‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 104 sur 256 · SIS · texte numérisé non relu

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SUR LA PARFAITE OBSERVATION DE LA LOL

pliis grands miracles de conversion ; qu*au reste il n*est pas croyable que notre zèle doive réussir par d'autres voies que le sien, ni que notre sévérité soit plusefGcace ou plus heureuse; de parler, dis-je, de la sorte, et de vous proposer ce modèle, ce serait une espèce de démonstration dont il n'y a personne qui ne dût être touché. Mais laissant toute autre preuve, j'aime mieux en revenir toujours au même principe, qui, dans sa simplicité, a quelque chose et de plus sensible et de plus pénétrant. Car enfin, mon frère, puis-je dire à tout homme zélé pour les autres jusqu'à l'excès : Consultez-vous vous-ménne, et soyez vous-même votre juge. Dans quelque disposition que vous soyez à profiter du zèle des autres pour votre avancement et pour votre perfection , 'vous voulez qu'on vous ménage, vous prétendez qu'on ait pour vous des condescendances et des égards; vous ne vous accommodez pas de cette exactitude rigoureuse et pharisaïque qui ne garde aucune mesure; vous ne pouvez supporter que l'on vous traite avec hauteur; sr'il s'agit de vous faire une remontrance , et de vous donner un avis, vous croyez avoir droit d'exiger qu'on prenne votre temps, qu'on entre dans votre esprit , qu'on étudie votre humeur; si l'on en use d'une autre manière, bien loin de vous ramener à Tordre, on vous révolte. N'est- il donc pas juste que vous vous imposiez la même loi ? vous demandez que l'on compatisse à vos faiblesses, pouvez-vous donc vous dispenser de compatir aux faiblesses de votre prochain? Nonne ergo oporttùl et te misereri conservi (id (Matth. , 18) , concluait notre divin maître, après nous avoir proposé la parabole de ce débiteur qui ne voulut pas remettre une dette qu'on lui avait remise? Est-il raisonnable que , pour guérir les plaies de vos frères, vous n'employiez que le vin, tout pur et tout aigre qu'il peut être, et que votre délicatesse aille au même temps à vouloir pour votre guérison qu^on ne verse que l'huile sur vos blessures? Ne faut-il pas que votre douceur, selon la belle règle du grand évéque de Genève, soit le premier appareil des plaie» dont vous entreprenez la cure? Or si cette règle convient partout , et à l'égard de toute sorte de sujets, beaucoup plus, dit saint Grégoire pape, convient-elle à l'égard de ceux qui , dominés par de longues habitudes, et après avoir vécu dans de grands désordres, forment enfin la généreuse résolution de quitter leurs premiers engagements et de retourner à Dieu. Comme ils sont plus faibles, ils ont plus besoin d'être aidés , d'être soutenus , d'être encouragés. Non pas qu'il faille manquer de fermeté; mais il y a une fermeté sage, une fermeté qui sait s'insinuer, qui sait se faire aimer, et faire aimer à ceux mêmes que l'on corrige la salutaire correction qu'ils reçoivent. Si vous les rebutez par un zèle dur et impitoyable , vous leur donnerez hor-

reur du remède, vous les éloignerez du sacrement , ils se replongeront dans le même abtme, dans les mêmes désordres, ils abandonneront tout. Ah! combien de pécheurs touchés de Dieu auraient consommé l'ouvrage de leur conversion, s'ils étaient tombés entre les mains d'un ministre plus patient et plus compatissant? mais parce que celui qu'ils ont rencontré les a contristés, les a chagrinés « les a désespérés , plus de pénitence pour eux pendant la vie, et peut-être plus de pénitence même à la mort. Je sais que cette charité qu'inspire le vrai zèle et qui lui est si propre demande bien des ménagements et bien des réflexions. Je sais que, pour ne se pas échapper quelquefois, il faut bien s'étudier soimême, et être bien maître de soi-même. Mais, mon cher auditeur, de quoi s'agit-il? il s'agit de gagner votre frère à Dieu : Lucratus eris fratrem twan, (AfATTH., 18.) Il s'agit de le retirer de la voie de perdition , et de le ramener dans les voies de Dieu. Le laisserez-vous périr pour ne vouloir pas vous faire à vous-même quelque violence, après qu'il en a coûté à Jésus-Christ tout son sang pour le sauver? Allumez, Seigneur, allumez dans nos cœurs ce feu divin, ce saint zèle dont brûlait votre Prophète, que dis-je? dont vous avez brûlé vous-même sur la terre. Rendez-nous sensibles aux intérêts de votre gloire, sensibles aux intérêts du prochain, sensibles à nos propres intérêts ; et nous n'épargnerons rien pour des âmes qui v<4is doivent éternellement glorifier, pour des âmes avec qui nous devons être éternellement unis dans le ciel, pour des âmes dont la sanctification jet le salut, après avoir été le sujet de nos soins, deviendra le gage de notre félicité étemelle, où nous conduise, etc.

LE MERCREDI DE LA TROIStÈME SEMAniE

SUR LA PARFAITE OBSERVATION DE LA LOI

Accesierunt ad Jesum ah Jerosolymû scribœ et phartMii, dicentes : Quare ducipuli tui trarugrediuntwr tradiUotum teniorum ? Ipse autem respondens, ait illis : Quart et vof transgredimini mandatum Deipropter tradiUonem vetinmf

Des docteurs et des pharisiens venus de Jérasalem s*adRisèrent à Jésus-Christ, et lui dirent : Pourquoi Tot disdpla violent-ils les tradIUons des anciens? Mais U leur répondit: Pourquoi vous-mêmes violez- vous le commandement de IMn pour suivre votre tradition? Saint Matth. , chap. 16.

Madame ', C'était un des caractères de la fausse dévotion, ou, si vous voulez, de Thypocrisie des pharisieos,

■ La reine.

SUR LA PARFAITE ORSERVATION DE LA LOL

de s'attadier serupuleusement aux traditions qu'ils avaient reçues de leurs pères, et de violer au même temps, sans scrupule, les plus importantes obligations de la loi de Dieu. Ils payaient jusqu'à la dîme des plus petites herbes; mais ils manquaient de charité pour le prochain : ils observaient le sabbat avee une exactitude qui allait presque jusqu'à la superstition; mais ils ne craignaient point, le jour même du sabbat, de commettre des injustices : ils reprenaient les apôtres de ne laver pas leurs mains avant le repas ; mais ils contrevenaient eux-mêmes au oonunândement de Dieu le plus indispensable, qui est d'honorer son père et sa mère, puisqu'ils apprenaient aux enfants à les traiter avec dureté; et, par une &usse religion, ou plutôt, par une ingratitude digne de tous les châtiments du ciel , à les abandonner dans le besoin , et à leur refuser les secours dont ils leur étaient redevables : tel était, dis-je, le désordre de ces sages du judaïsme. Que fiait aujourd'hui le Sauveur du monde? Condamnet-îl absolument cette régularité qu'ils faisaient paraître à observer toutes les traditions des anciens et toutes les cérémonies qui leur étaient prescrites? Non, chrétiens : souverain législateur, il voulait que toute la loi fût accomplie jusques à un point; mais par une conduite pleine d'équité et de sagesse , il loue dans ses ennemis mêmes ce qu'il y a de louable, et il blâme seulement ce qu'il y a de criminel et de vicieux. 11 approuve ce qu'ils font, et il leur reproche ce qu'ils ne font pas. En comparant deux sortes de devoirs , dont les uns ont pour objet les points de la loi les plus essentiels , et les autres regardent les articles les moin% nécessaires, il leur fait entendre qu'il faut d'abord pratiquer ceux-là , et ne pas ensuite omettre ceux-ci : Hœc oportuit facercy et illa non omittere. (Matth., 23.) Par où, mes frères, il nous apprend à nous préserver nousmêmes d'un désordre tout opposé à celui des pharisiens, mais assez commun dans le monde, je dis dans le monde chrétien. Car le désordre des pharisiens était de s'attacher aux petites choses, et de négliger les grandes ; et le nôtre est de nous borner quelquefois tellement aux grandes, que nous croyons pouvoir impunément mépriser les petites. Mais moi je prétends qu'il y a entre les unes et les autres une telle liaison, que de manquer volontairement et habituellement aux moindres devoirs, c'est s'exposer à violer bientôt et en mille rencontres les plus grands préceptes, et ce que la loi nous ordonne sous de plus grîèves peines. Voilà le sujet que j'entreprends de traiter dans ce discours; et en le traitant. Madame, quelle consolation pour moi, de parler à une reine , ou devant une reine qui , sur le trône, et malgré tous les dangers de la cour, sait à bien rendre à Dieu ce qui lui est dû; qui, fidèle à la toi , et à toute la loi , va bien encore, dans la pra-

tique, au delà de la loi; en un mot, qui, par la plus rare et la plus merveilleuse alliance, réunit dans son auguste personne tout l'éclat de la grandeur humaine, et tout le mérite de la sainteté chré* tienne! Ce n'est donc point ici pour vous. Madame, une morale trop sublime et nouvelle; mais, sans que ce soit une morale nouvelle, ni trop relevée pour Votre Majesté, elle y trouvera de quoi animer de plus en plus la ferveur de sa piété. Saluons d'abord Marie, et lui disons : jéve^ Maria,

Je dis, chrétiens, qu'il est infiniment dangereux de négliger dans la voie du salut les petites cho* ses; et qu'en tout ce qui touche la religion et la conscience, il n'y a rien de si léger qui ne mérite nos soins, et qui ne demande une fidélité parfoite et une entière soumission. Je fonde cette Importante maxime sur deux principes ; l'un est l'orgueil de l'homme, et l'autre est son aveuglement. L'homme de lui-même est orgueilleux ; et que faiit en lui son orgueil? il le porte à l'indépendance, et lui donne un penchant secret à s'émanciper et à s'afifranebir de la loi. Ce n'est pas assez : outre que l'homme est orgueilleux, il est aveugle; et que fait en lui son aveuglement? il l'empêche de bien connaître toute l'étendue de ses devoirs, et de bien discerner ce qu'il y a de plus ou de moins essentiel dans la loi. De là je forme deux propositions qui contiennent tout le fonds de ce discours , et qui en feront le partage. Car je prétends qu'un préservatif nécessaire pour réprimer l'orgueil de notre cœur, c'est de l'as* sujettir aux moindres obligations de la loi : vous le verrez dans la première partie, rajoute que nous ne pouvons mieux corriger les erreurs de notre esprit, ou en prévenir les suites funestes, que par une obéissance exacte aux plus petits devoirs de la loi : je vous le montrerai dans la seconde partie. Rendez-vous attentifs à l'une et à l'autre; et quoi* que cette matière n'ait pas peut-être d'abord de quoi fi-apper vos esprits, vous en comprendrez néanmoins bientôt toute la conséquence.

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