PREMIER SERMON
LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
Nnne jvdiciwn eit mundi : nunc prineeps ht^us mundi ^èietur foras : et ego si exaltatus fuero a terra , omnia nham ad meipsum. Hoc aulem dicebat significans qua morte msi moriturus,
Cest ac^ounThui le jagement du monde ; c'est maintenant lœ le prince du monde va en être chassé : et quand on m'aura ikfé de la terre , fatUreral tout à moi. Ce qu'il dirait pour ■iiquer de quel genre de mort il devait mourir. Sjunt Je\n ,
SiBE,
Cest ainsi que le Sauveur du monde pelait de hù-méme, et qu'entretenant ses disciples de ce qui devait lui arriver , il leur déclarait tout à la fois , par un esprit prophétique , trois grands mystères ^fermés dans celui de sa passion et de sa mort , s jugement du monde commencé, le prince du Qonde chassé , le Fils de l'homme élevé , et attirant ' soi tout le monde. De ces trois mystères et de ces it>is oracles prononcés par Jésus-Christ , nous en Oyons déjà deux sensiblement accomplis. Le Fils ^llioninie élevé, et attirant tout à lui : car quelle irta la croix , où nous le contemplons en ce saint
jour, n'a-t-elle pas eue pour lui attirer les cœurs? De cette croix qui l'a élevé de la terre, combien de sectateurs de sa doctrine, combien d'imitateurs de ses vertus, combien de confesseurs de son nom, combien de martyrs , témoins irréprochables de la vérité de sa religion , combien de disciples zélés pour sa gloire ; disons mieux , combien do peuples, combien de royaumes et d'États n'a-t-il pas gagnés et soumis à sonËvangile? Et ego si exaUatus fuero a terra , omnia traham ad meipsum. Le prince du monde chassé : car en vertu de ce mystère de la croix , combien de temples ont été renversés , combien d'idoles brisées, combien de faux sacrifices abolis, combien d'erreurs confondues, combien de superstitions détruites, combien d'infidèles convertis, combien de pécheurs sanctifiés? Tout cela, aux dépens du prince du monde et de ce fort arme que le Fils dé Dieu , plus puissant encore et plus fort, est venu combattre, non par la force néanmoins et par la puissance, mais par la faiblesse et par rinfirmité : Nunc prineeps htQus mundi ejtcietur foras. Il ne reste donc plus que le jugement du monde, et c'est l'important mystère que j'ai choisi pour sujet de ce discours. Jésus-Christ nous assure que ce jugement du monde a commencé dans sa passion : Ntmcjudicium est mundi; et c'est ce que j'entreprends de justifier, après que nous aurons rendu à la croix qui fut l'instrument de toutes ces merveilles, les devoirs ordinaires , en lui adressant la prière de l'Église : O crux ! ave.
Que celui qui est Dieu , et sans usurpation égal à Dieu , juge le monde et le condamne , c'est l'ordre naturel et inviolable; mais que le monde entreprenne déjuger et de condamner un Dieu, c'est le renversement de Tordre et le comble même de tous les désordres. Il appartient, dit saint Ambroise, au supérieur de juger, et à l'inférieur d'être jugé. Pour juger, il faut avoir l'autorité; et pour être jugé et condamné, il faut être dépendant et criminel. Le monde était le criminel et le sujet, et Jésus- Christ était le juste et le souverain. C'était donc Jésus-Christ qui devait juger le monde, et non pas le monde qui devait juger Jésus-Christ. Cependant , mes chers auditeurs , nous voyons ici l'un et l'autre , et le mystère des souffrances du Sauveur n'est qu'une preuve sensible et convaincante de cette parole que j'ai prise pour mon texte, et qui s'est vérifiée à la lettre dans le double sens que je lui vais donner : Nunc judicium est mundi. C'est aujourd'hui le jugement du monde : pourquoi ? parce que c'est aujourd'hui que le Fils de Dieu , par un secret impénétrable de sa sagesse et de sa charité divine « s'est soumis à être jugé et condamné par le monde; et parce que c'est aujourd'hui que le monde, par un retour nécessaire et inévitable, a été malgré lui condamné et jugé par le Fils de Dieu. Deux juges
SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
et deax coupables tout à la fois ; ou plutôt un coupable érigé eo juge, et un juge dégradé jusqu'à la condition de coupable : un faux juge , et un vrai coupable qui est le monde; un coupable apparent, et un juge légitime qui est Jésus-Christ : tous deux prononçant , tous deux décidant , tous deux , par une opposition mutuelle et bien surprenante, se réprouvant. Deux jugements dans la vue desquels je puis m'écrier d*abord avec le prophète royal : Judicia tua abyssus muUa (Ps. 35); Ah! Seigneur, que vos jugements sont profonds ! Soit que je considère celui que le monde a porté contre vous , soit que je médite celui que vous avez porté contre le monde , tous deux me paraissent de vastes abîmes : Tun de péchés , l'autre de vertus ; l'un d'horreurs et d'iniquités, l'autre de grâce et de sainteté. Abtme d'iniquités, dans le jugement où je vois le Saint des saints condamné par des pécheurs : abîme de sainteté, dans le jugement où je vois les pécheurs condamnés par les exemples d'un Dieu mourant. En deux mots, chrétiens, Jésus-Christ jugé par le monde , et le monde jugé par Jésus-Christ : c'est tout le sujet de votre attention.