‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 133 sur 232 · PREMIER SERMON · texte numérisé non relu

PREMIER SERMON

SUR

LA PURIFICATION DE LA VIERGE

Postquam impleti sunt diea pvrgaHonis epu êeeundum Ugem Moysi, tuterunliUum in JeruMoUm, ut mterent eum Domino,

Le temps de la pariQcaUoa de Marie étant accompU selon la loi de Moïse, ils portèrent Tenfant à Jérusalem , pour lo présenter au Seigneur. Saint Luc, cbap. 2.

Sise, Cet enfant, qui est aujourd'hui porté à Jérusalem, c'est le Fils unique de Dieu, égal à son Père, éternel comme lui , et Dieu comme lui. Celle qui le porte, c'est Marie, mère de Dieu, la plus sainte de toutes les femmes, et la plus remplie de grâce. Le sujet pourquoi elle le porte, c'est afln de le présenter à Dieu ; et l'évangéiiste , s'arrétant à une circonstance bien remarquable, ajoute que tout cela se fait selon la loi : Sicut scriptum est in lege Domini (Luc, 2) : comme si Marie, ni Jésus-Cbrist même , ne pouvaient avec bienséance paraître devant Dieu qu'en observant la loi; comme si leur sacrifice, tout divin qu'il est, ne devait être agréé de Dieu qu'autant qu'il se trouverait conforme à sa loi ; comme si l'ouvrage du salut et de la rédemption des hommes dépendait de l'accomplissement de la loi. Que signifie cela? c'est, chrétiens, le mystère que j'entreprends de développer, et le point auquel je m'attache pour votre instruction et votre édification. Cette obéissance à la loi du Seigneur, cette obéissance que la présentation d'un Dieu sauveur et la purification d'une mère vierge nous prêchent si hautement, cette vertu si inconnue , et néanmoins si nécessaûre, voilà l'importante matière que me fournit la solennité de ce jour. Divin Esprit, vous qui sanctifiâtes Marie par la pratique et l'observation de la loi , et qui la conduisîtes dans le temple pour y offrir son sacrifice comme il était ordonné dans la loi , remplissez-nous des mêmes sentiments dont son âme bienheureuse fut alors pénétrée; donnez-nous comme à elle une haute idée de cette sainte et adorable loi du Seigneur ; faites-nous bien comprendre que, sans cette loi, il n'y a dans nous que corruption et que désordre ; en sorte quedu moment que nous sortons des bornes de cette loi , nous devenons incapables de tout bien et déterminés à tout mal. Tant de crimes qui se commettent tous les joiu^ , et que je puis appeler les abominations et les horreurs de notre siècle , en sont une preuve visible : mais peut-être l'endurcissement de nos cœurs ferait-il perdre à cette preuve toute sa force ^ si les

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lumières de votre grâce ne venaient au secours de nos réflexions. Je parle devant le plus grand roi du monde; et sûr que je suis de sa religion, je ne craiâs point de parler avec trop de liberté, tandis que je parle pour les intérêts de la loi de Dieu. Je ne vous demande pas même , 6 mon Dieu ! comme la vertueuse Esther, que mes paroles lui plaisent; parce que je me promets de sa piété , qu'en lui parlant de l'excellence et de la prééminence de votre loi, nonseulement je lui plairai , mais je le persuaderai et le toucherai. Tai besoin , néanmoins , Seigneur, de votre secours ; et pour l'obtenir, je m'adresse à Marie, en lui disant, Ave^ Maria,

Cest le propre de Tesprit de l'homme, de n'avoir rien d'uniforme dans ses sentiments, d'être souvent contraire à lui-même , et de donner, selon les situations diverses où il se trouve , dans des extrémités tout opposées. Cela se vériGe en mille sujets , mais particulièrement en celui que j'ai entrepris de traiter, qui est l'obéissance et la soumission due à la loi de Dieu. Car je découvre deux principes différents , qui forment dans l'homme une double opposition à cette obéissance : tellement que nous pouvons dire aussi bien que l'apôtre : Je sens dans moi-même une loi secrète qui répugne à la loi de mon Dieu, et qui me captive sous la loi du péché. Ces deux principes , suivant la belle réflexion de saint Ambroise, sont l'orgueil de l'homme et sa lâcheté : l'orgueil de l'homme, qui lui fait oublier ce qu'il doit à Dieu; et sa lâcheté , qui l'empêche de voir ce qu'il peut , et de quoi il est capable avec le secours de Dieu : l'orgueil de l'homme , qui le rend insolent et libertin ; et sa lâcheté , qui le rend faible et pusillanime. L*orgueil de Phomme, qui , à l'égard de Dieu même, lui inspire de la hauteur; et sa lâcheté, qui à l'égard de ses devoirs , le jette dans l'abattement : l'un et l'autre, pour lui faire violer cette souveraine et divine loi que Dieu lui a imposée , mais dont la servitude, quoique aimable, du moment qu'il se pervertit, commence à lui déplaire et a lui devenir odieuse. Or je veux, chrétiens, combattre aujourd'hui ces deux désordres ; et parce que Taccomplissement de la loi consiste à éviter également ces deux extrémités dangereuses , soit en se soumettant avec humilité à ce que la loi commande, soit en s'efforçant avec courage de surmonter ce qu'il y a dans la loi de difficile , mon dessein est de graver bien avant dans vos esprits et dans vos cœurs ces deux obligations , et de vous mettre poiir cela devant les yeux l'obéissance que pratique aujourd'hui Marie : car, sans sortir de mon mystère, vous verrez dans la personne de cette vierge offrant son fils en sacrifice, le modèle d'une obéissance solidement humble, et d'une obéissance courageuse et héroïque : d'une obéissance solidement humole , qui confond notre orgueil ; et d'une obéissance héroïque, qui condamne

notre lâcheté. Prenez garde : Alarie , dans hoéri. monie de ce jour, accomplit la loi du Seigneur; d cette loi , comme l'Évangile nous le £iit assez «• tendre, est infiniment rigoureuse pour elle. En ce qu'elle obéit à la loi , je trouve la confusion de DoCn orgueil; ce sera la première partie : en ce qa'eUe surmonte toutes les difficultés de la loi, je trome la condamnation de notre lâcheté; ce sera la seconde partie : deux points que j'ai à dérelopper, et qui vont faire le partage de ce discours et le sujet de votre attention.

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