‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 135 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est un principe de foi , que la loi de Dieu , quelque parfaite qu'elle puisse être, non-seulement n'est point impossible, mais qu'elle n'est pas même tellement élevée au-dessus de nous , que nous ayons droit de nous plaindre de sa difOcuIté, et de nous en taire un prétexte pour justifier nos lâchetés et nos infidélités. Mandatum hoc y quodego prmcipio tibi hodie, non supra te est, nec proâdposilum, née in ccelo siium, utposslsdicere: Quis nostrum

valet in cfelismascendere, ut déférât illud ad nos f (Veut, , 30.) Le commandement que je vous fais, disait Dieu aux Israélites, n'est au-dessus ni de vos forces, ni de l'étendue de vos conditions; en sorte que vous puissiez dire : Qui de nous arrivera là? et pour le garder, il ne faut ni passer les mers, ni se retirer dans les déserts et dans les solitudes, comme s'il était bien éloigné de vous : Nec trans mare positum, ut causeris et dicas : Quis nostrum poterU transf retare f (Ibid.) Car c'est un commandement, ajoutait le Seigneur, que j'ai mis dans vos mains, dans votre bouche et dans votre cœur : dans votre cœur, en vous le rendant aimable; dans votre bouche, en vous faisant avouer qu'il est souverainement juste; et dans vos mains, en vous donnant de puissants secours pour l'accomplir avec facilité : Sedjuxta te est, in ore tua, et in corde tua , «^ facias illud. (Ibid. ) Ainsi parlait le Dieu d'Israël par l'organe de Moïse, en publiant une loi qui néanmoins, comme nous le savons, était une loi de crainte, une loi de rigueur et de servitude. Qu'aurait-il dit ( c'est l'excellente réflexion de saint Augustin ) et que n'aurait-il pas pu dire, s'il avait été question de publier la loi évangélique, qui est une loi de grâce , une loi d'amour et de liberté?

Cependant , chrétiens, nous établissons un principe tout contraire ; et pour avoir de quoi nous défendre de toutes les accusations que cette sainte et adorable loi formera contre nous unjour, ou qu'elle forme déjà devant Dieu, nous l'accusons elle-même de n'être pas assez proportionnée à notre faiblesse; nous nous la figurons dans un degré de sévérité où nous prétendons que nul de nous ne peut atteindre ; et par une pusillanimité dont nous voudrions la rendre responsable , nous disons sans cesse comme l'Israélite prévaricateur, Quis in ccehan ascendetf Et qui est rhomme qui pourra jamais parvenir à un point de sainteté si sublime? en un mot, nous nous persuadons que cette loi, pour exiger trop de nous, est absolument au-dessus de nous : et pourquoi ? appliquez-vous à ceci : Parce qu'elle nous engage « disons-nous, à nous dépouiller en mille occasions de ce que nous avons de plus cher; parce qu'elle contredit certaines affections tendres de notre cœur, et qu'elle nous oblige à les étouffer; parce qu'elle nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie à quoi nous sommes attachés ; parce qu'elle nous ordonne de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons, et que souvent elle nous réduit à paraître devant les hommes dans des états très-humiliants. Car voilà ce que nous concevons de plus rigoureux dans la loi chrétienne, et où volontiers nous supposerions que notre faiblesse , secourue même de la grâce , ne peut s'élever. Mais envisageons aujourd'hui Marie; et« témoins de sa fermeté et de sa constance, instrul-

sua LA PUBIFICATION DE LA VIERGK

80DS-D0US et confondons-nous. Car voici les iinpor* tantes leçons que nous pouvons tirer de la conduite de cette vierge, et que nous devons opposer aux sentiments lâches qui nous arrêtent : leçons que nous rendent sensibles les trois principales circonstances de ce mystère , c*est-à-dire , le sacrifice que fait Marie du bien le plus précieux pour elle, et le plus cher, qui est son fils ; le sacrifice qu'elle fait de toutes les douceurs de la vie, en acceptant le glaive de douleur dont Siméon lui prédit que son Ame sera percée; surtout le sacrifice qu'elle fait de son honneur, en voulant paraître, comme les autres femmes, impure et pécheresse, elle qui était l'innocence et la pureté mêmes. Ah! chrétiens, que n'ai-je le zèle des apôtres pour vous faire sentir, mais efficacement, mais vivement toiite la force d'un si grand exemple !

Première leçon : M<irie n'a qu'un fils, et pour obéir à la loi , elle se résout à le sacrifier. Ce fils qu'elle aimait de l'amour le plus tendre, ce fils qu'elle avait conçu par miracle, ce fils en qui elle possédai^ tous les trésors, elle l'offre dans le temple de Jérusalem ; mais elle l'of&e de la manière la plus héroïque, sans condition et sans réserve, sachant les ordres rigoureux que le ciel a portés , et qui doivent un jour s'exécuter dans la personne de ce divin enfant ; consentant déjà qu'il soit la victime et le prix de la rédemption des hommes; renonçant pour cela à tous les sentiments de son cœur; et par un dernier effort de la plus généreuse et de la plus rigoureuse obéissance , voulant bien que ce fils ne soit plus à elle, qu'avec le triste , mais indispensable engagement de le voir dans la suite des années immolé sur la croix : voilà ce qu'il en a coûté à Marie pour accomplir la loi. Or est-ce là, mes chers auditeurs , ce qu'il nous en doit coûter à nous-mêmes? Il est vrai, pour obéir à la loi de Dieu, il nous en doit quelquefois coûter le sacrifice de ce que nous avons de plus cher ; mais confessons-le de bonne foi, et ne nous déguisons rien à nous-mêmes : ce que nous avons alors de plus cher, est-il assez considérable pour le faire tant valoir à Dieu? quelque cher qu'il nous soit, du moment qu'il répugne à la loi de Dieu, n'est-ce pas ce qui nous trouble ? n'estce pas ce qui nous dérègle? n'est-ce pas ce qui nous corrompt ? n'est-ce pas ce qui nous décrie? et enfin n'est-ce pas ce qui nous damne? Si la loi de Dieu nous retranche un mal aussi pernicieux que celuilà, avons-nous sujet de nous en plaindre; et la sainte violence qu'elle nous fait en nous obligeant à un renoncement si salutaire, doi^elle passer pour un excès de rigueur ? Prenez garde , s'il vous plat t ; ceci mérite une réflexion particulière. Dans cette sainte solennité , Dieu nous dit comme à Marie, ou , si vous voulez , comme à Abraham : ToUe umgenitum tuum queni diligis, et offer ilium mihi in

holocausium (Gêna., 2S); Sacrifie-moi ce pnw mier-né, c'est^-dire, cette passion dominante qri est dans ton coeur. Cela nous sennhle dmr; mais 6B même temps, fsHsantun retour sur nous, noassoai* mes contraints d'avouer que cette panion dooiinante est , par exemple , un attachement lioiiten qui nous déshonore, un esclavage des aens qà nous abrutit , une loi de péché qui noiis eqitive et qui nous tyrannise : mais en même temps nous soaimes forcés de reconnaître que cet attachemcat dont nous nous feisons une passion, n^est qa\uii fascination d'esprit , qu'un ensorcellement de eœnr, qu'une source d'égarements dans notre oondnitt, et de dérèglements dans nos affections et dans noi actions; mais en même temps rexpérienee nooi montre que cette passion, dont noos sommes possédés , n'a point d'effet plus présent ni ph» or£naire que de remplir notre âme de chagrins, de jalousies, de remords, de désespoirs; que, que cette passion nous dominera, nous n*i jamais de paix ni avec Dieu, ni avec noos-mêoMi* que notre conscience, notre raison, notre fei s'é« lèveront toujours contre elle; qu'elle noua exposera même à la censure du monde , et qu'ainsi le monds, tout corrompu qu'il est, préviendra, par son yaf^pment, le jugement terrible de Dieu que nous avons à craindre : en un mot, nous sentons bien que cette passion, avec ses prétendus charmes, do nMmmt que nous nous y sommes livrés, est comme un démon qui s'est emparé de nous , et qui , malgré noL*s, nous fait trouver dans nous-mêmes une espèce d'enfer. Or cela étant , quelle plainte avons-nous droit de former contre la loi de Dieu ? et quand il nous dit, ToUe, Délivre-toi, chrétien, de cet enfer, sors de cet esclavage , arrache cette passion de ton cœur; pouvons-nous lui répondre : Seigneur, vous m'en demandez trop?

Ah! mes frères, reprend saint Chrysostême, si Dieu en usait avec nous dans toute l'étendue de sa puissance, et que, sans nul égard au plus et an moins de ce qu'il nous en peut coûter, mesurant les choses par la seule règle de ce qui lui est dû , il nous commandât de lui sacrifier nos inclinations même les plus innocentes et les plus légitimes; sll disait à Tun : Descends de cet état de grandeur qui te distingue dans le monde; à l'autre : Dépouille» toi de ces biens que tu as si justement acquis; à celui-ci : Oublie cet enfant qui est l'espérance de ta maison ; à celui-là : Romps ce commerce , quoique honnête , que tu entretiens avec cet ami , et qui dit la douceur de ta vie : si Dieu, dis-je, nous parlait de la sorte , nous n'aurions rien à répliquer; et pour le seul respect de sa loi , hous devrions toe disposés à tout. Amitié , grandeur, intérêts , famille, il faudrait abandonner tout : pourquoi? parcequ'en matière de loi, dit Tertuîlien, mais partiôilièreroent

sua LA PURIFIGATlOrt D£ LA VIERGE.

eloi divine, rautorité de celui qui commande ne oit point être mise en comparaison avec Inutilité de elui qui obéit. Mais Dieu, mes chers auditeurs, eat à notre égard une conduite bien différente ; t, par une condescendance digne de lui, il ne nous dt point de loi qui ne nous soit avantageuse. Que ous dit-il? Sacrifie-moi, chrétien, ce qui te nuit, e qui te perd , ce qui te damne , car tout le reste , I le laisse à ton pouvoir ; possède ces biens dont i t*ai pourvu, mais défais-toi de cet amour crimiel, qui serait le principe de ta réprobation ; metsloî au-dessus de cet ennemi que tu nourris dans Ml sein, et qui t'éloignerait de la voie du salut; Qîtte ee péché dont tu t*es fait une habitude, et jai, par les dégoûts et les amertumes dont il est oélé , te foit bien payer par avance les faux plaisirs [oe tu y goûtes. Voilà comment Dieu nous traite, datât en père qu'en souverain et en législateur : et le sommes-nous pas inexcusables si , pour autoriler nos lAchetés, nous osons encore alléguer que le ioag de sa loi est dur et pesant?

Il est dur de renoncer à ce qu'on a de plus dier ; Biais moi, je soutiens que cela n'est dur que parce qu'il ne nous plaît pas de l'adoucir par les grands et puissants motifs que Marie se proposa dans la présentation du Sauveur. Car, comme remarque saint Bernard , ce qui rendit à Marie Taccomplissement de cette loi, je ne dis pas supportable, mais ûmable, ce fut la vue qu'elle eut, quVn préflcntant son fils, elle le sacrifiait à Dieu« elle fiédilssait la eolère et la justice de Dieu, elle s'acquittait elle-même des obligations infinies qu*elle avait ï Dieu , elle attirait sur elle et sur nous les faveurs de Dieu : voilà ce qui l'anima , et ce qui lui fit surmonter cette tendresse maternelle qui s*opposait à ion sacrifice. Or à qui tient-il que nous n'agisnoDsdans les mêmes vues? et que dans la nécessité oèiuNis nous trouvons quelquefois d'accomplir un piéeepte qui combat la nature et à quoi elle répugne, nous ne nous soutenions par ces pensées : Il ctt vrai que œ qu'on me demande et ce qu'il faut fnejesaerifie, c'est ce que j'aime uniquement; mais pir là je donnerai à Dieu ce qu'il attend de moi; mis par là je montrerai à Dieu que je veux reconnattre ses dons, et les grâces qu'il a répandues nr moi; mais par là j'apaiserai Dieu justement eouTOuoé contre moi; mais par là, tout pécheur fie je suis, j'engagerai Dieu à avoir compassion de moi ; mais par là je me rendrai Dieu propice , je omettrai dans mes intérêts, je le porterai à user de miséricorde envers moi. Au lieu que cette pasiion a fait jusqu'à présent tout mon désordre, du nonent que je la sacrifierai , elle fera devant Dieu teotmon mérite. Si nous avions ces motifs pré^nts >l^iBpit« quel précepte nous paraîtrait rigoureux ? ^ il, paur ne nous pas aider de ces motifs, la loi.

nous devient pénible, devons-nous nous en prendre à d'autres qu*à nous-mêmes? 11 est dur de sacrifier sans condition et sans réserve ce que l'on aime : mais moi, je prétends qu'on le fait bien tous les jours pour obéir aux lois du monde. Car, pour satisfaire à certaines lois du monde , que n'abandonuet-on pas, et de quoi ne se prive-t-on pas? Vous me direz que les lois du monde ne vont pas jusqu'au sacrifice du cœur : et n'est-ce pas pour cela même, répond saint Ambroise, qu'elles sont plus dures, en nous obligeant à sacrifier tout, tandis que le cœur n'y consent pas et qu'il y contredit ? au lieu que la loi de Dieu ne nous oblige à rien à quoi elle ne dispose notre cœur, jusqu'à nous en faire aimer la difficulté.

Seconde leçon. Pour garder la loi de Dieu, il y a des douceurs dans la vie dont il faut se passer : et c'est encore ce qui effiraye notre amour-propre. Car quelque disposition que l'on ait à vivre dans l'ordre, on se propose toujours, en vivant ainsi, un certain état de douceur; et souvent même c'est cette douceur que l'on cherche, en se réduisant à l'ordre : et un des faibles les plus ordinaires de la piété est de se rebuter de l'ordre, dès qu'on n'y trouve pas cette douceur. Mais Marie nous apprend bien aujourd'hui à nous préserver de cet écueil : pour accomplir la loi du Seigneur, cette vierge incomparable sacrifie toutes les joies de son âme. Je m'explique. Elle sait bien que ce qu'elle va faire, en présentant Jésus-Christ, doit être pour elle une source de douleur; elle voit déjà Siméon qui lui montre le glaive dont elle sera percée, elle entend l'oracle du ciel qui lui est annoncé par ce saint vieillard , et elle n'ignore pas que la prédiction qu'il lui fait est le commencement de son martyre. Il n'importe : le zèle de la loi presse : elle entre dans le temple, elle paraît devant Siméon, elle lui met son fils entre les bras; et par ces paroles prophétiques, Tuam ipsius animam pertransibU gladius (Luc, 2), elle reçoit de lui le coup mortel. Car ne pensez pas qu'elle n'en ait senti l'effet qu'au Calvaire, lorsqu'elle assista au crucifiement de son fils. Tout ce qu'elle doit souffrir alors, elle le soufifre dès aujourd'hui , et dès aujourd'hui elle peut dire qu'elle est attachée à la croix. Mais pourquoi faut-il qu'en obéissant à loi, elle endure ce martyre douloureux? Ah! chrétiens, parce qu'elle était prédestinée pour nous enseigner cette grande vérité, que là où il s*agit de la loi de Dieu, il n'y a ni plaisir, ni douceur de la vie à ménager. Or en voici la preuve autlientique : car si des joies aussi saintes et aussi pures que les siennes, ont dû être sacrifiées , il n'est pas juste , dit saint Bernard , que nous épargnions les nôtres, qui sont vaines, qui sont toutes profanes, qui nous dissipent, et qui nous font per. dre resprit de Dieu. Et si la mère de Dieu*, q^^N

SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE

par excellence entre toutes les femmes, était bienheureuse, a néanmoins consenti, en se soumettant à la loi, d*étre la plus affligée, nous ne devons pas si aisément nous rebuter de cette divine loi, pour quelques peines qu'il y a à supporter en Tobservant. Mais le moyen , direz- vous , de mener une vie insipide et ennuyeuse? car voilà la spécieux prétexte dont se couvre la lâcheté de tant d'Âmes mondaines quand on leur parle d'une soumission parfaite à la loi de Dieu ; Le moyen de soutenir cet état? Mais, mon cher auditeur, comment le soutenez-vous tous les jours, dans les engagements malheureux que vous avez avec le monde ? Comment le soutenez-vous dans la dépendance servile où vous vous réduisez pour suivre toutes les volontés et tous les caprices d*un homme dont vous cherchez la faveur? comment le soutenez-vous, quand votre ambition ou votre cupidité vous le commande? Si vous agissiez par Tesprit de la foi , je vous dirais que la grâce , qui est toute-puissante, saura bien vous adoucir cet ennui que vous craignez. Si vous connaissiez le don de Dieu, vous confesseriez que ces joies courtes et passagères auxquelles on renonce pour Dieu sont auondamment compensées par des consolations bien plus solides et bien plus propres à remplir la capacité de votre cœur. Et si , au défaut de toute autre considération , vous vouliez vous souvenir des désordres ou vous avez vécu , vous vous estimeriez heureux de trouver dans cet ennui et dans cet éloignement des fausses joies du monde de quoi Élire pénitence; et cette pénitence, quoique, secrète et cachée , surpasserait en mérite toutes ces pénitences et ces réformes d'éclat, que la vanité quelquefois soutient plus que la religion. Quoi qu'il en soit, je vous dis qu'il est indigne que, sur un devoir aussi important que l'observation de la loi de Dieu , vous apportiez une excuse aussi frivole que l'est cet ennui prétendu qui vous y parait attaché.

Troisième et dernière leçon : Marie, pour obéir à la loi, sacrifie jusqu'à son propre honneur, puisqu'en se purifiant elle paraît de même condition que les autres femmes. Ainsi l'éclat de sa virginité est obscurci , de cette virginité dont elle avait été si jalouse dans le mystère de Fincarnation , de cette virginité dont la gloire est de briller au dehors , et de ne pas laisser voir la moindre tache. Elle consent à en perdre la réputation et le nom; et de toutes les humiliations, voilà, j'ose le dire, la plus difficile à soutenir, d'être pure devant Dieu comme le 9oleil , et de paraître impure aux yeux des hommes : tel est néanmoins le sacrifice que fait la plus sainte de toutes les vierges : pourquoi? afin de ne pas manquer à la loi. Or cette loi de Dieu , mes chers auditeurs, ne nous blige à r4en de si humiliant. Elle r^ut que non paraissions ce que nous sommes ;

qu'étant essentiellement soumis au souverain domaine de Dieu , nous ne rougissions point des se^ vices qu'il exige de nous, et des hommages que nous devons lui rendre; surtout, qu'étant véritableoMat impurs et pécheurs , nous n'ayons pas honte des pratiques de la pénitence , qui doivent servir à nov laver , à nous réconcilier, à nous acquitter auprès de la justice divine. Mais que faisons-nous? Pnr le plus étrange renversement , nous voulons être pécheurs et paraître justes : Marie abandonne lei apparences, pourvu qu'elle soit du reste assurée de conserver le trésor de sa virgim'té; et vous, souvent peu en peine de la chose même, voasae cherchez qu'à sauver les apparences. Du moîos, n'est-ce pas précisément alors le faux honneur do monde qui vous fait garder la loi de Dieu? Mais en combien d'autres occasions cette adorable kri est-elle sacrifiée? Parce qu'on veut s'élever et tenir un certain rang, on viole toutes les lois de réqoité et de la justice, on opprime le feible, on trompe le simple, on forme mille intrigues contre des égaux et des concurrents; on emploie contre em le crédit, l'artifice, la médisance, la calomnie, et sur leur ruine on établit sa fortune et les fondemento de sa grandeur. Parce qu'on est prévenu de |b cette damnable maxime, qu'en matière d'injure il fml avoir raison de tout, et qu'autrement on est sans honneur, malgré la loi la plus authentique et la plus expresse qui nous ordonne de pardonner, quels ressentiments ne conserve-t-on pas? quels desseins ne conçoit-on pas? à quelles extrémités et à quelles vengeances ne se porte-t-on pas? On ae veut point entendre parler d'accommodement, oa exige pour une offense assez légère, dont on se fait un monstre, des satisfactions infinies; on, pour mieux dire, on ne sera jamais satisfit qu'es n'ait vu périr cet homme de qui l'on se croit offensé) et qu'on ne l'ait perdu. Parce qu'on craint la raiU^ rie, et qu'on s'y exposerait en se distinguant des autres, tout instruit qu'on est de la loi, tout disposé qu'on est à l'observer, on se laisse aller au torrent, engager par l'exemple, dominer par le respect humain ; et au lieu de mettre sa gloire à servir IMeOi on la met à le déshonorer et à l'outrager. Ahl moo Dieu , faudra-t-il donc que pour «n fantdroe dlMOneur qui nous séduit, tous vos droits vous toicot refusés , qu'on trahisse tous vos intérêts , qu'on leaverse tous vos desseins, qu'on s'oppose à toutes les volontés, qu*on méprise et qu'on fouie aux pieds toutes vos lois? Et vous, 6 hommes! ne oom|HeB* drez-vous jamais en quoi consiste votre véritaUe grandeur? que c'est à dépendre du premier de toos les maîtres , à vous attacher inviolablement à feiif à vous approcher continuellement de lui, à eoM" battre généreusement pour lui, à vous rendre gnodi devant lui , à vous attirer son estime, et à mériter

s fiiTean : tout cela par où? par Taccomplisseeotdesaloi.

C'est, sire, ce que Votre Majesté a si bien com- »; c'est de cette loi de Dieu que vous faites gloire Btrê le défenseur et le vengeur. Avoir fait des odiges dans la guerre, vous être rendu l'arbitre I la paix, ravoir donnée à toute FEurope aux odîtions qu'il vous a plu , avoir forcé , par la seule BÎnte de votre nom , toutes les puissances à la WToir, vous être surmonté vous-même, en arrê- Bt le cours de vos conquêtes; ce sont, sire, des i^M auxquels la flatterie n'a point de part, que ii¥M même ne peut vous disputer, que vos enneis, malgré eux, ont publiés aussi hautement que «s, et dont votre modestie commence à être tig;iiée. H y a , sire , une autre gloire d'autant plus Ude, que l'objet en est plus saint ; une gloire qu'un i très-chrétien ne peut acquérir que par son zèle or la loi du Seigneur, et c'est ce que Dieu vous servait pour mettre le comble à votre auguste desife. Ces saintes ordonnances contre le duel , que otre Majesté vient de renouveler, et pour l'exértioa desquelles vous vous êtes tait une religion , f ose ainsi m'exprimer, de n'être presque plus attre de vos grâces; ces déclarations qui sortent laque jour de votre conseil , si avantageuses à l'Élise, et si sages pour contenir l'hérésie dans les Dmes que les édits de vos ancêtres lui ont prescrî- !S, ces tribunaux érigés pour exterminer le lib^r- Mge et le vice, ce sont autant de preuves, et de leaves authentiques du zèle qui vous anime. Il y fait dans la France des monstres cachés , et Votre bijesté est le héros que Dieu a suscité pour les toufler et les écraser. Le sacrilège , l'impiété, l'hoiMle, suites funestes, mais infaillibles, de la déinicbe et de la licence des moeurs , se répandaient bas le monde; et c'est à vous , sire, que le monde n redevable n'en être purgé. Il fallait un monarpeanssi puissant, aussi éclairé, aussi religieux que lODS, pour prendre ainsi la cause de Dieu en main , mr fiûre de la loi de Dieu votre propre loi , et pour !ln le restaurateur du bon ordre et de la sûreté nUlqoe. Vous soutiendrez , Sire , votre ouvrage : roui y emploierez toute votre autorité , et par votre Monté royale vousy mettrez la dernière perfection. Intrefois, l'irréligion, la profanation des choses aintes, les jurements, les blasphèmes régnaient à leour ; mais ils y sont devenus des noms odieux, Mreeque Votre Majesté les a proscrits. Que nepeutiie point encore contre d'autres désordres? et que hit-elle omettre de tout ce qu'elle peut pour les Mît? Voilà, sire, comment vous serez fidèle à la U du souverain Mattre qui vous a placé sur le trône. Cl bit part de son pouvoir pour la défendre : voilà ttqn'elle attend de vous. Biais autant que vous serez Màeà la M de Dieu , autant cettp ^inte loi vous

BOCmDALOCB. — T. H.

era-t-elle, selon l'expression du sage, fidèle ellemême : Et lex mjUkUs. {Eccles., 33. ) Elle couduira vos pas, elle dirigera vos conseils, elle réglera vos entreprises, elle attirera sur votre personne sacrée toutes les bénédictions du ciel , et elle vous fera enfin mériter la couronne immortelle que je vous souhaite, etc

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