‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 250 sur 256 · LE CLNQUIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

LE CLNQUIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

SUR LÀ SOCIÉTÉ nES JUSTES AVIC LES FÉCHEURS.

Sujet. Tandis que les gens dormaient, Vennemi vint, et sema de Vivraie parmi le bon grain.

Les pécheurs sont dans cette vie parmi les justes comme rivraie parmi le bon grain , et il est important que les justes soient instruits de la manière dont ils doivent se comporter, et qu'ils sachent quelle société ils peuvent avoir avec les pécheurs.

Division. Nous devons demeurer avec les pécheurs comme Dieu y demeure. Or, Dieu n'est avec les i)écheurs que par la nécessité de son être , et nous ne devons demeurer avec eux que par la nécessité de notre état , première partie. Dieu tire sa gloire des pécheurs, et travaille en même temps à leur salut : et c'est ainsi que nous devons rendre notre commerce avec les pécheurs également profitable pour nous et pour eux-mén)es, deuxième partie.

PREHièRE PARTIE. Dicu n'est avec les pécheurs que par la nécessité de son être, et nous ne devons demeurer avec eux que par la nécessité de notre état. A entendre parler l'Écriture, on dirait que Dieu n'est pas avec les pécheurs et qu'il y est II n'y est pas comme ami par une protection spéciale, et par la communication de ses dons; mais il y est comme Dieu Créateur qui doit veiller au gouvernement du monde et condnû^ toutes les créatures. 11 y est par son immensité divine dont il ne peut se dépouiller, et qui le rend partout présent. Admirable idée de la conduite que nous devons observer à l'égard des libertins du siècle. Vivons avec eux autant que nous y sommes obligés; car il y . fi certaines liaisons qu'il ne nous est pas permis de rompre ; mais du reste, dès que nulle nécessité ne nous retient auprès d'eux , séparons-nous-en et fuyons-les. Amsi l'ordonnait saint Paul aux chrétiens de Thessalonique, et ainsi le pratiquait David. Ainsi Dieu lui-même le commandait en termes formels aux enfants dlsraël , leur défendant tout i wiii uicrce avec les nations faifidèles. Nous devons donc taire dès maintenant ce qui se fera à la résurrection générale, où les élus seront séparés des réprouvés; et c'est en cela que consiste par avance la gloire et la perfection des Justes sur la terre. Exemple d'Acharo et de Judas. Voilà pourquoi l'Église excommunie certains pécheurs. Si elle ne lance j^as ses foudres sur les autres, ce n'est pas qu'elle vous

permette de les fréquenter; et indépendamment des anathènfts de l'Église , nous ne pouvons nous lier vrec les impies, 1. sans devenir coupables d'un méprit exprès de Dieu; 2. sans devenUr le scandale de nos frères; X sins devenir ennemis de nous-mêmes , en nous perdant noosmômes.

1 . C'est mépriser Dieu , puisque c'est s*iinir avec ses ennemis. Exemple de Josaphat

2. Cest scandaliser le prochain : car que peot-on pen* ser d'un homme ou d'une femme, qa'on voit tooyoan ce certames compagnies et avec des gens décriés?

3. C'est se perdre soi-même, on s'exposer à se perdre : car qui ne sait pas combien les mauvaises oompagoies sont dangereuses? Exemple des Juifs. Défense de lÉgliie. Passage de Tertullien. Si nous examinons bîea quel esl le principe de hi corruption du siède , nous n'en trouvenai point de plus commun que les sociétés et les conversatiom du monde profane.

Deuxième partie. Dieu tire sa gloire des pécheurs et travaille en même temps à leur salut; et c'est ainsi que nous devons rendre notre commerce avec les pécheurs également profitable pour nous et pour eux-mêmes.

,1. Que Dieu tire sa gloire Ses pécheurs, c'est ce qw prouve saint Augustin en faisant voir comment Dieu s'est servi des infidèles pour opérer les merveilles de sa grioe, des hérétiques pour éclaircir les vérités de la religion, de< schismatiques pour étabUr la perpétuité de son Église, et des Juifs pour rendre témoignage à Jésus-Christ II s'est servi des Ronudns pour exercer ses vengeances sur Jém • salem , et des tyrans pour avoir des martyrs sur la terre et des saints dans le ciel. Quand donc nous nous trouvant nécessairement engagés avec les pécheurs , nous devons de même en profiter pour notre sanctification et notre perfection. Car quelles occasions ne nous fournissent-ils pas de pratiquer la patience , la charité , l'humilité , les plus émmentes Tertus? Mais nous renversons là-dessus tous les desseins de la Providence. -Une femme vivant avec on mari emporté et vicieux pourrait, par sa douceur et sa soumission , acquérir des mérites sans nombre; mais elle perd tout par ses murmures et ses révoltes. Ainsi des antres. Et il ne fout point dire que dans un autre état on travaillerait mieux à se sanctifier. On ne le peut mieux foire que dans l'état qui nous est marqué de Dieu , parce que c'est pour cet état qu'il nous a préparé les secours de sa grâce , et que c'est dan^ cet état que nous lui donnerons de plus solides témoignages de notre fidélité.

2. Dieu tirant sa gldre des pécheurs pense en même temps à leur salut, n les appelle à hii , il les invite à U pénitence , il leur en procure les moyens. Voilà comment do» devons, en profitant des pécheurs pour nous-mêmes, profiter nous-mêmes aux pécheurs. Devoir général : la charité nous oblige tous , comme chrétiens , de nous aider les m les autres par de salutaires conseils, de sages reoBontrasoet, de bons exemples. Devoir particulier et spédalement popre de certains états : c'est à un |ière de corriger un fili entraîné par le feu de ses passions, à une ncière de corriger une fille , à un maître de corriger un domestique. D^ voir encore plus particulier pour les pécheurs eux-mêmes, lorsqu'ils ont eu le bonheur de se reconnaître : ils doireol tâcher de gagner autant d'âmes à Dieu par leur zèle, qu'il» en ont perdu par leurs scandales.

ANALYSES DES SERMOiNS.

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