‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 26 sur 232 · POUR LE SEPTIÈME DIMANCHF · texte numérisé non relu

POUR LE SEPTIÈME DIMANCHF

APRÈS LA PENTECOTE.

SUR L'HYPOCRISIE

DixU Juui diseipuli^ iuU : AUendite a faitu fropMis , qui veniunt advatin veêtimentii ovium, inirituectiê mUm sunt lupi rapacet,

Jésus dit à ses disciples : Gafdez-voos des faux propbètes qui viennent h tous déguisés en brebis, et qui dam le fond sont des loups ravissants. Saint Mattb. , cbap. 7.

C'est de tout temps qu'il y a eu de taux prophètes et des hypocrites dans l'Église de Jésus-Christ : et c'est à nous , mes diers auditeurs , aussi bien qu'aux

sua L'HYPOCRISIE.

premiers disdples, que s^adressent ces paroles de Dotre adorable Maître. Il n'est rien de plus saint que la piété , rien de plus excellent et de plus divin ; mais ne puîs-je pas dire avec douleur qu'il n'est rien aussi de plus exposé aux profanations et aux abus Y ni rien de plus dangereux que ces âmes artificieuses qui , sous le voile d'une dévotion apparente, cadient ou le venin d'une doctrine corrompue, ou le dér^lement d'une conduite criminelle? Ceci, chrétiens, m'engagerait à parler aujourd'hui contre l'hypocrisie, si Dieu ne m'avait inspiré un autre dessein qui , quoique différent de celui-là , ne laisse pas de s'y rapporter, et dont je me promets encore plus de fruit pour la réformation de vos mœurs. L'hypocrisie , dit ingénieusement saint Augustin, est cette ivraie de F Évangile, que Ton ne peut arradier sans déraciner en même temps le bon grain. Laissons-la croître jusqu'à la moisson, selon le conseil du père de famille , pour ne nous point mettre en danger de confondre avec elle les fruits de la grâce et les saintes semences d'une piété sincère et véritable. Au lieu donc d'employer mon zèle à combattre l'hypocrisie, j'entreprends de combattre ceux qui , raisonnant mal sur le sujet de Phypocrisie, ou en tirent de malignes conséquences, ou en reçoivent de funestes impressions, ou s'en forment de fausses idées au préjudice de la vraie piété. Je veux considérer l'hypocrisie non pas en elle-même, mais hors d'elle-même; non pas dans son principe, mais dans ses suites ; non pas dans la personne des hypocrites , mais dans ceux qui ne le sont pas. En un root, je veux , autant qu'il m'est possible, vous préserver des tristes effets que produit communément ennousThypocrisie d'antrui. Esprit saint , vous qui êtes souverainement et par excellence l'esprit de vérité, éclairez-nousetconduisez-nous par votre grâce, afin que nous marchions en assurance dans le cliemi n du sahit , et que nous ne recevions nul dommage de l'imposture et du mensonge. C'est ce que je vous demande par l'intercession de la Vierge à qui vous communiquâtes vos plus pures lumières, et que je salue en lui disant : Ave.

Vous avez trop de pénétration , chrétiens, pour n'avoir pas compris d'abord le dessein et le plan de ce discours. Je distingue dans le christianisme trois sortes de personnes qui, sans être hypocrites ni le vouloir être, se font de l'hypocrisie d'autrui un obstacle essentiel à leur salut. Remarquez-en bien les divers caractères. Les premiers, ce sont les mondains et les libertins du siècle , qui , déclarés contre Dieu et contre son culte, se prévalent ou veulent se prévaloir de l'hypocrisie d'autrui pour autoriser leur libertinage et s'élever contre la vraie ^été. Les seconds, ce sont les chrétiens lâches à qui rbypocrisie d'autrui est une occasion de scandale et de trouble, jusqu'à les dégoûter et à les

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rebuter de la vraie piété. El les derniers, ce sont les ignorants et les simples, qui ne consultant ni leur foi ni leur raison, se laissent séduire par l'hypocrisie d'autrui , et la prennent pour la vraie piété. Ainsi les impies pensent trouver dans l'hypocrisie d'autrui la justification de leur impiété; les lâches, le prétexte de leur lâcheté; les simples, l'excuse de leur imprudence et de leur témérité. Mais je prétends leur montrer t tous combien leur conduite est insoutenable et leurs raisonnements frivoles. Je prétends, dis-je, faire voir au libertin combien il est mal fondé quand , pour se confirmer dans son libertinage et son désordre, lise sert del'bjrpocrisie d'autrui, ce sera la première partie; au lâche, combien V est faible et coupable dans sa faiblesse, quand il se trouble de l'hypocrisie d'autrui jusqu'à s'éloigner des voies de Dieu , ce sera la seconde partie ;. à l'ignorant et au simple , combien il est inexcusable devant Dieu lorsqu'il se laisse surprendre à l'hypocrisie d'autrui, ce sera la troisième partie. Trois points d'une extrême importance , et que je traiterai selon que le temps me le permettra. Commençons.

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