‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 13 sur 232 · POUR LE TROISIÈBIE DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE TROISIÈBIE DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE.

SUR LA SÉVÉRITÉ CHRÉTIENNE

Brant appropinquantes ad Jesum publùMni et peecaiorei, ut audirent illutn; et tnurmun^Mtnt pharisœi et »cribœ, dû cenies : Quia hic peccatoret recipit, et mauducat cum Ulit.

Des publicaiDS et des pécheurs venaient à Jésus pour Pentendre; mais les pharisiens et les scrii>es en marmoraient, disant : Cet homme reçoit les pécheurs, et il mange avec eox. SAiirr Luc,chap. 13.

Ils murmuraient, dit saint Grégoire pape; ils condamnaient la conduite du Sauveur des hommes , et l'accusaient d'un molle indulgence à l'égard des pécheurs, parce qu'ils ne connaissaient pas le véritable esprit de la sainte loi qu'il était venu annoncer au monde. Pleins de faste et d'orgueil, ils affectaient une fausse sévérité, et ils auraient cru profaner leur ministère en se communiquant à des âmes criminelles et les recevant auprès d'eux. Mais telle est , mes frères , la grande différence qui se rencontre entre la prétendue sainteté des pharisiens et la sainteté évangélique : Tune est sévère jusqu'à se rendre inexorable et à étouffer tous les sentiments d'une juste compassion; l'autre ne dédaigne personne, s'attendrit sur les misères spirituelles du prochain, et ne cherche qu'à les soulager, f^era justitia compassionem hab€t,falsa detestationem, (Gbeo.) Il n'est donc pas surprenant, selon des caractères si opposés, que ces pharisiens et ces scribes se scandalisassent de voir Jésus-Christ au milieu des pécheurs, leur préchant sa divine parole, leur enseignant les voies de la pénitence, les visitant et mangeant à leur table; et nous ne devons pas plus nous étonner que le même Fils de Dieu , sans égard à l'injuste scandale de ces dévots du judaïsme, et à leur rigueur extrême, appelât autour de lui , comme un bon pasteur, ses brebis perdues, qu'il travaillâtàles ramener au bercail, qu'il leur fît entendre sa voix dans leur égarement, et qu'il les accueillît avec douceur dans leur retour : Quia hic peccatores recipit, et mandvcat cum illis. Que veux-je

dire après tout, chrétiens? Est-ce que cet Homme- Dieu, pour attirer les péclieurs, flattait le péché? Est-ce qu'il leur ouvrait un chemin spacieux et commode, et qu'il manquait de sévérité dans sa morale? Il n'y a qu'à consulter son Évangile pour se détromper d'une si grossière erreur. 11 était sévère, mais avec mesure, mais avec une sagesse toute divine; au lieu que les pharisiens l'étaient où il ne fallait pas l'être, et ne l'étaient pas où il fallait rétre. Ceci , mes chers auditeurs, me présente une occasion bien naturelle de vous entretenir aujourd'hui de la vraie sévérité, de vous en donner l'idée que vous devez avoir, de distinguer la sévérité chrétienne de la sévérité pharisienne y d'exposer l'une et l'autre à votre vue, et de vous faire ainsi connaître de quels écueils vous avez à vous garantir dans la voie du salut, et quelle route vous avez à prendre pour les éviter. C'est particulièrement en ces sortes de sujets que nous avons besoin des lumières et de l'assistance du Saint-Esprit, qui est un esprit de discernement et de vérité. Demandons-les par l'intercession de Marie , et disons-lui : Ave.

Si la perte et la damnation de l'homme est dans lui-même, selon que le prophète autrefois le reprochait à Israël, Perditiotua, Israël {Osea. , 13); je puis dire, chrétiens, par une règle toute contraire, et supposant d'abord la grâce comme un principe nécessairement et absolument requis, que c'est aussi dans nous-mêmes et dans notre propre fonds qu'est notre sanctification et notre salut. Pour trouver donc la véritable sainteté et tout ensemble la véritable sévérité de l'Évangile, nous ne la devons point chercher hors de nous , mais dans nous , parce que c'est dans nous qu'elle réside , ou du moins en nous qu'elle doit consister; je m'explique. Quelle était la sévérité des pharisiens ? une sévérité tout extérieure, qui ne regardait que les cérémonies de la loi, que les anciennes traditions, que les exercices publics de la rehgion. Ils sanctiGaient, pour ainsi parler, les dehors de l'homme, mais ils ne sanctrflaient pas l'homme. Car, qu'est-ce proprement que l'homme, et qu'y a-t-il dans lliomme de plus essentiel? l'esprit et le cœur. Or, voilà où la sévérité pharisienne ne s'étendait point , et voilà surtout à quoi s'attache la sévérité chrétienne et ce qui en fait ]e capital. Prenez garde, s'il vous plaît, et comprenez le dessein et le partage de ce discours. Par rapport à l'esprit , la sévérité des pharisiens était une sévérité présomptueuse et obstinée dans ses jugements; par rapport au cœur, la sévérité des pharisiens était une sévérité passionnée et violente dans ses ressentiments. Mais à cela j'oppose deux marques distinctives de la sévérité chrétienne : l'une est la docilité de l'esprit, comme vous le verrez dans la première partie; l'autre, la mortification du cœur, comme je vous le montrerai dans la seconde

SUR LA SÉVÉRITÉ CHRÉTIENNE

partie. Docilité de l'esprit, pour en soumettre les jugements ; mortification du cœur, pour en Taincre les passions. Ces deux points méritent toute votn attention.

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