‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 67 sur 232 · POUR LE VINGT ET UNIÈME DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE VINGT ET UNIÈME DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE.

SUR LE PARDON DES INJURES-

JSine vocavit illum domintu suus, et ait illi : Serve nequam, omne debitum dhnin tibi, quoniam rogatti me : nonne ergo oporiuU et te misereri contervi ttû, sicut et ego tui misertus tum? Et iratue dominas ejus, tradidit eum tortoribue.

Alors son maître le fit appeler, et lai dit : Mécliant servitear, Je yous ai remis tout ce qae voos me deviez, parce que vous m'en avez prié : ne fallait-U donc pas avoir piUé de votre compagnon comme J*ai eu piUé de vous? Sur cela le maître indigné le livra aux exécuteurs de la JusUoe. Sàirrr Matth. , diap. 18.

Jamais reproche ne fut plus convaincant, ni jamais aussi châtiment ne fut plus juste. Pour peu que nous ayons de lumière et de droiture naturelle, il n'y a personne qui ne sente toute la force de l'un , et qui n'approuve toute la rigueur de l'autre. Car que pouvait répondre ce serviteur impitoyable , et si dur à se faire payer sans délai une somme de cent deniers, lors même que son maître, touché pour lui de compassion , et ayant égard à sa misère , venait de lui remettre jusques à dix mille talents? Si donc, irrité d'une telle conduite, le mattre ne diffère pas à ce misérable , s'il le traite comme ce malheureux a traité son débiteur, et s'il le fait enfermer dans une obscure prison, c'est un arrêt dont l'équité se présente d'abord à l'esprit, et dont la raison est évidente . Voilà, mes chers auditeurs, la figure; et dès que nous en demeurons là, nous n'y voyons rien qui nous surprenne, ni rien qui ne soit comforme aux lois d'une étroite justice. Mais laissons la figure , et faisons-en l'application. Jésus-Christ l'a faite lui-même dans notre évangile, et il y a sans doute de quoi nous étonner. Car c'est ainsi , dit le fils de Dieu , que votre Père céleste se comportera envers vous : Sic et Pater vester ccUestis faciet vobU. (Matth. , 18.) Quelle menace, et à qui parle le Sauveur du monde? avons, chrétiens, et àmoi« si nous ne pratiquons pas à l'égard du prochain la même charité que ce Dieu de miséricorde a tant de fois exercée en notre faveur, et qu'il exerce encore tous les jours ; si , dans les offenses que nous recevous du prochain, nous nous livrons à nof ressentiments et à nos vengeances ; si nous oe pardonnons pas, si nous ne remettons pas libéralement toute la dette , ou si nous ne la remettons pas sincèrement et de bonne foi. Sic et Pater vester coBlestis faciet vobis , si non remiseriUs unusqtdsqtte proximo suo decardilms vestris. De là, mes frères, vous jugez de quelle importance il est de vous exhorter fortement au pardon des injures; or c'est ce que j'entreprends aujourd'hui. Matière d'une conséquence

SUR LE PARDON D£S INJURES

ÎDfiuie; matière où Je n'aurais pas la confiance de n'engager, si je ne comptais, Seigneur, sur Fonction divine et l'efficace toute-puissante de votre parole. Soutenez-moi , mon Dieu , dans un sujet où votre grâce m*est plus nécessaire que jamais. Jelademande par la médiation de Marie. Ave.

Si je pariais à des païens et en philosophe, je pourrais trouver dans les principes même de la prudence du siècle, de quoi réprimer les saillies delà vengeance et de quoi condamner les excès d'une passion aussi aveugle qu'elle est violente et emportée. Mais du reste , mes chers auditeurs , convenons qu'avec toutes les preuves de la philosophie humaine , je discourrais beaucoup et avancerais peu ; et que les plus spécieux raisonnements n'aboutiraient tout au plus qu'à satisfaire votre curiosité et non point à convaincre vos esprits, ni à toucher vos cœurs. Il faut donc prendre la chose de bien plus haut, et c'est à la religion que j&dois avoir recours. U faut vous parler, non en sage du monde, mais en prédicateur de Jésus-Christ. II faut pour vous soumettre employer l'autorité de Dieu même ; et pour TOUS engager, vous proposer un intérêt éternel. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à mon dessein, que j'explique en deux mots. Je viens vous entretenir d'un des plus grands commandements de la loi, et, afin de vous en persuader solidement la pratique , je viens établir deux propositions, qui partageront ce discouis. Dieu a droit de nous ordonner en fa- Teur du prochain le pardon des injures que nous en avons reçues : c'est la première proposition et la première partie. Si nous refusons au prochain ce INirdon, nous donnons à Dieu un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes : c'est la seconde proposition et la seconde partie. Prenez garde, mon cher auditeur. Voulez-vous disputer a Dieu son droit? je vais le justifier. Prétendezvous que Dieu vous pardonnant , après que vous n'aurez pas pardonné , se relâche ainsi de son droit ? c'est de quoi je vais vous détromper. Il n'est point ici question de belles paroles , ni des agréments de l'éloquence chrétienne : mais il s'agit de vous faire vivement comprendre deux des plus grandes vérités. Conunençons.

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