‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 1 sur 256 · DU PÈRE BRETONNEAU · texte numérisé non relu

DU PÈRE BRETONNEAU

Il est bien juste que fiotre Compagnie rende en quelque sorte 10 père Bourdaloue ce qu'elle en a reçu, et qu'après rbonneor qu'il hil a folt , elle s'intéresse à consenrer la mémoire )i'un liomme qu'elle a regardé comme un de ses premiers ornements, tandis qu'elle a eu le bonheur de le posséder, et qu'elle pleure encore depuis qu'elle l'a perdu. Vais ce n'est point tant, aprèd tout, dans cette Tue qu'on ^Ue les ouTrages de ce célèbre prédicateur, que pour le bien des âmes et pour perpétuer les fruits de son zèle. U y a Ben de croire que ses sermons , mis sous les yeux, sans être soutenus ni de l'action , ni de b voix , se soutiendront par eux-mêmes; ou plutôt, il y a lieu d'espérer qu'avec les bénédictions que Dieu y à déjà données et qu'il y donnera, ils auront toujours de quoi opérer les mêmes eiïets de grâce, et de quoi inspirer les mêmes sentiments de religion. Ce ne sera pas seulement pour les prédicateurs un modèle dj^loquence chrétienne; toutes les personnes qui cherchent à s'édifier, et qui aiment à se nourrir de bonnes lectures, trouveront peu. de livres de piété où les grandes Tentés du christianisme soient traitées d'une manière plus propre à convaincre les esprits et à toucher les coeurs.

Le père Louis Dourdaloue naquit à Bourges, d'une des familles les plus considérables de la ville, le 20 d'août de Tannée 1G32; et dès l'Age de quinze ans il entra dans la compagnie de Jésus. Il semble que Dieu, en l'appelant à cet état, eut une vue toute particulière sur lui. Etienne Boordaloue, son père, homme lui-même très-recommandable, surtout par son exacte probité, et par une grâce shigulière à parler en public, avait eu dans sa jeunesse la même vocation et ne l'avait pas suivie. Le ciel voulut que le fils remplaçât le père; et le père, adorant la conduite de la Providence , et craignant de s'opposer une seconde fois à ses desseins , se crut obligé , après quelques diflîcultés , de condescendre auxinstances de son fils , et d'en faire le sacrifice.

Il le fit. Le père Bourdaloue passa par tous les exercices de la Compagnie, ot les dix-huit premières années qu'il y vécut furent employées, soit à ses propres études, soit à enseigner les lettres humaines et à professer la pliilosopliie el la théologie. Il se distingua partout , et donna des preuves de la supériorité et de l'étendue de son esprit.

Ce n'étaient Vk néanmoins encore que des dispositions. Comme il n'avait pas moins d'ouverture pour les sciences que de talent pour la chaire, il fut d'abord assez incertain » dn choix quil devait foire , et de l'emploi où le ciel le destinait. Mais divers sermons qu'il prêcha, pendant qu'il enseignait la théologie morale, furent si bien reçus et tellement applaudis, que ses supérieurs se déterminèrent â TapK^iquer uniquement au ministère de la prédication.

il eut l'avantage , en entrant dans cette carrière qu'il a si heorensement founiie, d'être connu de feu son Altesse Royale Blademoiselle. Cette princesse, dont la pénétration et le discernement , aussi bien que la grandeur d'âme , égalaient la grandeur de la naissance^ Tentcndit la ville d'Eu , le gnftta , l'honora non-seulement de sa bienveillance , mais de sa confiance, et lui en a donné le plus sensible témoignage, en le fidsant appeler pour la soutenir dans les derniers moments de sa vie, et pour Paider à mourir chrétiennement.

CO( r.DVLOl'E. — T. I.

Le père Bourdalooe continua qoefiEpies années à prêcher en province : mais on ne tarda pas â Fen retirer, dès qu'on le crut en état de paraître dans Paris. Il y vint , et ce fut là que la Providence ouvrit à son zèle le plus vaste et le phis beau champ. Quoique l'on attendit beaucoup de lai , il est vrai qu'il surpassa encore toutes les espérances qu'on en avait conçues. Il y a des succès si extraordinaires el des mérites si universellement reeomas , qu'il est permis à qui^ conque d'en parier, sans craindre ni d'aller au delà de ridée commune , ni de blesser certalncb bienséances. A peine eutil paru dans l'église de la maison professe des jésuites , que de tout Paris ot de hi cour même une fbule prodigieuse d'auditeurs y accourut. Une réputation si prompte est quelquefois sujette à dégénérer : celle du père Bourdaloue crut toujours d'un sermon à Fautre ; et plus on Fentendit^ phia on eut du goût pour l'entendre.

Aussi avait*il dans un éminent degré toot ce qui peut former un parfait prédicateur. Il reçut de la nature on fonds de raison qui , joint à une imagination vive et pénétrante , lui faisait trouver d'abord dans chaque cliose le solide et le vraii C'était là proprement son caractère , et ce fut, avec les lumières de la foi, celle raison droite qui le dirigea dans tous les sujets de la morale elirétienne , et dans les mystères de la reli^on qu'il eut à traiter. C'est aussi ce qui donne à ses sermons une force toujours égsle. Leur beauté ne consiste point précisément en quelques endroits bien amenés , où l'orateur épuise tout son art et toot son feu ; mais dans un corps de discours où tout se soutient, parce que tout est lié et bien assorti. Ses divisions justes, ses raisonnements suivis et convaincants , ses mouvements patliétiques , ses réflexions judicieuses et d'un sens exquis , tout va à son but; et, malgré l'abondance des choses que lui fournissait une admirable fécondité , et qu'il savait si bien enfermer dans un même dessein , il ne s'écarte pas un moment de sa proposition. Qu'Une pensée soit commune, il ne la rejette point : c'est assez qu'elle soit vraie et qu elle iui serve de preuve. H l'approfondit et il U creuse, et par là même U met dans un td jour, que , de Commune qu'elle était, elle lui devient particulière : de sorte qu'en pensant ce que les autres ont (lensé avant lui, il pense néanmoins tout autrement que les autres. Qu'il suppose une difliculté , il y fait une réponse à laquelle il n'y a point de réplique; et quelquefois il tire de l'objection même de quoi la résou* dre, etil convainc Fauditeur par ses propres sentiments. S'il cite l'Écriture ou les Pères, Il les cite en maître : jusqu'à fidre le précis de tout un traité pour l'appliquer à la vérité qu'il prêche. Du reste , ce ne sont point tant les paroles des Pères qu'il rapporte, que leur doctrine et leurs raisons. Il les développe, et surtout il les place si à propos et les foit tellenient entrer dans son sujet , qu'on dirait que les Pères n'ont parlé que ponr lui. Des auteurs sacrés, il eut, à ce qu'il parait, plus assidûment devant les yeux Isaie et saint Paul ; et des P^«8, Tertullien, saint Augustin el saint Jean Chrysostôme, parce qu'il y trouvait plus d'énergie et phis de grandeur.

Son expression répond parfaitement à ses pensées : elle est noble et naturelle tout ensemble. 11 parle bien, et ne fait pomt voir qu'il veut bien parler. Quand il s'élève, ce n'est (KHot avec empliase : c'est, pour user d'un terme codt

PRÉFACE

sacré par le Saint-Esprit , avec dm certaine magnificence , où , sans qu*ii y ait rien d'ootré, tout est n^ie8toeo\ et grand. Et quand il se communique , c'est tot^oors avee la même dignité ; et dans les plus petits détails , il n'a rien do petit, ni de rampant. On trouvera pent-^tre quelques expressions moins usitées et un peu hardies; mais l'image qu'elles font à l'esprit les justifie.assez ; et il faut dire alors que , si ce n'est pas communémôit ainsi qu'on s'exprime i c'est ainsi qu'il a dû et qu'on devrait, ce semble, s'ex- . primer.

Ce qu'il y eut encore de plus singulier dflD4 le père Bonrdaloue, c'est la manière dont il traite la morale. Hol autre prédicateur ne lui avait en cela servi de modèle, et l'on peut dire qu'il en a servi Ininnéme à tous ceux qui sont venus après lui. Persuadé que le prédicateur ne touche qu'autant qu'A intéresse et qu'M applique , et que rien n'mtéresse davanUge et n'attire phis l'attention , qu'une peinture sensible des mcmirs , où chacun se voit lui-même et se reconnaît, il tournait là tout son discours. Non qu'il négligeât d'expliquer les plus hauU mystères et les plus difficiles questions de la foi , il en parlait avec liabileté , et même avec d'autant plus d'autorité , qu'il possédait parfiûtement ces sortes de matières , et qu'il croyait devoir prendre alors phu d'ascendant sur les esprits, pour confondre le libertinage et pour foire respecter la religion; mais après avoir donné aux points les plus obscurs tout l'éclaircissemeot nécessaire, U passait à ce qu'ils ont d'instructif et de moral ; et c'est là que lui servait infiniment la connaissance qu'il avait du monde et du cœur de l'homme, car il ne disait rien qu'il ne connût, ni qui portât à faux. C'est de là même que ses expositions sont si vraies et ses portraits si ressemblants. Pour peu qu'on ait d'usage du monde , et qu'on sache comment vivent les hommes, on les y voit |)emts sous les traits les plus marqués. Aussi avec quelle attention se faisait-il écouter, et combien de fois s'est-on écrié dans l'auditoire qu'il avait raison, et que c'était là en effet l'homme et le monde? Certains sentiments, certabis tours élevés , toudiants et nouveaux , le feu dont il animait son action, sa rapidité en prononçant, sa voix pleine , résonnante , douce et harmonieuse , tout était orateur en lui , et tout servait à son talent.

Voilà par où cet excellent prédicateur s'acquit une si haute réputation. Il Ta conservée jusqu'à sa mort : et comme il n'y en eut peut-être jamais de plus juste ni de plus universelle , il n'y en a point eu de plus constante. Il a prêché durant trente-quatre ans, soit à la cour ou dans Paris, et pendant ces trente-quatre années , il a eu l'avantage assez peu commun d'être toiqours également goûté des grands , des savanU et du peuple. On n'en doit point être surpris dès qu'on fait réflexion au caractère de son éloquence. Ce qui est naturel et fondé sur la raison plaît pai^ tout , et est de tous les goûU et de tous les temps.

Quoique le père Bourdaloue eût abondamment de quoi s'occuper et de quoi glorifier Dieu dans le saint ministère qu'il exerçait, il n'y renferma pas tout son lèle. Tant de personnes touchées de ses prédications s'adressèrent à lui, et lui confièrent leur Ame, qu'il ne crut pas pouvoir leur refuser son secours : et même il comprit que rien ne con> venait mieux à un prédicateur, que de cultiver, selon le langue de l'Écriture, ce qu'il avait planté, et de perfectionner dans le tribunal de la pénitence ce qu'il n'avait proprement encore qu'ébauché dans la chaire. C'est pour cela que le père Bourdaloue se chargea d'une fonction aussi bn> portante et aussi pénible que la direction des consciences. Plein de FÉvangile , et jugeant de tout par les grands principes de la foi , solide dans ses conseils , juste dans ses dé* cisions , droit et désintéressé dans ses vues , il n'était ni rigoureux à l'excès , ni trop indulgent ; mais il était sage , el d'une sagesse chrétienne. C'est-à-dire qu'il savait disUnguer

les conditions et prescrire à chaque condition ses devoirs ; fpi*i1 éCaitfierme, sans égard ni à la qualité, ni au rdng, quand il fallait l'être ; mais qu'il l'était aussi comme il fallait l'élre, et toujours selon les règles de la discrétion ; qu'ennemi dps singularités, il voulait qu'on allât à Dieu avec simplicité et de bonne foi, par les voies commnnes et sans affectation ; mais du reste , avec une régularité exemplaire , et une fidélité parfaite à remplir toutes ses obligations.

Son zèle ne fut pas moins ardent ni moins agissant que sage. On sait quelle était son assiduité à entendre les confessions. U y passait les cinq et les six heures de suite : et quiconque l'a connu jugera aisément que la vue seule de Dieu et du salut des âmes pouvait accorder une telle patience avec sa vivacité naturelle Soit qu'on l'appelât dans les maisons religieuses, soit qu'on vint le consulter et prendre ses avis, soit qu'il y eût des malades à visiter, il ne s'épargnait en rien, également prêt pour qui que ce fCIt , et se foisant tout à tous. Dans ce grand nombre de personnes de la première distinction dont il avait la conduite, bien loin de négliger les pauvres et les petits , il les recevait avec bonté; il descendait avec eux, dans le compte qu'ils lui rendaient de leur vie > jusques aux momdres particularités; il entrait dans leurs besoins, et plus sa réputation et son nom leur inspirait de timidité en l'approchant, plus il s'étudiait à gagner leur confiance et à leur faciliter l'accès au* près de lui. 11 ne se contentait pas de ce bon accueil II les allait trouver, s'ils étaient hors d'état de venif eux-mêmes ; il adoucissait leurs maux par sa présem-e , et les lais* sait remplis de consolation , et charmés tout ensemble de son humilité et de sa charité.

Mais où il redoublait sa vigilance et ses soins , c'était auprès des mourants. On avait souvent recours à lui pour leur annoncer leur dernière heure , et pour les y disposer ; et se croyant alors responsable de leur salut , il leur parlait en homme vraiment apostolique. Ce n'était pas sans ré- Oexion et sans étude. Il savait trop de quelle conséquence il est de ménager des moments si précieux, et de ne les pas perdre en des discours vagues et peu utiles. Outre le long usage qui l'avait formé à ce saint exercice, outre In méthode particulière qu'il s'en était lui-même tracé , il prévoyait ce qu'il avait à dire j^et s'abandonnent ensuite à l'esprit de Dieu , il disait tout ce qui peut porter une âme à la liénitence et à la confiance. Cesl ainsi qu'il s'est acquitté des derniers devoirs d'une amitié solide et chrétienne envers tant d'amis, que leur naissance, leur nom, leur mérite personnel et une liaison de plusieurs années lui rendaient également respectables et cbers, et à qui il a été fidèle jusqu'à la mort

Cependant le père Bourdaloue, en pensant aux autres, ne s'oubliait pas lui-même : au contraire, ce fut par de fréquents retours sur lui-même qu'il se mit en état de servir si utilement les autres. Cette attention lui était nécessaire parmi de continuelles occupations au dehors el de grands succès. Ses succès ne l'éblouirent point , et ses occupations ne l'empêchèrent point de veiller rigoureusement sur sa conduite. D'autant plus en garde qu'il était plus connu et dans une plus haute considération , il ne compta jamais sur le crédit où il était, pour agir avec moins de réserve. Étroitement resserré dans les bornes de sa profession, il joignait aux talents de la prédication et de la direction des âmes le véritable esprit d'un religieux et les vertus que demandait de lui sa compagnie , surtout un parfait mépris du monde et de ses grandeurs, sans manquer à rien néanmoins de ce qu'il devait aux grands ; un dévouement inviolable au service de l'Église, une soumission entière aux puissances ecclésiastiques ; une estime de sa vocation dont il se déclarait partout, et un attachement à son état, capable de raffermir contre.lcs offres les plus avantageuses ;

PRÉFACE

m lèle sincère et Tif pour le boii ordre, et un soin exact de ft*7 conformer lui-même et de le suivre.

Entre ses dcToirs , il s'en fit un particulier de la prière. C'est en présence des autels qu'il rappelait ces grandes idées de retigkm dont il était rempli ; et , pénétré de la majesté de Diea et de la sainteté de son culte, il ne se permettait pas la moindre négligence en célébrant les sacrés ■BTStères , ou en récitant l'office ditin.

Avec œtte piété qui fait l'homme chrétien et riiomme idi^^eox, que lui manquait-il d'ailleurs de ce qui fait, même adon le monde , rhonnète homme? Il en arait toutes les qnaKtés : la probité, la droiture, hi franchise, la ^^^mfc» M; ne disant jamais les dioses autrement qu'il les peosaity oa si par sagesse il ne les pouTait dire telles qu'il les pensait, ne disant rien. Beaucoup de prudence et de pénétration dans les affaires : mais au même temps beauooop de retenue, pour ne s'y point ingérer de son mouTement propre; n'y entrant qu'autant qu'on l'y faisait entrer ; proposant ses Tues comme un ami , sans entreprendre de décider en maître : cherchant à se rendre utile et à serfir,etMmà8efoireTaloiretà dominer. Bien de Fagrénent danslaconTersatlon, un air engageant, des manieras aisées, quoique respectueuses et grevés , une douceur qni loi devait coûter, du tempérament dont il était : mais, pvHlessas tout, une modestie qui lui attirait d'autant ptasd'étoges, qu'il avait plus de peine à les entendre; les fbyant, bien loin de les rechercher, élevant volontiers les Mrtres, et ne parlant jamais de lui-même. .

Ce caractère, dans un homme aussi distingué que le père Bourdaloue , ne le faisait pas mohis honorer et respecter qne tous ses Ulento. Après l'avoir admiré dans la chaire, on l'admirait dans l'usage de la vie. Où n'étalt-il pas reçu avec plaisir? et depuis les premiers rangs jusifa'aux conditions les plus communes, qui ne se faisait pas, non-seulement un plaisir de le recevoir, mais comme on mérite de le connaître et d'être en commerce avec lui ?

Il Cillait un coeur aussi détaché que le sien pour former, an milieu des applaudissements du monde, le dessein qu'a prit dans les dernières années de sa vie. Touché d'un saint désir de la retraite , et voulant m préparer à la mort , il résolut de quitter Paris, et de fiuir ses jours en quelque maison de la province, où il pût se recueillir davantage et Taqner uniquement à sa perfection. Il jugea bien qu'il aurait sur cela des obstacles à surmonter de la part de ses sopérieun en France : et pour lever toutes les difficultés , a s'adressa au général de hi compagnie. Mais cette première tentative ne réussit pas. On le remit à une autre année, et on le pria de faire encore de nouvelles réflexions sur le parti qu'il voulait prendre. 11 y pensa; et sans se rebuter, dès Famiée suivante, il redoubla ses instances auprès du père général. La letUe qu'il lui écrivit est si remplie de Fesprit de Dieu, que le public sera bien aise d'en voir un extrait Le voici traduit du latin :

Mon très-révérend père. Dieu m'inspire et me presse taéan d^avair recours à voire paternité, pour la suppiler Ms-humblement, maU très-instamment, de meaasorder ce que je n'ai pu , malgré tous mes efforts , obtenir du révérend père provincial, llya cinquantedeux ans que je vis dans la compagnie , non pour moi , mais pour les autres; du moins plus pour les autres que pour moi. Mille affaires me détournent et m*emr pèchent de travailler, autant que je le voudrais , à ma perfection, qui néanmoins est la seule chose nécessaire. Je souhaiU de me retirer et de mener désormais une véephu tnsnqume :je dis plus tranquille, q/in qu'elU êoitpius régulière, plus sainte* Je sens que mon corps ^^ffaihiit et tend vers sa fin. rai achevé ma course, et plût à Dieu que je pusse ajouter, j*ai été fidèle! Je

suis dans un dgeoùje ne me trouve plus guère en état de prêcher, (iu'il me soit permis, je vous en conjure, d'emploger uniquement pour Dieu et pour moi-même ce qui me reste dévie, et tle me disposer par là à mourir en. religieux. La Flèche ou quelque autre maison qu'il plaira aux supérieurs (car je n'en demande aucune en particulier, pourvu que je sois éloigné de Paris) y sera le lieu de inon repos. Là, oubliant les cho» ses du monde, je repasserai devant Dieu toutes les années de ma vie dans Vamertume démon dme. Voilà le sujet de tous mes vœux; etc.

Cette lettre eut tout l'pfTct que désirait le père Bourdaloue. U lui fîit libre de IHire ce qu'il jugerait à propos; et dès qu'il eut reçu la réponse de Rome, il prit jour pour partir. Mais les mêmes supérieurs qui l'avaient arrêté la première fois se crurent encore en droit de retarder son départ de quelques semaines, et de suspendre la permission jusqu'à ce qu'ils eussent pu (kire à Rome de nouvelles remontrances. Elles touchèrent le père général; et hi dernière conclusion (ht que le père Bourdaloue demeurerait à Paris, et continuerait à s'acquitter de ses fonctions ordinaires. Dieu voulut ainsi qu'il eût tout le mérite d'un sacrifice si religieux sans en venir à l'exécution , et qu'il achevât de se sanctifier lui-même en travaillant à la sanctification du prochain. Voilà ce que le public n'a sii qu'après sa mort. Comme ses vues avaient été droites, et qu'en prenant une telle résolution il n'avait clierché que Dieu , il ne chercha point dans hi suite à s'en (aire honneur, n a toi^ours tenu la chose secrète, et il n'en a (ait confidence qu'à quelques-uns de ses amis les plus intimes.

Le père Bourdaloue n'insista pas. H crut obéir à l'ordre du ciel en se soumettant à U volonté de ses supérieurs. Il n'en eut même encore dans son travail que plus d'ae» tivité et plus d'ardeur : mais il approchait de son terme , et son travail désormais ne fut pas long : Dieu le retira au moment qu'on s'y attendait le moins.

U tomba malade le 1 f de mai; et dès le premier jour de sa maladie, il se sentit frappé à mort II ne perdit rien, dans un péril aussi pressant, de la présence de son esprit; et il est difficile de marquer plus de fermeté et de constance qu'il en fit paraître. Son mal (ht une fièvre interne et très-maligne, précédée d'un gros rhume qui le tenait depuis plusieun semaines, et où son zèle l'empêcha de se ménager autant qu'il eût été nécessaire. Car, tout incommodé qu'il était, il ne laissa pas de prêcher et d'entendre, selon sa coutume , les confessions. Mais il fallut enfin se rendre. Le dimanche, fête de la Pentecôte , après avoir dit la messe avec beaucoup de peine , il fut obligé de se mettre au lit. Quoiqu'il connût assez sou état, il voulut néanmoins encore s'en faire instruire, et il pria qu'on ne hii déguisât rien. On lui parla comme il le souhaitait ; et sans attendre que la personne qni lui portait la parole eût achevé : Cest assez , répoodil41 ,je vous entends : il faut maintenant que je fasse ce que foi tant de fois prêché et conseillé aux autres.

Dès le lendemain matin, fl se prépara par une confession de toute sa vie à recevoir les dernière sacrements. Ce fut après cette confession qu'il épancha son cœur, et qu'il s'expliqua dans les termes les plus chrétiens et les plus humbles, n entra lui-même dans tous les senUmenU qu'il avait inspiiés à tant de moribonds. Il se regarda comme un criminel condamné à la mort par l'arrêt du del. Dans cet éUt, il se présenU à la justice divine. Il accepta l'arrêt qu'elle avait prononcé contre lui , et qu'elle allait exécuter, fai abusé de la vie, dit-il en s'adressant à Dieu , je mérite que vous me l'étiez , et c'est de tout mon cceur que je me soumets à un si juste châtiment. I II unrt sa mort à celle de Jésus-Christ ; et prenant les mê-

lETTRE DU P. MARTLNEAU.

mes intentions qoe ce Sauteur mourant sur la croix, il s'oTTrit comme une victime , pour lionorer par la dcstruclion «le son corps la suprême majesté de Dieu, et pour apaiser sa colère. Non content de ce sacrifice , il consentit à souflrir toutes les peines du puiigatoire : Car il est bien raisonnable, reprit-il, que Dieu soit pleinement satisfait, et du moins dans lejmrgatoireje smif frirai avec patience et avec amour.

En de si saintes dispositions, il reçut les sacrements : et s'étant tout de nouveau entretenu quelque temps avec Dieu , il mit ordre à divers papiers dont il était dépositaire. Il le fit avec un sens aussi rassis que s*il eût été dans une parfaite santé. Il se sentit même un peu soulagé tout le reste de la journée, et il donna quelque espérance de guérlson. Mais ce He fut qu'une lueur; et sans se flatter de cette espérance, il s'occupa totgours de la mort; voyant bien , disait-il , qu'il ne pouvait guérir sans un miracle, et se croyant très-iûdigne que Dieu fit un miracle pour lui.

En effet, sur le soir, il lui prit un redoublement auquel il n'eut pas la foitê de résister. L'accès fut si violent qu'il lui causa un délire dont il ne revint point : et le mardi 13 de mai, de Tannée 1704, il expira vers cinq heures du matin. Ainsi mourut, dans la soixante-douzième année de son âge , un des plus grands hommes qu'ail eus notre compagnie, et, si fose le dire, qu'ait eus U trance. Il avait reçu du ciel beaucoup de talents : il ne les a point assurément enfouis : mais il les a constamment employés pour la gloire de Dieu et pour l'utilité du prochain. Il eut l'avantage de mourir presque dans l'exercice actuel de son ministère, et sans autre intervalle que celui de deux jours de maladie. Tout le public ressentit cette perte : le regret fut universel : et ce regret est encore aussi vif que jamais dans le cœur de bien des personnes , qui trouvaient en lui ce qu'on ne trouve point aisément ailleurs. Il ne les oublia poiuten mourant ; et Ton peut pareillement compter que la mémoire du père Bourdaloue leur sera toujoure prédeuse. Ses ouvrages suppléeront au défaut de sa personne. On Vy retrouvera lui-même : du moins, on y trouvera tous ses sentiments et tout son esprit.

Car ce sont ici ses vrais sermons , non point des copies imparfoites , telles qu'il en parut il y a plusieura années. Il les désavoua hautement et avec raison. Il y est si défiguré , qu'il ne devait plus s'y reooimattre.

Les deux Avents et le Carême qu'on donne dans cette première édition seront suivis des sermons sur les Mystères, sur les Saints, sur la Vocation religieuse, et sur divers sujets de morale. Quoique dans plusieura sermons du Carême il n'adresse pas (a parole au roi , il les a néanmofais presque tous prêches à la cooTi mais à d'autres joure et sous d'autres évangiles.

On trouvera ici deux lettres qui parurent après sa mort , rune manuscrite et l'autre imprimée. La première est d'un illustre magistrat, dont le père Bourdaloue honorait infiniment la maison et singulièrement la personne. On voit dans celte lettre des traits de maître , et l'esprit n'y a pas moins de part que le cœur. La seconde est une de ces lettres circulaires qu'on envoie dans les maisons de la compagnie, pour donner avis de la mort de chaque je* suite. Le père Martineau, confesseur de monseigneur le duc de Bourgogne, et supérieur de la maison professe, lorsque le père Bourdaloue y mourut, écrivit-il celle-ci, qu'on ne put refuser au public, et qu'on réimprima plusieura fois , tant elle fut goûtée et recherchée 1

Page 1