‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 63 sur 256 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Dans quelque obligation que nous puissions être et que nous soyons en effet d'exposer quelquefois notre vie, c'est une vérité incontestable, fondée sur la première loi de la charité , que nous nous devons à nous-mêmes, qu'il ne nous est jamais permis d'exposer notre salut. Or il est évident que nous l'exposons , et par conséquent que nous péchons autant de fois que nous nous engageons témérairement dans la tentation. Je m'explique. Il n'y a personne qui n'ait, et en soi-même, et hors de soi-même, des sources de tentations qui lui sont propres : en soimême^ des passions et des habitudes; hors de soimême , des objets et des occasions , dont il a personnellement à se défendre , et qui sont par rapport à lui des principes de péché. Car on peut très-bien dire de la tentation ce que saint Paul disait de la grâce : que comme il y a une diversité de grâces et d'inspirations, qui toutes procèdent du même esprit de sainteté, et dont Dieu, qui opère en nous, se sert, quoique différemment , pour nous convertir et pour nous sauver; aussi il y a une diversité de tentations que le même esprit d'iniquité nous suscite pour nous corrompre et pour nous perdre. Nous savons assez quel est le faible par où elle nous attaque plus communément; et pour peu d'attention que nous ayons sur notre conduite, nous distinguons sans peine, non-seulement la tentation qui prédomine en nous, mais les circonstances qui nous la rendent plus dangereuse. Car, selon la remarque de saint Chrysostôme, ce qui est tentation pour l'un ne l'est pas pour l'autre; ce qui est occasion de chute pour celui-ci peut n'être d'aucun danger pour celui-là, et tel ne sera point troublé ni ébranlé des plus grands scandales du monde, qu'une bagatelle , si j'ose le dire, par la disposition particulière où il se trouve , fera malheureusement échouer. Le savoir, et ne pas fuir le danger, c'est ce que j'appelle s'exposer à la tentation contre l'ordre de Dieu. Or je prétends qu'un chrétien alors ne doit point attendre de Dieu les secours de grâces préparés pour combattre la tentation et pour la vaincre. Je prétends qu'il n'est pas en droit de les demander à Dieu, ni même de les espérer. Je vais plus loin, et je ne crains point d'ajouter que, quand il les demanderait , Dieu , selon le cours de sa providence ordinaire, est expressément déterminé à les lui refuser. Que puis-je dire de plus fort pour faire

SUR L'AUMONE

la faisant pas. Car c*est ce qui arrive aux spirituels mêmes, saus qu'ils y fassent réflexion. Or, est-ce là rcspritde TÊvangile? Accoutumons-nous, mes cbers auditeurs , à faire les actions chrétiennes chrétiennement, et n*en corrompons point la sainteté par le mélange de l'iniquité. Faire ainsi Taumône, ce n'est point pratiquer, mais profaner une vertu. Si je fais Taumone dans Tordre de Dieu, je dois être prêt à la faire sans distinction et sans exception; à la faire partout où je verrai le besoin , et selon la mesure du besoin que Dieu me fera connaître. Tellement qu'à prendre la chose en général , si je vois mon ennemi même dans une nécessité plus pressante , je dois le secourir par préférence à tout autre. Voilà ce que m'apprend le christianisme que je professe; et sans cela, je n'ai qu'une charité apparente. Car je ne mérite rien dans les aumônes que je fais, et je me rends doublement coupable dans celles que je ne fais pas : pourquoi? parce que dans les aumônes que je fais , je ne suis que mon inclination ; et dans celles que je ne fais pas, je satisfais mon ressentiment, et je manque àunedemes plus étroites

Ce n'est pas qu'il ne soit permis, et qu*il ne soit même à propos d'avoir là-dessus certains égards ; et je conviens avec tous les maîtres de la morale , que les proches et les domestiques doivent communément l'emporter sur les étrangers; ceux qui se trouvent dans une impuissance absolue de s'aider, sur ceux à qui il reste encore dans leur travail quelque ressource; ceux qui s'emploient à procurer la gloire de Dieu et à sanctifier le prochain, sur ceux qui ne sont occupés que d'eux-mêmes et de leur propre salut. Ce fut le puissant motif qui porta saint Louis à répandre si libéralement ses grÂces sur ces deux apôtres de son siècle, saint Dominique et saint François d'Assise. Il n'épargna rien pour les soutenir, pour les seconder, parce qu'il les regarda comme les défenseurs de l'Église, comme les propagateurs de la foi , comme les dispensateurs de la parole de Dieu. Ce n'est plus guère peut-être la dévotion de notre temps; mais la dévotion de saint Louis était sans doute aussi solide que la nôtre.

L'ordre de l'aumône ainsi réglé par rapport au pauvre à qui l'aumône est due, il reste à le régler par rapport au riche à qui l'aumône est commandée; et c'est ce que je réduis à cinq articles, par où je finis en peu de paroles, pour ne pas fatiguer votre patience.

Première règle : que l'aumône soit faite d'un bien propre , et non point du bien d'autrui , comme il arrive tous les jours; non point d'un bien injustement acquis, et que la conscience me reproche. Car notre Dieu, chrétiens, a l'injustice en horreur, et la déteste jusque dans le sacrifice et l'holocauste, comme parle l'Écriture ; Odio habefis raplnam

in holocausto. (Isâi. 01.) Faire des aumônes du bien d'autrui, dit saint Chrysostôme, c'est faire Dieu le complice de nos larcins, et vouloir qu'il participe à notre péché. Puisque l'aumône, selon saint Paul , est comme une hostie qui nous rend Dieu favorable, TaUtms enim hostiis promeretur Deu9 {Hebr, 13), offrons-lui cette hostie toute pure, et ne confondons jamais une aumône et une restitution ; car ce sont deux choses essentiellement distinguées que la restitution et l'aumône; et jamais Taumône ne peut être le supplément de la restitution , si ce n'est que la restitution nous soit impossible.

Seconde règle : que les actions de justice envers les pauvres passent toujours devant les œuvres de pure charité; ou, si je puis ainsi parler, que l'aumône de justice précède toujours l'aumône de charité. Car il y a, mes frères, une aumône de justice; et j'appelle aumône de justice , payer aux pauvres ce ^ qui leur appartient, payer de pauvres domestiques, payer de pauvres artisans , payer de pauvres marchands, ou même de riches marchands, mais qui de riches qu'ils étaient, tombent dans la pauvreté, parce qu'on les laisse trop longtemps attendre. Or, la loi de Dieu veut que cette espèce d'aumône ait le premier rang, et c'est par là qu'il faut commencer. Mais avouons-le, chrétiens, c'est une morale que bien des riches du monde ne veulent pas entendre aujourd'hui. Vous le savez : on traite ce marchand, cet artisan, qui fait quelque instance, de fâcheux et d'im* portun ; on le fait languir des années entières ; et après bien des remises, qui l'ont peut-être à demi ruiné, on lui donne à regret ce qui lui est le plus légitimement acquis, comme si c'était une grâce qu'on lui accordât, et non une dette dont on s'acquittât. Combien même en usent de la sorte par une politique d'intérêt que je n'examine point ici; voulant paraître incommo* dés dans leurs affaires , et cacher leur état aux yeux des hommes, mais sans le pouvoir cacher aux yeux de Dieu? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas sans raison que je touche ce point ; et sans que je m'explique davantage, tel qui m'écoute comprend assez ce que je dis , ou ce que je veux dire.

Troisième règle : que les aumônes ne soient point jetées au hasard, mais données avec mesure, avec réflexion. Autrement, ce sont des aumônes souvent mal placées. L'un reçoit, parce que le hasard vous l'a présenté ; et Tautre ne reçoit rien , parce que vous n'avez pas pris soin de le chercher et de le connaître. Mais celui-là peut-être que vous soulagez pouvait encore se passer d'un tel secours ; et celui-ci que vous ne soulagez pas, manque de tout, et se voit réduit aux dernières extrémités.

Quatrième règle : que les aumônes soient publiques, quand il est constant et public que vous possédez de grands biens, et que vous êtes dans l'abondance; pourquoi ?pour satisfaire à l'édification

poar donner Fexemple, pour accomplir la parole de Jésus-Christ : Luceat luxvestracoram hominibus, et videatU opéra vesira bona. (Mâtth. 6.) Car n'est-ce pas un scandale , de voir des riches vivre dans Fopulence, et de ne savoir, ni s*ils font Tauinône, ni où ils la font? Ce n*est point pour eux que le Sauveur du monde a dit : Nesciat sinistra tua qtUd faciat dextera tua ( Mâtth. 6 ) : que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite. Ce serait une fausse humilité.

Cinquième et dernière règle : c'est de faire Taumône dans le temps où elle vous peut être utile pour le salut, sans attendre à la mort , ou même après la mort. Et voilà , mes chers auditeurs , le point important que je ne puis assez vous recommander. Car de quel mérite peuvent être devant Dieu des aumônes faites seulement à la mort; et quel fruit en pouvez-vous retirer, alors, qui soit comparable à ce quelles auraient valu pendant la vie?£st-ce bien témoigner à Dieu votre amour, que de lui faire part de vos biens quand vous n'êtes plus en état de les posséder, quand la mort vous les arrache par violence, quand ils ne sont plus proprement à vous.' On dit : cet homme a beaucoup donné en mourant; et moi je dis : il n'a rien donné; mais il a laissé, et il n'a laissé que ce qu'il ne pouvait retenir, et que parce qu'il ne le pouvait retenir. II l'a gardé jusqu'au dernier moment; et s'il eût pu l'emporter avec lui , ni Dieu , ni les pauvres n'auraient eu rien à y prétendre. Aussi , que lui servent de telles aumônes, et quel profit en doit-il espérer? Car il est de la foi, chrétiens, que toutes vos aumônes après la mort n'ont plus de vertu pour vous sauver. Elles peuvent bien soulager votre âme dans le purgatoire ; mais quant au salut, ce sont après la vie des œuvres stériles; pourquoi ? parce que l'affaire du salut est déjà décidée, et que l'arrêt est sans appel. Cependant, riches du siècle, la grande vertu de l'aumône à votre égard , c'est de contribuer à votre salut. Si ce riche daus la vie eût fait une partie des aumônes qu'il a ordonnées à la mort, ses aumônes l'auraient sauvé; elles lui auraient attiré des grâces de conversion; elles auraient prié pour lui , selon le langage de l'Écriture. Car ce ne sont pas tant les pauvres qui prient pour nous , que l'aumône même : Conciude eleemosynam in sinu pauperis, et ipsa exorabit pro te. {Ecclù 29. ) Que le pauvre prie, ou qu'il ne prie pas, l'aumône prie toujours indépendamment du pauvre : mais en vain après la mort prierait-elle pour votre conversion , puisque ce n'est plus le temps de se convertir. En vain réclamerait-elle pour vous la miséricorde divine , puisque ce n'est plus le temps de la miséricorde.

La conséquence qui suit de là, c'est la grande leçon que nous fait saint Paul : Dum tempus habemus , operemur bonum. ( Calât. C. ) Si nous aimons

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Dieu , et si nous nous aimous nous-mêmes, faisons de bonnes œuvres tandis que nous en avons le temps. Je ne prétends pas vous détourner d'en faire à la mort; à Dieu ne plaise! c'était un usage trop saint et trop chrétien -que celui des fidèles autrefois , de vouloir que Jésus-Christ fût leur héritier « et qu'il eût part à leurs dernières volontés. Mais du reste , souvenons-nous que les bonnes œuvres de la vie ont tout un autre poids. Ah! chrétiens, voici le temps où Dieu se dispose à verser plus abondamment ses grâces , et où il vous appelle plus fortement à la pénitence. Or, un des moyens les plus efBcaces pour le toucher en votre faveur, c'est de lui envoyer, selon la figure de l'Évangile, des médiateurs qui lui parlent pour vous, et qui s'engagent à consommer l'affaire de votre conversion, et celle de votre salut et de votre sanctification. On s'étonne quelquefois de voir des pécheurs d:anger tout à coup ; des libertins et des impies renoncer à leurs habitudes , et s'attacher à Dieu ; des aveugles et des endurcis se reconnaître, et devenir sensibles aux vérités étemelles ; des impénitents de plusieurs années , par une espèce de prodige, après une vie déréglée et dissolue, mourir de la mort des saints : mais moi je n'en suis point surpris, si ces pécheurs, si ces impies et ces libertins, si ces aveugles et ces endurcis , si ces impénitents ont été charitables envers les pauvres. C*est l'accomplissement des oracles de l'Écriture; c'est un effet des paroles de Jésus-Christ; c'est la bénédiction de l'aumône. Il faut pour cela que Dieu fasse des miracles; mais les miracles, pour récompenser Faumône , ne lui coûtent point. Il faut que Dieu se relâche de ses droits, et qu'il arrête tous les foudres de sa justice; mais, si j'ose m'exprimer de la sorte, l'aumône fait violence à la justice divine ; et pour les intérêts du pauvre et du riche qui l'assiste. Dieu n'a point de droits si légitimes et si chers qu*il ne soit prêt à céder. David disait quMl n'avait point vu de juste abandonné : Non vidi justum derelictum {l*s, 86) : et je puis dire que je n'ai point vu de riche libéral et tendre pour les pauvres , en qui je n'aie remarqué certains effets de la grâce, qui m'ont rempli de consolation. Mais au contraire, il n'est, hélas ! que trop commun de voir ces riches avares , ces riches insensibles aux misères du prochain , vivre sans foi et sans loi , vieillir et blanchir dans leurs désordres , et mourir enfin dans leur impéniience. pourquoi? parce que, suivant l'arrêt du Saint- Esprit , il n'y a point de miséricorde pour celui qui n'exerce point la niiséricorde : Judicium sine mise' ricordiaei qui nonfacit misericordiam. (Jacob. 2.) Prévenons, mes chers auditeurs, un jugement si terrible. Réveillons dans nos cœurs tous les sentiments de la charité chrétienne; et par de saintes aumônes , faisons-nous des amis qui nous reçoivent dansréternitébienheureusequejevoussouhaite,etc.

SUR LES TENTATIONS

SERMON

LE DlBftANCHE DE LA PREMIÈRE SEMAINE.

Duclus est Jésus in deserium a SpirHtt , ui leuiaretur a diabolo. Et cum jejunasset quadraginta dithus et quadraginta noctibus , postea esuriit.

lésas fut conduit dans le désert p:ir rHjprU, pour y êtra tenté du démon. Et ayant Jeûné quarante Joun el quafotile Duits , il se sentit pressé de la faim. Saisît Mj^ttu. elmp. 4.

Sire,

N'cst-il pas étonnant que le Fils dfi Dieu* qtii n'est descendu sur la terre, comme dit soînt Jean, que pour détruire les œuvres du démon, ait voulu les éprouver lui-même, et se voir exposé m% attaques de cet esprit tentateur? mais quatre grandes raisons, remarque saint Augustin, Ty ont engagé, et toutes sont prises de notre intérêt, Nous étions trop fragiles et trop faibles pour soutenir la lentotian, et il a voulu nous fortifier; nous étions trop tinudes et trop lâches, et il a voulu nous encourager; nous étions trop imprudents et tro[i témérairos, et 11 a voulu nous apprendre à nous précautionner; nous étions sans expérience et trop peu versés dans Tart de combattre notre commun ennemi, et il a voulu nous renseigner.

Or c>st ce qu'il fait admirablement aujourd'hui Car, selon la pensée et Texpr^ssion de saint Grégoire, il nous a rendus plus forts, en surmontant nos tentations par ses tentatiotis niêuies, comme par sa mort il a surmonté la nôtre. Jusft^m quippe erat, ut tentatus nostras (entaiiones suis vincerel » quemadmodum morte nostram z^enerat sua mortem superare, ((jREG.) Il nous a rendus plus courageux et plus hardis, en nous animant par son exemple , puisque rien en effet ne doit plus nous animer que l'exemple d'un Homme-Dieu, notre souverain pontife, éprouvé comme nous en toutes manières , suivant la parole de saint Paul : Tenta* ium autem per omnia. {Ilebr, 4.) 11 nous a rendus plus circonspects et plus vigLlants, en nous faisant ;connattre que personne ne doîtse tenir en assurance , lorsque lui-même, le Saint des saints, il n^est pas à couvert de la tentation. EnGn il nous a rendus plus habiles et plus intelligents, en nous montrant de quelles armes nous devons user pour nous défendre i et en nous traçant les règles de cette milice spîrl* tuelle.

£n cela semblable à un grand roi , qui , pour repousser les ennemis de son Etat , et pour dis»j| leurs ligues , ne se costenla pas de Nve y

et dt- donner des ordres; maïs paraît le premier à fa tête de ses armées, les soutient par sa présence, les conduit par sa sagesse, le^ anime par sa valeur, et toujours, malgré les obstacles et les périls, leur assure ia jrîctoire* Or, si Texeniple d'un roi a tant de force et tant de vertu , comme tous b savejs , dïrè^ tiens , et comme vous Tavez tant de fois reconnu vous-mêmes, que doit faire Texemple d'un Dieu? Voici sans doute un des plus importants sujets que je puisse traiter dans la chaire , et qui demande plus de réflexion. Parmi tant d'excellentes leçons que nous donne Jésus-Clirîst dans TÉvangile de ce jour, tour liant la jnanière dont nous devons nous gouverner dans la tentation, j'en choisis deux auxquelles je m\')rréte , et que me fournissent les paroles de mon ti'Xte. La première est que ce divin maître ne ^'a au dfisert, où il est tenté, queparTinspirationderEsprît de Dieu : Dttctm est in deserium a Spirifu ut tejiîaretur. La seconde, qu'il n'y est tenté qu'après i*étre prémuni du jeûne et de la niortîfîcation des sens : £^ cum jejunassH quadraginta diebus H quadraginta noclibus , accessit icftfator, Df là je tirerai deux conséquences, Tune et Tautre bien utiles et bien nécessaires. Demandons, etc. Ave^ Maria,

De quelque manière que Dieu en ait disposé dans le conseil de sa sagesse, sur ce qui regarde cette prépiiration de grâces , que saint Augustin appelle prédpslinalioji , trois choses sont évidentes et incon^ lestahîes dans les principes delà foi; savoir : que, puur vaincre la tentation , le secours de la grâce est nécessaire, qu'il n'y a point de tentatian qui ne puisse être vaincue par la grâce , et que Dieu enfin , par un engagement de fidélité , ne manque jamais h nous fartîfier de sa grâce dans la tentation-

Sans la grike , je ne puis vaincre la tentation : c'est un article décidé contre rcrreur péla«tenoe. Or, quand je dis vaincre, j'entends de cette victoire sainte dont parbîl Topotre, lorsqu'il disait z Qid tegiiime ceriavcrit (2, Tïmoth, 2); de cette victoire qui est un eflet de l'esprit chrétien , qui a son mérite devant Dieu , et pour laquelle rhomtne doit être un jour récompensé dans le ciel et eouronoéi Car de vaijicre une tentation par une autre t«;ntat ion» un vice par un autre vice, un péché par un autre péché; de surmonter la vengeance par llntérft, l'intérêt parle plaisir* le plaisir par rambitron, m sont les venus et les victoires du monde, ofi ta grâc* n'a point de part. iMais de surmonter toutes ces Irritations et le moiidc même ponr Dieu, c'eit fa victoire de 1^ grâce et de nuir« foî i tt kmc etl

^P ' ; ! wiût tentatî^rt qui ne puilse être vain ^

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SUR LES TENTATIONS

porte une excelleute raison : car , dit-il en parlant aux fidèles : celui qui est en vous par sa grâce est bien plus fort que celui qui est dans le monde , et qui y règne en qualité de prince du monde : ncisiis eum , quoniam major est qui in vobis est , quam qtti in mundo. ( t . Joan. 4. ) C'est donc faire injure à Dieu, que de croire la tentation insurmontable, et de dire ce que nous disons néaumoins si souvent ; Je ne puis résister à telle passion; je ne puis tenir contre telle habitude et tel penchant. C'est , dans la pensée de saint Bernard , une parole d'infidélité encore plus que de faiblessse : pourquoi ? parce qu'en parlant ainsi , ou nous n'avons égard qu'à nos propres forces, et en ce sens la proposition est vraie; mais nous sommes infidèles de séparer nos forces de celles de Dieu ; ou nous supposons la grâce et le secours de Dieu , et en ce sens la proposition Don-seulement est fausse, mais hérétique, parce qu'il est de la foi qu'avec le secours de Dieu nous pouvons tout : Omnia possum in eo qui me confortât. (Philipp. 4. )

Mais avons- nous toujours ce secours de Dieu ians la tentation? C'est ce qui me reste à vous expliquer, et ce qui doit faire le fond de ce discours, où j'ose dire que, sans embarrasser vos esprits, et sans rien avancer dont vous ne soyez édifiés , je vais vous donner l'éclaircissement de ce qu'il y a de plus important et de plus solide dans la matièie de la grâce. Oui , chrétiens , il est encore de la foi que Dieu ne permet jamais que nous soyons tentés au delà de ce que nous pouvons : Fidelis Deus qui non jxUietur vos teniari supra id quodpotestis. (1 . Cor. 10.) Or nous n'avons ce pouvoir que par la grâce. Elle ne nous manque donc point du côté de Dieu , non-seulement pour vaincre la tentation, mais pour en profiter : Sedjacietcumtentatione proventum. (1 Cor. 10.) Voilà comment parle saint Paul, et de quoi nous ne pouvons douter, si nous ne sommes pas assez aveugles pour nous figurer un Dieu sans miséricorde et sans providence. Mais quoique eela soit ainsi, il y a pourtant une erreur qui n'est aujourd'hui que trop commune , et qui se découvre dans la conduite de la plupart des hommes : c'est de croire que ces grâces nous sont toujours données tdles que nous les voulons, et au moment que nous kivoiilpiM. Erreur dont les conséquences sont trèsl>enucieu.ses , 1 1 dont j'ai cru qu'il était important de vous détroriipt-r. I^hut vous faire entendre mon dessein , je disliugue deux sortes de tentations, les unes Tolontaires, et lis autres involontaires. Les un^aù lïûus Doiiseuga^ecws de nous-mêmes contre ^^•^ de Uiei,^ pt /es autres où nous nous trouvons LJ^H^pur Une tspèce de ni^tîessité attachée à notre ^E?!'^^^^lP^/Jg /^* preniîères, je dis que nous ne érer à'ûtttà secourus de Dieu, si ^'occasion ; et que pour cela nous

ne devons point alors nous promettre une grâce de combat, mais une grâce de fuite : ce sera la première partie. Dans les autres, je prétends qu'en vain nous aurons une grâce de combat, si nous ne sommes en effet résolus à combattre nous-mêmes, et surtout, comme Jésus-Christ, par la mortification de la chair : ce sera la seconde partie. Toutes deux renferment de solides instructions.

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