‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 128 sur 256 · CHE DE LA CINQUIÈME SEMAINE · texte numérisé non relu

CHE DE LA CINQUIÈME SEMAINE

LA PAROLE DE DIEU

ï, verba Det audit.

Dieu , entend la parole d^ Dlea. SAhvr Jean,

de plus efficace et de plus fort que eu. Je ne dis pas seulement cette pans Dieu même, et par laquelle Dieu se me, qui est le Verbe incréé; mais produit au dehors et qu'il fait ententures, soit qu'il la leur adresse imméqu*il se serve pour cela du ministère li en sont les organes et les interprè- )arole que Salomon, dans le livre de la pelée toute-puissante : Omnipotens '^p., 18.) Et en effet, à voir ce qu'elle lans Tordre de la nature ou dans ce- , rien ne lui convient mieux que oe jte^puissance. Car c'est elle , dit l'Éarun pouvoir souverain , a tiré tous tant ; qui a affermi les deux ; qui a ! sa consistance et sa fécondité. C'est pression de saint Paul , qui appelle ne sont pas et qui n'ont jamais été , itaient; qui, en ressuscitant les morts, jour sa vertu à celles qui ne sont ns aucune résistance, leur fait prennes sont, tous les mouvements qu'il mr créateur, de leur imprimer; en en a pas une, ajoute saint Augustin , le prodige extraordinaire , n'ait rencette adorable parole.

Ile sortie de la bouche de Josué , que sa course. Moïse ne l'eut pas plutôt e les eaux devinrent immobiles. Le e ferma à mesure qu'elle fut employée : la mer s'humilier et les tempêtes se lent que Jésus-Christ parla. Voilà ce a nature la parole de Dieu. Mais ce e , j'ose le dire , en comparaison des nts qu'elle a faits dans l'ordre de la t cette même parole qui a converti londe, qui a triomphé de l'idolâtrie, i vice et l'impiété , qui a brisé les ceet abattu Torgueil des puissances de Domini con/ringentis cedros. (/*«.

qui, annoncée par douze pécheurs, ire partout l'univers, qui, sans nul lul secours de Féloquence humaine, bilosophes, a confondu les libertins.

force delà vérité, a engendré, pour m'ex primer avec l'apôtre saint Jacques, des millions de fidèles à Jésus-Christ : Foluntarie enim genuit nos verbo veritaiis. (Jac, 1.) D'où vient donc, demande saint Chrysostôme, que cette parole, toute féconde et toute divine qu'elle est, paraît aujourd'hui si ûrible et si stérile dans le christianisme? D'où vient que le saint ministère de la prédication, qui, dans le cours naturel de la Providence, devrait produire des fruits si abondants, par une malheureuse fatalité, est devenu à notre confusion un des emplois, ce semble , les plus Inutiles? D'où vient même que la parole du Seigneur, bien loin d'être salutaire pour nous, a tous les jours un effet tout opposé ; et qu'au lieu d'être le principe de notre conversion, elle devient, par un jugement de Dieu bien redoutable, le sujetde notre condamnation? C'est ce que j'entreprends d'examiner dans ce discours. Je veux vous découvrir la source d'où procède un mal si pernicieux; et en vous la faisant connaître, vous mettre en état d'y apporter les remèdes nécessaires. II s'agit , ô Esprit saint! de justifier votre parole. Répandez sur moi vos lumières , afin qu'à la faveur de vos lumières je puisse pénétrer dans les cœurs, et y graver profondément les grandes vérités que cette matière m'engage à traiter. C'est la grâce que je vous demande par l'intercession de Marie, Ave, Maria,

n est constant, chrétiens, que jamais la parole de Dieu n'a été plus souvent annoncée dans la christianisme qu'elle l'est de nos jours ; mais il est également vrai que ce bon grain semé dans le champ de l'Église n'y fut jamais plus stérile, et que jamais les chrétiens n'en ont retiré moins de fruit. Il n'est point maintenant de prédicateurs de l'Évangile qui ne puissent se plaindre à Dieu, et lui dire avecisaîe : Domine, quis credidit auditiU nostrof (ISAÏ., 53.) Seigneur, c'est votre parole que nous avons préchée, nous avons paru dans le monde comme vos ambassadeurs; on nous a reçus, et reçus même avec honneur;'mais s'est-il trouvé quelqu'un qui nous ait donné créance? Après nous être épuisés pour représenter de votre part les vérités éternelles, quel en a été le succès? Nous avons pu quelquefois remuer les consciences , exciter dans les cœurs la crainte de vos jugements; mais, du reste , quel changement avons-nous vu dans les mœurs, et à quoi avonsnous pu connaître l'effet de votre sainte parole?

Voilà, mes chers auditeurs, ce qui faisait autre* fois l'étonnement des prophètes, et ce qui fait encore le mien. Je demande d'où peut venir cette inutilité de la parole de Dieu, et à qui elle doit être imputée? Est-ce à la parole même de Dieu? est-ce aux prédicateurs qui la débitent? e^t-ce aux chrétiens qui l'écoûtent? car il faut par nécessité que ce soit à l'un

de ces trois principes. Or, de vouloir en accuser la athées; en un mot, qui, par la seule ) parole de Dieu même, ce serait une injustice; car - T. I. "a*

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SUR LA PAROLE DE DIEU

rlle n>st pas moins poissante aujourd*hoi qu'elle Ta été du temps des apôtres. De dire qu'elle s'estaltérée dans la succession des siècles, ce serait tomber dans Terreur de nos hérétiques. L'Église, dit Cassiodore, a toujours conservé et conservera jusqu'à la consommation des temps la parole de Dieu aussi pure que la foi. Nous prêchons le même Évangile que saint Pierre prêchait, lorsque dans un seul discours il convertit trois mille auditeurs ; et quand le Saint-Esprit descendit visiblement sur les fidèles qui entendaient la parole de Dieu, comme il est rapporté par saint Luc, ce n'était pas une autre parole que celle dont nous vous faisons part tous les jours , et que vous écoutez dans nos temples. Quoi donc? sont-ce les prédicateurs qui causent ce désordre? Pavoue, chrétiens, que tous ne la dispensent pas avec le« mêmes dispositions ni la même édification. J'avoue qu'il s'en est trouvé, comme dit l'apôtre , qui l'ont retenue captive; qu'il s'en trouve encore qui la rendent mercenaire, et qui par une espèce de simonie, en trafiquent pour acheter je ne sais quel crédit et une vaine réputation dans le monde. J'avoue même que quelques-uns ont déshonoré le saint ministère par le dérèglement de leurs mœurs ; semblables à ces pharisiens qui enseignaient, mais qui ne pratiquaient pas : DicurU et nonfaciunt.

Mais, après tout , ce n'est ni au mérite ni à la sainteté des prédicateurs que l'efficace de la parole de Dieu est attachée; elle opère par sa propre vertu ; et elle a même cet avantage sur les sacrements, qu'elle ne dépand point de l'intention de ses ministres. S'ils la profanent, ils se pervertissent euxmêmes; mais en se pervertissant, ils ne laissent pas de sanctifier les autres ; et l'on peut dire de cette divine parole ce que saint Augustin disait du baptême conféré par les schismatiques : Il est nuisible à ceux qui le donnent mal, et il est profitable à ceux qui le reçoivent bien : Nocel indigne tractanlihus, sed prodesl digne suscipientUms. (Aug.) Si donc, mes frères , la parole de Dieu fructifie si peu parmi vous , c'est à vous-mêmes que vous devez vous en prendre ; et pour en venir à mondesseîn, je trouve dans la plupart des chrétiens trois obstacles bien ordinaires à la prédication de l'Évangile : savoir, le dégoût de la parole de Dieu, l'abus de la parole Dieu , enfin une résistance volontaire à la parole de Dieu ; et ce sont ces trois obstacles que j'entreprends ou de lever, ou du moins de combattre dans ce discours. Le dégoût de la parole de Dieu , qui se rencontre particulièrement dansles âmes lâches ; l'abus de la parole de Dieu , où tombent communément les âmes vaines; la résistance à la parole de Dieu, qui est le raractère des pécheurs. Or, suivant l'ordre et le partage de ces obstacles ainsi distingués, j'avance trois propositions qui renferment un grand fonds d'instruciion et de morale. Car je dis que le dégoût de

la paroledê Dieu est une des plus terribles punitions que doive craindre un chrétien ; c'est la première partie. Je dis que l'abus de la parole de Dieu est un des désordres les plus essentiels que puisse commettre un chrétien; c'est la seconde. Je disque la résistance à la parole de Dieu est une des plus prochaines dispositions à l'endurcissement et à la réprobation d'un chrétien; c'est la troisième. Les premiers ne l'écoutent point, parce qu'ils s'en dégoûtent; les seconds l'écoutent, mais non point comme parole de Dieu , et çn cela ils ea abusent. Les derniers l'écoutent , et l'écoutent méaie comme parole de Dieu ; mais ne la veulent poiot pratiquer, et c'est ainsi qu'ils y résistent. De là, par uoe règle toute contraire, je veux conclure avec Jésas- Christ : JBeaU qui audiunt verbum Dei, et custadiunt iUud( Luc, 11 ); heureux ceux qui écoutent la paroledê Dieu et qui ia pratiquent. En trois mots: d^oût de la parole de Dieu , opposé à la béatitude de ceux qui l'écxiutent : Beati qui audiunt. Abus de la parole de Dieu, opposé au bonheur de ceux qui l'écoutent conune parole de Dieu : Beati qui audiwU verbum Dei. Résistance à la paroledê Dieu, opposée au mérite et à l'avantage de ceux qui Féoouteot comme parole de Dieu et qui la pratiquent : Beati qui audiunt verbum Dei, et custodiuni iUud, Cest tout le sujet de votre attention. Commençons.

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