DEUXIÈME PARTIE
11 n'y a point d'astre qui ne souffre quelque éclipse; et le plus brillant de tous, qui est le soleil , est celui qui en souffre de plus grandes et de pins sensibles. Mais deux choses en ceci sont bien remarquables: l'une, que le soleil, quoique éclipsé, ne perd rien du fonds de ses lumières , et que , malgré sa défaillance , il ne laisse pas de conserver la rectitude de son mouvement ; l'autre , qu'au moment qu'il s'éclipse , c'est alors que tout l'univers est plus attentif à l'observer et à le contempler, et qu'on en étudie plus curieusement les variations et le système. Symbole admirable des états où Dieu a permis que se soit trouvé notre prince, et où je me suis engagé à vous le représenter. C'est un astre qui a eu ses éclipses. Eu vain entreprendrais-je de vous les cacher, puisqu'elles ont été aussi éclatantes que sa lumière même : et peut-être serais-je prévaricateur, si je n'en proQtais pas pour en faire aujourd'hui le sujet de votre instruction! J'appelle ses édipses le malheur qu'eut ce grand homme de se voir enveloppé dans un parti que forma l'esprit de discorde, et qui fut pour nous la source funeste de tant de calamités : et considérant ce grand homme dans sa profession de chrétien , j'entends par réelipse qu'il a soufferte, ce temps où, livré à luimême, il nous a paru comme dans une espèce d'oubli de Dieu ; ce refroidissement où nous l'avons vu dans la pratique des devoirs de la religion. Deux clioses que je ne puis pas disconvenir avoir été les deux endroits malheureux de sa vie, l'une par rap-
port à son roi, et l'autre par rapport à son Dieu. Mais c'est ici, adorable et aimable Providence, où vous me paraissez tout entière, et où je découvre le secret de votre conduite : car vous aviez donné à ce héros un cœur droit qui , dans les maux les plus extrêmes, lui a été d'une immanquable ressource; un cœur droit qu'il a conservé dans ces deux malheureux états, et qui , ayant toujours été entre vos mains, ne s'est jamais absolument ni perverti, ni démenti ; un cœur droit, dont vous vous êtes avantageusement servi pour ramener ce héros à tout ce qu'il vous a plu , n'ayant permis qu'il s'écartât du droit chemin que pour l'y taire rentrer, et plus utilement pour nous, et plus glorieusement pour lui-même. Voilà, providence de mon Dieu, l'effet de vos miséricordes, que je dois faire observer à ceux qui m'écoutent , et qui vont être pour eux autant de leçons de leurs plus importants devoirs.
Oui , pour le malheur de la France , le prince que nous pleurons se vit mêlé dans un parti que la discorde avait formé, et qui le détacha de nous. D'autres, plus éclairés que moi, ont apprâiendé de toucher ce point de spii histoire : et moi , pour l'intérêt de mon ministère , je me suis senti inspiré de m'y arrêter. Car j'ose dire que jamais point d'histoire ne fut plus propre à vous faire voir ce que peut la droiture d'un cœur dans l'extrémité des disgrâces humaines , ni plus propre à imprimer dans vos esprits la grande maxime , non-seulement de la véritable politique, mais de la pure religion, qui consiste dans l'inviolable attachement que l'on doit avoir pour les puissances établies, et pour ceux en qui r^ide l'autorité légitime, ou qui en sont les dépositaires. Et je ne crains pas que le zèle que vous avez pour la gloire du héros dont nous parlons vous fasse supporter avec peine cette morale, puisque c'est de la droiture même de son cœur et de la pureté de ses sentiments que j'en vais tirer les preuves les plus convaincantes.
Il est donc vrai , chrétiens : ce prince jusqu'alors l'appui de l'État, par la conjoncture fatale des dissensions civiles, en devint tout d'un coup la terreur. Il est vrai qu'entraîné par le torrent, il se trouva malgré lui hors de la route que sa sagesse et sa raison lui faisaient tenir, et qu'il avait résolu de suivre. Mais il est vrai aussi (première circonstance bien essentielle) que jamais son cœur ne se sentit si cruellement déchiré : et nous n'avons qu'à rappeler le souvenir des choses passées , pour hii rendre aujourd'hui cette justice , qu'au moins les maux que nous souffrîmes , causés par la guerre qui s'alluma dans le royaume , ne durent point lui être imputés, puisqu'ils ne furent que les suites de la violence qu'on avait faite à son cœur. Et, en effet, on sait combien il s'd^força de détourner l'o-
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Tage de cette guerre , et de quelle manière , sur le point qu'elle allait éclater, il s*y opposa. Malgré les chagrins dont il était accablé , et dont il pouvait se promettre par elle du soulagement , on sait combien il y résista. Vaincu par d'autres intérêts que les siens, auxquels il ne put être insensible, et qui l'y engagèrent enûn, on sait le désespoir qu'il en témoigna ; car il était naturellement ennemi des conseils violents , et , aux dépens de ses intérêts propres, il en avait de l'horreur. Son cœur, dont les intentions étaient droites, n'eut donc par luimême aucune part à nos misères; et si les mouvements de ce cœur eussent été suivis, vous le savez, jamais l'esprit de division n'aurait prévalu -, jamais notre repos n'eût été troublé, et jamais la France n'eût eu la douleur de voir le prince de Condé séparé d'elle. Ce fut la main du Seigneur qui s'appesantit sur nous ; ce fut le fruit de nos iniquités : ce fut la justice de Dieu qui , pour nous punir, nous ôta ce prince, sur lequel, et avec raison , nous comptions bien plus que sur la multitude de nos légions et de nos forteresses.
Je ne dis point ceci pour vous justiQer sa conduite. A Dieu ne plaise que j'excuse ce que lui-même 4 détesté, ni que je prétende faire ici une apologie dont il serait encore le première me faireun crime ! Qu'il ait été faible une fois , et qu'une fois il ait succombé à une tentation humaine ( seconde circonstance) , an moins est-il vrai qu'il a eu le mérite des cœurs droits et des grandes âmes, en se condamnant lui-même : et à Dieu ne plaise que je diminue rien , par mon discours , d'un mérite aussi rare que celui-là! Car je soutiens que pour un héros comme lui , cette condamnation de soi-même, surtout avec les suites qu'elle a eues, et dont nous l'avons vue accompagnée , a été , dans l'ordre politique, aussi bien que dans la religion; cette espèce de pénitence qu'une bouche éloquente de notre siècle assurait fort bien n'être pas moins glorieuse que l'innocence. Tel a été le sentiment de celui qui doit en être le juge, c'est-à-dire, du plus grand des rois; et nous savons combien ce désaveu sincère d'une conduite malheureuse a eu de pouvoir sur lui pour regagner sa conflance et son amitié.
Mais ne croyez pas qu'il n'en ait coûté à notre prince qu'un stérile et vain repentir. (Troisième circonstance encore plus notable. ) Pour donner à ce repentir plus d'efOcaoe et plus de poids , l'un des soins de notre prince fin de le rendre utile et salutaire à toux ceux qui étaient alors compagnons de son triste sort. Éloigné de la cour et du royaume , il en faisait des leçons au jeune prince son fils ; et par des confidences paternelles de l'état douloureux où il se voyait, il rectifiait en lui , ou , si vous aimez mieux, il prévenait les conséquences
de son propre exemple. En père aussi tendre que sage, il lui représentait les horreurs de ces sortes d'engagements : il lui mettait devant les yeux, et il lui faisait sentir la déplorable destinée d'un prince réduit à chercher un asile, et à dépendre de la protection d'une puissance étrangère, qui se défie toujours de lui, et dont lui-même ne peut jamais s'assurer. En un mot , il lui apprenait à profiter de ses malheurs : et son unique consolation , dans le comble de ses disgrâces , était de penser qu'il élevait, dans la personne de ce fils, un autre luimême; mais qui, instruit et formé par lui, serait plus heureux que lui, mieux conseillé que lui, le dirai-je? plus irrépréhensible que lui dans la chose du monde où il avait plus recherché et plus passionnément souhaité de l'être. Fut-il jamais droiture de ccuir comparable à celle-là? Ce n'est pas assez.
Pénétré de ces sentiments, et parce qu*il avait le cœur droit, ce prince, quoique abandonné à sa mauvaise fortune, refusa constamment tous les avantai^es qui auraient pu la relever , mais qui , en la relevant , lui auraient été un obstacle à son rétablissement dans les bonnes grâces et dans l'obéissance du roi (quatrième circonstance , dont vous avez dû faire avant moi la remarque ]. A quelle épreuve sur ce point l'Espagne ne le mit-elle pas , et à quelles conditions ne fut-elle pas toute prête à traiter avec lui, s'il avait voulu pour jamais s'attacher à elle? Mais avec quelle fermeté , quelle hauteur ne rejeta-t-il pas les propositions, quoique spécieuses, par où on le tenta ? On lui offrit, en pleine souveraineté, des villes et des provinces considérables; et il ne répondit à ces offres que par une généreuse indignation d'avoir été cru capable de les écouter. Le retour à l'obéissance de son roi lui parut quelque chose de meilleur et de plus avantageux pour lui, que d'être lui-même souverain; et il préféra le droit qu'il s'était réservé de travailler à ce retour et de pouvoir l'espérer , à tous les titres dont son ambition aurait pu, hors de là , être flattée. Elle éuit irritée par la misère , mais son devoir le soutint. 11 ne put ni' souffrir, ni consentir d'acheter à ce prix une couronne ; et il aima mieux s'exposer à être toujours malheureux que de renoncer pour jamais à être fidèle. Voilà ce que j'appelle un cœur droit.
Eut-il un moment de joie, tandis que, séparé de nous, il se vit dans l'affreuse nécessité d'être, malgré lui-même, notre ennemi? Non, messieurs; séparé de nous, il gémissait, dans le secret de son cœur, des succès mêmes de ses armes ; sa valeur, employée contre sa patrie, lui était odieuse à luimême ; forcé à en faire un tel usage , il aurait voulu ou en avoir moins , ou être hors de toute occasion de la produire. Que ne fit-il pas pour mettre fin à un état si violent? (Cinquième circonstance, dont je suis sûr que vous fûtes alors touchés.) Omit-ii
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tout ce qui dépendait de lui |K)ur disposer BS à la paix? Dans les négociations des Pyoù il fut question de régler ce qui regardait nne, voulut-il être considéré au préjudice lae commune? Hésita-t-il à sacrifier tout, ne d'apporter à ce grand œuvre le moindre Dent? Les intéréte de ses amis exceptés, ril pas qu*on oubliât les siens, et qu'on l'on* iDéme, si de là dépendait la conclusion d'un Il devait pacifier l'Europe? Et pourvu qu'on igeât le seul bien après lequel il soupirait, les bonnes grâces du roi , ne protesta-t-il serait content ? La paix entre les deux coûte fut-elle pas le comble de ses vœux , parce 'assura que ce bien lui serait accordé ? et ît-il pas que le jour de sa vie le plus triomtait celui ou, rétabli à la cour, et favora-
reçu du roi , il était rentré dans la possesce bien ?
avec quel zèle ne travailla-t-il pas ensuite à rer et à s'en rendre digne plus que jamais ? B et dernière circonstance. ) Et quel soin pas, après son retour, de réparer ses malir le redoublement de ses services? Ici un irdre de choses se présente à moi , et je me encore accablé de mon sujet. Car ce serait e vous faire voir notre prince suivant le roi ( glorieuses campagnes , qui ont été les mi- B notre siède ; et prenant part à ses conquétt un jour la postérité aura droit de douter, •être même qu'elle ne croira pas, parce qu'elbienplus vraiesque vraisemblables. De quel ■egarda-t-il? Si la droiture de son cœur n'en icore sur ce point r^lé les mouvements "e aurait-il eu peine à n'en pas concevoir une crête, lui qui, jusque-là, n'avait rien trouvé ^erre qui pût être pour lui un sujet d'envie. ut alors convaincu qu'il y avait quelque chose eau sous le soleil; et, parce qu'il avait un "oit , il vit avec joie un plus fort que lui , seermes de l'Écriture, sur le théâtre du monde, issant tous les héros, et lui causant à luile l'étonnement. Je vous représenterais, e prince de Condé suivant les pas de Louis d, qui étaient des pas de géant, et se sur-
par la nouvelle ardeur que lui inspirait le de ce monarque. Vous le verriez, ainsi le Daniel , rajeuni comme l'aigle, et dans un se de travaux rallumant tout le feu de ses. 'es années, combattre, et, comme un autre ^ défaire, à Senef , l'hydre conjurée contre fest-à-dire, les trois formidables armées de reur, de l'Espagne et de la Hollande, en vre les restes , et les dissiper par la levée du Oodenarde; repasser en Allemagne, et, par mce, sauver TAlsace, exposée en proie à l'en-
nemi et désolée par la mort de monsieur de Turenne; empêcher les funestes suites de la perte de ce général; avec les débris d'une armée, et avec une poignée de gens, arrêter toutes les forces de l'Empire , les taire honteusement échouer devant Haguenau et devant Saverne, les fatiguer, les consumer, les pousser au delà du Rhin; partout secondé de son illustre fils, qui partageait avec lui la gloire de ses actions , et à la valeur aussi bien qu'à l'amour duquel il eut, à Senef, la satis£action et la joie de se voir lui-même redevable de la vie ; partout s'immolant et se sacrifiant, mais partout triomphant et remplissant la mesure de cette glorieuse réparation qu'il faisait à la France. Changant de scène, vous l'admireriez hors du tumulte de la guerre et dans une vie plus tranquille; achevant en ceci de se satisfaire par une conduite envers le roi qui n'eut peut-être jamais d'exemple, mais qui en pourra éternelfement servir à tous ceux qui m'écoutent.
En effet, il n'y avait point de particulier dans le royaume à qui le prince de Condé ne fût un modèle de l'attachement, du dévouement, de la soumission et de l'obéissance qifi sont dus au roi ; il n'y avait point de courtisan qui n'apprît de lui à honorer, à révérer ; à aimer le roi , il n'y avait point d*esprit chagrin, ni de mécontent, qu'il ne redressât en lui inspirant la vénération et la tendresse qu'il avait pour le roi. Ce mérite du roi si connu avait des charmes pour lui qu'il faisait sentir aux autres, et on ne concevait jamais une idée plus haute des grandes qualités du roi , que quand le prince de Condé s'en expliquait, et qu'on l'en entendait parler. Avec quelle application n'étudiait-il pas les volontés de ce monarque pour y conformer les siennes ? avec quelle ardeur n'allait-il pas au-devant de tout ce qui pouvait lui plaire? avec quelle joie ne voyaîMrpas sa famille unie à la personne de ce grand roi par le lien d'un heureux mariage? avec quels saisissements de douleur et de crainte n'apprébendait-il pas et ne ressentait-il pas les moindres maux dont la santé précieuse de ce grand roi était attaquée? avec quelle vivacité ne s'intéressaiMl pas pour sa conservation? Après avoir cent fois tremblé des affreux périls où il avait vu ce roi conquérant poussé par son héroïque valeur, avec quelle résolution ne l'empêcbat-il pas de s'exposer aux dangers où la maladie de la jeune princesse, c'est-à-dire, où l'excès de sa bonté et de son amour de père allaient l'engager ? avec quel courage, dis-je, et quelle vigueur notre prince , quoique lui-même languissant et déjà mourant, ne Ten retira-t-il pas? Mais ne peut-on pas dire alors, et n'eut-il pas droit de penser, qu'il rendait par là un service à l'État, seul capable d'effacer le souvenir des choses passées; que par là il s'acquittait envers la France de tout ce qu'il pouvait lui avohr dû ; et que lui conserver son roi
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était ne lui devoir plus rien? Voilà, mes chers auditeurs , de quoi nous sommes redevables à la droiture de son cœur. Mais voyons de quelle ressource la droiture de son cœur lui a été par rapport à son Dieu; et c*est ici où votre piété va trouver de quoi se satisfaire.
11 est vrai, ce prince, ou livré à lui-même, ou, si vous voulez , emporté par Tesprit du monde , nous a paru pendant quelque temps comme dans une esp^ d*oubli de Dieu. Mais quoiqu'il ait paru oublier Dieu, ô profondeur et abîme de miséricorde! il ne l'a jamais méconnu , et malgré son relâchement dans la pratique des devoirs de la religion, 11 n'a jamais, dans le secret de son coeur, abandonné la religion , il n'a jamais perdu la foi , il n'a jamais douté de nos mystères. Ainsi l'a-t-il lui-même déclaré , et nous savons que son témoignage est vrai, puisque jamais prince ne fut moins capable que lui, surtout dans un sujet pareil, de dissimuler ni de feindre. Quand il ne l'aurait pas assuré, certains traits de sa vie, quoique alors moins chrétienne et plus dissipée , nous en aiuraient suffisamment répondu. Ce soin qu'il avait, après une victoire remportée, sur le champ même de bataille , les geuoux en terre, d'en rendre à Dieu les premières actions de grâces; c'est ce qu'il fit à Rocroy : ces ordres si absolus et si sévères qu'il fait garder , j)Our empêcher, dans la licence de la guerre, la profanation des lieux saints; cette exactitude à ne confier les bénéfices auxquels il devait pourvoir, surtout quand ils étaient chargés de la conduite des «imes, qu'à des sujets choisis et sans reproche, chose qu'il observa toujours; ce zèle si louable qu'il témoignait pour la conversion du moindre de ses domestiques engagé dans l'hérésie; cVst ce que nous avons vu : ces conseils salutaires qu*il a si souvent donnés à ses amis mourants, et à ceux qui dans les attaques étaient blessés auprès de lui , les exhortant le premier à mettre leur salut en assurance, et s'employant à leur en procurer les prompts secours; ces marques de christianisme si édifiantes qu'il donna lui-même à Gand, dans le danger d'une maladie, et ce qui nous a enfin paru à sa mort , où , comme parle le Saint-Esprit, se fait la manifestation des sentiments de l'homme et de ses œuvres. In fine hominis denudatio operum ipsius ( Eccles., 11); tout cela, dis-je, montre bien qu'au milieu même des égarements du monde, la religion s'était conservée dans son cœur. Or elle ne s'y était conservée que parce qu'il avait un cœur droit; et par là, je prétends, mes chers auditeurs, rendre ici à la religion un des plus invincibles témoignages qui puissent lui être rendus; par là je prétends confondre le libertinage et tous les monstres d'impiété qui pourraient régner parmi vous, et je veux par là vous faire adorer la Providence , qui sait bien des plus
grands maux tirer sa gloire et notre bien. Écoute»* moi , et qu'au moins ce que je vais vous dire norsoît pas un jour le sujet de votre condamnation.
Témoignage invincible et irréprochable en faveur de la religion : pourquoi ? parce que jamais homme , à peine en excepterais-je saint Augustin , n*a tant examiné la religion , ni avec un esprit si éclairé que notre prince; et ce que je vous prie en même temps de remarquer, jamais homme ne l'a étudiée avec moins de précaution que lui , ni avec plus de daoger de la perdre , c'est-à-dire, avec un esprit plus curieux et plus éloigné de cette soumission aveugle que la religion demande. Or que s'ensuit-il de là? le voici , non pas comme je l'imagine , mais comme le prince lui-même l'a éprouvé, par un don de grâce dont il a depuis tant de fois rendu gloire à Dieu. Il s'ensuit de là qu'il n'a donc conservé la religion pure que parce que, malgré sa curiosité, il l'a connue vraie; c'est-à-dire, que parce que sa curiosité, son savoir, sa pénétration , n'ont pu y découvrir de faible ; que parce qu'à l'exemple de saint Augustin , plus il étudiait cette religion , plus elle lui paraissait fondée sur les principes étemels de lia vérité et de la sainteté ; que parce que toutes ses recherches n'aboutissaient qu'à l'en convaincre ; que parce qn*au milieu même des égarements du monde, il avait, aussi bien que saint Augustin, une raison saine, et que son cœur , qui était droit , a toujours été, sur le point de la religion, d'intelligence et d'^accord avec sa raison. Car voilà ce que l'iniquité du monde n'a jamais pu corrompre dans ce grand homme, et voilà ce qui l'a sauvé. S'il avait eu moins de lumières, semblable à ces demi-savants qui ne sont impies que parce qu'ils sont ignorants , il aurait, comme dit l'apôtre, témérairement condamné tout ce qu'il aurait ignoré. (Jud. EpisL) S'il avait eu moins de droiture, il n'aurait cru que ce qu'il aurait voulu, et à l'exemple de l'insensé, qui voudrait qu'il nVeût point de Dieu, il aurait dit dans son cœur : //n'y a point de Dieu. {Psalm. 13.) Mais parce que la droiture de son cœur répondait parfaitement à Fabondance de ses lumières et à l'intégrité de sa raison , malgré l'impiété du monde , il a toujours dit et dans sa raison et dans son cœur ^ Il y a un Dieu ; et par un enchaînement de conséquences , [contre l'évidence desquelles il a cent fois confessé que le libertinage le plus fier n'avait rien à opposer que de faible et de pitoyable , son cœur, de concert avec sa raison , lui a toujours fait conclure : Hyaun Dieu. Il y a une religion qui est le vrai culte de Dieu. De toutes les religions du monde, la chrétienne est uniquement et incontestablement l'ouvrage de Dieu. De foutes les sociétés chrétiennes; il n'y a que dans la catholique où se trouve l'unité, oà subsiste l'ordre, et par conséquent où réside l'esprit de Dieu. C'est ainsi , mes chers auditeurs, que
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raisonnait ce grand prince, et c'est à quoi, s*en oufrant lui-même à ses plus conûdents amis, il protestait qu'il s'en était toujours tenu.
Or Yoilà ce que je prétends avoir été Tlieureuse ressource ou le remède souverain de ses froideurs et de ses relâchements dans la pratique des devoirs dirétiens. Car d'un cœur ainsi disposé, que ne doit-on pas attendre? D'un cœur en qui la religion n'est pas éteinte, que n'a-t-on pas lieu d'espérer? Avec ce principe de religion, de quoi ne revient-on pas? Tandis que la foi est encore vivante, faut-il s'étonner si, malgré la dissipation des voies du siècle, malgré la dureté de la pierre, malgré les épines qui l'étouffent, cette divine semence, surmontant tout cela par sa vertu , produit en6n des fhijts de grâce, de salut et de sainteté? Et n'est-ce pas le miracle de la miséricorde que nous avons vu dans la personne de notre incomparable prince? Le dirai-je, chrétiens? Dieu m'avait donné comme un pressentiment de ce miracle ; et dans le lieu même où je vous parle aujourd'hui , dans une cérémonie toute semblable à celle pour laquelle vous êtes ici assemblés, le prince lui-même m'écoutant, j'en avais non-seulement formé le vœu , mais comme anticipé l'effet , par une prière qui parut alors tenir quelque chose de la prédiction. Soit inspiration ou transport de zèle, élevé au-dessus de moi, je m'étais promis. Seigneur, ou plutôt je m'étais assuré de vous , que vous ne laisseriez pas ce grand homme , avec un cœur aussi droit que celui que je lui conoaissais, dans la voie de la perdition et de la corruption du monde. Lui-même, dont la présence m'animait, en fut ému. Et qui sait, ô mon Dieu! ai vous servant dès lors de mon faible organe, vous ne commençâtes pas dans ce moment-là à l'éclairer et à Je toucher de vos divines lumières? Quoi quil en soit, mes vœux et mes souhaits n'ont point été vains. Il vous a plu , Seigneur, de les exaucer, et j'ai eu la consolation de voir ma parole accomplie. Ce prince, qui m'avait écouté , a depuis écouté votre voix secrète ; et parce qu*il avait un cœur droit, il a suivi l'attrait de votre grâce. Mais je m'aperçois que j'entre dans le sanctuaire de ce cœur, et que sa droiture m'a insensiblement conduit à sa piété : dernière qualité qui, dans sa personne, a couronné, comme j'ai dit, une vie glorieuse par une sahite et précieuse mort. Encore un moment de votre attention , et je vais finir.