déterminer tout de bon et de prendre un parti ferme? Les années s'en vont, et peut-être suis-je plus près du terme que je ne pense. Est-ce trop de donner à Dieu ce qui me reste encore jusque-là? Il n'y aura d'élus que ceux qui auront persévéré jusques à la fin.
Conclusion. Mettez, Seigneur, le comble à votre victoire. Employez à tirer mon âme de l'état de tiédeur où je languis, la même puissance qui a tiré votre corpsdu tombeau où la mort l'avait réduit. Ne puis-je pas dire que l'un est un aussi grand miracle que l'autre? Votre seule vertu, sans qu'aucun y concourût avec vous , vous a ressuscité selon la chair ; mais afin que votre grâce me ressuscite selon l'esprit, vous voulez qu'il m'en coûte, et que je la seconde. Il est bien juste , mon Dieu, que je fasse pour cela quelque effort, et que je contribue, autant qu'il est en moi , à une résurrection qui m'est si nécessaire et si avantageuse. Elle m'engagera à une vie toute nouvelle : mais n'est-ce pas par ma faute, que ce sera pour moi une nouvelle vie? Car
CHRIST AD CIEL, ktc.
combien y a-t-il d'années que je devrais m'y ém accoutumé et m'en être fait une sainte habitude I Grâces à votre miséricorde, il est encore temps, Seigneur, de l'embrasser, et la résolution en est prise. Oui , mon Dieu , il faut désormais que tout revive et que tout se renouvelle dans moi : mon esprit , mon cœur, toute ma conduite. Il faut que es soit une résurrection, une réformation entière. Point de composition, ni de milieu. Je n'envisage plus l'avenir. Je n'examine plus si je serai toujours ce que je suis à cette heure; si j'aurai toujours les mêmes sentiments, et si je les suivrai toujours. Quand j'y fais attention, ma faiblesse naturelle m'étonne, et comment aurai-je toujours la force de la surmonter? Vous y pourvoirez , Seigneur; et si je me défie de moi-même , ce ne doit être que pour redoubler ma confiance en vous et en votre secours tout-puissant. Vous ne me le refuserez point dès que j'aurai recours à vous, et que je vous le demanderai. Or, avec votre secours, de quoi ne viendrai-je point à bout? Non, ne pensons point tant à ce qui arrivera dans la suite; mais pensons bien au présent, parce que le présent me servira de préparation pour tonte la suite , et qu'il me disposera à la sanctifier.
SECONDE MÉDITATION