LE VENDREDI DE LA SECONDE SEMAINE
SOB L*KRnUU
SujfTT. Or le riche numrut aussi ^ et il fui ensepeU dans Venfer.
C'est le triste sort d'un riche du monde, dont 11 était parié dans l'évangile d'hier. Il mourut, ce riebe» comblé de biens dans la vie, et comblé même d'honoeore de la (lart des hommes après la mort. Mais son Ame portée de* vaut le tribunal de Dieu , y reçut son arrêt , et fut eosef»> lie dans l'enfer. Que ne puis-je , en vous représeotanl tooti l'horreur de cette danmation étemelle, vousappreadnà U cramdre et à l'éviter ! c'est le sujet de ce dîsoonn.
Division. Les réprouvés dans l'enfer souffrent en trois manières différentes , savoir, par le souvenir du passé, par la douleur du présent, et par le désespoir d'obtenir janaiB grâce dans Tavenir. État malheureux du Tépn>oyé« que le passé déchire par les plus mortels regrets : praïuèn partie. État malheureux du réprouvé, que le présent accable par la plus violente douleur : deuxième ptrtie. État malheureux du réprouvé, que l'avenir désole par le pbn afûreux désespoir : trotsième partie.
PnEHiÈRB PARTIE. État malhenieux du réprouvé, que li passé déchire par les plus mortels regrets. Deox vnes ptr rapport au passé le tourmenteront : 1. la vue des Mem dont il aura fait un crhnhiel usage; 2. hi vue des manx qu'il aura commis : Fili, recordare,
1. La vue des biens dont il aura fait un crinrînel usage. Biens de fortune , dont il pouvait se servir pour mériter le ciel en assistant les pauvres , et qu'au contraire D aan fait servir à sa danmation par son avarice ou par ses fiolles dépenses. Biens de fortune , biens périssables et passagen, pour lesquels il aura perdu son vrai bien, son mdqoe Mn, un bien éternel : Gustans gustavi paululum mellis, et ecce moHor, De plus , biens de la grAce , qui devaient être pour lui des moyens de saint , et qu'il se sera rendus iantiles et même préjudiciables : Recordare,
2. La vue des maux qu'il aura commis. Il ne fkodra pomt de démons , dit samt Chrysostdme, pohit de spectres pour fake de l'enfer un lieu de tourment Ce que chacoii 7 apportera de crimes , voUà les démons auxquels il sera fivré; et les païens eux-mêmes Font reconnu. Mais en crimes ne seront plus : il est vrai , répond saint Berurd, ils ne seront plus dans la réalité de leur être , nuds ûs l^ ront encore dans la pensée et dans le souvenir, et c'est par le souvenir et par la pensée qu'ils feront souffrir une âme réprouvée de Dieu. Ils ne seront plus , mais ils auront été; et ils ne tourmentent , ni sur la terre ni dans l'enfer, que parce qu'ils ont été. Et comme il sera toujours vrai qn'ib auront été, aussi tourmenteront-ils toujours. Juges de ce tourment par ce que nous voyons quelquefois dans la TÎe. Cette femme avait de l'honneur, mais dans une malbeoreuse rencontre elle s'est oubliée : cet homme passait poor homme de bien, et il l'était; mais dans un ficbeux moment la passion l'a transporté et loi a fkit faire un mauvais coup. De quels regrets sont-ils saisis l'un et l'autre, lorsqu'ils viennent à ouvrir les yeux et se reconnaître ?
Ajoutez que les crimes de la vie se présenteront tous à la fois aux yeux du réprouvé, et tous à la fois le tounnen-
ANALYSES DES SERBTÛNS.
terant n n'en a goûté la douceur que par parties , parée qu'A ne les a oommis que par interyalles et par suceesskm : mais dans son toumient il n'y aura ni succession ni partage. SonfeDei'Tons de ce que nous éprouTons dans ces remet générales que nous faisons de nos consciences. Quelle honte quand toute coup cette multitude innomivable de péchés se développe devant nous! Or affjprenez de là qodle sera donc la honte et le trouble des réprouvés : Nom estpax ossibus meis afacie peccatorum meorum.
Yoilà notre leçon. Sans qu'il soit nécessaire que Lazare ni aucun des Itnorts vienne nous instruire, Teiemple du mauvais riche suffit. Mais bien loin d'en profiter, nous ne profitons pas même de notre propre eipérience. Car dès cette .Tie nous aTons une exp^ence sensible du repentir deadamnés, et quelle est-elle? le trouble et le remords du péché dès que nous TaTons oommis. Biais nous étouffons ce remords y on plutôt nous tâchons k rétouffèr, en efTàfBoty autant qu'Û est possible, de notre esprit l'idée d'un Dieu yengeur et d'une vie immortelle. Cependant nous «moa beau lUre des efforts, ce ver du péché ne meurt pohit pour eda , et il se ftit sentir aux souverains mêmes et aux moiiarqpes. Au Ueu de l'étoufiîBr, ce remords , que fiiis-Je si je irais fidèle à la grAce ? je le réveille et je l'excite en moi par de solides réflexions ; je le demande à Dieu ; je l'antidpe même, et je me dis : quel fruit tirerai-je de ce péché, et pourquoi faire maintenant ce que je voudrai dans la suite n'avoir jamais fait?
DBOxiàHE PAETK. État malheurcux du réprouvé, que le présent accable par la plus violente douleur. Saint Bernard aonhaitait que pendant la vie les pécliears descendissent en esprit dans l'enfer, afin de n'y pas descendre après la mort. Biais pour l'entier accomplissement du souhait de saint Bernard , il Hnudrait que nous y pussions descendre «vee les mêmes connaissances que les damnés. Du mobs tâchons de nous former quelque idée de leur état. Double peine. 1. Séparation de Dieu; 2. tourment du feu.
I . Séparation de Dieu. Le mauvais riche , du lieu de son Bopplioe.vit Abraham; mais il ne le vit que de loin, a ionîfe; et s'il était si loin d'Abraham , dit samt Ambroise , il était encore bien plus éloigné Âe Dieu. Or qu'estn^ que d'être séparé de Dieu ? cette pehie , r^MMid saint Bernard , est aussi grande par proportion que Dieu est grand. Dès cette vie ce terrible mystère de la perte d'un Dieu oommenée dans la personne des pécheurs. Dieu et l'âme , par le péché, se séparent, jusqu'à se renoncer l'un l'autre; mais après tout ils peuvent encore se rejoindre; au lieu que le divorce entre Dieu et le réprouvé est parfait et sans retour. Dieu n'est plus à l'âme réprouvée , et l'âme réprouvée n'est plus à Dieu : Quia vos non populus meus, et ego non ero vester,
Quedis-je ? l'âme réprouvée sera encore à Dieu et Dieu k elle. Dieu lui sera inséparablement uni, et elle à Dieu : mais c'est cela même qui doit faire son malheur. Car son souverain malheur sera d'être privée de Dieu entant que Dieu était l'objet de sa félicité , et d'être pénétrée de Dieu en tant que Dieu sera le sujet étemel de ses plus violents transports. Malheureuse d'avoir encore un Dieu, et malheureuse de n'en avoir plus : d'avoir encore un Dieu conjuré contre elle et ennemi , et de n'avoir plus de Dieu favorable pour elle et ami. Elle estimera Dieu tel qu'elle ne le possédera jamais; et die le haira tel qu'elle l'aura toujours présent.
2. Tourment du feu. Si je tous disais que ce supplice surpasse , non-seulement tout ce que les martyrs ont souffert, mais tout ce qu'il y a dans le monde et tout ce que notre imagmation peut se figurer de plus .douloureux , je ne vous dirais rien que ce que nous ont dit tous les Pères. Mais je me contente de faire avec vous une réflexion. Car ce qui m'étonne, c'est qu'une vérité si touchante nous touche si peu; c'est que la même foi qui nous enseigne qu'il y a un enfer où l'on est séparé de Dieu et où l'on brûle, nous dit encore qu'un seul péché nous expose à l'un et à l'autre, et que le péché néanmoms nous soit si ordfaiaire. Croyons-nous ce point fondamental du christianisme ? ne.le croyons-nous pas? Si nous le croyons, où est notre sagesse? si nous «ne le croyons pas, où est notre religion. Quand la chose serait teulement douteuse, faudrait^l risquer sur un tel sqjet? et d'ailleurs ce que les impies allèguent pour combattre cet article de notre foi est-il comparable à tant de preuves sur quoi nous le trouvons établi ?
David disait : Seigneur, vous m*avez éprouvé par le feu; et ce/eu m'a tellement purifié, qu'il ne s'est plue trouvé en moi d'iniquité. Éprouvons-nous ainsi nousmêmes par le feu de l'entier. Que ce feu, reprend safait Augustm, nous serve à exciter dans nous un autre feu , qui est le feu de la charité ; et à y éteindre encore un troisième feu , qui est le feu de la cupidité. Tel est l'usage qu'en ont fait les saints.
Troisième partie. État malheureux du réprouvé, que l'avenir désole par le plus affreux désespoir. C'est un instlACt naturel à tous ceux qui souffrent, de chercher dans l'avenir la consolation et le remède du présent Mais ce qui désole l'âme réprouvée dans l'enfer : 1. c'est qu'dle désespère d'obtenir jamais de Dieu aucune grâce , quand elle le prierait toute l'éternité; 2. c'est qu'elle désespère de flédiir jamais Dieu par la pénitence, quand elle détesterait son pédié toute l'éternité ; 3. c'est qu'elle désespère , nonseulement d'acquitter, mais de diminuer jamais ses dettes par ses soufllrances , quoiqu'elle doive souffrir toute l'éternité.
1 . Plus d'espérance d'obtedr jamais par ses prières aucune grâce. Le mauvais riche prie Abraham de lui accorder seulement pour toute grâce une goutte d'eau, et cette goutte d'eau lui est refbsée. En vain donc le réprouvé s'écriera-t-il oonune ^lui : Èfiserere mei : Ah ! ciel, un peu de compassion pour moi; Dieu lui répondra conome à son peuple : QtUd clamas? Pourquoi vous plaignex-Tous? Insanabilis dolor tuus : Votre mal est sans remède : mais ne tous en prenez qu'à TOus-même et à tos péchés : Propter dura peccata tuafeei hœe tibi. Ainsi s'accomplira cette parole de l'Évangile, que Dieu n'écoute pofait les pécheurs.
2. Plus d'espérance de fléchir jamais Dieu par la pénitence. Ce n'est pas qu'il n'y ait, selon le mot de la Sagesse, une pénitence dans l'enfer; mais ce n'est plus qu'une pénitoice forcée , et par conséquent qu'une pénitence hratile. Le péché donc subsistera toujours; et tant que le péché subsistera. Dieu haïra le pécheur et le punha. Magjnm chaos inter nos et vosfirmatum e^^ : Il y a , dit Abraham au riche réprouvé, un chaos insurmontable entre nous et vous.
3. Plus d'espérance, non-seulement d'acquitter, mais de diminuer jamais ses dettes par ses souffrances. Origène et d'autres comme lui ont voulu douter de cette éternité
ANALYSES DES SERMONS
malheureàse, fondes Bar la bonté et ta justice de Diea. , Mais , répond saint Augustin , la bonté n'est pas seulement en Dieu miséricorde, elle est encore sainteté : or, la sainteté i de Dieu est essentiellement ennemie du péché : donc le ch&timent du péché sera étemel , puisque Dieu sera toujours bon , toujours saint , et que le péché durera toujours. Dltes4e même de la justice. Le mauvais riche entendra éCemeflement cette parole foudroyante : Nunc au tem crticiaris : Maintenant tous souffrez. Ce maintenant ne finira jamais.
De TOUS donner une juste idée de cette éternité , c^est ce que je n'entreprends pas : et qui le pourrait? Je me prosterne seulement, Seigneur, devant tous, tandis qu'il est encore temps de tous flécliir. Je parle dans une cour où je Tois tant de mondains tout occupés du monde , sans penser à rétemité. Ne pourrais-je pas, dans une juste indignation , TOUS presser enfin , Seigneur, de tous &ire connaître et défaire éclater sur eux Totre justice.' Mais je sais d'aillean que ce sont des âmes précieuses et rachetées de Totre sang. Édairez*les, mon Dieu , et dissipez le charme qui les tTeogie. O éternité, pensée salutaire dans la Tie , mais dé- •esp^ante dans l'enfer! Si nous ne Toulons pas qu'elle soit le sujet de notre désespoir, faisons-en le motif de notre pénitence.