LE LUNDI DE PAQUES
SUR LA PERSÉVÉRANCE CHRÉTIENNE
Et appropinquaverunt castello quo ibani, et ipte ufinsU longius ire. Et coegeruni illum, dicentti: Manê nobiicmii.
LorsquMls furent proche da bourg où Us allaient , il feignit de vouloir aller plus loin. Et ils le pressèrent de demeoier avec eux , en lui disant : Demeurez avec nous. Saint Loc , cliap. 24.
Voici , chrétiens , un grand mystère que l'ÉTao^
SUR LA PERSÉVÉRANCE CHRETIENNE
file nous propose, et qui renferme pour nous une mportante vérité. Deux disciples marchent avec le F'ils de Dieu , déguisé sous la forme d'un voyageur ; li lorsquMI semble vouloir se séparer d'eux , ils Finntent à demeurer, et lui font même une espèce de riolence pour le retenir : Et coegerunt iUum , dy rentes :Mane nobiscum. Figure bien naturelle d'une Kme chrétienne qui Ta reçu , ce Sauveur des hommes, dans la communion pascale. Elle ne se contente pas qu'il soit venu chez elle, ou plutôt dans Klle, caché sous le voile et sous les espèces de son sacrement; elle l'engage encore à demeurer avec slle , et , par mille vœux redoublés , par de ferventes et d'instantes prières , par une sainte importunité, mais qu'elle sait lui devoir être agréable, elle le presse, elle le conjure, et lui dit intérieurement : A.h ! Seigneur, ne vous retirez pas de moi ; car si je riens à vous perdre , je perds tout , puisqu'en vous perdant je perds mon unique et mon souverain bien : Maiie nobiscum. Cependant , mes frères , s*il nous sst si important que Jésus-Christ demeure dans nous st avec nous , il ne nous est ni moins important ni moins nécessaire de demeurer en lui et avec lui ; et roilà ce qui s'accomplit , selon sa parole même, dans ce sacrement adorable où il s'est donné à nous et où nous avons dû nous donner à lui : Qui manduyUmeam camem , et blbit vieum sanguinem, in me manety et ego in eo, (Joan., 6.) II faut qu'il demeure en nous par la grâce , et il faut que nous demeurions en lui par notre persévérance dans la grâce ; il faut qu'il demeure en nous pour nous aider de son secours , et il faut que nous demeurions en lui pour lui marquer notre fidélité; il le faut, mes cbers auditeurs ; et de sa part il n'y a rien à craindre, parce qu'il ne nous abandonne jamais le premier ; au lieu que tout est à craindre de la nôtre , parce que nous sommes l'inconstance même. Heureux si je pouvais aujourd'hui vous fortifier, vous affermir, et par là vous préserver de ces rechutes si ordinaires dans le christianisme et si funestes : c'est ce que j'entreprends dans ce discours , où je vais vous parler de la persévérance chrétienne , après que nous aurons salué Marie. JvCy Maria.
Cest par sa passion et par sa mort que Jésus- Christ a vaincu le péché : mais j'ose dire que cette victoire serait imparfaite s'il ne triomphait encore de notre inconstance. Or c'est ce qu'il fait par sa résurrection glorieuse , et c*est une des grâces particulières qui y sont attachées. Jéiîus-Christ est ressuscité comme il l'avait dit, Surrexit sicut dixit (Matth., 28); mais la question est de savoir s'il est ressuscité dans nous. Car, comme saint Paul nous apprend que Jésus-Clirist doit être formé dans nous par la prédication de l'Évangile, Donecformetur Çhristus in vobis (GalaL, 4); comme il nous eoseigneque Jésus-Christ esttoutdenouveaucrucilié
dans nous par le péché, Rursum crucifigentes sibimetipsis Filium Dei {Hebr.y 6); aussi est-ce une suite nécessaire de la doctrine de ce grand apôtre, que Jésus-Christ doit ressusciter en nous par la grâce de la pénitence. Or, de toutes les marques à quoi nous devons reconnaître s'il est ainsi ressuscité , la plus évidente et la moins sujette aux illusions est la disposition où nous sommes de persévérer et d'accomplir fidèlement ce que nous avons promis à Dieu en nous convertissant à lui. Pour vous porter, mes chers auditeurs, à cette sainte persévérance, je fais deux propositions qui vont partager ce discours. Je dis que le mystère de Jésus-Christ ressuscité nous engage fortement à la persévérance chrétienne; ce sera la première partie : j'ajoute que la persévérance chrétienne est le titre le plus légitime et le plus certain pour participer un jour à la gloire de Jésus-Christ ressuscité; ce sera la seconde. Résurrection du Sauveur, principe de la persévérance chrétienne , gage assuré de notre résurrection bienheureuse : voilà ce qui demande toute votre attention.