TROISIÈME PARTIE
\ous me demandez, chrétiens, ce que doit produire en nous la grâce du Jubilé : il est aisé de vous répondre. Car je dis que , dans le dessein de Dieu et de l'Église, la fin du Jubilé est le renouvellement rotérieur de nos personnes ; celui que saint Paul re» commandait si souvent aux fidèles, quand il leur disait, Renovaminispiritu mentis vestrm{Ephes.y 4} , Renouvelez-vous en esprit et dans l'intérieur de vos âmes ; celui que chacun de nous doit éprouver et sen-' tir dans soi-même : en sorte que par le Jubilé nous devenions en Jésus-Christ de nouvelles créatures, des hommes intérieurement sanctifiés; et que nous puissions nous écrier , comme David : Dixi: Nunc ceepi (Psalm, 76); Cest maintenant que je commence à connaître et à servir Dieu. Tout le reste de ma vie s'est passé dans l'oisiveté , dans la dissipation, dans le désordre, dans l'oubli de mes devoirs , dans le dérèglement de mes passions : c'est maintenant que je veux commencer à vivre en chrétien : Dixi : Nunc ccepi.
Renouvellement qui ne doit consister , ni en de vains projets, ni en des idées vagues et générales; mais qui doit paraître dans la réforme de nos actions, de nos conversations, de nos occupations, de nos dévotions; dans un plus grand attachement à nos obligations , dans une plus fervente application à tout ce qui regarde le service et le culte de Dieu , dans une plus exacte préparation aux sacrements, dans une plus vive et plus respectueuse attention à la prière, dans une conduite plus charitable envers le prochain, dans une plus exacte vigilance sur nous-mêmes; tellement qu'en tout cela
POUR L'OUVERTURE DU JURILÉ
Ton aperçoive le changement exemplaire et visible qui s'est fait en nous , et qu'à notre égard b pirok de l'apôtre se vérifie : frétera transienmt, ecee facta sunt omnia nova ( 2. Cor. , 5 ) ; Ce qui resuit de vieux et de corrompu est passé , tout est dcTcoa nouveau. Voilà, dis-je, quel doit être le fruit du Jubilé; voilà pourquoi il est institué. Car de prétendre avoir eu part à cette grâce, de se flatter d'avoir gagné cette indulgence, et se trouver toujouis le même homme , c'est-à-dire , toujours rempli des mêmes imperfections , sujet aux mêmes fkiblesses, engagé dans les mêmes vices, aussi esclave de ses sens , aussi dominé par son humeur, aussi déréglé et aussi dissipé, aussi lâche et aussi moodain; abus , mes chers auditeurs , et illusion. Si cela était , que serait-ce que le Jubilé , si vénérable néanmoins et si saint? une pure cérémonie, et rien davantage. Et qu'est-ce, en effet , autre chose pour tant de diretiens? l'exemple qu'ils doivent à une Camille qui les observe , à toute une maison qui a les yenx sur eux, au public dont ils craignent la censure ; eertaîoes considérations tout humaines , et si tous Toulez même , je ne sais quel reste de religion ; tout eela les engage à suivre la multitude, et à Êiire ce que font les autres. Ils pratiquent le jeûne, ils visiteot les autels , ils récitent des prières , ils donnent faiimône, ils approchent du tribunal de la pénitence, ils paraissent à la table de Jésus-Christ , ils ne manquent à rien de tout ce que nous pouvons appeler l'extérieur et comme l'appareil du Jubilé. Mais dehors spécieux et belles apparences , dont la soita fera bientôt connaître le déguisement et Terreur; car après ces saints jours on les verra tels qu'ils étaient : on verra cette femme ne rien retrancher de ses parures et de ses ajustements, de son luxe et de ses dépenses ; on verra cet homme toujours dans les mêmes jeux , les mêmes compagnies , les méma spectacles; ce père n'en sera pas plus attentif à Féducation de ses enfants ; cette mère n'en sera pas plusappliquée à établir l'ordre dans son domestique; ce magistrat n'en sera pas plus assidu aux fonctions de sa charge : ce médisant n'en parlera pas avee moins de liberté; cet ambitieux n'en fonnera pas moins de projets pour l'avancement de sa fortune; ce riche n'en aura pas moins d'ardeur pour entasser biens sur biens; enfin , nul changement , nulle réfo^ mation de mœurs ; et alors le mystère se découvrira : je veux dire qu'alors il ne sera pas difficile de connaître s'ils ont reçu la grâce du Jubilé; ou plutôt qu'il sera aisé de conclure absolument que c'a été une grâce perdue pour eux. Et en effet , j'examine la chose dans son fond, et je remonte au principe : avoir gagné l'indulgence du Jubilé , c'est de bonne foi s'être réconcilié avec Dieu ; pour s'être de bonne foi réconcilié avec Dieu, il faut de bonne foi être retourné à Dieu ; et pour y être retourné de la sorte,
POUR L'OUVERTURE DU JUBILÉ
mmt de bonne foi détesté le pécbé, de bonne M WDODcé an pécbé, de bonne foi résolu et promis de M préserver du péché, et de prendre une conduite tout opposée à ses premiers parements. Or, peuton croire avec quelque vraisemblance qu'une telle conversion, que de telles résolutions et de telles promesses se fussent sitôt démenties, si elles avaient été sincères? je vous le donne à juger, chrétiens; et qnoi que vous en puissiez penser , je m*en tiens toujours à ma proposition, qu*un des principaux effets de cette indulgence que je vous prêche , doit être le renouvellement de votre vie : Eccefacta sutU amnia nova.
Mais, dites-vous, sans attendre le Jubilé, si nous sommes fidèles à la grâce, tous les temps ne sontils pas bons pour travailler à ce renouvellement de nous-mêmes, et ne doivent-ils pas être pour nous des temps de conversion ? Je Tavoue, mes chers auditeurs, ils le doivent être; et par cette raison ils le sont tous quant à Tobligation, puisqu'il n'y en a aucun où Dieu , si nous sommes dans le désordre , ne nous commande d'en sortir et de nous convertir : mais ils ne le sont pas tous , ou du moins ils ne le sont pas également quant à la disposition de nos cœurs, ni même du côté de Dieu, quant à la préparation des grâces auxquelles notre conversion est attachée. Car il est de la foi , qu'il y a des temps dans la vie plus propres que les autres et plus favorables pour le salut; des temps où il est plus possible et plus facile de trouver Dieu , Quxrite DomU numdum inveniri polest {Psalm. 65); des temps où il est plus utile et plus nécessaire de l'invoquer, parce qu'il est plus proche de nous , Invocate eum dumprope est (Ibid.) ; des temps choisis par la Pro- Tidence, pour opérer dans nous ce changement de la main du Très-Haut, dont David se rendait à luimême le témoignage , quand il disait avec une humble confiance et avec action de grâces : Dixi : Nunc cospl; hxc mutatio dexterx ExcelsL {Psaïm. 76.)
Or, un de ces temps choisis spécialement de Dieu , un de ces temps favorables , un de ces temps de salu t et de conversion , c'est le Jubilé , et je puis bien lui appliquer ce que saint Paul disait aux Corinthiens : Ecce nunc tempus acceptabile; ecce nunc dies salutis. (1. Cor., 6.) Temps de crise, si j'ose ainsi m'exprimer, temps de crise et pour les pécheurs, et pour les justes : pour les pécheurs, parce que la grâce dont Dieu les prévient fait en eux les derniers efforts pour les tirer du dangereux état où le péché les a réduits ; pour les justes , puisqu'ils ont besoin de ce secours extraordinaire pour sortir de l'état de tiédeur dont ils auraient à craindre sans cela les suites funestes : Ecce nunc tempus acceptabile; ecce nunc dies salutis.
Aussi , chrétiens , le Jubilé est-il l'engagement le plus naturel à ce renouvellement de vie, le moyen
le plus efiBcace de oe renouvellement de vie, foccasion la plus avantageuse pour ce renouvellement de vie : prenez garde à ces trois pensées. L'engagement le plus naturd à ce renouvellement de vie : car comment puis-je, sans cela, reconnaître le don de Dieu , et comment puis-je l'honorer dans ma personne, si je ne suis intérieurement et par^tement renouvelé selon Dieu ? Dieu, en m'acconhnt la grâce du Jubilé, me remet en quelque façon tous les intérêts desa justice , et répond sur moi, sans réserve , tous les trésors de sa miséricorde : n'est-îl pas juste que je réponde à ce bienfait inestimable par un redoublement de zèle, et qu'en reconnaissance de ce que Dieu a fait pour moi, après m'être reproché d'avoir fait jusqu'à maintenant si peu pour lui, je commence à le servir avec un cœur nouveau et comme un homme nouveau? Le moyen le plus efficace de ce renouvellement de vie : pourquoi ? c'est que le Jubilé, par la plénitude des grâces qu'il renferme, en ôte le principal et l'unique obstacle. Ce qui nous empêche de nous élever à Dieu, et de marcher dans la pratique de cette vie nouvelle dont parle saint Paul, c'est le poids du péché qui nous accable : or, nous en sommes pleinement déchargés par le Jubilé ; c'est donc alors que nous avons droit de dire : Déponentes omne pondus et drcumstans naspeccatunij curramus adpropositum nohis cettamen (Hebr., 12) : Dégagés de tout ce qui nous appesantissait, et absolument délivrés des liens du péché, qui nous serraient si étroitement, courons avec joie dans la carrière du salut qui nous est ouverte. L'occasion la plus avantageuse pour ce renouvellement de vie : et en effet , si , dans le dessein que nous avons de retourner à Dieu , nous étions encore retenus par les considérations du monde ; si par un respect humain, nous avions encore de la peine à nous déclarer, non-seulement le Jubilé nous y invite, mais il nous en facilite l'exécution. A combien de pécheurs et de pécheresses, à combien de mondains 'et de mondaines ce saint temps n'a-t-il pas été , pour user de ce terme , l'époque de leur conversion , jusqu'à leur avoir attiré l'estime et les éloges du monde même?
Ne différons donc pas davantage une affaire aussi importante que celle du par&ît renouvellement et du changement intérieur de nos âmes, à quoi nous devons rapporter la grâce du Jubilé. Pour ne pas recevoir cette grâce en vain, faisons voir par nos œuvres quelle est sa vertu, et justifions-la par les salutaires effets dont elle va être suivie. Voici peutêtre le dernier temps dont nous serons en état et en pouvoir de profiter : écoutons Dieu» et n'endurcis-^ sons pas nos cœurs : peut-être sa patience , qui a des bornes, se lassera-t-elle enfin de nous suppor* ter , peut-être sonmies-nous à la veille de tomber entre les mains de sa jnstice; peut-être la cogner
est-elle déjà à la radoe de Tarbre; bâtons-nous d*ac* coroplîr le dessein de Dieu , qui ne peut être que notre sanctification. Ah ! qu*il ne nous arrive pas , comme à Tinfortunée Jérasalem , d'ajouter à nos autres désordres celui de ne pas connaître le temps où Dieu nous visite, et par là de mettre le comUe à notre réprobation. Dieu nous visite par ses châtiments dans les temps de calamité et de misère , et il nous visite par ses consolations dans le temps du Jubilé. Malheur à nous, si nous ne connaissons pas un si saint temps; et encore plus malheureux si , le connaissant, nous ne nous en servons pas! Car voilà ce qui acheva la ruine de cette ville criminelle, lors-
POUB L'OUVERTURE DU JUBILÉ
que Jésus-Christ lui dit , en pleurant : Eo gmod «m cognoveris tempuê vUikUioniê tum. (Luc, 19.) Il n^attribua pas sa destruction future à tous les autres crimes qu'elle avait commis, ni même à celui qu'elle allait commettre en le crucifiant; mais à celui doat elle s'était rendue coupable, en ne discernant pas le temps où Dieu l'avait recherchée et appelée. Détournez de nous , Seigneur, une malédiction si terrible; éclairez-nous , touchez-nous , aidez-nous TOus-méme à faire un saint usage d'un temps si précieux; piéparez-y nos cœurs par votre grâce , et que ce Jubilé soit vraiment pour nous le temps du salât « où noos conduise, etc.
rin DU KYsrkAEs.
mQ9999999ià999ià99Q99QQ9999WàQ9^iè991è999ià99<99999999999999^9ièWà