‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 243 sur 256 · LE VENDREDI SAINT · texte numérisé non relu

LE VENDREDI SAINT

SUR LA PASSION UE JÉSUS-CHRIST

Sujet. Les Juifs demandent des miracles, et les Grecs cherchent la sagesse. Pour nous, nous prêchons Jésus- Christ-crucifié, qui est un sujet de scandale aux Juifs, et qui parait une folie aux Gentils; mais qui est la force de Dieu et la sagesse de Dieu à ceux qui sont appelés, soit (Fentre les Gentils, soit d'entre les Juifs.

Si jamais les prédicateurs pouvaient avec quelque sujet apparent rougir de leur ministère , ne serait-ce pas en ce jour où ils prêchent la passion et la mort du Dieu qu'ils annoncent? Cependant l'apôtre mettait toute sa gloire dans la croix de Jésus-Christ , parce qu'il regardait le mystère d'un Dieu crucifié comme le miracle tout ensemble et de la force de Dieu et de la sagesse de Dieu. C'est aussi sous cette idée que je veux vous le représenter.

Division. Il ne s'agit point ici de pleurer la mort de Jésus-Christ : mais il s'agit d'y reconnaître le dessein de Dieu, ou plutôt l'ouvrage de Dieu. En deux mots, vous n'avez peut-être jusqu'à présent considéré la mort du Sauveur que comme le mystère de son humilité et de sa faiblesse, et moi je vais vous montrer que c'est dans ce mystère qu'il a fait paraître toute l'étendue de sa puissance : première partie. Le monde jusqu'à présent n'a regardé ce mystère que comme une folie ; et moi je vais vous f^re voir que c'est dans ce mystère que Dieu a fait éclater plus hautement sa sagesse : seconde partie.

Première partie. C'est dans le mystère de sa croix que Jésus-Christ a fait paraître toute la puissance d'un Dieu. Qu'un Dieu fasse des prodiges dans l'univers, il n'y a rien en cela de surprenant : mais qu'un Dieu souffre et qu'il meure, voilà ce qui nous doit saisir d'étonnement. Cette mort néanmoins, bien loin d'ébranler notre foi, k doit confirmer. Car si Jésus-Christ est mort, il est mort en Dieu. 1. Un homme qui meurt après avoir prédit luimême clairement et expressément toutes les circonstances de sa mort ; 2. un homme qui meurt en faisant actuellement des miracles , pour montrer qu'il n'y a rien que de surhumain et de divin dans sa mort ; 3. un homme dont la mort bien considérée est elle-même le plus grand de tou$ les iniraclrs; 'i. un homme qui , par l'infarnie de sa morl,

ANALYSES DES SERMONS

panricut à la plus haute gloire, et qui, expirant sur la croix, triomphe par sa croix même de rinfidélité du monde : n'est-ce pas un homme qui meurt en Dieu , ou si vous Toulez, en Homme-Dieu? Or c*est ainsi que Jésus-Christ est mort.

1. Jésus-Christ est mort après aToir prédit toutes les circonstances de sa mort. A l'entendre parler de sa passion longtemps avant sa passion même, on dirait qu'il en parle (X)mme d'un événement déjÀ arrivé, tant il est exact à en marquer jusqu'aux moindres particularités. Nous allons à Jérusalem , disait-il à ses apôtres ; et c'est là que le Fils de l'homme sera livré aux gentils ; qu'il sera outragé , insulté , fouetté, cruclHé; qu'on lui crachera au visage, et qu'il mourra dans l'opprobre. 11 y avait déjà des siècles entiers que les prophètes avaient prédit cette mort et toutes ses circonstances , afin , dit saint Chrysostôme , que la prophétie, témoignage invincible de la divinité, rendit toutes les ignominies de la croix non-seulement vénérables, mais adorables. Cependant la preuve était encore bien plus sensible et plus convaincante dans la prédiction immédiate qu'en faisait Jésus-Christ lui-même. Aussi tout ce qu'il avait marqué des livres de Moïse et des prophètes , comme se rapportant à lui, s'exécuta-t-il bientôt après et à la lettre dans la sanglante catastrophe de sa passion et de sa mort. Argument si solide et si fort qu'il n'en fallut pas davantage pour la conversion de ce fameux eunuque , trésorier de la reine d'Ethiopie. £n serions-nous moins touchés?

2. Jésus-Christ est mort en faisant des miracles. II fait trembler la terre , il ouvre les sépulcres , il ressuscite les morts, il déchire le voile du temple, il obscurcit le soleil. Miracles confirmés par le témoignage des apôtres. Quel intérêt auraient-ils eu à rapporter de faux miracles , puisqu'il ne leur en revenait point d'autre fruit que les plus cruelles persécutions? De plus, le style seul dont les évangélistes ont écrit l'histoire de Jésus-Christ fait bien voir qu'ils ne parlaient pas en hommes passionnés. D'ailleurs, si ces miracles eussent été supposés , les Juifs ne se seraientils pas inscrits contre ? Je conviens que les Pharisiens, matière ces miracles , ne laissèrent pas de persister dans leur incréduUté : mais les soldats se convertirent, et c'est en cela même, reprend saint Chrysostôme, que parait la toutepuissante vertu de ce Dieu mourant. Car mourir en sauvant les uns et en réprouvant les autres, en convertissant ceux-là par miséricorde , et laissant périr ceux-ci par justice , n'est-ce pas faire éclater jusque dans sa mort les plus essentiels attributs de Dieu? Il n'y eut qu'un seul miracle que Jésus-Christ ne voulut pas faire dans sa passion : c'était de se sauver lui-même. Mais pourquoi ne le fait-il pas? rarce que ce seul miracle eût détruit tous les autres , et arrêté le grand ouvrage qu'il avait entrepris. Quand même il l'aurait fait ce miracle, ses ennemis n'y auraient pas plus déféré qu'à celui de la résurrection de Lazare. Je dis plus ; et Jésus-Christ, dans la conjoncture où je le considère, pouvant, comme il est indubitable, se sauver lui-même et ne le voulant pas, n'a-t-il pas fait quelque chose de plus grand et plus au-dessus de l'homme que s'il l'eût en efTet voulu? Enfm, cette douceur envers ses ennemis, celte charité héroïque , cette paix et cette tranquillité qu'il fit paraître dans sa passion ; tous ces miracles de patience , dans un homme d'ailleurs d'une conduite irréprochable et |.leinc de sagesse, u'élaieul-ils pas plus miraculeux, que '

s'il eût pensé à se tirer des mains de ses bourreaux et qu'il se fût détaché de la croix?

3. La mort de Jésus-Christ a été elle-même le plus grand de tous les miracles, parce qu'au lieu que les autres hommes meurent par faiblesse , il est mort ivir son absolue puissance. Comment cela? 1. C'est qu'étant exempt de tout péché et même absolument impeccable, il était naturellement immortel ; 2. c'est qu'en vertu de son sacerdoce , étant par excellence le souverain pontife de la loi nouvelle , il n'y avait que lui qui pût ni qui dût offrir à Dieu le sacrifice de la rédemption du monde , et immoler la victime qui y était destinée. Ce fut donc lui-même qui se sacrifia; et c'est en ce sens qu'il disait : Nemo tollit animam meam a me, sed ego pono eam a me ipso. Aussi mourut-il en poussant un grand cri vers le ciel : ce qui montre qu'il no mourait pas par défaillance de nature , et ce qui fit conclure au centenier qu'il était Dieu. Il est vrai que ce Dieu mourant a eu ses langueurs et ses faiblesses; mais ses faiblesses mêmes et ses langueurs étaient autant de miracles. S'il sue dans le jardin, c'est d'une sueur de sang; si quelques moments après sa mort on lui perce le côté , il en sort du sang et de l'eau.

4. Jésus-Christ , par l'infamie de sa mort , est parvenu à la plus haute gloire; et expirant sur la croix , il a triomphé par sa croix même de Tinfidélité du monde. Au seul nom de Jésus crucifié tout fléchit le genou , comme Dieu l'avait révélé à saint Paul dans un temps où tout semblait s'opposer à un effet si merveilleux. Nous avons vu nos princes et les premiers de nos princes s'humilier devant sa croix. Elle a passé du lieu infâme des supplices sur le front des monarques et des empereurs : elle a vaincu l'idolâtrie et détruit le culte des faux dieux. Tout cela selon la prédiction qu'en avait faite le Sauveur lui-même ; et ne sont-ce pas là les plus sensibles marques de la Divmité? Nous avons peine à comprendre l'obstination et Taveuglemeot des pharisiens après tant de miracles qu'ils avaient vus : nous en voyons actuellement un encore plus grand , je veux dire le triomphe de la croix ; et notre foi , malgré ce miracle, est toujours languissante et chancelante. Pour bien proûter de c^ mystère , tremblons et pleurons dans l'esprit d^me salutaire componction , au lieu de trembler et de pleurer par le sentiment d'une dévotion passagère et superficielle. Il faut que Jésus-Christ mourant fasse un miracle en nous, et c'est le miracle de notre conversion. Pécheurs , c'est pour vous que son sang coule , et voilà ce qui vous doit remplû: de confiance. II a converti ses bourreaux; pourquoi ne vous convertira-t-il pas? Approchez du trône de sa grâce, qui est sa croix ; mais approchez-en avec des cœurs contrits et humiliés. Donnerez-vous pour cela , Seigneur, à ma parole assez de bénédiction ; et puis-je espérer qu'entre ceux qui m'écoutent il y en aura d'aussi touchés que le centenier?

Deuxième partie. C'est dans le mystère de la croix que Dieu a fait éclater plus hautement sa sagesse. Les pensées de l'homme et celles de Dieu étant aussi opposées qu'elles le sont depuis le péché, il ne faut pas s'étonner que l'homme ait souvent entrepris de censurer les œuvres du Seigneur. Ce qui doit plus nous surprendre , c'est que l'homme S6 soit scandalisé contre Dieu des bienfaits mêmes de Dieu. Le mystère d'un Dieu crucifié parait au mondain une folie ; et moi je dis avec l'apôtie , que c'est par excellence l3 mystère de la sagesse de Dieu. Il fallait deux rhofles :

1. satisfaire Dieu offensé; 2. réformer Thomme perrerU et corrompu. Or, pour parvenir à ces deux fins, point de moyen plus efficace et plus infaillible que la croix du Sauveur.

1. Point de moyen plus efficace et plus infaillible que la croix de Jésus-Christ pour satisfaire Dieu offensé. Dieu ne pouvait être satisfait que par un Homme-Dieu ; et qu*a•^U fait cet Homme-Dieu , ou plutôt que n*a-t-il point fait? En quoi consistait roffensc de Dieu ? en ce que l'honmie avait affecté d'être semblable à Dieu, Eritis sicut dii : et moi, dit FHomme-Dieu , pour satisfaire mon Père , je m*abaisserai au-dessous de tous les hommes, Ego autem sum vermis et non homo. L'homme s'était révolté contre Dieu ; et moi , dit l'Homme-Dieu , je me ferai obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix : Foetus obediens usqtte ad mortem , morlem autem crucis, Vhomme , par une intempérance criminelle, avait mangé du fruit défendu; et moi, dit l'Homme-Dieu , je me ferai un homme de douleurs , Virum dolorum. Pouvons-nous, concevoir une réparation plus authentique ?

Ce n'est pas assez. Car j'ajoute que ce Sauveur des hommes nous a fait parfaitement comprendre trois choses auxquelles se doit rapporter toute la sagesse de l'honmie , et dont la connaissance était pour vous et pour moi essentiellement attachée au mystère de Jésus-Christ mourant sur la croix; savoir, ce que c'est que Dieu, ce que c'est que le péché, ce que c'est que le salut. Qu'est-\% que Dieu ? Un être pour la gloire duquel il a fkllu qu'il y eût un Homme-Dieu humilié et anéanti jusqu'à la croix. Voilà l'idée que je m'en forme , et qui passe tout ce que j'en pourrais d'aUleurs imaginer. Qu'est-ce que le péché} Un mal pour l'expiation duquel il a fallu qu'un Homme-Dieu se ftt ahathème, et devint un sujet de malédiction. Voilà ce que le mystère de la croix me prêche. Qu'est-ce que le salut de l'homme? Un bien qui seul a coûté la vie d'un Dieu. Voilà la grande leçon que me fait ce divin maître expirant sur la croix. Or un mystère qui me donne de si hautes idées de Dieu , qui m'inspire une horreur infuiie pour le péché, et qui me fait priser mon salut préférablement à tous les autres biens , ne doit-il pas être un mystère de

2. Point de moyen plus efficace et plus infaillible que la croix de Jésus-Christ, pour réformer l'homme perverti et corrompu parle péché. II y a trois sources du péché , selon saint Jean : la concupiscence des yeux , la concupiscence de la chair, et l'orgueil de la vie. Trois concupiscences dont voici les remèdes, que le Fils de Dieu nous a apportés du ciel , et qu'il nous présente dans sa passion : le dépouillement de toutes choses et la nudité où il meurt, contre l'amour des richesses, qui est la concupiscence des yeux ; ses humiliations , contre l'ambition , qui est l'orgueil de la vie ; ses souffrances , contre la sensualité , qui est la concupiscence de la chair. Que serait-ce que le monde et quel ordre y verrait-on , reprend le savant Pic de la Mirande , si les hommes vivaient selon les exemples que Jésus-Christ leur a donnés et les leçons qu'il leur a faites dans sa passion ?

Mais pourquoi fallait-il que Jésus- Christ, sans être sujet à nos maux , en éprouvât les remèdes dans sa personne ? Il le fallait pour nous les adoucir et pour nous en persuader l'usage. S'il eût choisi pour nous sauver les douceurs de la vie, quel avantage notre amour-vvopre , source de

toute corruption, n'aurait-il pas tiré de là, et jusqu'à quel point ne s'en serait-il pas prévalu?

Mais pourquoi corriger des excès par d'autres excès , les excès de l'homme par les excès d'un Dieu? £t moi Js dis , quelle sagesse d'avoir corrigé des excès de malice par des excès de perfection, des excès d'miquité par des excès de sainteté, des excès d'ingratitude par des excès d'amour!

En voilà trop pour confondre un jour notre raison dans le jugement de Dieu ; et n'est-il pomt déjà commencé pour nous ce jugement ? Car dès aujourd'hui ce Sauveur mourant s'est mis en possession déjuger le monde : Nuncjudi cium estmundi. Sa croix sera produite contre nous à la fin des siècles : l\ine parebit signum Filii hominis. Pensée terrible pour un mondain ! c'est la croix de Jésus-Christ . qui me jugera. Tout ce qui ne s'y troovera pas oonfonne portera le caractère et le sceau de la réprobation. Au contraire, pensée consolante pour une âmefidèle et juste : c'est la croix de Jésus-Christ qui décidera de okhi sort; cette croix en qui j'ai mis ma confiance , cette croix dont je vais adorer l'image devant cet autel , et dont je vais être moimême une hnage vivante.

LA FÊTE f>E PAQUES.

SUR LA RÉSURRBCriOIf DE JÉSUS-CmUST.

Sujet. Il a été livré pour nos péchés, et il est ressut' cité pour notre just\fication.

Il semble que Jésus-Christ, ayant achevé sur la croix l'ouvrage de notre rédemption , ne devait plus penser qu'à sa propre grandeur, et qu'étant mort pour nous , il ne devait ressusciter que pour lui-même. Mais c'est un Dieu , dit saint Bernard , qui veut nous appartenir entièrement, et dont la gloire et la béatitude se rapportent à nous aussi bien que ses humiliations et ses souffrances. Si donc il res suscite, c'est pour notre sanctification et pour nous apprendre à ressusciter spirituellement avec lui.

Division. Jésus-Christ par le mérite de sa mort nous a justifiés. Mais , outre ce mérite, il nous (ÎEdIait un modèle sur qui nous pussions nous former, et que nons eussions sans cesse devant les yeux , pour travailler nons-mêmes à l'accomplissement de ce grand ouvrage de notre justification , ou , si vous voulez , de notre conversion , à laquelle, selon l'ordre de Dieu , nous devions coopérer. Or ce modèle, c'est la résurrection du Sauveur. Car, comme Je» sus-Christ est ressuscité , disait l'apôtre , nous devons entrer nous-mêmes dans une vie nouvelle. Cette vie nouvdle doit donc avoir les deux caractères de la résurrection dn Fils de Dieu , que l'Évangile nous a marqués. Le Seigneur est vraiment ressuscité, Surrexit Daminus vere : et il ' s'est fait voir à Pierre , et apparuit Simoni. Ahisi, être converti , premier caractère de notre résurrection spirituelle : première partie. Paraître converti, second caractère de notre résurrection spirituelle : deuxième partie.

Première partie. Être converti comme Jésus-Christ est ressuscité. Jésus^lu-ist est vraiment ressuscité , et après sa résurrection il n'a plus vécu en hooune mortel, mais en homme tout céleste. De même il fkut, 1. que nous soyons vraiment convertis; 2. qu'après notre conversion nous ne vivions plus êa hommes charnels et mondains, mais d'une vie toute spirituelle et toute sainte.

1. Jésus-Christ est vraiment ressuscité, prindpe mcontestable , et dont le Sauveur du monde , avant toutes choses , prit soin de bien convaincre ses apôtres , voulant que

ANALYSES DES SERMONS

6da

Cette résurrection véritable nous senrit d'exemple. Car c^est «insi que nous devons être yraiment convertis. Or ne pourrais-je pas bien dire de notre résoirection spirituelle et de notre conversion » ce que saint Paul disait de la résurrection future de nos cx>rp8 : Mes frères , voici un important secret que je vous déclare ; nous ressusciterons tous 9 mais nous ne serons pas tous changés. En effet , dans cette solennité de Pâques et jusque dans le tribunal de la pénitence , nous menions souvent au Saint-Esprit , nous imposons au monde , et nous nous trompons nousmêmes par une fausse conversion. Ce n'est point par là qu*on ressemble à Jésus-Christ ressuscité; mais par une vraie conversion , c'est-à-dire par une conversion sincère et sans déguisement, par une conversion surnaturelle, et dont Dieu soit le principe, l'objet et la fin.

Conversion sincère et sans déguisement. Ce qui nous perd devant Dieu , et ce qui nous empêche de ressusciter en esprit , comme Jésus-Clirist est ressuscité selon la chair, c'est communément un levain de péché que nous fomentons dans nous, et dont nous ne travaillons pas à nous défaire. C'est pourquoi saint Paul nous avertit que nous devons célébrer celte fête , non avec le vieux levain , avec un levain de dissimulation et de malice, Alon in/ermento veteris, neque in/ermento malitiœetnequitiœ; mais dans un esprit de sincérité et de vérité , sed in azymis sinceriiatis et veritatis.

Conversion surnaturelle et dans la vue de Dieu. Autrement qu'est-ce devant Dieu que notre conversion, si ce sont des motifs humains , la prudence delà chair, la crainte du monde, l'intérêt, qui raniment? Jésus-Christ ressuscita par une vertu toute divine, et c'est par un principe tout divin que nous devons ressusciter. Loin de moi , disait l'apôtre , cette fausse justice , que je pourrais trouver dans moi , et qui serait de moi et non de Dieu. Ainsi tous les vrais pénitents se sont-ils élevés du-dessus d'eux-mêmes et de la chah-, et ont-ils envisagé Dieu dans leur pénitence.

2. Jésus-Christ après sa résurrection n'a plus vécu en homme mortel, mais en homme tout céleste. Il avait un corps, et ce corps revêtu de gloire semblait être de la nature et de la condition des esprits. Ce qui faisait dire à l'apôtre : Quoique auparavant nous ayons connu Jésus-Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de la même sorte, ni selon cette même chair. Appliquons-nous ces paroles, et concluons que si nous sommes vraiment convertis , il faut qu'on ne nous connaisse plus selon la chair, ni selon les désirs de la chair, mais comme des hommes tout spirituels. C'est par là que nos corps participent dès cette vie à la gloire de Jésus-Christ ressuscité. C'est par là qu'ils deviennent incorruptibles, pleins de vertu , de force , d'honneur. Biais souvenons- nous qu'ils ne sont rien de tout cela qu'autant que nous y coopérons par notre vigilance et par nos soins. Quelque affermis que nous soyons dans le bien , nous ne sommes pas inébranlables. Que faut-il donc faire , et comment devonsnous vivre dans le monde ? Saint Paul nous l'apprend : Quœ sursum suntsapite, n'ayez plus de goût que pour les choses du ciel ; Quœ sursum sunt quœrite, ne cherchez plus que les choses du ciel.

Deuxième partie. Paraître converti comme Jésus-Christ parait ressuscité. Pourquoi Jésus-Christ demeure-t-il encore quarante jours sur la terre après sa résurrection?

pour la faire connaître ^ ses disciples et pour les en convaincre. C'est pour cela qu'il se fait voir à eux sous tant de figures différentes. Belle leçon pour nous. Car comme ce n'est point assez de paraître convertis si nous ne le sommes en effet , aussi ne suffit-il point de l'être et de ne le pas paraître. Être et paraître ^ ce sont deux obligations ; et accomplir l'une sans se mettre en devoir de satisfaire à l'autre, ce n'est qu*une justice imparfaite. Si Jésus-Christ n'eût pas paru ressuscité , il eût laissé notre foi dans le trouble; et si nous ne paraissons pas convertis , nous ne faisons qu'à demi notre devoir et l'œuvre de Dieu. Je dis plus : être et paraître converti , ce sont tellement deux obligations différentes , qu'elles sont néanmoins iuséparables. Car paraître converti, remarque saint Thomas, est une partie de la conversion même. Comment cela? parce qu'être converti, cest embrasser tous les devoirs de l'homme chrétien. Or un devoir de l'homme chrétien est de paraître ce qu'il est; et s'il a été pécheur et rebelle à Dieu , un de ses devoirs est de paraître obéissant et ^umis à Dieu. Ce devoir est fondé, 1. sur l'intérêt de Dieu; 2. sur l'intérêt du procham; 3* sur notre propre mtérêt.

1 . Obligation de paraître converti , fondée sur l'intérêt de Dieu qu'on a offensé. Sans cela quelle réparation lui ferez-vous de tant de crimes , et comment lui rendrez-vous la gloire que vous lui avez ravie en les commettant? Le juste même, quoique juste, dit saint Chrysostôme, est obligé de se déclarer pour Dieu : combien plus le pécheur qui se convertit doit-il non-seulement confesser le Dieu qu'il sert , mais faire justice au Dieu qu'il a déshonoré? U faut donc , conclut le même Père , que la vie de ce pécheur, dans l'état de sa pénitence , soit comme une amende bo^ norable qu'il fait à son Dieu. Aussi, quand saint Pierre, après la résurrection du Sauveur, paraissait dans les synagogues et dans les places publiques, prêchant le nom de Jésus-Christ, d'où lui venait surtout ce zèle? du souvenir de son péché. Vous reconnaissez comme lui que vous avez outragé votre Dieu : n'est-il pas juste que par une vie exemplaire vous effaciez les impressions que votre impiété a pu donner contre sa loi ? Le fils de Dieu voulut que ses apôtres , qui l'avaient abandonné dans sa passion , lui servissent ensuite de témoins : Eritis mihi testes. Voilà ce que vous devez être au milieu du monde , surtout à h cour. Bien lom que vos désordres passés affaiblissent votre témoignage , c'est au contraire ce qui le fortifiera et le rendra plus convaincant.

2. Obligation de paraître converti, fondée sur l'intérêt du prochain que vous avez scandalisé. Car, devez-vous dire , il hui que je répare, par un remède proportionné, les scandales de ma vie : or ce qui a scandalisé mon frère , ce n'est point précisément mon péché , mais ce qui a paru de mon péché. Pourquoi Jésus-Christ a-{-il paru ressuscité, ou plutôt à qui a-t-il paru ressuscité? aux uns, pour les consoler ; aux autres , pour les ramener de leur égaremeni ; à ceux-là, pour vaincre leur incrédulité; à ceux-ci, pour leur reprocher l'endurcissement de leur cœur. C'est ainsi que nous devons paraître convertis, pour la consolation des justes , pour la conversion des pécheurs , pour la conviction des libertins. Pour la consolation des justes : combien d'àmes saintes pleuraient sur vous et étaient sensiblement touchées de votre état! Comme votre péché les a affligées, il faut que votre pénitence les réjouisse sur la terre,

I aussi bien que les anges dans le ciel. Pour la conversion d«f

AiNALYSES DES SERMO.NS.

pécheurs : Texemple de votre cou version sera un attrait mille fois plus puissant pour eux que celui des justes qui se sont toujours maintenus justes. Aussi Jésus-Christ choisitil saint Pierre pénitent et converti pour ramener ses frères et pour les confirmer : Et tu allquando couver $us, confirmafratres iuos. Pour la conviction des libertins et des incrédules : saint Thomas eut une grâce d'autant plus spéciale pour prêcher la foi , qu*il avait été plus infidèle. Ce qui touche les impies, c'est d'enleodie un impie comme eux dire : Je suis persuadé.

3. Obligation de paraître converti, fondée sur notre intérêt propre. On ne veut pas qu'il paraisse qu'on ait changé de conduite, pourquoi? parce qu'on sent bien que si ce changement venait une fois à éclater, on serait obligé de le soutenir, et que l'honneur même venant au secours du devoir, on ne pourrait plus dans la suite s'en dédire. D'où je conclus que nous devons regarder comme un avantage de paraître convertis, puisque-, de notre propre aveu, le paraître et l'avoir paru est une raison qui nous engage à l'être toujours et à persévérer. Mais si je retombe en effet , que dirat-on? Ne pensons point à cela, sinon autant que cette pensée nous peut être salutaire pour nous animer; et du reste preuons confiance et agissons.

Compliment au roi.

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