LE MERCREDI DE LA SECONDE SEMAINE
SUR L*AinimoN.
Sujet. Jésus leur répondit et leur dit : Vous ne savez ce que wus demandez. Pouvez-vous boire le calice que je boirai ? Il lui dirent : Nous le pouvons. Alors il leur répliqua : Fot» Boirez le calice que je dois boire; mais d'être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à met de vous raccorder J
JésusChrist, dans l'exemple de ces deux disciples dont parle l'Évangile , veut nous faire connaître en quoi consiste le désordre de l'ambition , quels en sont les divers caractères, quels en sont les effets et les suites, et quels en doivent être enfin les remèdes.
Division. Les honneurs du siècle sont, dans l'ordre de la prédestination étemelle, autant de vocations de Dieu; mais notre ambition les profone , en les recherchant comme des avantages purement temporels : première partie. Les honneurs du siècle sont de vrais assujettissements à servir le prochain ; mais notre ambition en abuse, en les recherchant pour exercer un vain empire et une fière domination : seconde ])arlie. Les honneurs du siècle sont des engagements indispensables à travailler et à souffrir; mais notre ambition les corrompt, en les recherchant dans la vue d'y trouver une vie tranquille et agréable : troisième partie.
Prehièbe Pabtib. Les honneurs du siècle sont, dans Tordre de la prédestination étemelle, autant de vocations de Dieu; mais notre ambition les profane, en les reclier* cliant comme des avantages purement temporels. Il n'y a
ANALYSES DES SËRMOMS.
point d*état dans la Tic où Tliomme doi^e entrer sans tgcation de Dieu, puisque 'toute notre prédestination roule presqu^^nr le choix des étals que nous embrassons. Or, quoique ce principe soit universel, c'est surtout, selon la maxime de Tapôtre, aux honneurs du siècle et à ce qui regarde notre agrandissement dans le monde qu'il doit être appliqué : pourquoi? par deux raisons : Tune Urée de l'intérêt de Dieu , et l'autre de l'intérêt de l'honmie.
Cependant par une conduite tout opposée à la règle de saint Paul, comment se pousse- t-on tous les jours aux honneurs du siècle et aux dignités mêmes de l'Église sans vocation?
Du moins, si le mérite et la vertu suppléaient en quelque manière au défaut de la vocation et de la gr&ce. Mais à l'eidusion de la vertu et du mérite, quelles voies prend<on pour s'avancer? l'intrigue, la cabale, l'intercession, la fiiveur, le vice même et l'iniquité.
On poursuit les honneurs , même les plus saints , comme dus h sa naissance.
J'ai rendu, dites-vous, des services considérables, et cette place est une récompense qui me regarde naturellement. Mais n'y a-l-il point pour ces prétendus services , que vous mettez à un si hautt>rix, d'autre justice •» vous rendre que de vous faire monter à un degré où Dieu ne TOUS veut pas, et où vous n'êtes pas propre?
Combien de pères, et même de pères chrétiens, ou, plutAt oubliant qu'ils sont chrétiens , tiennent le langage de cette mère de l'Évan^le : JHc ut ht duoJUii mei : Placez mes deux enfants auprès de vous, et qu'ils aient, l'un k votre droite , l'autre à votre gauche , c'est-à-dire l'un dans l'Église, l'autre dans le monde, les plus hauts ministères? L'injustice va encore plus loin, et c'est ce qui faisait tant autrefois gémû- Salvien : car si de plusieurs enfants qui composent la même famille, il y en a un plus méprisable , ou qui n'ait pas l'inclination du père et de la mère, c'est celui à qui les honneurs de TÉglise sont réservés.
Faut-il s'étonner après cela si Dieu s'élève contre nous? Faut-il s'étonner si toutes les conditions sont si avilies ?
Deuxième partie. Les honneurs du siècle sont de vrais assujettissements à servir le proclmin ; mais notre ambition en abuse', en les recherchant pour exercer un vain empire et une fière domination. 11 n'y a que Dieu qui soit grand absolument et pour lui-même. Tout ce qui est grand hors de Dieu et parmi les hommes , ne Test qu'avec dépendance et par rapport au prochain , je veux dire pour le bien et pour l'utilité du prochain.
De là saint Augustin conclut qu'un grand <qui, sans se mettre en peine de ceux qui lui sont soumis , ne veut être grand que pour dominer, mérite d'être réprouvé de Dieu. Le christianisme a bien même encore enchéri sur cela , et l'exemple de Jésus-Christ, qui n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, nous impose là-dessus une obligation beaucoup plus étendue.
Cependant, ne trouve-t-on pas partout dans le monde de ces maîtres hautains et durs qui ne savent que se faire obéir, que se faire servir, que se faire craindre , sans savoir ni compatir, ni soulager, ni condescendre, ni se faire aimer? On se Aatte , parce qu'on est élevé , d'un prétendu Tèle de faire sa charge : et Ton se fait des ses fiertés et de ses hauteurs on devoir.
Ck; qu'il y a de plus étrange, c'est que les plus impé-
rieux, ce sont communément ceux à qui cet empire qu'ils affectent doit moins convenir. Sont-ce là les enseignements que nous avons reçus de Jésus-Christ, et est-ce ahid que les apôtres ont converti le monde?
Troisième partie. Les honneurs du siècle sont des engagements indispensables à travaiUer et à souffrir, mais notre ambition les corrompt, en les recherchant dans la vue d^y trouver une vie tranquille et agréable. Ne cherchons point dans le monae, dit samt Augustin, des bonneors purs, c'est-à-dire qui ne soient pas mêlés d'afilictions et de pemes. Sans parler de ces accidents, de] ces revers de fortune dont nous sommos si souvent spectateurs , supposons un homme dans une prospérité constante et dans la plus grande élévation , et voyons à quoi cette prospérité même et cette élévation l'engage.
Se faire violence à soi-même, premier engagement des honneurs du siècle.
Souffrir souvent et beaucoup des autres, second engament des honneurs du siècle.
Mener une vie pleine de soins et de soins affligeants, troisième engagement des honneurs du siècle.
Enfin , avoir toujours son âme entre ses mains, et toujours être en disposition de s'immoler soi-même, ou pour la justice ou pour la vérité, quatrième engagement des honneurs du monde.
Or, là-dessus qu'avez-vous à répondre, tous qui, dans les honneurs du siècle , ne prenez que le doux et l'agréable, sans en prendre le pénible et le rigoureux ?